Épisode

🎙️ MrDeepFakes : qui se cachait derrière l’empire?

Épisode
164
Durée
1 h 08 min
Format
Audio et vidéo

Audio

Écouter l’épisode

Pendant sept ans, MrDeepFakes s’impose comme l’un des plus importants sites de deepfakes sexuels au monde : près de 70 000 vidéos truquées, plus de deux milliards de visionnements et des milliers de femmes ciblées sans leur consentement. Derrière cette immense vitrine se cache un forum structuré, avec ses créateurs, ses commandes payantes et ses administrateurs anonymes.

Mais qui faisait fonctionner cet empire?

Deepfakes, consentement et anonymat

Le récit s’intéresse aux rouages de la plateforme : un forum organisé, des commandes payantes et des administrateurs anonymes. Il pose aussi la question des personnes qui faisaient fonctionner cet espace et des femmes dont l’image a été détournée sans leur consentement.

Sujet sensible : cet épisode aborde des contenus sexuels créés sans consentement.

Transcription de l’épisode

Lire la transcription

Transcription automatique. Certains mots ou noms propres peuvent être inexacts.

[00:00]

Imaginez découvrir votre visage dans une vidéo intime que vous n'avez jamais tournée.

[00:05]

Pourtant, cette scène n'a jamais existé.

[00:07]

Mr Deepfakes devient l'un des plus grands réseaux de pornographies non consensuelles au monde.

[00:13]

Plus de 2 milliards de visionnements, près de 70 000 vidéos,

[00:18]

et l'un de ses principaux administrateurs demeure introuvable.

[00:21]

Au cœur de l'enquête, des internautes, des journalistes et, de façon inattendue,

[00:26]

Paris Hilton, qui se cache derrière le site Mr Deepfakes.

[00:31]

Bienvenue à Distorsion.

[00:43]

Sébastien Lévesque, comment ça va aujourd'hui?

[00:45]

Ça va bien, et toi, Emile Gauthier?

[00:46]

Ça va très bien. J'espère que vous allez bien, vous aussi, les Distordieux,

[00:50]

parce qu'on inaugure notre nouveau studio.

[00:53]

Oui!

[00:53]

Oui, on voulait vous montrer ça.

[00:55]

Dans le fond, on a travaillé fort tout l'été, moi et Seb, on s'est bien salis,

[01:00]

on a peinturé, on a investi dans de l'équipement,

[01:05]

parce qu'on avait envie de, vous savez, ça va être nos 10 ans en 2027.

[01:10]

Puis pour nos 10 ans, on vous laisse gâter un peu,

[01:12]

puis on avait envie de faire un virage vidéo.

[01:16]

Donc maintenant, les épisodes de Distorsion vont être filmés.

[01:20]

Donc vous pouvez dès maintenant vous abonner à notre chaîne YouTube,

[01:24]

c'est là que ça va se passer, mais aussi sur les plateformes de podcasts,

[01:28]

parce que Spotify, Apple Podcasts vont intégrer,

[01:31]

c'est déjà le cas au niveau de Spotify,

[01:33]

mais ça va être plus largement disponible au courant des prochains mois.

[01:38]

Puis maintenant, même sur Apple Balado, l'application de Balado,

[01:42]

il va y avoir des podcasts en vidéo.

[01:44]

Donc vous allez pouvoir nous regarder là, évidemment.

[01:47]

Mais ceci dit, on ne va pas négliger la version audio pour autant.

[01:51]

Donc on va toujours être disponible en audio.

[01:53]

Nos épisodes sont conçus pour être écoutables en audio.

[01:59]

Donc moi, personnellement, je suis un peu plus un gars d'audio,

[02:02]

je dois dire, je consomme mes Balado en audio.

[02:04]

Oui, moi aussi, principalement.

[02:06]

Oui, mais l'avantage de la vidéo, c'est que vous allez avoir des images, des inserts.

[02:13]

Lorsqu'on va parler par exemple d'une vidéo particulière,

[02:15]

on va pouvoir insérer la vidéo, des extraits, des choses comme ça.

[02:18]

Donc il va y avoir quand même de l'info complémentaire qui va être disponible.

[02:23]

Oui, ça va être un gros plus pour vous.

[02:25]

Puis souvent, c'est ça, le podcast audio, c'est le fun,

[02:29]

mais ça manque de visuel parfois.

[02:31]

Donc on tente de décrire le plus possible les choses quand c'est pertinent.

[02:35]

Mais là, enfin, vous allez pouvoir le voir directement.

[02:38]

Exactement, donc ça risque d'être très intéressant.

[02:41]

On commence comme ça humblement.

[02:43]

On va s'améliorer avec le temps, vous allez voir.

[02:47]

Là, on est encore en train d'aménager notre espace.

[02:49]

D'ailleurs, il y a des choses qu'on a mis sur nos murs,

[02:52]

notamment cette création ici d'un auditeur qui nous avait amené ça à Gatineau il y a longtemps.

[02:59]

Donc un panneau de distorsion fait en liège.

[03:02]

On en a aussi un de notre ami Simon de Québec qui est imprimé en 3D.

[03:08]

Donc, s'il y a des créations, si vous, vous avez fait des créations de distorsion,

[03:11]

ça va nous faire plaisir de les afficher en studio aussi.

[03:15]

Faites-nous signe.

[03:17]

Puis aussi, il ne faut pas oublier, non seulement la vidéo,

[03:19]

c'est un gros changement pour nous,

[03:20]

mais en plus Seb, on va faire plus de contenu.

[03:24]

Oui, beaucoup plus de contenu.

[03:26]

Oui. Parles-nous en donc un peu.

[03:27]

Oui, bien oui. En fait, vous le savez, généralement,

[03:30]

notre routine depuis plusieurs saisons, c'est d'un épisode à chaque deux semaines.

[03:35]

On fait des saisons, on arrête un peu avant l'été, on arrête dans le temps des fêtes.

[03:39]

Mais là, on veut accélérer la cadence.

[03:42]

On veut avoir un épisode par semaine.

[03:45]

Donc prendre le moins de pause possible, peut-être un petit peu dans le temps des fêtes et tout ça.

[03:50]

Mais sinon, vous allez avoir un rythme assez effréné,

[03:54]

plus d'une quarantaine d'épisodes par année même.

[03:56]

On aimerait monter jusqu'à cinquante parce qu'on a des formats qu'on veut exploiter,

[04:02]

plus le format interview qu'on aimerait bien développer aussi.

[04:06]

Donc, ça va faire partie des nouveaux contenus qu'on va avoir.

[04:09]

Donc, techniquement, par mois, on devrait avoir trois épisodes réguliers

[04:12]

et un épisode d'interview.

[04:14]

C'est ce qu'on vise, peut-être qu'il y en aura plus aussi.

[04:17]

Mais il n'y en aura pas moins, ça, c'est certain.

