Transcription automatique. Certains mots ou noms propres peuvent être inexacts.
[00:00]
Vous êtes sur le point d'écouter Distorsion, un podcast sûr, des complots complètement
[00:21]
distordus.
[00:41]
En 1998, dans une banlieue tranquille de la Silicon Valley, une tragédie survie.
[00:47]
Toute une famille est brutalement assassinée.
[00:50]
Le père était d'origine russe et un collaborateur d'une entreprise de jeux vidéo
[00:55]
liée à la populaire franchise Tetris.
[00:58]
On conclut à un meurtre suicide, mais 20 ans plus tard, une série télé soulève
[01:03]
un doute.
[01:04]
Et si le créateur de Tetris avait été assassiné, y aurait-il erreur sur la personne ou encore
[01:10]
un complot politique ?
[01:12]
Le problème, c'est que le vrai créateur de Tetris est toujours vivant.
[01:16]
Alors d'où vient toute cette rumeur ? Ce soir, on démonte, pièce par pièce,
[01:21]
l'histoire derrière la mort de Vladimir Pokylko.
[01:32]
Sébastien Lévesque, comment ça va aujourd'hui ?
[01:34]
Ça va bien, Emile Gauthier.
[01:36]
Et toi ?
[01:36]
Oui, ça va très bien aussi.
[01:38]
On est toujours en plein milieu de notre mini-série sur les complots distordus.
[01:43]
Puis ce soir, on se plonge au cœur de la guerre froide.
[01:46]
Et on retourne un peu dans le… on va parler un peu de nostalgie, parce qu'on retourne
[01:50]
dans le monde des premiers jeux vidéo.
[01:53]
On va parler de Tetris, si vous ne le savez pas, on va en parler un petit peu
[01:56]
ce soir.
[01:57]
Mais Tetris est tout lié à une certaine forme de rivalité entre l'Union soviétique
[02:02]
et les États-Unis.
[02:03]
Il y a eu vraiment des guerres politiques à savoir qui allait posséder cette licence-là.
[02:09]
Oui, exact.
[02:09]
Parce que c'est 520 millions de copies vendues Tetris.
[02:12]
C'est fou, hein ?
[02:13]
On peut se croire à ça.
[02:14]
Oui, c'est fou.
[02:14]
Plus de 220 versions du jeu aussi.
[02:17]
J'espère qu'il y a des amateurs de Tetris parmi vous ce soir.
[02:20]
On va en parler de long en large, parce qu'il y a plein d'histoires de complots
[02:23]
politiques liées à ça, puis une drôle d'histoire autour de la mort de son
[02:27]
créateur qui a regagné en popularité sur le web dans les années 2020.
[02:33]
Oui, et c'est ça qui est intéressant, en fait, de cette histoire-là.
[02:38]
Puis même si je pourrais commencer avec ça, Emile, c'est que toi-même, il n'y a pas
[02:43]
si longtemps avant qu'on commence la recherche sur ce complot-là, toi-même tu pensais
[02:48]
que le créateur de Tetris avait été assassiné pour vrai.
[02:51]
Et vous allez voir, il y a des nuances dans tout ça.
[02:54]
Le vrai créateur de Tetris est toujours en vie, mais on a comme longtemps pensé
[02:57]
qu'il était mort.
[02:59]
Donc, on va creuser toute cette histoire-là.
[03:01]
Il y a quelqu'un qui est vraiment mort dans cette histoire-là.
[03:04]
On ne va pas vous spoiler, mais il y a eu une vraie tragédie.
[03:07]
Il y a une vraie famille qui a été assassinée un soir de 1998 dans la
[03:11]
Silicon Valley.
[03:12]
Donc, on va faire le tour de tout ça, puis on va essayer d'élucider
[03:15]
est-ce qu'il y a un complot derrière tout ça ou pas.
[03:18]
Bref, on se replonge un petit peu dans nos racines True Crime ce soir,
[03:22]
avec une touche de complot d'histoires-du.
[03:25]
Mais qu'est-ce qu'on boit pour se remettre les idées en place?
[03:27]
Oui, on boit la Kawabunga, petit petit clin d'œil à Ninja Turtle de la micro-brancée
[03:36]
dispensaire.
[03:37]
C'est une New England Eye billet qui est brassée avec des houblons
[03:40]
australiens.
[03:41]
6% des houblons Enigma, Vicks, Secret et Galaxy.
[03:46]
Elle est ronde, veloutée et fruitée.
[03:48]
Elle est excellente.
[03:50]
Et cette bière, mon cher Emile, nous a été offert par Florian Isosta,
[03:54]
et qui nous a fait un don via la tournée de bière à partir de notre site web
[03:59]
distorsionpodcast.com.
[04:00]
Si vous voulez faire comme lui, petit bouton en haut à droite sur notre site,
[04:04]
vous pouvez faire un petit don paypal et ça nous permet de remplir le fridge.
[04:08]
Oh yes, merci à toi Florian.
[04:09]
Aussi, on a une review 5 étoiles sur Apple Podcasts qui nous vient de Amelie B8.
[04:15]
Shout out à toi Amelie.
[04:16]
Elle nous dit, le meilleur podcast, sérieux, j'adore votre podcast.
[04:21]
Vous êtes vraiment plaisants à écouter.
[04:23]
Oh, merci Amelie.
[04:24]
Merci Amelie.
[04:25]
On fait notre possible.
[04:26]
D'ailleurs, on s'est fait faire une chirurgie des cordes vocales pour avoir des voix
[04:30]
autant en suave, des injections de botox, je pense.
[04:34]
Dans la gorge, oui.
[04:35]
Directement dans la gorge.
[04:37]
On vous rappelle qu'on est en tournée un petit peu partout au Québec ce printemps,
[04:41]
mais aussi cet été.
[04:42]
Et l'automne, il y a déjà des dates pour 2027, Seb, qui sont en train de se bouquer.
[04:46]
Le 14 mars, on est au festival de podcasts au bar Le Vox à Québec.
[04:50]
C'est déjà complet, mais on ne sait jamais.
[04:52]
Peut-être qu'il y a des billets qui vont se libérer.
[04:54]
Le 26 mars au Lyon d'or à Montréal, soyez présents.
[04:58]
C'est un peu le début de notre grosse tournée 2026.
[05:02]
Donc, allez-y, achetez vos billets tout de suite.
[05:04]
Tout est en vente.
[05:05]
28 mars à Trois-Rivières au Musée Pop, soirée très cool.
[05:09]
Ou avec l'achat du billet et aussi une visite de la prison qui est offerte.
[05:14]
Donc, ne manquez pas ça.
[05:15]
L'assomption, c'est le 15 mai au Vieux Palais.
[05:17]
On y retourne.
[05:18]
On a eu tellement de fun la première fois.
[05:20]
Le 3 juin, on est à Québec à la Chapelle Spectacle.
[05:23]
11 juin, Sainte-Thérèse au cabaret BMO, une salle de prestige.
[05:28]
Et sinon, on a le 26 septembre à Varem.
[05:30]
Ça aussi, c'est une salle de prestige.
[05:31]
Ah, bien oui.
[05:32]
Au pavillon hors de la scène.
[05:34]
Et là, il y a d'autres dates qui s'en viennent, donc surveillez ça.
[05:36]
Et sinon, venez nous voir en grand nombre.
[05:38]
Chaque show est différent.
[05:40]
Oui.
[05:41]
On vous suggère de vous louer un campeur et de faire la tournée avec vous.
[05:44]
Idéalement.
[05:44]
Avec nous, pardon, et de suivre toutes les shows.
[05:47]
Et en after-show, Seb, tu nous parles d'une autre histoire autour de la guerre froide
[05:51]
pour rester cohérent avec notre sujet.
[05:53]
Oui, on reste dans le sujet.
[05:54]
Puis je vais même vous parler de trois histoires
[05:57]
que j'ai surnommées un peu les petites anomalies de la guerre froide numérique.
[06:01]
Parce qu'il faut savoir que la cyber-guerre, c'est pas nouveau.
[06:09]
Même à une époque où la technologie était quand même un petit peu plus parcaïque,
[06:14]
mais dans ses débuts, mais déjà là, à cette époque-là,
[06:17]
il y avait beaucoup d'espionnages entre justement la Russie, la France, les États-Unis.
[06:23]
Même il y a une des histoires, que j'en reviens même pas,
[06:26]
c'est une histoire de, je sais pas si vous connaissez un peu les keylogger,
[06:30]
les petites applications qui peuvent être installées sur votre téléphone ou ordinateur,
[06:33]
mais qui enregistre tout ce que vous tapez à l'écran ou quoi que ce soit.
[06:38]
Mais à une époque où ce que c'était des dactylos,
[06:42]
donc des machines à écrire et ça, ça m'a jeté à terre, donc restez là pour l'after show.
[06:48]
Oui, parce qu'il faut pas oublier que la guerre froide, ça a été quand même vachement long.
[06:52]
Ça a commencé dans les années 50, donc on était juste après la Deuxième Guerre mondiale,
[06:56]
puis ça s'est solvé avec la chute de l'Union soviétique dans les années 90.
[07:03]
Donc ça a été une très longue guerre de tension, c'est pas une vraie guerre.
[07:08]
Il y a eu plusieurs vraies guerres, comment dire, en périphérie de cette très longue guerre froide.
[07:13]
Donc les technologies ont changé, puis l'air de rien, la guerre froide a été quand même
[07:17]
un moteur de création technologique, parce qu'on le sait, souvent les grandes innovations
[07:23]
malheureusement passent par la défense et l'armée et tout ça,
[07:27]
et la guerre froide n'en a pas fait exception.
[07:29]
Donc ça, c'est en after show pour nos abonnés Patreon, Seb.
[07:32]
Là-dessus, Seb, sommes-nous prêts à se plonger dans notre épisode d'aujourd'hui?
[07:36]
Oui, mais on a un commanditaire, justement, aujourd'hui, Emile.
[07:41]
As-tu l'impression parfois que ta vie ressemble à un film de A24?
[07:46]
Mes ans, Emile, et encore plus depuis qu'ils ont annoncé leur nouveau film d'horreur
[07:50]
Undertone, parce que dans ce film-là, l'animatrice d'un podcast populaire
[07:54]
sur les phénomènes paranormaux devient hantée par des enregistrements terrifiants
[07:59]
qui lui sont mystérieusement envoyés. C'est comme nos vies, hein, Emile?