[04:19]

Puis on veut éclater les formats aussi.

[04:21]

Vous avez vu passer cet été, possiblement, la vidéo sur Sister Aung,

[04:27]

cette Chinoise qui a arnaqué plus de 1600 hommes.

[04:30]

C'est un petit format qui est un peu plus documentaire, tout ça.

[04:33]

Mais on va profiter justement de notre studio pour tourner des vidéos comme ça aussi.

[04:39]

Donc, c'est un peu ça l'objectif, c'est de se donner un genre de terrain de jeu

[04:42]

où on peut faire un peu ce qu'on veut puis créer du contenu.

[04:45]

Puis ça veut dire aussi deux fois plus de contenu disponible au public.

[04:50]

Ça veut dire aussi deux fois plus de contenu sur Patreon.

[04:54]

Parce que là, on n'arrête pas, on continue avec les after-shows.

[04:58]

Donc, ça veut dire que si on fait quatre épisodes par mois, c'est notre objectif.

[05:02]

On verra si on est capable de maintenir le rythme aussi.

[05:06]

Au début, il faut s'adapter et tout ça.

[05:07]

C'est un workflow différent, la vidéo.

[05:10]

Mais oui, c'est ça.

[05:11]

Donc, en théorie, il va y avoir des after-shows pour tout ça.

[05:14]

Donc, ça fait au moins quatre after-shows des primeurs sur Patreon par mois.

[05:19]

Donc, on vous encourage à rejoindre notre Patreon aussi.

[05:22]

Parce qu'il va vraiment avoir énormément de contenu qui vont popper là-dessus

[05:27]

au courant des prochaines semaines.

[05:29]

On fait beaucoup de blablas, on voulait prendre le temps un peu de vous parler

[05:33]

de ce qu'on a fait cet été, puis des développements,

[05:35]

puis comment on enligne les prochaines saisons.

[05:37]

Mais oui, tenez-vous bien, la salle des nouvelles est bien chaude

[05:42]

et puis on devrait sortir plein de contenus dans les prochaines semaines.

[05:46]

On est très excités.

[05:47]

On a aussi, la famille s'agrandit, on va travailler au niveau du montage

[05:51]

avec notre ami Julie et son équipe.

[05:54]

On a Ben aussi qui est avec nous, qui est un peu notre régisseur.

[05:59]

Ben qui éventuellement aura peut-être un micro et une caméra.

[06:03]

C'est bon, jamais.

[06:04]

Mais qui nous donne un coup de main sur place avec nous.

[06:07]

Donc, on est bien entouré.

[06:08]

On a toujours Marianic à la recherche.

[06:10]

Oui, exactement.

[06:11]

Et on poursuit, puis on est très excités pour la saison qui s'en vient.

[06:15]

Ceci dit, on vous invite aussi à checker nos prochaines dates de spectacle.

[06:19]

Je ne veux pas en parler non plus pendant une heure,

[06:21]

mais au DistorsionPodcast.com, vous allez voir.

[06:24]

On va être à Varennes, à Saint-Jean-sur-Richelieu, à Lévis cet automne.

[06:28]

Aussi Drummondville pour l'Halloween.

[06:30]

Ça risque d'être vraiment cool, le show d'Halloween qu'on va faire à Drummondville.

[06:34]

Et Saint-Eustache en 2027.

[06:36]

Il y a plein d'autres dates qui vont s'ajouter.

[06:39]

Restez à l'affût.

[06:40]

Et puis, pour aussi nos 10 ans, on risque de faire des événements bien spéciaux.

[06:44]

Donc, on vous tient au courant là-dessus.

[06:46]

Mais aujourd'hui, Seb, pour le premier épisode de notre nouvelle saison, saison 12,

[06:52]

Mister Deep Fake, c'est un sujet que toi t'as creusé beaucoup.

[06:55]

Oui, oui.

[06:56]

On va parler du monde de la Deep Fake, des vidéos truquées,

[07:00]

de l'utilisation non consensuelle des images.

[07:04]

Et comment des enquêteurs du web, à quelque part,

[07:07]

ont réussi à aller au fond du rabbit hole.

[07:09]

Oui, remonter la trace.

[07:10]

Ça, c'est dans nos cas préférés.

[07:12]

Il y a des tonnes de traces numériques.

[07:14]

Et ce sont les traces numériques qui ont permis du moins d'aboutir à l'enquête.

[07:19]

Puis c'est encore en cours, cette enquête-là,

[07:22]

d'une certaine façon, de Mister Deep Fake.

[07:25]

Il faut toujours se méfier de qui a l'air nos voisins.

[07:29]

Les gens qu'on considère comme ordinaires, des fois,

[07:32]

on sait jamais qu'est-ce qu'ils font dans leur sous-sol,

[07:36]

dans leur temps libre, en fait.

[07:39]

Donc ça peut être assez surprenant, vous allez voir,

[07:41]

quand on va creuser au niveau de l'enquête.

[07:43]

Et c'est un cas qui est principalement canadien,

[07:46]

d'une certaine façon, même s'il y a eu des victimes un peu partout dans le monde.

[07:51]

J'ai vraiment hâte de plonger avec vous là-dedans

[07:54]

parce que les enquêteurs de sources ouvertes,

[07:58]

tant qu'on dit, les gens qui ont fouillé sur le web,

[08:01]

ont réussi, pendant plusieurs années, à remonter la face.

[08:06]

Puis se sont affiliés de vrais journalistes

[08:09]

pour développer un gros dossier d'enquête

[08:11]

puis d'arriver à mettre le doigt sur un des administrateurs de Mister Deep Fake.

[08:17]

Ben oui, on va parler des Bellingcat, entre autres,

[08:20]

ce groupe d'enquêteurs du web.

[08:22]

Ça risque d'être très intéressant.

[08:23]

Donc Seb, je pense qu'on en a assez dit.

[08:25]

Est-ce qu'on est prêt à se lancer

[08:27]

dans l'histoire extrêmement troublante de Mister Deep Fake?

[08:30]

Oui, mais…

[08:32]

Juste avant, Emile, un gros merci à Fizz

[08:34]

qui commandit cet épisode.

[08:36]

Parce qu'aujourd'hui, on plonge dans Mister Deep Fake,

[08:39]

qui est un immense site de deep fakes pornographiques

[08:42]

qui a cumulé des milliards de vues.

[08:44]

Mais derrière un site de cette taille-là,

[08:46]

il y a forcément des gens, une structure, des traces.

[08:49]

Notre question aujourd'hui, c'est

[08:51]

qui se cache réellement derrière Mister Deep Fake?

[08:54]

Comme quoi sur Internet?

[08:56]

Ben, tu ne sais pas toujours qui est derrière les commandes

[08:59]

et puis qui est-ce qui contrôle les réseaux comme ça?

[09:02]

Exact, mais avec Fizz,

[09:04]

que ce soit pour ton mobile, ton Internet ou ta télé,

[09:07]

eh bien c'est toi qui gardes les commandes.

[09:09]

Tout se gère en ligne

[09:10]

et les membres peuvent personnaliser leur forfait selon leurs besoins.

[09:14]

Et côté mobile, Seb,

[09:16]

le prix de ton forfait reste le même tant que tu ne le modifies pas.

[09:20]

En plus, les données inutilisées sont automatiquement reportées au mois suivant.

[09:25]

Ça, j'aurais aimé ça avoir ça pendant mes études.

[09:27]

C'est clair, ça n'existait pas avant ça.

[09:29]

Non, exact.

[09:30]

Et si vous activez un premier forfait Fizz avec le code PODZZ,

[09:37]

vous profitez d'une prime de référence de 25 $,

[09:40]

10 GB de données mobiles gratuites et d'un mois d'Internet gratuit.

[09:45]

Rendez-vous au fizz.ca.

[09:47]

Et maintenant, Seb,

[09:49]

sommes-nous prêts à attaquer l'histoire troublante de Mister Deep Fakes?

[09:53]

Oui, monsieur!

[09:54]

Tu vas voir, Emile, ce qui est fascinant aujourd'hui,

[09:57]

et ça, j'ignorais ça, c'est qu'une partie de la technologie des Deep Fakes,

[10:02]

tout l'ensemble, pas juste le nom consensuel,

[10:04]

a été créée à Montréal d'une certaine façon.

[10:07]

Parce qu'avant d'aller là, enfin, on le sait,

[10:09]

la manipulation d'images, ça n'a rien de nouveau.

[10:12]

Depuis que l'humain est capable de capturer la réalité,

[10:15]

il est aussi capable de la falsifier.

[10:17]

Et à la fin du 19e siècle,

[10:20]

les fameuses photographies de fantômes font sensation à cette époque-là

[10:23]

et grâce à un simple truc de double exposition,

[10:26]

eh bien, il y a certains photographes qui prétendent

[10:28]

immortaliser l'esprit de proches décédés.

[10:31]

Puis il y a des milliers de personnes qui y croient.

[10:33]

Donc déjà, à cette époque, une image suffit à convaincre les gens.

[10:37]

Oui, les fameuses photos de fantômes.

[10:39]

Oui, exactement.

[10:40]

Oui, toutes les fantômes ont juste existé avant l'avenue du numérique.

[10:43]

C'est ça, on n'en voit plus depuis.

[10:45]

Et quelques décennies plus tard,

[10:47]

ce ne sont plus les médiums qui manipulent les photos,

[10:50]

ce sont les gouvernements.

[10:51]

Par exemple, sous Joseph Stalin, en Union soviétique,

[10:55]

il y a des opposants politiques qui étaient tombés en disgrâce

[10:57]

comme Léon Trotsky ou Nikolai Leïov, si je le prononce bien,

[11:02]

qui disparaissent non seulement d'avis publics émils,

[11:04]

mais aussi des clichés officiels.

[11:06]

Et à l'époque, il n'y a pas de Photoshop, hein.

[11:09]

Tout se fait à la main en chambre noire.

[11:12]

Les retoucheurs peuvent découper une silhouette au scalpel

[11:15]

sur un tirage de photos,

[11:17]

gratter directement l'émulsion de gélatine d'un négatif

[11:20]

et reconstruire le décor à la gouache,

[11:23]

à l'encre de chine ou à l'aérographe.

[11:26]

Ça, c'est un genre de petit pistolet qui permet de dessiner.

[11:30]

Une fois la retouche terminée,

[11:32]

l'image est refotographiée

[11:34]

pour produire un nouveau négatif officiel.

[11:36]

Je trouvais ça quand même brillant comme technique.

[11:38]

C'est après ça ces photos-là qu'ils utilisaient dans les journaux

[11:40]

pour faire un peu la propagande politique,

[11:42]

les livres et les différentes affiches.

[11:45]

Une personne tombée en disgrâce, pas de problème,

[11:47]

on le retire de la photographie

[11:49]

comme si elle n'avait jamais existé.

[11:51]

On récrit littéralement l'histoire,

[11:53]

un cliché à la fois de cette façon-là.

[11:55]

Et arrivent les années 90, on le sait,

[11:58]

Adobe commercialise Photoshop.

[12:00]

Ça commence à dater Photoshop,

[12:02]

c'est quand même dans le début des années 90.

[12:03]

Ça fait longtemps que c'est là.

[12:04]

Oui, oui, exact.

[12:05]

Puis ils démocratisent la retouche photo.

[12:08]

Et pour la première fois,

[12:09]

il devient possible avec un simple ordinateur

[12:11]

de modifier une image de façon relativement convaincante.

[12:15]

On utilisait ça, c'est photoshopé.

[12:17]

On utilisait toujours cette expression-là.

[12:20]

On peut effacer un objet, changer un visage,

[12:22]

ajouter un élément qui n'a jamais existé.

[12:25]

Mais malgré cette révolution,

[12:27]

bien tout repose encore sur l'humain.

[12:29]

Chaque retouche demande du temps, de la précision

[12:31]

et quand même une bonne maîtrise du logiciel.

[12:33]

C'est pas si user-friendly que ça, Photoshop.

[12:37]

Mais c'est en 2014 que tout bascule.

[12:40]

Cette année-là, dans la micro-brasserie à Montréal,

[12:43]

les trois brasseurs qu'on connaît tous,

[12:45]

Jan Goodfellow, un doctorant en apprentissage automatique

[12:50]

à l'Université de Montréal,

[12:52]

il discute avec des collègues

[12:53]

d'un problème qui semble impossible à résoudre.

[12:56]

Comment amener une intelligence artificielle

[12:58]

à créer elle-même des images réalistes?

[13:01]

Et selon son propre récit,

[13:02]

l'idée germe ce soir-là

[13:04]

et il rentre chez lui pour la coder la nuit-même.

[13:08]

Bien motivé, l'alcool, des fois,

[13:09]

c'est un bon moteur pour la programmation.

[13:12]

C'est clair.

[13:13]

Et cette intuition donnera naissance

[13:15]

au réseau antagoniste génératif,

[13:18]

ce qu'on appelle le GAN.

[13:20]

L'acronyme, c'est Generative Adversarial Networks.

[13:24]

Et le principe ressemble à un duel

[13:26]

entre un faux monnaieur et un expert en faux billets.

[13:29]

Tu vois, c'est quand même assez brillant comme technique.

[13:32]

Le premier réseau appelle le générateur,

[13:35]

tente de fabriquer une image artificielle

[13:36]

assez convaincante pour la faire passer pour une vraie.

[13:39]

Mais le second réseau, lui,

[13:42]

il s'appelle le discriminateur.

[13:43]

Puis il cherche, au contraire, à démasquer la contrefaçon.