[08:04]
Absolument, Seb. On a vu le film en primeur, on l'a écouté hier,
[08:07]
puis on peut vous dire qu'on est encore sous le choc.
[08:10]
C'est un film hyper immersif où la peur se transmet autour par des infets sonores.
[08:16]
C'est une vraie expérience auditive qui vaut la peine d'être vécue
[08:19]
dans une salle de cinéma.
[08:21]
Moi, je l'ai écouté avec mes écouteurs hier pour être bien immergé
[08:25]
dans tout cet univers-là, puis c'est vrai que ça donne la frousse,
[08:28]
parce que l'actrice principale est presque tout le temps seule
[08:31]
dans l'appartement de sa mère, et puis elle est souvent seule avec son micro,
[08:36]
elle fait son podcast, puis son collègue Justin est toujours à distance.
[08:40]
Donc, on est toujours en train d'entendre une conversation,
[08:42]
un peu comme maintenant avec nos écouteurs, alors qu'on se parle,
[08:46]
on est dans la même pièce, mais bref,
[08:47]
cet effet de vase-clos-là, je trouve qu'il amène encore plus
[08:51]
de terreurs et de suspenses à l'histoire.
[08:54]
Oui, absolument. Moi, j'ai vraiment eu la chienne.
[08:56]
Et le film d'horreur, il est distribué au Canada par VVS Films
[09:01]
et sort en salle au Québec en anglais le 13 mars.
[09:04]
Les billets sont en vente maintenant, ne manquez pas ça.
[09:07]
Le film est Undertone, le premier film du réalisateur canadien
[09:11]
Ian Tuason, filmé à Toronto et produit par la compagnie culte A24.
[09:18]
Là-dessus Seb, sommes-nous prêts à se plonger dans notre épisode d'aujourd'hui?
[09:23]
Oui, monsieur!
[09:24]
Allons-y, maintenant!
[09:27]
Nous sommes à Palo Alto, en Californie, à la fin des années 90.
[09:32]
La Silicon Valley est en pleine effervescence.
[09:36]
On est en 1998, en pleine montée de la bulle Internet.
[09:40]
Le Nasdaq grimpe, les startups se multiplient,
[09:44]
les investisseurs parlent de millions autour d'un café.
[09:47]
Des garages deviennent des entreprises,
[09:49]
des entreprises deviennent des promesses de fortune.
[09:52]
À Palo Alto, ça se voit et ça se sent.
[09:55]
Des rues propres, des maisons tranquilles, des campus à quelques minutes,
[09:59]
des bureaux où on travaille tard le soir
[10:01]
et où on parle de projets comme si c'était une vocation.
[10:06]
À côté, il y a Stanford, un aimant à talent, à ingénieurs, à chercheurs.
[10:11]
La technologie n'est pas juste un secteur d'activité, c'est l'identité du lieu.
[10:16]
Dans ce décor-là, les drames majeurs ont l'air de ne pas avoir leur place.
[10:20]
On est dans une ville associée à l'innovation, à la croissance, à l'avenir,
[10:25]
pas à la violence.
[10:26]
Le mardi 22 septembre 1998, en milieu d'après-midi,
[10:31]
un appel est logé au 911.
[10:33]
Selon les articles publiés dans les jours qui suivent,
[10:36]
c'est le frère de Vladimir Pokylko qui donne l'alerte.
[10:40]
Inquié de ne pas réussir à joindre la famille,
[10:42]
il se rend à la résidence au 418 Fern Avenue,
[10:47]
dans le quartier de Greendell, au sud de Palo Alto.
[10:51]
Sur place, il comprend que quelque chose ne va pas
[10:53]
et contacte les services d'urgence.
[10:56]
L'appel est enregistré vers 15h30.
[10:58]
À l'intérieur, les policiers découvrent trois personnes décédées.
[11:02]
Vladimir Pokylko, 43 ans, son épouse,
[11:06]
Elena Fedotova, 38 ans, et leur fils, Peter, 12 ans.
[11:11]
Selon les premiers compte-rendus publics,
[11:13]
les victimes sont retrouvées dans leur chambre, en vêtement de nuit.
[11:17]
Les autorités indiquent qu'elles ont subi des blessures
[11:19]
causées à la fois par un objet contondant,
[11:21]
un marteau et par une arme blanche.
[11:24]
Oh my God!
[11:25]
Ah non, c'est pas beau, là.
[11:27]
Gros drame familial.
[11:29]
Il n'y aurait pas de signes d'effraction à la résidence
[11:32]
et aucun objet de valeur ne semble avoir été volé.
[11:35]
Ce que la police décrit, en revanche,
[11:37]
c'est une scène d'une violence extrême.
[11:39]
Même sans entrer dans des détails supplémentaires,
[11:41]
on comprend rapidement qu'on est devant quelque chose d'inhabituel
[11:45]
pour une ville comme Palo Alto.
[11:48]
Toujours selon la police,
[11:50]
le drame ne se serait pas nécessairement déroulé
[11:52]
juste avant l'intervention.
[11:53]
Les enquêteurs situent plutôt une fenêtre temporelle
[11:56]
qui commencerait le 21 septembre, vers 20h,
[11:59]
et se terminerait avec l'appel au 911 le lendemain, vers 15h30.
[12:04]
Les médias rapportent qu'un ami de Vladimir Pokylko
[12:07]
aurait été la dernière personne à lui parler au téléphone le lundi soir.
[12:12]
Après cet échange, plus aucun contact n'est établi avec lui
[12:16]
avant la découverte du drame.
[12:18]
Le contraste frappe d'autant plus que, cette année-là,
[12:21]
la police dira aux médias qu'il ne s'agirait que du deuxième dossier
[12:24]
d'homicide à Palo Alto en 98.
[12:27]
Puis on est vers la fin de l'année,
[12:28]
il n'y a tellement pas beaucoup de meurtres.
[12:31]
Dans une communauté comme celle-là,
[12:33]
l'onde de choc est immédiate.
[12:35]
Dans les jours qui suivent,
[12:36]
des drapeaux sont mis en berne à la Jane Laetrop Stanford Middle School
[12:41]
où Peter, le fils, était élève.
[12:44]
À l'école, on mobilise du soutien psychologique
[12:47]
pour les jeunes et le personnel.
[12:49]
L'enquête, elle, avance vite, vers une lecture officielle.
[12:52]
Très tôt, les autorités traitent l'affaire comme un meurtre suicide
[12:56]
et disent ne pas chercher de suspects externes.
[12:58]
En octobre 98, la lieutenant Alana Forest le réaffirme publiquement.
[13:04]
Selon ce qu'ils ont en main,
[13:06]
rien ne les pousse vers une autre piste.
[13:08]
Dans la résidence, les enquêteurs trouvent aussi une note.
[13:12]
La police ne dévoile pas immédiatement son contenu.
[13:15]
Ce n'est qu'en janvier 99 que le texte est rendu public.
[13:19]
On apprend également qu'il a été envoyé au FBI Crime Lab
[13:23]
pour analyse et qu'une traduction a été réalisée
[13:26]
avec l'aide d'un linguiste russe.
[13:28]
Le message, court et rédigé dans un anglais approximatif,
[13:32]
est rapporté ainsi dans la presse.
[13:36]
I've been eaten alive, Vladimir.
[13:39]
Just remember that.
[13:41]
I am exist, the devil.
[13:44]
Et là, the devil, il est écrit avec un A au lieu du E.
[13:46]
Oui, puis il dit aussi I am exist, ce qui se dit pas vraiment.
[13:52]
On voit que c'est écrit dans un anglais, justement, approximatif.
[13:56]
Oui, oui, voilà.
[13:57]
En français, c'est ça, comme tu peux le dire,
[13:59]
j'ai été dévoré vivant, c'est un peu ça que ça veut dire.
[14:01]
J'ai été dévoré vivant, Vladimir.
[14:03]
Souviens-toi que j'existe, le diable.
[14:06]
Comme si c'était signé, le diable.
[14:08]
Oui, c'est ça.
[14:09]
La formulation est grammaticalement instable.
[14:12]
L'orthographe est fautive.
[14:13]
Le sens n'est pas limpide.
[14:15]
Il faut rappeler que l'anglais n'était pas la langue maternelle de Pocky le Coup.
[14:19]
Les autorités ne l'ont jamais présenté comme un message codé
[14:22]
ni comme la preuve d'une intervention extérieure.
[14:25]
Elles l'ont intégrée dans leur analyse globale
[14:27]
sans lui attribuer une interprétation officielle détaillée.
[14:31]
Et c'est précisément ce type de fragment ambigu qui marque les esprits.
[14:36]
Pas parce qu'il ne dit pas clairement ce qui s'est passé,
[14:38]
mais il laisse suffisamment d'espace pour que d'autres y projettent une explication.
[14:43]
À ce stade, officiellement, l'affaire est close,
[14:46]
mais le nom de Vladimir Pocky le Coup, lui,
[14:48]
ne restera pas coincé dans les pages des médias locaux,
[14:51]
parce que dans son parcours professionnel,
[14:53]
il y a un mot qui va changer la trajectoire du récit.
[14:57]
Tetris.
[14:58]
Et c'est là que l'histoire prend une autre dimension.
[15:02]
Oui, parce que toute une saga, ce jeu vidéo,
[15:07]
c'est vraiment, comme tu dis, c'est le mot qui a révélé quelque chose
[15:12]
un peu aux autorités quand ils ont investigué le background de Vladimir.
[15:16]
24 ans plus tard, l'affaire refait surface SEB le 5 décembre 2022.
[15:23]
La chaîne Investigation Discovery, les amateurs de True Crime,
[15:27]
c'est une chaîne que j'ai plus la télé cablée,
[15:31]
mais à une certaine époque, c'était la chaîne avec le canal un peu,
[15:36]
Canal Investigation.
[15:38]
Et là, en 2022, le 5 décembre,
[15:40]
cette chaîne va diffuser une série qui s'appelle The Tetris Murders,
[15:45]
qui est une mini série documentaire en trois épisodes
[15:48]
consacrée au dossier de Vladimir Pocky le Coup
[15:51]
puis aux meurtres de toute sa famille.
[15:53]
Le projet ne présente pas de nouvelles preuves déterminantes,
[15:55]
mais il reprend l'enquête de 1998 en mettant l'accent sur les éléments
[16:00]
qui soulèvent des questions, entre autres en lien avec la conception du jeu.
[16:04]
On y retrouve notamment Sandra Brown,
[16:07]
une intervenante de la police de Palo Alto à l'époque, aujourd'hui retraité,
[16:11]
qui explique ne jamais avoir été pleinement à l'aise
[16:13]
avec la conclusion officielle de l'enquête.
[16:16]
La série revisite alors les points les plus sensibles du dossier,
[16:20]
la note retrouvée sur place que tu nous as lue, SEB,
[16:23]
certains détails techniques discutés après le coup,
[16:25]
l'idée d'une possible mise en scène et la mention d'un soutien technique
[16:29]
du FBI pour l'analyse de la note.
[16:32]
Sans affirmer directement qu'il y a eu un complot,
[16:35]
le documentaire construit le récit autour des zones grises
[16:38]
et laisse planer l'idée que l'histoire pourrait être plus complexe
[16:41]
que la version populaire.
[16:46]
Le documentaire repose sur un élément fort,
[16:49]
le lien avec Tetris.
[16:51]
Dans la série elle-même, Vladimir Pocky le Coup
[16:54]
est présenté comme un proche collaborateur d'Alexey Pajitnov,
[16:58]
qui est lui reconnu, si vous allez sur Wikipédia par exemple,
[17:02]
c'est lui qui est reconnu comme étant le créateur de Tetris,
[17:05]
ce Alexey Pajitnov, qu'on va nommer souvent ce soir.
[17:09]
Et Vladimir est aussi co-fondateur d'Anima Tech.
[17:13]
Elle situe donc son rôle dans l'écosystème qui entoure Tetris
[17:17]
sans en faire l'auteur du jeu, en quelque sorte.
[17:20]
Mais lorsque la série est reprise dans des articles promotionnels,
[17:25]
des récaples ou des descriptions en ligne,
[17:27]
le vocabulaire devient parfois plus large.
[17:30]
Pocky le Coup est décrit comme impliqué dans le développement du jeu,
[17:34]
voire comme co-développeur, mais ce n'est pas totalement faux
[17:38]
d'une certaine façon, Seb, mais quand même ça reste flou
[17:42]
et non précis.
[17:45]
Puis l'histoire quitte le cadre du documentaire
[17:48]
et circule ailleurs, l'histoire des meurtres de Tetris.
[17:52]
Elle passe dans des résumés courts, des titres,
[17:54]
des extraits partagés, des petits articles de journaux
[17:57]
et c'est là que le glissement se produit,
[17:59]
une phrase finie par s'imposer parce qu'elle est simple et percutante.
[18:03]
Le créateur de Tetris a été assassiné.
[18:06]
Puis c'est des gens qui semblent...
[18:08]
Tetris, c'est un jeu un peu mythique, mais en même temps,
[18:13]
c'est pas comme Mario Bros ou Donkey Kong,
[18:15]
il n'y a pas de personnage.
[18:17]
Si tu demandes à quelqu'un sur la rue
[18:20]
qui a fait Tetris, les gens ne savent pas
[18:23]
si c'est Alexis Pajitnov ou Vladimir Pocky le Coup.
[18:27]
Mario Bros, ils ne vont pas dire Shigeru Miyamoto,
[18:30]
mais ils vont dire Nintendo.
[18:32]
Tetris, on dirait que ça demeure anonyme,
[18:37]
un peu comme jeu.
[18:39]
Ça semble un peu loin de nous, le créateur de Tetris.
[18:42]
Dans l'esprit des gens, il y a une grosse confusion
[18:46]
qui se crée à ce moment-là, au moment du documentaire
[18:48]
qui est quand même diffusé sur une grosse chaîne.
[18:52]
Or, le créateur de Tetris, au sens strict et documenté,
[18:55]
c'est Alexis Pajitnov.
[18:57]
Le jeu Tetris est conçu à Moscou en 1984
[19:01]
et la marque retient même le début de juin 1984
[19:05]
comme date symbolique de sa création.
[19:07]
Pajitnov est toujours vivant
[19:09]
et l'énoncer, le créateur de Tetris, a été retrouvé mort
[19:12]
et donc factuellement faux, même si la formule
[19:15]
a circulé massivement dans les médias de l'époque.
[19:18]
La confusion vient du fait que Vladimir Pocky le Coup,
[19:22]
c'est pas un nom inventé. Il y a réellement gravité
[19:24]
autour de Pajitnov à un moment charnière.
[19:27]
Les biographies officielles indiquent que Pajitnov
[19:30]
fonde Animatech à Moscou avec son ami,
[19:33]
le docteur Vladimir Pocky le Coup,
[19:35]
avant de s'installer aux États-Unis,
[19:37]
puis développe un bureau américain
[19:39]
en collaboration avec Hank Rogers.
[19:42]
Le lien avec l'histoire de Tetris est réel,
[19:44]
mais réel ne signifie pas créateur non plus,
[19:47]
mais on voit qu'il était lié de très près à Tetris.
[19:51]
Donc dire que Vladimir était un peu dans l'entourage
[19:56]
du jeu et de Pajitnov, c'est exact.
[20:00]
Le présenter comme un collaborateur dans l'entourage
[20:02]
peut aussi se défendre selon le contexte,
[20:05]
mais le qualifier de créateur change complètement
[20:07]
la portée du récit. On parle plus d'un drame classé en 98,
[20:12]
on parle soudainement d'un mystère international
[20:15]
rattaché à l'un des jeux les plus connus de l'histoire.
[20:18]
Il faut donc remettre les mots à leur place en quelque sorte.
[20:22]
L'affaire de 98 concerne Vladimir Pocky le Coup,
[20:25]
mais l'histoire de Tetris ne commence pas
[20:28]
en Californie avant que ces deux événements-là
[20:30]
se rencontrent. Elle commence à Moscou en 84,
[20:34]
et Seb, tu vas nous en parler un peu parce que
[20:36]
quelle histoire fulgurante celle de Tetris!
[20:41]
Oui, c'est assez fou, puis on recule en arrière
[20:43]
en juin, 84 à Moscou. La guerre froide
[20:46]
structure encore le monde en blocs opposés.
[20:50]
Alexis Pajitnov travaille alors au centre informatique
[20:52]
de l'Académie des sciences de l'URSS.
[20:55]
Il ne développe pas un produit commercial.
[20:57]
Sur son temps libre, il programme un jeu inspiré
[21:00]
du puzzle géométrique qu'il aime résoudre.
[21:04]
Selon la chronologie officielle publiée par
[21:06]
The Tetris Company, c'est à ce moment précis
[21:09]
que naît Tetris. L'idée vient d'un jeu
[21:12]
plus ancien, les Pentomynos.
[21:15]
Ça, c'est des formes géométriques composées
[21:17]
de cinq carrés collées les uns aux autres par leurs côtés.
[21:21]
Et le défi consiste à remplir une surface donnée
[21:23]
sans laisser d'espace vide.
[21:25]
Oui, on se rappelle de ça, on en avait quand on était jeunes,
[21:28]
des petits blocs qui glissent avec juste un espace vide.
[21:30]
Mais j'avais oublié que c'était ça.
[21:32]
C'est vrai que c'est une forme de proto-Tetris.
[21:35]
Oui, c'est vraiment de ça que c'est inspiré.
[21:39]
Si vous googlez le Pentomynos, vous allez voir
[21:41]
c'est les mêmes formes, les mêmes types de blocs identiques.
[21:45]
Et là, Pajitnov reprend ce principe,
[21:48]
mais il le simplifie et y ajoute une contrainte déterminante.
[21:51]
Les pièces tombent, l'espace se remplit progressivement
[21:55]
et le joueur doit décider rapidement
[21:57]
où placer chaque forme avant que l'écran ne déborde.
[22:01]
Cette combinaison transforme un simple puzzle
[22:03]
en une mécanique dynamique, simple à comprendre,
[22:07]
exigeante en pratique et presque impossible à lâcher.
[22:09]
C'est tellement addictif. Tetris, moi,
[22:12]
je joue encore, je dirais pas régulièrement,
[22:15]
mais je m'achète toujours une version sur un de mes appareils,
[22:19]
que ce soit mon téléphone ou ma Xbox ou ma Switch.
[22:23]
On dirait que j'ai toujours une version de Tetris.
[22:25]
J'en ai besoin parce que de temps en temps,
[22:27]
j'ai comme une rage exacte et je joue.
[22:31]
C'est vrai que c'est addictif.
[22:33]
En plus, c'est tellement simple
[22:35]
qu'on dirait que ça peut pas passer de mode.
[22:38]
Le game design est tellement parfait
[22:39]
que plus les pièces tombent,
[22:43]
moins il reste de place, moins il reste de headroom
[22:46]
dans l'endroit où tu les empiles.
[22:49]
Il y a une anxiété qui monte aussi
[22:52]
au fur et à mesure que ça augmente.
[22:55]
C'est comme vraiment parfait comme jeu.
[22:57]
Je comprends complètement que ce soit addictif.
[23:00]
Ça prend tellement pas de capacité
[23:04]
d'ordinateur et tout ça.
[23:06]
C'est un jeu qui est encore tellement épuré
[23:08]
qu'il est adaptable sur toutes les plateformes
[23:10]
aussi miniles soit-elle.
[23:12]
À l'époque, c'était sur Atari.
[23:15]
Nous, on l'a connu beaucoup sur l'ère du Game Boy.
[23:19]
Je me lancerai pas trop loin là-dedans.
[23:22]
Mais encore aujourd'hui, sur nos téléphones
[23:23]
ou même sur Nostraïs, ça pourrait marcher
[23:27]
sur une calculatrice.
[23:28]
Oui, tellement c'est basique d'une certaine façon.
[23:31]
L'algorithme n'est pas complexe.
[23:32]
Est-ce qu'il y a un nombre limité de pièces
[23:35]
dans Tetris?
[23:38]
Je sais qu'on connaît généralement
[23:41]
que c'est 12 pièces qu'on voit souvent.
[23:45]
Le petit T, t'en as un qui est plus un X
[23:47]
de différentes formes de L, plus ou moins allongé.
[23:50]
Je demande si c'est des pièces toutes fixes.
[23:54]
Peut-être qu'il y a des geeks de Tetris
[23:55]
qui peuvent nous répondre.
[23:57]
C'est pas généré.
[24:01]
Souvent, t'as toujours la pièce suivante.
[24:03]
C'est toujours les mêmes formats.
[24:07]
Maintenant, c'est tellement de variantes
[24:10]
qui ajoutent du défi.
[24:13]
Juste pour ajouter sur l'excitation,
[24:15]
c'est la musique qui accompagne ça.
[24:17]
C'est aussi un peu stressant en même temps.