[13:47]

Donc chaque fois que l'expert repère un défaut,

[13:50]

le faux monnaieur apprend son erreur

[13:52]

et améliore son prochain faux.

[13:54]

Donc le discriminateur s'améliore à son tour.

[13:57]

Donc les deux réseaux apprennent ainsi l'un de l'autre

[14:00]

dans une compétition continue.

[14:02]

Et à force d'itération,

[14:04]

le générateur produit des images de plus en plus difficiles

[14:07]

à distinguer des vraies,

[14:09]

parfois même pour des observateurs qui sont expérimentés.

[14:12]

Donc c'est vraiment la machine qui corrige la machine

[14:14]

puis elle apprend d'elle-même.

[14:16]

Cette percée devient un tournant majeur

[14:18]

dans l'histoire de l'intelligence artificielle générative.

[14:21]

Elle ne donne pas directement naissance au deep fake,

[14:24]

mais elle contribue à ouvrir la voie

[14:25]

à une nouvelle génération d'images synthétiques.

[14:28]

Puis les premiers trucages pornographiques popularisés en 2017,

[14:32]

eux, s'appuient surtout sur des autos encodeurs

[14:34]

ou d'autres sortes d'architectures d'apprentissage automatiques.

[14:37]

Ça me rappelle un peu, Seb,

[14:38]

quand on a fait notre expérimentation de deep fake.

[14:41]

Oui.

[14:42]

C'était autour de ces années-là.

[14:43]

2019, oui.

[14:44]

2019, un peu plus tard, mais c'était compliqué.

[14:47]

On avait transformé Seb en Keanu Reeves.

[14:50]

Oui.

[14:50]

C'est disponible sur notre chaîne YouTube.

[14:52]

Puis à l'époque, puis ça ne fait pas si longtemps,

[14:54]

à l'époque, pour faire une deep fake comme ça,

[14:57]

on avait trouvé quelqu'un sur Reddit

[14:58]

qui voulait demeurer anonyme.

[15:00]

Oui, un spécialiste.

[15:01]

Ça lui prenait un 48 heures de rendu

[15:04]

avec le script qu'il programmait.

[15:06]

Ça prenait des centaines de photos de toit,

[15:09]

des photos de Keanu Reeves.

[15:11]

C'est drôle, alors que maintenant,

[15:13]

ça prendrait deux minutes de requête

[15:16]

sur n'importe quel AI.

[15:18]

Oui, exactement.

[15:19]

Quelques photos, une vidéo de base,

[15:21]

puis ils matchent les deux ensemble.

[15:23]

Ça a évolué tellement vite.

[15:24]

Ça a vraiment changé,

[15:25]

puis on vous en parle un petit peu plus.

[15:27]

Par la suite, justement,

[15:28]

les GAN, puis d'autres modèles,

[15:31]

comme les systèmes de diffusion,

[15:32]

permettent de produire des images toujours plus réalistes.

[15:35]

Tout ne part donc pas uniquement des GAN,

[15:38]

mais ils jouent un rôle déterminant

[15:40]

dans l'évolution technologique

[15:41]

qui mène au DeepFake d'aujourd'hui.

[15:44]

C'est à la fin des années 2010

[15:46]

qu'il y a eu des logiciels de trucages faciales,

[15:48]

comme je ne sais pas ce que tu te rappelles de FaceSwap

[15:50]

ou de DeepFaceLab,

[15:53]

qui sont apparus autour de 2017-2018.

[15:55]

C'est drôle parce que FaceSwap,

[15:57]

moi, je tripais tellement quand c'est sorti avec ma fille,

[16:00]

puis je n'arrêtais pas de le faire.

[16:01]

J'étais fasciné quand même pour les échanges de visage.

[16:04]

J'ai retrouvé des fois des vieilles vidéos

[16:06]

que je faisais avec ma fille,

[16:07]

puis elle était tannée à un moment donné,

[16:08]

elle me disait « Ah là, encore tes face swap ! »

[16:10]

Je trouvais ça vraiment drôle parce que quand c'est sorti,

[16:13]

c'est vrai que c'était comme un jeu,

[16:16]

mais en arrière de ça, il y a quand même une technologie,

[16:18]

c'est quand même impressionnant de remplacer des visages

[16:21]

de façon rapide et efficace.

[16:24]

Ça, ça a permis de rendre cette technologie-là

[16:26]

un peu accessible à tout le monde,

[16:28]

puis tu n'avais pas besoin d'une formation

[16:29]

en intelligence artificielle ou quoi que ce soit.

[16:32]

Là où il fallait auparavant comprendre justement

[16:34]

les réseaux neuronaux,

[16:35]

puis programmer des modèles complexes,

[16:37]

maintenant, il faut quelques tutoriels YouTube

[16:39]

qui suffisent désormais pour remplacer

[16:42]

le visage d'une personne par celui d'une autre

[16:43]

dans une vidéo.

[16:45]

Très rapidement, la pornographie devient

[16:47]

l'application numéro un de cette capacité synthétique.

[16:51]

Rien de surprenant.

[16:51]

Comme à chaque percée technologique,

[16:53]

la pornographie donne des premières à se lancer.

[16:56]

Toujours.

[16:57]

Rappelons-nous que le VHS a gagné sur le bêta

[17:00]

au niveau des formats à cause de la porno,

[17:02]

entre autres, parce que c'était plus accessible.

[17:05]

Le bêta est une meilleure technologie,

[17:07]

mais ça a l'air que c'est la porno qui a choisi le VHS

[17:09]

et qui a fait en sorte que les magnétos cassettes VHS

[17:14]

ont pénétré les foyers plus rapidement

[17:16]

que le bêta sans faire de mauvais jeu de boue.

[17:20]

Puis les premières versions reproduisent des résultats

[17:23]

encore imparfaits à cette époque-là.

[17:24]

Les visages va assez légèrement,

[17:26]

certaines expressions qui semblent artificielles,

[17:28]

les arrière-plan présentent des raccords maladroits,

[17:31]

des anomalies anatomiques

[17:33]

qui trahissent parfois le montage.

[17:35]

Puis si on l'a vu dans le truc de Keanu Reeves avec moi,

[17:37]

on voyait dès que je bougeais, c'était pas parfait non plus.

[17:41]

J'avais une plus grosse face que lui aussi,

[17:43]

ça s'adaptait pas tout le temps.

[17:44]

C'était assez parfait.

[17:45]

C'est pas comme personification.

[17:49]

Mais ces imperfections disparaissent presque d'année en année.

[17:52]

Les algorithmes s'améliorent à une vitesse fulgurante.

[17:56]

Les cartes graphiques deviennent plus puissantes

[17:58]

et les bases de données d'entraînement explosent.

[18:01]

Et c'est dans ce contexte technologique-là

[18:03]

que Mr. Deepfakes amorce son ascension.

[18:07]

La plateforme deviendra l'une des plus notoires

[18:09]

et des plus structurées consacrées

[18:11]

à une imagerie sexuelle synthétique non consensuelle.