[24:20]
Plus t'approches de perdre, plus la musique
[24:23]
devient plus rapide ou agressive.
[24:26]
Ça ajoute encore plus de stress.
[24:28]
Tu avais un thème de musique russe
[24:30]
qui est super rapide.
[24:34]
J'ai acheté une version sur Xbox
[24:37]
qui package toutes les vieilles versions
[24:41]
russes. C'est quand même intéressant
[24:44]
à voir les vieux modèles, mais je dois avouer
[24:46]
que j'aime mieux jouer dans une nouvelle interface.
[24:50]
Très vite, le jeu dépasse l'écran
[24:52]
sur lequel il a été programmé.
[24:53]
Dans un environnement de recherche,
[24:55]
un bon logiciel se copie, se partage,
[24:57]
se teste et se discute.
[24:59]
Tetris circule ainsi d'une institute à l'autre
[25:02]
de machine en machine.
[25:04]
Autour de Paget-Neuve,
[25:06]
certains ne voient pas seulement un passe-temps parmi eux.
[25:09]
Vladimir Pokylko, qui deviendra plus tard son associé
[25:12]
chez Animatech selon les biographies officielles,
[25:15]
le lien est réel et documenté.
[25:18]
C'est précisément cette proximité qui, des années plus tard,
[25:21]
sera simplifiée jusqu'à brouiller les rôles.
[25:24]
Le détail qui rend tout ça explosif,
[25:26]
c'est qu'à la fin des années 80,
[25:28]
Tetris n'est plus seulement un jeu ingénieux.
[25:30]
C'est un produit qui circule entre deux systèmes économiques
[25:33]
qui ne fonctionnent pas de la même façon.
[25:36]
D'un côté, l'URSS, où le logiciel appartient à l'État.
[25:39]
C'est ça qui est important de comprendre.
[25:41]
Et de l'autre, des entreprises occidentales prêtes à acheter,
[25:45]
vendre et revendre des droits parfois mal définis.
[25:48]
Et même de faire de la business,
[25:50]
c'était tendu entre les États-Unis et l'Union soviétique.
[25:53]
Ça devait être tellement particulier les négaux de ça.
[25:57]
Dès que le jeu sort de Moscou,
[25:59]
la question cesse d'être qui l'a inventé pour devenir
[26:02]
qui a le droit de l'exploiter.
[26:05]
Les contrats sont flous, les catégories juridiques imprécises
[26:08]
et plusieurs acteurs croient détenir des droits
[26:11]
qui ne sont pas toujours clairement établis.
[26:13]
Et à partir de là, l'histoire de Tetris ne révèle plus seulement du jeu vidéo.
[26:17]
Elle devient une affaire de négociations internationales,
[26:20]
de licences concurrentes et de batailles juridiques.
[26:24]
Et ce contexte compte.
[26:26]
Il installe un arrière-plan déjà complexe, déjà chargé de tension et d'argent.
[26:30]
Et des années plus tard,
[26:32]
quand un drame réel survient en Californie
[26:34]
et que le nom de Tetris s'y rattache,
[26:36]
cette toile de fond donne l'impression
[26:38]
qu'il y a forcément quelque chose de plus grand derrière l'histoire,
[26:41]
même si rien ne le démontre.
[26:43]
Oui, tout à fait.
[26:45]
Il y a eu quand même un filment de fête là-dessus
[26:48]
qui est fascinant sur cette toile.
[26:49]
On dirait que le titre ne m'en revient pas rapidement.
[26:52]
Je pense que ça s'appelle Tetris tout simplement.
[26:53]
Ça se rapproche des vies.
[26:57]
Ça démontre bien le climat de guerre froide de l'époque.
[27:02]
C'était vraiment bon. C'est pas un documentaire,
[27:04]
c'est une biopic.
[27:05]
Elle est très bien faite pour ceux qui s'intéressent.
[27:09]
Et quand Tetris commence à sortir de l'URSS,
[27:12]
il ne le fait pas avec un contrat clair
[27:14]
et une stratégie marketing définie. Au contraire.
[27:17]
Comme beaucoup de logiciels de l'époque,
[27:19]
il circule d'abord de manière informelle.
[27:22]
Des copies, des disquettes, des démonstrations en privé.
[27:26]
Le jeu voyage plus vite que son statut juridique.
[27:29]
Et là, tout le monde va tenter de tirer la couverte de son bord
[27:33]
parce que tout le monde voit une forme de mine d'or.
[27:36]
L'un des premiers Occidentaux à tenter de structurer
[27:40]
les droits autour de Tetris est Robert Steen,
[27:43]
un entrepreneur britannique et fondateur
[27:45]
d'Andromeda Software.
[27:47]
Il découvre le jeu alors qu'il circule déjà en Hongrie.
[27:51]
Enthousiaste, il contacte Moscou pour obtenir
[27:53]
une licence d'exploitation. Mais dans le système soviétique,
[27:57]
parler aux créateurs ne suffit pas.
[27:59]
Tetris a été développé dans un institut public.
[28:02]
Les droits appartiennent donc à l'État,
[28:05]
l'organisme et aussi le ELORG,
[28:08]
l'organisme chargé de l'exportation
[28:11]
des logiciels soviétiques.
[28:15]
Pajitnov peut expliquer son jeu,
[28:17]
mais il ne peut pas vendre les droits à titre personnel.
[28:20]
Et là, ça va devenir compliqué.
[28:22]
Malgré cela, les licences commencent à circuler en Occident,
[28:26]
notamment vers Spectrum Holobyte aux États-Unis
[28:29]
et Mirrorsoft au Royaume-Uni.
[28:31]
Mirrorsoft, ça a existé longtemps.
[28:35]
Les contrats mentionnent les droits pour les ordinateurs
[28:38]
sans définir précisément ce que cela inclut.
[28:41]
C'étaient encore les balbutiements.
[28:42]
Et à la fin des années 80, le mot ordinateur est encore un peu flou.
[28:46]
Est-ce que c'est un IBM, un Amiga?
[28:49]
Est-ce que c'est une console branchée à la télévision?
[28:51]
Est-ce que c'est une borne d'arcade?
[28:53]
Est-ce que ça compte comme ordinateur?
[28:56]
Cette imprécision contractuelle devient le cœur du conflit
[28:59]
parce que chaque acteur interprète le terme à son avantage.
[29:03]
Et les arcades à l'époque, c'était encore le Golden Age,
[29:07]
contrairement à maintenant.
[29:09]
Pendant que ces interprétations s'entrechoquent,
[29:12]
Tetris cesse d'être simplement un jeu ingénieux.
[29:15]
Il devient un produit convoité
[29:17]
et plusieurs acteurs croient détenir une partie des droits.
[29:21]
Mirosoft, qui est lié à Robert Maxwell,
[29:23]
est-ce que c'est le Robert Maxwell, Seb, le père de Gillan Maxwell?
[29:28]
Oui. Je pense que oui.
[29:29]
Oui, vu que c'est britannique. C'est vrai, on dirait que je n'ai pas cliqué.
[29:32]
Un crossover entre Tetris et Epstein.
[29:35]
Tout est dans tout.
[29:37]
Oui, il ne doit pas y avoir deux Robert Maxwell,
[29:41]
des magnats d'entreprise comme ça.
[29:44]
Bref, Maxwell, lui aussi,
[29:46]
veut sécuriser le maximum de licence de Tetris.
[29:49]
Il y a Atari, aussi Atari Games,
[29:51]
entreprise américaine qui avance sur des versions console
[29:55]
à propos du jeu.
[29:56]
Et à Moscou, chez E-L-O-R-G,
[30:00]
Nikolai Belikov observe des entreprises occidentales
[30:03]
se battre autour d'un jeu soviétique
[30:05]
dont l'État veut encadrer l'exploitation plus clairement.
[30:09]
En 1988, au Consumer Electronic Show
[30:13]
au CES de Las Vegas, ça existait en 1988,
[30:16]
Hank Rogers découvre Tetris
[30:18]
et là, c'est une épiphanie.
[30:21]
Rogers, c'est pas juste un simple observateur.
[30:24]
C'est un entrepreneur qui est bien installé au Japon.
[30:26]
Il est fondateur de Bulletproof Software
[30:28]
et entretient des liens directs avec Nintendo,
[30:31]
notamment via ses activités d'édition sur le marché japonais.
[30:34]
En 1988, Nintendo, c'est quand même big.
[30:37]
Il a déjà publié des jeux sur les plateformes Nintendo
[30:40]
et comprend l'importance stratégique d'un titre fort
[30:43]
pour accompagner une nouvelle machine.
[30:46]
À ce moment-là, Nintendo prépare une console portable
[30:49]
appelée à devenir majeure, la Game Boy.
[30:53]
Rogers comprend immédiatement que Tetris
[30:55]
peut être le jeu qui définit cette console.
[30:57]
Non pas comme produit destiné à un public restreint,
[31:00]
mais comme titre universel capable de toucher
[31:03]
bien au-delà du marché traditionnel des joueurs.
[31:07]
En février 1989, il se rend à Moscou
[31:10]
pour clarifier les droits avec E-Lorg et Belikov.
[31:14]
La question est simple mais décisive
[31:16]
si un contrat parle d'ordinateur.
[31:19]
Est-ce que cela inclut une console portable comme la Game Boy
[31:21]
ou est-ce que c'est un marché distinct?
[31:24]
C'est une guerre un peu de sémantique autour de Tetris.
[31:27]
C'est très intéressant de voir
[31:30]
les balbutiements du copyright de la vidéo de l'époque.
[31:34]
L'accord conclu en 1989 donne à Nintendo
[31:37]
une position déterminante sur les versions
[31:40]
qu'on sent les portables.
[31:42]
Des contestations juridiques suivront, notamment de la part
[31:45]
d'Atari et de Mirrorsoft, mais la décision est prise
[31:48]
et la fenêtre commerciale est ouverte.
[31:51]
La Game Boy sort en Amérique du Nord en 89
[31:54]
avec Tetris inclus dans le coffret.
[31:57]
Le succès est immédiat et selon les chiffres communiqués
[32:00]
par la marque, cette version dépensera
[32:02]
les 35 millions d'exemplaires vendus à l'époque.
[32:06]
C'est fou, c'est avant les années 90.
[32:10]
Quand dans le début des marchés de consoles
[32:12]
au même portatif, c'était tout nouveau,
[32:15]
les chiffres sont vraiment impressionnants.