[18:14]

Et elle se contente pas d'héberger des vidéos.

[18:16]

Elle contribue à personnaliser tout un écosystème clandestin.

[18:21]

Oui, puis on n'aura pas le choix de parler un peu aussi de Reddit, Seb,

[18:24]

parce que c'est un peu là qu'est née

[18:26]

les premières communautés autour de Mr. Deepfake.

[18:30]

Ça commence directement dans les centres d'une autre communauté,

[18:34]

qui est le sous-forum Deepfakes sur Reddit,

[18:38]

qui agit un peu comme un dépôt ouvert

[18:40]

pour les vidéos pornographiques générées par l'IA.

[18:44]

À l'époque, ça mettait en scène surtout des personnalités publiques bien réelles.

[18:48]

Il y a eu quelques scandales d'ailleurs autour de ça.

[18:51]

Le forum explose et approche les 90 000 membres en quelques mois à peine.

[18:56]

Devant la pression publique et les violations évidentes,

[19:00]

Reddit interdit par la suite au début de 2018

[19:03]

les contenus intimes qui sont non consensuels

[19:05]

et ferment le sous-forum.

[19:07]

Et sa communauté va se disperser à ce moment-là.

[19:10]

Même que maintenant, je ne suis plus sûr

[19:11]

que tant que ça place sa pornographie point sur Reddit.

[19:16]

À l'époque, c'était quand même encore 2018,

[19:18]

il n'y a pas si longtemps, mais c'était un petit peu plus wild.

[19:21]

Il y a de la pornographie de base.

[19:24]

Je vois sur certains trucs, ils masquent l'image de base,

[19:27]

c'est du click, mais c'est du soft porn,

[19:30]

des vieilles images de l'actrice porno, j'en vois.

[19:33]

Ce n'est plus comme 4chan.

[19:35]

Non, ils n'ont pas le choix.

[19:37]

Ils ont des réseaux publicitaires,

[19:39]

ils sont rendus tellement mainstream qu'ils ne pourraient pas se permettre.

[19:42]

Ils ont des grands investisseurs aussi derrière et tout ça.

[19:45]

Mais le banissement va surtout créer une méfiance profonde

[19:48]

envers les grandes plateformes technologiques

[19:50]

et une demande immédiate pour un espace indépendant.

[19:53]

C'est en février 2018

[19:55]

qu'un administrateur anonyme qui utilise le pseudonyme DPFKS,

[20:00]

donc Deepfakes, le sang les voyelles,

[20:02]

qui commence à recruter des modérateurs bénévoles,

[20:05]

puis des designers, des rédacteurs, des développeurs

[20:08]

et du soutien en référencement.

[20:11]

L'objectif est de bâtir une plateforme autonome

[20:13]

sous le domaine de Deepfakes, DPFKS.com,

[20:17]

qui deviendra plus tard MrDeepfakes.

[20:20]

Bien avant l'intelligence artificielle,

[20:22]

il y a une communauté consacrée aux faux nus de célébrités

[20:26]

qui existaient déjà sur Usenet.

[20:29]

C'est loin, c'est des babillards.

[20:30]

Oui. En septembre 1996,

[20:33]

un ingénieur informatique canadien qui s'appelait Kerry Pearson,

[20:37]

connu en ligne sous le pseudonyme Looks Lookre,

[20:42]

fonde le groupe Alt Binaries Pictures.nude.celebrities.fake.

[20:48]

C'est un visionnaire.

[20:49]

Oui, c'est ça, exactement, en 1996 déjà.

[20:53]

Il devient l'un des principaux archivistes de cette scène,

[20:57]

si on peut appeler ça une scène, de montage réalisée à la main

[21:00]

avec des logiciels comme Photoshop.

[21:02]

Mais c'est vrai qu'il y en avait déjà à l'époque.

[21:04]

C'était Photoshopé et ça prenait beaucoup de temps.

[21:06]

Oui, exactement.

[21:07]

Puis sur son site, Looks Lookre,

[21:11]

il publie des règles de la communauté

[21:12]

et tente même de justifier sa pratique.

[21:15]

Selon lui, un fantasme artificiel

[21:17]

pourrait être acceptable à condition d'être clairement présenté comme faux.

[21:22]

C'est débattable, ça quand même.

[21:23]

Oui, c'est vrai.

[21:24]

Dans le même souffle, il évoque le sentiment de pouvoir presque divin

[21:30]

que procure le fait d'exposer artificiellement une vedette

[21:34]

pour nourrir les fantasmes des internautes.

[21:37]

C'est donc pas exactement un manifeste qui a écrit,

[21:41]

mais c'est des genres de positions qui veulent publier

[21:43]

dans les guides de communauté du site sous son pseudonyme.

[21:48]

Mais les vedettes n'ont pas signé pour ça.

[21:51]

Bien non, c'est ça.

[21:52]

Même si c'est un fantasme,

[21:54]

puis même si c'est indiqué que ce n'est pas vrai,

[21:57]

je ne trouve pas que c'est éthique de faire ça sur quelqu'un d'autre.

[22:00]

Bien non, c'est clair.

[22:02]

C'est vraiment pour se dédouaner.

[22:03]

Oui, puis est-ce que le fait que tu le fais sur une vedette,

[22:07]

est-ce que ça cancelle l'idée que tu le ferais sur une vraie personne

[22:10]

en échange pour la menacer ou autre?

[22:15]

Donc non, c'est sûr que ce n'est pas très éthique.

[22:19]

Il y a des vedettes éventuellement qui vont même prendre des recours

[22:22]

contre tout ça.

[22:24]

La communauté prétend interdire les montages visant les mineurs,

[22:28]

bien évidemment.

[22:29]

Pourtant, le site affiche aussi une liste de jeunes célébrités

[22:33]

avec l'année où chacune atteindra 18 ans.

[22:36]

Ok, ok, c'est quand même tordu.

[22:38]

Cette contradiction révèle assez rapidement les limites de son

[22:41]

prétendu cas d'éthique.

[22:43]

Carey Pearson meurt en 2004, apparemment de complications

[22:47]

liées au diabète.

[22:49]

Mais la communauté qui l'a contribué à structurer continue de croître.

[22:53]

La technologie va complètement changer,

[22:55]

mais l'idéologie derrière beaucoup moins.

[22:58]

Mister Deep Fakes, le nouveau site, réunit en réalité deux sites.

[23:03]

Il y a la vitrine publique qui permet de regarder les vidéos,

[23:06]

de parcourir les catégories puis de rechercher une célébrité.

[23:09]

Mais le véritable moteur, c'est le forum communautaire de la plateforme

[23:13]

où les créateurs vont échanger leur technique.

[23:16]

Ils vont prendre des commandes même pour ludifier des vedettes.

[23:21]

Puis ils partagent leurs outils pour produire les vidéos

[23:23]

toujours les plus réalistes possibles.