[32:17]
Je n'ai pas eu cette console, ma première Game Boy.
[32:19]
J'avais sans doute une super Nintendo à cette époque,
[32:24]
mais je t'ai rencontré jeune.
[32:26]
Je n'ai pas eu cette première Game Boy
[32:29]
qui est tellement belle.
[32:30]
J'aurais aimé ça la retrouver maintenant.
[32:33]
Il y a un marché autour de ces premières versions.
[32:39]
Et là, Tetris devient indissociable de la console
[32:42]
et s'installe dans la culture populaire mondiale.
[32:45]
C'était toute une époque, Emile, le jeu Tetris.
[34:08]
Toi, c'était quoi tes jeux préférés rétro à cette époque-là?
[34:12]
Je ne sais pas si c'était mon jeu préféré,
[34:14]
mais un des premiers souvenirs de jeux vidéo que j'ai,
[34:16]
c'est mon père qui avait ramené une Intellivision
[34:19]
à la maison. La console était vieille pour mon âge
[34:22]
parce qu'on n'est pas si vieux.
[34:25]
La Intellivision, il y avait des fils de téléphone
[34:27]
un peu boudinés sur la manette.
[34:29]
Il n'y avait pas de manette sans fil, évidemment.
[34:32]
Le jeu, il a fallu que je le recherche
[34:34]
parce que je ne me rappelle plus si c'était quoi.
[34:36]
C'est Shark Shark. Je ne sais pas si tu connais.
[34:38]
C'est un jeu où tu commences, c'est un petit poisson.
[34:40]
Tu dois manger des plus petits poissons que toi
[34:42]
pour devenir un plus gros poisson.
[34:44]
À partir de ce moment-là, tu peux manger des plus gros poissons.
[34:48]
C'est un peu une métaphore de l'époque
[34:56]
parce que j'aimais jouer à Pegasus et Pitfall, entre autres.
[34:59]
C'est quoi, un Coco 3? C'est qui est-ce qui dit
[35:01]
« Viens chez nous, jouez à ma Coco 3? »
[35:04]
Oui, c'est pas une attrape à pédophile.
[35:07]
En fait, c'est Tendy, c'est Color Computer 3.
[35:10]
C'est Radio Shack à l'époque qui faisait des ordinateurs.
[35:13]
Je suis sûr que les plus geeks d'entre nous se rappellent de ça
[35:17]
parce que ma mère, à l'époque, elle ne voulait pas
[35:18]
m'acheter une console Nintendo, mais un ordinateur, je pouvais.
[35:21]
Et c'était les premiers jeux, même sur cassettes audio,
[35:24]
que les jeux étaient installés, et c'était des petits pixels
[35:28]
et tout ça, donc c'était la belle époque.
[35:31]
Chérie, viens chez nous, on va jouer au Coco 3.
[35:35]
Je reviens à notre histoire, mon cher Emile.
[35:37]
Après la bataille des licences et le succès commercial
[35:40]
de la Game Boy, Tetris ne disparait pas.
[35:43]
Il s'installe. Ce n'est pas un phénomène ponctuel
[35:46]
de 1989, mais plutôt le point de départ
[35:49]
d'une trajectoire durable.
[35:51]
En 1996, un tournant majeur survit.
[35:55]
Les droits détenus par ELORG,
[35:58]
l'entité gouvernementale russe,
[36:01]
arrivent à échéance, et Alexis Pajitnov
[36:04]
récupère enfin les droits commerciaux
[36:06]
sur son propre jeu. Pendant plus d'une décennie,
[36:10]
malgré le succès mondial de Tetris,
[36:12]
il n'avait touché aucun revenu direct,
[36:15]
puisque le jeu appartenait juridiquement
[36:17]
à l'État soviétique.
[36:18]
C'est un des plus gros drames de l'histoire du jeu vidéo.
[36:23]
C'est une arnaque complète.
[36:27]
Toute cette histoire de jeu étatique,
[36:29]
ça n'a pas de sens.
[36:31]
J'ai pas trouvé l'info direct
[36:34]
que combien d'argent fait l'État soviétique
[36:38]
pendant ces années-là.
[36:40]
C'est pas très public de ce que je comprends.
[36:43]
J'ai pas trouvé l'info,
[36:45]
mais évidemment, il pue à plein.
[36:47]
Il doit être débordé d'argent,
[36:50]
mais quand même, je trouve qu'il y a une forme de vote.
[36:55]
Maintenant, il appartient à récupérer
[36:56]
Tetris Company, maintenant, c'est à lui.
[36:59]
C'est ça, vous allez voir, on va reparler.
[37:02]
J'ose croire que...
[37:04]
Je pense que ça va très bien maintenant,
[37:07]
mais il s'est eu ici quand même pendant une dizaine d'années.
[37:10]
C'était des grosses années aussi.
[37:11]
C'était les Nintendo et Atari qui faisaient de l'argent avec son jeu.
[37:14]
C'est ça qui est un peu triste.
[37:17]
Avec Hank Rogers, il fonde alors de Tetris Company
[37:21]
pour centraliser et encadrer l'exploitation de la marque.
[37:24]
L'objectif est clair, mettre fin aux licences dispersées,
[37:27]
uniformiser l'apparence et les règles du jeu,
[37:30]
protéger la propriété intellectuelle,
[37:32]
mais aussi contrôler l'usage du nom Tetris à l'échelle internationale.
[37:36]
À partir de ce moment-là, toute nouvelle version
[37:39]
doit être validée.
[37:40]
La marque est désormais structurée, protégée et gérée de façon cohérente.
[37:45]
Ce point est essentiel.
[37:47]
Après 1996, la situation des droits est stabilisée.
[37:51]
Les grandes batailles contractuelles des années 80 ne sont plus d'actualité.
[37:55]
La croissance, elle, continue.
[37:56]
Et en 2010, Tetris dépasse les 100 millions
[38:00]
de téléchargements mobiles payants.
[38:01]
En 2014, le total franchit les 425 millions.
[38:06]
Et en janvier 2026, la compagnie annonce
[38:09]
plus de 520 millions d'unités vendues,
[38:13]
toutes plateformes confondues et des milliards
[38:15]
de parties jouées chaque année en ligne.
[38:18]
Il ne s'agit pas d'un pic isolé,
[38:20]
mais d'une accumulation sur plus de 40 ans.
[38:23]
Oui, puis au point où ils ne doivent même pas avoir besoin
[38:25]
de faire de la publicité.
[38:27]
Ça doit être encore un des premiers jeux que quelqu'un cherche.
[38:31]
Tu arrives sur ton nouveau téléphone, tu dois chercher Tetris.
[38:33]
Tu arrives sur une console en ligne, peut-être pas sur ta PS5
[38:38]
après avoir joué à un jeu super immersif, mais quand même.
[38:41]
Ils sont encore là, malgré tout.
[38:42]
Il y a des versions consoles qui ont mis plus belle, plus dynamique
[38:46]
avec toutes sortes de versions malgré tout.
[38:49]
À cette échelle, Tetris n'est plus seulement un jeu,
[38:53]
c'est une marque mondiale reconnue sur plusieurs générations.
[38:56]
Et c'est là que ça devient important pour notre histoire.
[38:59]
Quand un drame local est associé à un nom qui a traversé
[39:01]
des décennies et vendu plus d'un demi-milliard d'unités,
[39:06]
la perception change, le nom attire l'attention
[39:09]
et avec elle viennent les hypothèses et les raccourcis.
[39:12]
Avant la rumeur, avant les résumés,
[39:14]
avant les théories, il y avait pourtant un homme,
[39:18]
Vladimir Pokylko.
[39:20]
Oui, il ne faut pas oublier que justement,
[39:22]
lui et sa famille ont été retrouvés morts en 1998.
[39:26]
C'est un peu le centre de cette histoire-là.
[39:28]
Il y a eu des vraies victimes là-dedans.
[39:30]
Et là, je vais vous en parler un petit peu plus
[39:32]
en détail de ce Vladimir. Pokylko n'est pas le créateur de Tetris.
[39:37]
On vous le dit plein de fois.
[39:38]
En 1998, au moment du drame, les journaux le présentent
[39:44]
Une entreprise de logiciels installés dans la région
[39:47]
de San Francisco spécialisée dans les outils de modélisation
[39:50]
et d'animation 3D. L'entreprise développe
[39:53]
des technologies destinées au studio de jeux vidéo,
[39:56]
à l'animation et à certains usages industriels.
[40:00]
On est en pleine effervescence technologique
[40:02]
à la Silicon Valley des années 90.
[40:05]
Donc beaucoup de capital de risque.
[40:08]
Il y a des startups ambitieuses,
[40:09]
des firmes d'investissement qui viennent s'installer,
[40:12]
des promesses de croissance rapide.
[40:14]
C'est un peu la gold rush de la technologie.
[40:18]
Mais le parcours de Pokylko commence bien avant la Californie.
[40:22]
Lui, il est formé en Union Soviétique
[40:24]
et les profils publiés à l'époque indiquent
[40:27]
qu'il obtient un diplôme technique en 1975
[40:29]
puis un diplôme en psychologie en 1982
[40:32]
à l'Université d'État de Moscou.
[40:35]
En 1988, il complète un doctorat en psychologie
[40:38]
à l'Académie des sciences de Russie.
[40:40]
Il s'intéresse aux interactions entre les systèmes informatiques
[40:44]
et les comportements humains.
[40:45]
Un champ encore marginal à cette époque.
[40:48]
Oui, c'est un des pionniers de l'interaction humain-machine
[40:52]
et avoir travaillé là-dessus.
[40:54]
C'est un peu pour ça aussi qu'il s'est collé
[40:56]
aux jeux de Tetris parce que justement,
[40:58]
tout l'aspect addictif, lui, ça l'a accroché immédiatement.
[41:02]
C'est pour ça qu'il a voulu travailler, entre autres,
[41:05]
sur le jeu, pour tous ces aspects-là,
[41:08]
sur l'addiction et toute la jouabilité.
[41:11]
Exact. Lorsque Tetris apparaît en 1984 à Moscou,
[41:15]
le jeu circule rapidement dans les instituts scientifiques.
[41:19]
Pokylko n'en est pas l'auteur,
[41:20]
mais il évolue dans le même milieu que Pagidnov.
[41:23]
Il observe très tôt l'effet du jeu sur les utilisateurs.
[41:26]
La répétition, l'absorption, la difficulté à décrocher,
[41:30]
la courbe d'apprentissage aussi,
[41:32]
la difficulté dans les différents niveaux,
[41:34]
et le lien entre sa formation en psychologie
[41:36]
et cet objet informatique n'est pas accessoire.
[41:40]
C'est en 1988 que Pagidnov et Pokylko
[41:43]
cofondent Animotech à Moscou,
[41:46]
après l'effondrement de l'URSS.
[41:48]
Ils s'installent donc aux États-Unis en 1991 avec leur famille.
[41:51]
Un bureau est ouvert à San Francisco,
[41:54]
tout en conservant des employés en Russie.
[41:57]
L'entreprise tente de se positionner dans le marché émergent des outils 3D,
[42:01]
un secteur prometteur mais instable.
[42:04]
Il commence à avoir des gros films qui utilisent ce type de technologie,
[42:07]
des Jurassic Park et autres.
[42:10]
Pendant ce temps, la trajectoire commerciale de Tetris évolue ailleurs.
[42:15]
En 1996, Pagidnov récupère officiellement
[42:18]
les droits commerciaux sur son jeu
[42:20]
et fonde de Tetris Company avec Hank Rogers
[42:23]
pour centraliser l'exploitation mondiale de la marque.
[42:27]
Ce point est important, et à partir de ce moment-là,
[42:30]
la gestion de Tetris est structurée et distincte
[42:33]
des activités d'Animotech.
[42:35]
Pokylko ne fait pas partie de cette nouvelle entité par contre,
[42:38]
mais il demeure concentré sur sa propre entreprise.
[42:41]
C'est là que c'est important de le comprendre,
[42:43]
c'est qu'il n'est pas dans la nouvelle entreprise de Tetris.
[42:47]
Il est resté avec Animotech.
[42:49]
J'ai fait des vérifications, il n'y a aucun actionnaire.
[42:53]
C'est pas à lui.
[42:56]
C'est là que le contexte devient plus fragile,
[42:58]
parce qu'à la fin des années 90, plusieurs articles décrivent Animotech
[43:03]
comme financièrement instable.
[43:05]
On parle de dettes importantes, de retards de salaire,
[43:08]
de compression et de licenciement en Russie peu avant le drame.
[43:11]
Des investisseurs s'inquiètent de la rentabilité de l'entreprise.
[43:15]
Des proches rapportent que Pokylko craint
[43:17]
de perdre le contrôle de sa compagnie.
[43:20]
Ce contexte n'explique rien à lui seul,
[43:22]
mais il correspond à la lecture officielle du dossier,
[43:25]
c'est-à-dire des pressions financières, des instabilités,
[43:28]
des inquiétudes professionnelles documentées à l'époque.
[43:31]
En 1998, lorsque survient le drame de Palo Alto,
[43:35]
Pokylko n'est pas au centre de la gestion de Tetris, loin de là.
[43:39]
Les droits commerciaux sont déjà structurés depuis 1996
[43:42]
au sein de la Tetris Company.
[43:45]
Lui dirige toujours Animotech, qui est une entreprise distincte,
[43:48]
mais en difficulté.
[43:50]
Donc, il y a toujours un lien réel avec Tetris,
[43:54]
mais il est très indirect rendu à cette époque-là.
[43:57]
Oui, exact. Et là, on va continuer à dégager un peu,
[44:01]
je peux dire, nettoyer les zones d'ombre.
[44:04]
Même lorsqu'un dossier est officiellement classé,
[44:06]
il y a un écart qui peut subsister
[44:08]
entre la conclusion légale administrative
[44:10]
et la perception du public.
[44:12]
Et dans cette affaire, la chronologie est pourtant claire.
[44:15]
Le drame est découvert le 22 septembre 1998 à Palo Alto.
[44:19]
Les analyses suivent. Et le 9 octobre de la même année,
[44:22]
dans le San Francisco Chronicle,
[44:25]
la lieutenant Alana Forest déclare que les enquêteurs
[44:28]
ne disposent d'aucun élément pointant vers un suspect externe,
[44:32]
et l'affaire est traitée comme un meurtre suicide.
[44:33]
Sur le plan policier, le dossier est clos,
[44:36]
mais ce qui circule ensuite repose moins sur la conclusion
[44:40]
que sur certains détails.
[44:42]
Et le premier, celui qui revient constamment,
[44:45]
c'est la note qui a été retrouvée.
[44:47]
Elle est retrouvée dans la résidence,
[44:49]
sur le bureau de Pocilco.
[44:51]
Son contenu n'est pas dévoilé immédiatement.
[44:53]
C'est en janvier 1999 que la presse locale le publie.
[44:56]
On apprend aussi qu'il a été transmis au FBI Crime Lab
[45:00]
pour l'analyse et qu'une traduction a été réalisée
[45:02]
avec l'aide d'un linguiste russe affilié au FBI.
[45:06]
Et le message est bref, on vous revient là-dessus.
[45:14]
La formulation est instable, l'orthographe fautif,
[45:17]
la construction est étrange, mais il faut rappeler
[45:20]
que l'anglais n'était pas la langue maternelle de Pocilco.
[45:22]
Le texte ne constitue ni un récit détaillé,
[45:25]
ni une explication structurée.
[45:27]
Il laisse place à l'interprétation.
[45:29]
Il y a d'autres éléments techniques qui sont également mentionnés
[45:31]
dans les contes rendus de l'époque.
[45:33]
Selon les articles publiés en 1998, il n'y a pas de signes d'infraction
[45:36]
à la résidence, rien évidemment de volé
[45:39]
et pas d'indications claires de lutte.
[45:42]
Et pris tel quel, eh bien, ces éléments appuient
[45:49]
à une cohérence. Certains récits ultérieurs évoquent
[45:51]
aussi l'absence d'empreintes digitales exploitables
[45:54]
sur certains objets, mais aussi la présence d'une empreinte
[45:57]
d'une pompe de main. Sans accès au dossier complet
[46:00]
et aux rapports médicaux légaux détaillés, eh bien,
[46:03]
ces éléments sont difficiles à évaluer avec précision.
[46:05]
Et en pratique, l'absence de traces, mais ça ne constitue pas
[46:09]
en soi une preuve d'une intervention extérieure.
[46:12]
Donc surtout que c'est quand même un drame assez violent,
[46:15]
il y a sans doute des traces de lutte ou des déplacements,
[46:20]
sans vouloir entrer dans des détails scabreux.
[46:24]
Quand ton arme, c'est un marteau et que tu essaies
[46:26]
de tuer quelqu'un, c'est rare que c'est le premier coup.
[46:29]
Je veux dire, je ne l'ai jamais fait.
[46:30]
J'imagine que pour que tu puisses faire ça
[46:35]
d'un coup rapidement,
[46:38]
en tout cas, ça ne doit pas être évident.
[46:39]
J'imagine qu'il pourrait y avoir des luttes et tout ça.
[46:41]
Donc ça pointe un peu vers un individu de confiance
[46:44]
qui a été dans la maison sans éveiller les soupçons
[46:47]
et sans créer une panique.
[46:48]
Oui, oui, absolument. Il n'y a pas eu de bataille ou quoi que ce soit.
[46:51]
Il y a enfin aussi la mention du FBI,
[46:54]
parce que dans les faits rapportés, il y a des questions
[46:56]
d'assistance technique et linguistique, ce qui n'est pas
[46:58]
inhabituel dans un dossier qui implique une famille
[47:01]
d'origine russe, un document rédigé en anglais approximatif.
[47:04]
Mais encore une fois, les gens ont isolé la formule
[47:08]
le FBI était impliqué, puis là, ça prend rapidement
[47:11]
une ampleur un peu différente.
[47:13]
Oui, comme si c'était secret d'états et autres.
[47:14]
Exact, exact. Aucun de ces éléments ne constitue à lui seul
[47:18]
une preuve alternative, mais réuni, il crée une zone
[47:21]
d'incertitude. Et ce sont ces zones grises
[47:24]
qui alimentent le doute. Et parmi les hypothèses qui émergent
[47:27]
presque systématiquement à partir de ces éléments,
[47:30]
il y en a une qui revient avec insistance,
[47:33]
la mafia russe.
[47:35]
Oui, et je vais élaborer un peu là-dessus, Seb.
[47:37]
Ça fait longtemps que je n'avais pas lu l'histoire en lien
[47:39]
avec la mafia russe. Elle nous manquait quelque part.
[47:42]
C'est une théorie qui explique tout. Je dis ça un peu
[47:45]
avec une pointe de sarcasme. Mais quand le nom de Tetris
[47:48]
est associé au drame de Palo Alto, il y a une hypothèse
[47:51]
qui revient rapidement dans les discussions en ligne,
[47:54]
celle d'une possible implication de la mafia russe,
[47:57]
parce qu'encore une fois, on était en période de tension.
[48:00]
Ce réflexe ne sort pas de nulle part.
[48:02]
À la fin des années 90, le crime organisé russe
[48:06]
occupe une place importante dans les médias nord-américains.
[48:09]
En 1998, le directeur du FBI,
[48:12]
Louis Free, témoigne devant le Congrès
[48:15]
au sujet de la montée du crime organisé international
[48:17]
et il mentionne des groupes criminels russes
[48:20]
et est-européens actifs dans plusieurs
[48:23]
grandes villes américaines, dont la région de San Francisco.
[48:26]
Il est alors question de réseaux structurés,
[48:29]
parfois associés aux thieves in law,
[48:34]
qui est un terme désignant des figures
[48:36]
d'autorité au sein du crime organisé russe traditionnel
[48:39]
et d'enquêtes menées en collaboration
[48:41]
avec des agences étrangères.
[48:43]
Le contexte existe, il est bien documenté.
[48:47]
C'est dans ce climat que l'association le devient
[48:50]
rapide entre les deux événements. Un jeu devenu
[48:53]
un succès mondial, une bataille internationale
[48:56]
pour les droits, un entrepreneur d'origine soviétique,
[49:00]
une mort violente, donc le récit
[49:03]
paraît cohérent dans l'imaginaire des gens
[49:05]
dont on fait des liens. Mais dans sa version la plus
[49:07]
répondue, la théorie soutient qu'il ne s'agirait pas
[49:10]
d'un drame familial, mais d'une intervention extérieure.
[49:14]
Des individus seraient entrés, auraient tué la famille
[49:17]
puis maquillé la scène pour qu'elle ressemble à autre chose.
[49:20]
Parce qu'il ne faut pas oublier que Vladimir a été
[49:23]
retrouvé avec un couteau dans la gorge.
[49:26]
C'est quand même un suicide intense.