[23:25]

Et là, on va tomber, on va parler un petit peu de Bellingcat,

[23:28]

justement cette organisation-là, d'enquêteurs du web.

[23:31]

Il y a un certain Ross Higgins qui, lui, est chercheur chez Bellingcat.

[23:35]

Et eux, c'est un collectif international et indépendant

[23:39]

spécialisé dans les enquêtes à partir de sources ouvertes.

[23:42]

Ils vont utiliser les outils du web.

[23:44]

Des fois, ils vont aller plus profond que le commun des mortels.

[23:47]

Mais quand même, ils vont utiliser des ressources relativement gratuites

[23:52]

et disponibles pour arriver à piéger des fraudeurs, des arnaqueurs.

[23:57]

Ils sont très impliqués au niveau des crimes sexuels puis du ransom porn.

[24:01]

Oui, oui, exact.

[24:02]

Puis des crimes de guerre aussi, si vous allez voir sur leur site web,

[24:05]

ils analysent beaucoup justement la guerre en Ukraine versus la Russie, l'Iran.

[24:11]

Il y a toutes sortes de révélations qu'ils font aussi à travers ça.

[24:15]

C'est une grosse, grosse équipe répartie un peu partout dans le monde

[24:18]

qui donne un peu de leur temps pour résoudre des enquêtes.

[24:22]

Oui, ça serait peut-être intéressant de faire un épisode sur eux d'ailleurs.

[24:24]

Vraiment, oui, je pense que oui.

[24:28]

Et là justement, Russ Higgins, pour lui, la partie vidéo du site, c'est juste une vitrine.

[24:36]

L'écosystème se construit dans le forum et c'est là qu'il faut aller creuser pour trouver des responsables.

[24:43]

Il y a eu une étude universitaire portant sur une copie de la plateforme en novembre 2023

[24:47]

qui recense plus de 42 000 vidéos, environ 1,5 milliard de visionnements,

[24:53]

c'est quand même beaucoup, et 3 800 personnes ciblées.

[24:58]

C'est ça, c'est des victimes, des gens comme qui ont été utilisés, c'est beaucoup.

[25:02]

Exact, c'est fou.

[25:04]

Et au printemps 2025, Bellingcat rapporte plus tôt près de 70 000 vidéos,

[25:09]

2,2 milliards de vues, puis environ 650 000 membres.

[25:14]

T'imagines le nombre de personnes qui consultent ce site-là, c'est fou, braque.

[25:21]

Je dois avouer que moi, il y a un an ou deux, j'étais tombé dessus, justement,

[25:26]

mais avant qu'on entende parler de tout ça, j'avais ça tellement wrong,

[25:30]

puis j'étais là, non, c'est sûr que ça va mal virer.

[25:33]

Je n'étais pas allé plus loin dans ma recherche,

[25:36]

parce que j'avais entendu un reportage justement que les jeunes subissent ça,

[25:41]

puis je me suis dit, il doit en avoir sur Internet aussi, puis c'est comme ça.

[25:43]

Il était super facile à trouver, il était super bien indexé sur Google.

[25:48]

Aussi, des fois, il y a des questionnements à voir sur nos moteurs de recherche.

[25:53]

Ah oui, ça j'avoue.

[25:55]

Les services d'analyse de trafic estiment également que le site reçoit plus de 18 millions de visites en mars 2025.

[26:02]

Et attention, des visites ne correspondent pas nécessairement à autant de personnes distinctes.

[26:07]

Cette immense bibliothèque est alimentée par très peu de gens.

[26:11]

Et parmi les 1800 comptes ayant publié au moins une vidéo dans l'échantillon,

[26:16]

seulement 657 sont responsables de plus de 95 % de tout le contenu, quand même.

[26:23]

Une petite poignée de producteurs suffit donc à alimenter une plateforme qui est vue par des milliards de fois.

[26:28]

Oui, oui, exact, exact.

[26:30]

C'est toujours ça, c'est toujours le 1, 2 % qui alimentent ça, puis le reste consulte.

[26:35]

Je vais vous parler un peu du modèle d'affaires aussi, parce que ce n'est pas pour rien que ces gens-là,

[26:40]

outre le fait que ce sont des misogynes qui exploitent ce type de site-là.

[26:45]

Ça repose largement sur les commandes personnalisées.

[26:48]

Un peu comme tu disais, les gens peuvent demander une commande d'avoir telle actrice ou telle personne.

[26:54]

Les chercheurs repèrent 830 fils de discussion qui sont consacrés à des demandes payantes,

[26:59]

mais il y en a seulement 58 qui affichent un prix.

[27:02]

Dans cette échantillon-là, la moyenne de prix pour la demande variait entre 87 $ et 50 $ US,

[27:08]

mais ça pouvait aller jusqu'à 1500 $ US aussi.

[27:11]

Il y avait aussi des montants de 1 $, les gens qui s'essayaient.

[27:15]

De son côté, l'administrateur affirme en 2020 que le site lui rapporte entre 4000 et 7000 $ US par mois.

[27:23]

Les revenus semblent provenir de la publicité, je me rends compte qu'il mettait de la pub là-dessus,

[27:27]

des comptes premium aussi et l'écosystème des commandes.

[27:30]

Mais aucune comptabilité complète a été rendue publique, ce ne sont que des estimations.

[27:35]

Et ça, le forum et les échanges entre membres sont souvent cordiaux et étonnamment professionnels.

[27:40]

Ils partagent leurs techniques, corrigent leurs erreurs,

[27:44]

mais dès qu'il est question des victimes, le ton bascule.

[27:47]

Ross Egan, de Billingcat, lui, il résume l'ambiance en un mot, la misogynie.

[27:53]

Il dit en fait que les femmes deviennent de simples matières premières pour les fantasmes de la communauté.

[28:00]

Et la communauté, elle, elle développe son vocabulaire aussi.

[28:03]

On appelle les « cheap fakes » qui sont produits rapidement et vendus à bas prix,

[28:07]

on ne dit donc que des fabrications pas chères, « cheap ».

[28:10]

Des gens qui sont moins bons.

[28:11]

Oui, c'est ça. Tandis que les « art » ou les « masterpieces »

[28:16]

désignent les créations jugées les plus impressionnantes.

[28:19]

Puis il y a un « face set » qu'on dit, mais un ensemble de visages,

[28:23]

c'est une banque de photos justement de même visage,

[28:25]

ça sert à entraîner le modèle.

[28:27]

Puis il y a d'autres applications, comme vous vous parlez,

[28:29]

qui s'appellent « Roop » et « Rope » qui abaissent encore la barrière technique.

[28:33]

Et le logiciel Roop, R-O-O-P, ça a été lancé en 2023.

[28:38]

C'est un logiciel libre « open source » de remplacement de visage,

[28:42]

puis son objectif n'était pas ça.

[28:43]

Mais contrairement à DeepFaceLab, qui exigeait souvent un long entraînement et beaucoup d'images,

[28:51]

lui, il utilise déjà un modèle qui est déjà entraîné.

[28:55]

Donc l'utilisateur a juste à fournir une photo source et une vidéo cible

[28:59]

C'est fou, hein ?

[28:59]

qui apporte le corps, les mouvements et le décor.

[29:02]

Puis le logiciel ensuite automatise une grande partie du remplacement.

[29:07]

Et Roop intègre des mécanismes pour décourager certains usages sexuels.

[29:12]

Et son développement est abandonné.

[29:13]

Mais son cas de source étant donné qu'il est public,

[29:15]

il a été copié et modifié et il a été dérivé pour Rope, R-O-P-E.

[29:22]

Donc Rope, lui, il ajoute une interface accessible,

[29:24]

il retire toutes les restrictions sexuelles.

[29:27]

Donc, sept des neuf principales versions dérivées étudiées

[29:30]

permettent de contourner les protections originales,

[29:32]

ce qui a accéléré leur adoption sur Mr. DeepFace.

[29:35]

Une seule photo peut désormais suffire,

[29:37]

même si les profils, les signes complexes et les changements d'éclairage,

[29:41]

ça produit encore quelques défauts.

[29:43]

Mais malgré tout, ça donne des bons résultats.

[29:45]

Puis pour générer rapidement des grandes quantités de contenu,

[29:48]

la différence est énorme.

[29:49]

Une activité autrefois qui était réservée aux plus patients,

[29:53]

ça devient largement accessible parce que le temps de traitement est très rapide.

[29:57]

Officiellement, le forum interdit de cibler des mineurs,

[30:00]

ainsi que les contenus représentant le viol ou d'autres violences sexuelles.

[30:04]

Mais dans les faits, n'importe qui peut devenir une cible,

[30:07]

une personne avec un simple profil Instagram, une sœur ou une collègue.

[30:13]

Et dans l'étude universitaire dont on vous parlait tantôt,

[30:15]

il y a plus de 1000 vidéos, soit plus de 2 % de l'échantillon,

[30:18]

qui sont associées à des termes évoquants,

[30:20]

le viol, la violence, l'abus ou l'humiliation.

[30:24]

Évidemment, cette classification-là, ce sont des mots-clés,

[30:27]

ils n'ont pas vérifié manuellement chaque vidéo si elle comportait tout ça.

[30:32]

Mais quand même, ça monte un peu, il y a une porosité dans les règles affichées.

[30:35]

Ils laissent passer des trucs qui sont supposés être violents.

[30:39]

Il y a plusieurs conversations qui révèlent aussi la mentalité du forum.

[30:42]

Il y a un utilisateur qui annonce qu'il arrête les « deal fake »

[30:45]

parce qu'il vient de se trouver une copine.

[30:47]

Il y a une autre commande d'une vidéo d'une actrice de 20 ans

[30:51]

qui demande pour la punir d'être, selon lui,

[30:54]

trop en quête d'attention sur les médias sociaux.

[30:57]

Certains se spécialisent même dans la récréation de célébrités actuelles

[31:01]

à la manière des films pornos des années 70,

[31:04]

en recréant les décors et tout ça.

[31:06]

Il y a un membre de l'équipe qui affirme même

[31:07]

qu'une interdiction complète lui ferait probablement du bien.

[31:11]

Elle lui donnerait une excuse pour tourner la page

[31:13]

et se consacrer à des projets créatifs

[31:16]

qu'il pourrait enfin partager sans honte.

[31:19]

Ça, c'est drôle quand tu peux aller lire les témoignages

[31:22]

des gens qui contribuaient à ça.

[31:24]

Mais cette aveu-là est quand même révélateur

[31:27]

parce que même au cœur du système,

[31:29]

l'un de ces artisans semble comprendre

[31:31]

qu'il participe à quelque chose de malsain,

[31:33]

mais ce malaise-là ne le ralentit pas.

[31:36]

Ça ne ralentit pas la machine et tout ça.

[31:39]

« Mr Deepfake », ce n'est qu'un fragment

[31:41]

d'un phénomène beaucoup plus vaste.

[31:43]

Parce qu'il y a eu une étude sectorielle

[31:45]

de plus de 95 000 vidéos de « deepfake »

[31:47]

qui ont été repérées en ligne.

[31:49]

Et « Onufam », eux, estiment que 98 % d'entre elles

[31:54]

de ces vidéos-là sont pornographiques

[31:56]

et que 99 % des personnes ciblées sont des femmes.

[32:00]

Donc, c'est vraiment ciblé là-dessus.

[32:04]

C'est un vrai problème.

[32:05]

Et le nombre de vidéos recensées était 550 %

[32:08]

plus élevé qu'il y a quatre ans auparavant.

[32:11]

Donc, ça part en couilles par rapport à ça.

[32:15]

Et ça ne touche pas juste les célébrités.

[32:16]

C'est ça qui est vraiment dommageable.

[32:18]

C'est un peu ça aussi qu'on va vous parler dans l'after-show,

[32:20]

un cas d'une personne bien normale qui a subi ça.

[32:23]

Et dans une enquête menée par l'organisme Torn

[32:26]

auprès de plus de 1200 jeunes de 13 à 20 ans,

[32:30]

une personne sur huit connaissait quelqu'un

[32:32]

qui avait été visé par une fausse image de nudité

[32:35]

générée par l'intelligence artificielle.

[32:37]

C'est tellement beaucoup pour cette génération-là

[32:39]

qu'eux sont confrontés énormément à ça.

[32:42]

Évidemment, les chiffres qu'on vous drop,

[32:45]

ça ne mesure pas tout ce qui circule en ligne,

[32:47]

mais ça montre que le problème est vraiment massif et genré

[32:51]

et de plus en plus accessible.

[32:54]

Et surtout, derrière chaque vidéo recensée,

[32:56]

il y a une personne bien réelle qui doit vivre avec les conséquences,

[33:00]

vedette ou non.

[33:01]

Ah oui, vedette ou non.

[33:03]

On en a parlé souvent à distorsion,

[33:05]

mais c'est dur par la suite de faire retirer ces choses-là.

[33:08]

C'est presque impossible.

[33:09]

Faire disparaître une vidéo du web, c'est presque impossible.

[33:13]

C'est pas vrai que quand tu coupes la tête du serpent,

[33:15]

il n'y en a pas d'autres qui popent à côté.

[33:18]

Donc encore plus pour les vedettes,

[33:19]

parce que c'est sûr qu'aussitôt qu'il y a eu une capture d'écran

[33:23]

ou quelqu'un qui a téléchargé la vidéo,

[33:25]

il l'a remis à quelque part.