[49:29]
C'est très rare qu'on voit ça.
[49:34]
Le mobile invoqué serait financier,
[49:37]
c'est-à-dire Tetris représente des sommes importantes
[49:39]
et la Russie post-soviétique des années 90
[49:42]
est marquée par des réseaux criminels
[49:44]
cherchant à infiltrer des secteurs lucratifs.
[49:47]
Donc, est-ce qu'il y aurait même erreur sur la personne?
[49:51]
Certains éléments repris dans la docu-série
[49:53]
des Tetris Murders alimentent cette lecture.
[49:56]
On y évoque notamment l'apparition rapide du FBI
[49:59]
sur les lieux du crime dès le lendemain du drame,
[50:02]
ainsi que l'existence d'un mandat lié à la division fédérale
[50:06]
chargée du crime organisé et du racket
[50:08]
qui, lui, est daté peu après les faits.
[50:11]
Dans le documentaire et dans certains articles,
[50:13]
cet élément est présenté comme un indice
[50:15]
que les autorités fédérales auraient envisagé
[50:18]
une piste liée au crime organisé.
[50:21]
Il faut toutefois nuancer.
[50:23]
La présence ou l'intervention du FBI ne constitue pas en soi
[50:26]
une preuve d'implication mafieuse.
[50:28]
Dans un dossier impliquant un ressortissant d'origine russe,
[50:32]
une entreprise technologique internationale
[50:34]
et des documents en langue étrangère,
[50:36]
une assistance fédérale peut relever d'un soutien technique,
[50:40]
d'une coordination à interagence ou d'un simple protocole.
[50:44]
Mais aucun document public ne démontre que le FBI
[50:46]
ait établi un lien direct entre l'affaire
[50:49]
et un réseau de criminels russes.
[50:52]
Un autre élément mentionné dans la série
[50:54]
concerne l'interprétation symbolique des armes utilisées.
[50:58]
Certains membres de la communauté russe
[51:00]
auraient suggéré que l'usage combiné d'un marteau
[51:02]
et d'un couteau pouvait évoquer le marteau
[51:05]
et la fossée soviétique.
[51:10]
Cette lecture circule dans le documentaire
[51:12]
mais elle demeure très interprétative.
[51:14]
Ça peut laisser croire aussi qu'il y aurait peut-être deux personnes
[51:17]
vu qu'il y a deux armes différentes.
[51:20]
Ça peut laisser croire qu'il y aurait peut-être un groupe
[51:22]
qui serait rentré dans la maison.
[51:25]
Il faut également préciser un point essentiel.
[51:27]
Il n'existe pas une « mafia russe » monolithique.
[51:31]
Les documents officiels de l'époque
[51:33]
parlent d'une pluralité des groupes criminels
[51:35]
mais dans le récit populaire, la nuance disparaît rapidement.
[51:39]
L'expression devient une étiquette simple
[51:41]
qui permet d'identifier un groupe de coupable.
[51:44]
Parce qu'on fait ça ici aussi au Québec, la mafia italienne.
[51:47]
C'est les Italiens. C'est la gang de l'Ouest.
[51:50]
Je sais qu'à l'intérieur, il y a plusieurs factions.
[51:52]
C'est vrai qu'on les met un peu dans le même bateau,
[51:55]
mais plein de groupes ne sont pas tous ensemble.
[51:58]
Il y a plusieurs indépendants aussi.
[52:01]
On les met souvent tous dans le même panier.
[52:04]
Les arguments avancés pour soutenir cette piste
[52:07]
reposent presque toujours sur les mêmes éléments.
[52:09]
La note qui est ambiguë, certains détails techniques évoqués après coup,
[52:14]
le contexte russe, les difficultés financières
[52:16]
d'animatheque, la mention d'une assistance fédérale
[52:19]
et parfois l'idée que Pockelco aurait été liée
[52:22]
à des enjeux financiers plus larges autour de Tetris.
[52:25]
Et prises ensemble, ces éléments peuvent donner une impression de cohérence.
[52:29]
Mais une impression ne constitue pas une démonstration.
[52:32]
Et si l'on pose la question en termes simples,
[52:35]
existent-ils des éléments publics établissant un lien direct
[52:38]
entre Vladimir et un réseau criminel russe?
[52:41]
Des menaces documentées par exemple, des transactions
[52:44]
suspectes, des témoignages,
[52:47]
mais à ce jour, il n'y a aucun élément public cible
[52:49]
qui confirme un lien comme ça.
[52:52]
Il y a un point qui est déterminant pour que la théorie fonctionne pleinement.
[52:55]
Il faudrait que Vladimir soit perçu comme un acteur
[52:58]
stratégique central dans la structure mondiale de Tetris,
[53:01]
mais c'est pas le cas.
[53:04]
C'est pas lui, il faut que t'ailles voir ceux des millions
[53:07]
pour les droits.
[53:09]
C'est Pajitnov, en fait.
[53:13]
Si c'était la mafia russe,
[53:16]
ils se sont potentiellement trompés de personne
[53:18]
parce qu'ils ont peut-être confondu deux Russes,
[53:21]
mais Alexis Pajitnov, même à l'époque, c'était un nom bien connu.
[53:24]
Comme si tu disais, il faut que j'aille tuer
[53:27]
Zuckerberg, mais je suis allé chez Jeff Bezos.
[53:30]
Oui, oui.
[53:32]
Donc la théorie mafieuse, on n'a pas le choix de l'exclure,
[53:35]
selon mon interprétation.
[53:37]
On n'a pas assez de preuves de ce côté-là.
[53:40]
Et le contexte des années 90 inclut bel et bien
[53:43]
des cas documentés de criminalité internationale russe,
[53:46]
mais passer d'un climat général à un dossier précis comme ça,
[53:50]
ça demande des faits concrets.
[53:52]
C'est ici que la question change de nature.
[53:55]
L'enjeu n'est pas seulement de savoir si la mafia est impliquée,
[53:58]
c'est de comprendre comment une hypothèse appuyée sur un contexte
[54:01]
peut progressivement devenir un peu une certitude
[54:04]
aux oreilles de chacun.
[54:06]
Donc c'est ça.
[54:08]
Selon moi, je pense qu'il y avait plus d'intérêt
[54:13]
à, comment dire, il y a plus de mobile qui pousse
[54:15]
vers le family seed.
[54:17]
Oui, oui, absolument. Tu as 100 % raison.
[54:20]
C'est là qu'on va justement un peu débunker tout ça,
[54:22]
puis on va même revenir en arrière sur la scène de crime.
[54:27]
Mais après la diffusion de la docusérie,
[54:29]
les faits ne changent pas. Le dossier d'honneur,
[54:31]
le même que 98, les déclarations publiques faites dans les jours
[54:34]
qui suivent le drame, restent les mêmes.
[54:37]
Et justement, on revient un peu sur l'histoire.
[54:39]
Le 22 septembre 98, vers 15h30, il y a un proche inquiet
[54:43]
qui appelle la police après avoir été incapable de joindre la famille.
[54:46]
C'est le frère, je pense, de Vladimir.
[54:48]
Exact. Et à l'intérieur de la résidence,
[54:51]
les policiers découvrent les corps de Vladimir, son épouse
[54:55]
et de leur fils. Mais c'est dès le 24 septembre
[54:58]
de la même année que la presse
[55:01]
rapporte la version policière.
[55:03]
Les enquêteurs estiment que Pokylko aurait frappé son épouse
[55:06]
et son fils avec un marteau alors qu'il était dans leur lit,
[55:10]
puis les aurait poignardés avec un couteau de chasse.
[55:14]
Et les corps de Helena, sa femme, et de Peter, son fils,
[55:17]
sont retrouvés en vêtement de nuit.
[55:19]
Aucun signe d'effraction n'est signalé,
[55:21]
et Pokylko est retrouvé dans la chambre de son fils
[55:23]
le couteau à la main avec une blessure à la gorge
[55:26]
décrite comme auto-infligée.
[55:29]
Et le porte-parole du service de police parle publiquement
[55:31]
d'un meurtre suicide. Et c'est le 9 octobre 98
[55:35]
qui réaffirme dans les médias
[55:38]
qu'il n'y a aucune preuve qu'il pointe vers un autre suspect.
[55:42]
Donc, il n'y a jamais eu de nouveaux éléments
[55:45]
qui sont apparus. Ces aimants-là,
[55:47]
qui ne sont pas apparents en 2022, sont apparus en 98.
[55:51]
Et donc, le contexte financier est également mentionné à l'époque.
[55:54]
Hank Rogers déclare à la presse
[55:56]
qu'Animatech traverse des difficultés notamment liées
[55:59]
à la situation économique en Russie, où la majorité
[56:02]
des employés travaillent encore, puis il évoque une levée
[56:05]
de fond en cours pour soutenir des projets ambitieux
[56:08]
en animation numérique. Animatech est décrite
[56:11]
comme lourdement endetté et sous pression.
[56:13]
Il y a un autre point fondamental qui concerne les droits de Tetris.
[56:17]
En 96, après l'expiration des accords soviétiques,
[56:20]
et bien, Paget-Neuve récupère les droits,
[56:22]
comme on vous a dit, et fonde de Tetris Company avec
[56:25]
Hank Rogers. Et à partir de ce moment-là,
[56:28]
la marque est centralisée. Et Pockylco
[56:30]
ne contrôle pas des droits mondiaux en 98 de Tetris.
[56:34]
Il ne fait pas partie de la structure décisionnelle de la marque.
[56:37]
Donc, l'idée d'un mobile financier direct lié
[56:40]
à Tetris, c'est un peu une surestimation de son rôle
[56:44]
réel. Et la note qui a été retrouvée sur place,
[56:47]
en fait, les autorités pensent qu'il s'agit
[56:49]
pas d'une note de suicide classique,
[56:52]
étant donné que le texte est ambigu,
[56:54]
qu'il n'y a pas d'identification d'un tiers,
[56:57]
il n'y a pas d'organisation, il n'y a pas de mobile externe.
[57:00]
Oui, il y a même une signature du diable,
[57:03]
donc il y a un petit côté même occulte, on dirait.
[57:05]
Exact, ce n'est pas une preuve non plus
[57:08]
d'une intervention extérieure. Et ils n'ont jamais,
[57:11]
c'est jamais débordé de ça.
[57:13]
C'est à partir de là que les glissements commencent.
[57:16]
Un entrepreneur qui est lié à Tetris devient le co-développeur,
[57:19]
puis à force de reprise devient le créateur.
[57:23]
Or, on le sait, le créateur, c'est pas lui.
[57:25]
Et l'idée d'un meurtre directement lié aux droits du jeu
[57:28]
est appuyée par aucun élément public du dossier de 98.
[57:31]
La piste de la mafia russe reste une hypothèse,
[57:34]
elle s'inscrit dans un contexte réel des années 90,
[57:37]
mais il n'y a aucune preuve directe.
[57:39]
Donc ici, c'est vraiment une transformation progressive du vocabulaire,
[57:43]
une simplification qu'on a répétée,
[57:45]
puis pour comprendre quand cette version s'impose réellement,
[57:48]
il ne suffit pas d'écouter les commentaires,
[57:50]
il faut regarder les traces numériques.
[57:53]
Et là, Emile, j'ai un peu vérifié
[57:58]
les statistiques un peu là-dessus.
[58:00]
Pour mesurer l'évolution, j'ai utilisé Google Trends.
[58:03]
Google Trends, pour ceux qui ne connaissent peut-être pas,
[58:06]
c'est un outil public de Google qui permet d'observer
[58:08]
l'intérêt relatif pour un terme de recherche dans le temps.
[58:11]
Puis on peut reculer jusqu'à 2004.
[58:14]
Et Google Trends, pour juste vous donner un peu sa pondération,
[58:17]
ça ne donne pas un nombre absolu de recherches,
[58:19]
ça donne un indice qui est normalisé de 0 à 100.
[58:22]
Et l'indice 100, ça démontre le pic d'intérêt
[58:26]
pour le terme sur la période sélectionnée.
[58:29]
Et un 0, ça ne signifie pas nécessairement l'absence de recherche,
[58:33]
mais un volume trop faible pour être significatif.
[58:36]
Et l'usage aussi, dans mes recherches,
[58:38]
j'ai utilisé les différentes variantes de mots clés.
[58:41]
J'ai tout utilisé des variantes comme Tetris, Murder, blablabla.
[58:45]
En analysant les données mondiales de 2004 à aujourd'hui,
[58:48]
il y a plusieurs constats qui ressortent.
[58:51]
Les expressions comme Tetris Creator Death ou Tetris Creator Killed
[58:57]
restent généralement faibles sur l'ensemble de la période,
[58:59]
mais avec des pointes brèves mais non soutenues.
[59:02]
Puis elles ne démontrent pas une tendance stable sur plusieurs années.
[59:05]
Par contre, le nom Vladimir Pokylko affiche une montée nette
[59:09]
à partir de décembre 2022.
[59:11]
Et il y a un nouveau sommet qui est atteint en avril 2023
[59:15]
à cause justement du film sur Tetris
[59:18]
qui est sorti sur Apple TV.
[59:20]
- Oui, celui dont on parlait tantôt. - Oui, exact.
[59:22]
C'est à ces deux moments-là, dans ces périodes-là,
[59:25]
en décembre 2022 avec le documentaire de Tetris Murder
[59:28]
et en mars-avril 2023 avec le film Tetris,
[59:32]
que ça a créé une sorte d'augmentation d'intérêt
[59:36]
sur le sujet en tant que tel.
[59:39]
C'est à ce moment-là que la nouvelle a dû faire
[59:41]
un boule de neige un peu,
[59:43]
se répandre dans l'inconscient collectif.
[59:45]
Oui, oui, exact. Il y a plein de médias,
[59:47]
le New York Post et tout ça, qui ont repris.
[59:50]
Est-ce que la mafia russe?
[59:52]
- Ah oui, les mails et autres. - Oui, c'est ça.
[59:55]
Ça nourrit encore plus le mythe.
[59:58]
Donc, les données ne montrent pas la découverte progressive
[01:00:00]
d'un fait caché.
[01:00:01]
Elles montrent juste l'activation d'un public,
[01:00:04]
en fait de l'intérêt du public à des dates spécifiques
[01:00:06]
liées à des productions médiatiques.
[01:00:09]
Autrement dit, ce qui explose, ce n'est pas une preuve nouvelle.
[01:00:13]
C'est une narration qui est remise en circulation.
[01:00:15]
Et les pics d'intérêt ne précèdent pas le documentaire,
[01:00:18]
ils le suivent.
[01:00:19]
C'est là que la phrase simplifiée prend le dessus.
[01:00:21]
Le créateur de Tetris a été assassiné.
[01:00:24]
Et les courbes montrent une amplification
[01:00:26]
qui est liée à une exposition médiatique,
[01:00:28]
pas à une révélation historique.
[01:00:30]
Donc, le récit s'active, se condense,
[01:00:33]
puis se circule sous une forme plus simple
[01:00:34]
que les faits documentaires 98.
[01:00:36]
Et c'est ça qui a amené à toute cette dérive, dérive.
[01:00:41]
Donc, c'est des monkeys, mon cher Emile.
[01:00:44]
Ben oui.
[01:00:46]
Le créateur de Tetris n'est pas mort.
[01:00:48]
Non, exactement.
[01:00:49]
Il reste quand même un peu de mystère
[01:00:52]
autour de la tragédie de Vladimir Pokylko.
[01:00:56]
Je ne veux pas non plus mettre mon chapeau d'aluminium,
[01:01:01]
mais c'est sûr que les circonstances,
[01:01:06]
la découverte des corps est quand même un peu étrange.
[01:01:09]
C'est bizarre, oui.
[01:01:10]
Mais il y avait quand même un mobile
[01:01:12]
qui pourrait justifier son acte à Vladimir
[01:01:15]
d'avoir assassiné toute sa famille.
[01:01:17]
Mais bon, ça reste une histoire vraiment tragique
[01:01:21]
de ce côté-là,
[01:01:22]
même si ça a été associé au créateur de Tetris.
[01:01:25]
Oui, oui, absolument.
[01:01:26]
Parce que moi, je suis convaincu que c'est un meurtre suicide.
[01:01:28]
On dirait que cette théorie-là, j'y adhère.
[01:01:31]
Mais c'est vrai qu'il y a peu de détails.
[01:01:34]
On a peu de détails sur la profondeur de la dette,
[01:01:38]
jusqu'à quel point.
[01:01:39]
Parce que je comprends que tu peux être endetté et tout ça,
[01:01:42]
mais es-tu obligé de tuer ta femme et ton fils?
[01:01:45]
Je ne sais pas ce qui est pensé par la tête.
[01:01:48]
Un ami la veille, j'essaie de fouiller sur le détail,
[01:01:52]
la conversation avec son ami.
[01:01:53]
Il n'y a pas beaucoup de détails qui sortent là-dessus.
[01:01:56]
Donc, je ne peux pas croire qu'il ne devait pas être instable.
[01:02:01]
Psychologiquement, sa famille devait s'en rendre compte.
[01:02:03]
Je ne sais pas, mais je veux dire, qu'est-ce qui te pousse?
[01:02:08]
Ce n'est pas une mort de la façon qu'elle a procédé.
[01:02:13]
C'est tellement violent.
[01:02:15]
Ça n'a pas de sens.
[01:02:17]
C'est à chair. C'est fou.
[01:02:19]
J'ai l'impression que c'est ce manque d'explication.
[01:02:22]
On a de la misère à s'expliquer un geste comme ça.
[01:02:24]
C'est pour ça qu'on a tendance à aller chercher des réponses ailleurs.
[01:02:28]
Ça ne se peut pas qu'un homme ait fait ça tout seul.
[01:02:32]
Ça ne se peut pas qu'il soit envenu jusque-là à tuer sa famille.
[01:02:35]
Il y a sans doute un tiers parti d'impliqués.
[01:02:39]
Oui.
[01:02:41]
C'est sûr que les enquêtes policières, ce n'est pas exactement comme aujourd'hui.
[01:02:45]
Mais malgré qu'ils ont relevé des empreintes, des choses comme ça,
[01:02:50]
je ne sais pas jusqu'à quel point...
[01:02:52]
Des fois, quand il y a des documentaires comme ça qui arrivent 20 ans plus tard,
[01:02:55]
des fois, ils ré-ouvrent les enquêtes.
[01:02:57]
Mais dans ce cas-là, ça n'a pas déclenché.
[01:02:59]
Je pense que c'est vraiment un dossier clos.
[01:03:01]
Probablement.
[01:03:02]
Mais à voir.
[01:03:03]
Oui.
[01:03:04]
Merci, Seb, pour tous ces détails.
[01:03:07]
Merci, cher Distordu, d'avoir été à l'écoute, comme à l'habitude.
[01:03:11]
On veut aussi remercier André Beaupré, notre cher monteur,
[01:03:15]
notre équipe de recherche aussi.
[01:03:17]
Je vous inclue un peu là-dedans aussi, Seb.
[01:03:20]
Vous savez où nous trouver, les Distordus.
[01:03:22]
On est partout sur les réseaux sociaux, sur TikTok, YouTube aussi.
[01:03:26]
N'oubliez pas de vous abonner sur Spotify, Apple Podcasts,
[01:03:29]
peu importe où est-ce que vous écoutez votre podcast.
[01:03:31]
Et surtout sur Patreon.
[01:03:33]
Sachez que tout sort en avance sur Patreon.
[01:03:35]
On a une tonne de bonus, si vous arrivez maintenant,
[01:03:37]
parmi nos chers membres Patreon.
[01:03:39]
Vous allez voir, la voûte est bien garnie.
[01:03:44]
Exactement.
[01:03:44]
D'ailleurs, un after-show, Seb, pour nos abonnés.
[01:03:46]
Oui, monsieur.
[01:03:47]
Tu nous parlais d'anomalies numériques lors de la guerre froide.
[01:03:51]
Oui.
[01:03:51]
Ça risque d'être très intéressant.
[01:03:53]
On va suivre ça dans quelques minutes.
[01:03:55]
Dans quelques minutes, on enregistre ça.
[01:03:58]
Et bien, pas le choix.
[01:03:59]
Il faut donner des shout-out à nos chers membres Patreon.
[01:04:02]
Je te laisse commencer, Seb.
[01:04:54]
Merci à vous.
[01:04:56]
Merci.
[01:04:58]
Et pour terminer, je vous remercie de vous avoir suivi.
[01:04:59]
Et pour terminer, Seb, aurais-tu un mot de la fin pour nous ce soir?
[01:05:02]
Si vous possédez une copie du jeu Tetris originale, protégez-la bien.
[01:05:07]
Des agents secrets sont peut-être à vos trousses.
[01:05:10]
Faites attention.