[33:27]

Mais même pour les quidams comme nous,

[33:30]

comme des étudiants et étudiantes

[33:32]

qui se font menacer avec ça,

[33:34]

avec de la revenge porn ou ce genre de deep fake-là,

[33:38]

ça peut être très long de retrouver la paix d'esprit

[33:41]

parce que ça ne disparaît jamais, on dirait.

[33:43]

Non, non, exact, le droit à l'oubli,

[33:45]

puis tous ces beaux droits juridiques

[33:48]

que les moteurs de recherche donnent,

[33:50]

ça efface juste l'indexation,

[33:52]

ça efface pas le contenu.

[33:54]

C'est toujours le combat de David contre Goliath

[33:59]

à chaque fois que quelqu'un veut faire enlever du contenu comme ça.

[34:04]

Il y a encore eu des règlements de point-up cette semaine

[34:07]

d'anciennes victimes justement

[34:09]

qui ont eu des vidéos de revenge porn uploadées sur la plateforme

[34:12]

et ont eu des dédommagements.

[34:15]

Ça fait des années.

[34:17]

Je me demande si ces vidéos-là

[34:19]

ne se retrouvent pas encore sur d'autres clones de point-up.

[34:23]

C'est vraiment une guerre sans fin.

[34:25]

Ah, c'est clair.

[34:26]

On va parler d'ailleurs du coût humain.

[34:28]

Ça fait une belle transition pour ça.

[34:31]

Mister Deep Fake affirmait publiquement

[34:33]

limiter sa base de données aux personnalités publiques bien connues.

[34:36]

Mais dans les faits, la plateforme servait aussi de point de rencontre

[34:39]

pour la diffusion et la création de contenu

[34:42]

qui visait, comme on disait, des milliers de personnes ordinaires.

[34:46]

Et là, je vais vous parler d'une certaine Sarah Zed

[34:49]

qui, elle, c'est son cas à quelque part.

[34:52]

Elle, elle est étudiante à l'Université du Nouveau-Brunswick.

[34:55]

Puis elle lance en 2018 une chaîne YouTube

[34:58]

sur la culture geek et sur les fandoms,

[35:01]

les gens qui sont fanatiques de personnalité.

[35:05]

Et des années plus tard,

[35:06]

des abonnés lui envoient des liens de Reddit et de 4chan.

[35:09]

Puis elle découvre alors sur Mister Deep Fake

[35:13]

des vidéos pornographiques générées avec son visage.

[35:17]

Sarah, elle, elle va dire

[35:19]

qu'elle a eu l'impression qu'on lui avait volé son identité numérique.

[35:23]

Selon elle, banaliser les cas visant des vedettes comme Taylor Swift

[35:27]

normalise aussi l'utilisation de ces outils

[35:30]

contre des personnes moins connues et plus vulnérables.

[35:33]

Parce que oui, Taylor Swift est une de celles

[35:36]

qui va avoir énormément de vidéos à créer

[35:38]

avec son visage.

[35:42]

Et les conséquences peuvent être psychologiques,

[35:45]

professionnelles, mais aussi réputationnelles,

[35:48]

alors que les victimes ont peu de moyens pour se défendre.

[35:51]

Des quidammes comme nous ont moins de ressources

[35:54]

que Taylor Swift, même si c'est triste pour tout le monde.

[35:58]

Oui, oui, exactement.

[35:59]

Et il y a aussi une certaine Patricia Schlosser

[36:02]

qui, elle, est journaliste d'enquête en Allemagne

[36:05]

et est spécialisée dans l'industrie pornographique.

[36:07]

Puis elle, elle va montrer une autre facette du problème.

[36:10]

Il y a un collègue qui l'appelle à un moment donné,

[36:14]

visiblement mal à l'aise, puis lui envoie un lien à elle

[36:17]

vers Mr Deep Fake.

[36:19]

Puis elle va y découvrir des images entièrement fabriquées

[36:22]

où elle apparaît nue, enchaînée et impliquée

[36:25]

dans des actes vraiment dégradants avec des animaux.

[36:28]

Pas de sens.

[36:29]

Et son nom est associé à une étiquette de recherche

[36:32]

particulièrement humiliante aussi.

[36:34]

Et là, c'est bizarre, parce que de la manière qu'elle décrit ça,

[36:37]

son cerveau sait que les images sont fausses,

[36:41]

mais en même temps, elle paraît un peu réelle

[36:43]

parce qu'elle se reconnaît dans les vidéos.

[36:45]

Mais elle sait que ce n'est pas elle entièrement.

[36:48]

Et elle a l'impression de subir une forme d'agression

[36:51]

sans parvenir à nommer exactement ce qu'elle ressent.

[36:54]

J'avoue que le feeling doit être spécial.

[36:57]

Ça doit être tellement bizarre. J'ai essayé de figurer

[36:59]

pendant que je faisais la recherche pour l'épisode,

[37:03]

puis ça doit être vraiment traumatisant.

[37:06]

Oui. Puis après le choc vient la colère.

[37:09]

Puis elle va participer à un reportage

[37:11]

de l'émission STRG-F,

[37:14]

qui est une émission d'enquête allemande,

[37:16]

mais qui est produite par le diffuseur public,

[37:20]

le NDR, puis elle réussit à faire retirer

[37:22]

les images de Mr Deep Fake. Elle parvient ensuite

[37:25]

à remonter jusqu'aux jeunes hommes soupçonnés

[37:27]

de les avoir créés, ces images-là.

[37:30]

Puis elle se présente même chez lui, parle à sa mère,

[37:33]

pendant qu'il refuse de sortir de sa chambre.

[37:37]

Imagine-tu, c'est un peu irréel tout ça.

[37:39]

Mais pour Patricia, l'histoire ne s'arrête pas

[37:42]

aux créateurs présumés de ces images.

[37:44]

Elle veut aussi comprendre la plateforme

[37:46]

qui leur a permis de faire circuler les images.

[37:49]

Exact, exact.

[37:51]

Je vous parle aussi d'une lutteuse canado-américaine,

[37:54]

une certaine Gail Kim, qui découvre aussi

[37:56]

des vidéos à son nom sur Mr Deep Fake.

[38:00]

Mais elle refuse de les regarder. Elle se dit

[38:02]

que savoir qu'elles existent est déjà suffisamment

[38:05]

traumatisant pour elle. Les personnalités publiques

[38:07]

sont elles aussi visées à grande échelle.

[38:10]

Puis en janvier 2024, plus précisément,

[38:14]

des images pornographiques de Taylor Swift

[38:16]

qui ont été créées avec l'A.I.

[38:19]

deviennent virales sur 4chan et puis sur X.

[38:22]

Il y a une publication qui atteint des dizaines

[38:24]

de millions de vues avant son retrait et X

[38:27]

bloque temporairement les recherches sur son nom.

[38:30]

C'est drôle de réaction quand même.

[38:32]

C'est une drôle de façon, c'est un drôle de plaster.

[38:38]

L'affaire donne une visibilité immense

[38:40]

au problème et augmente la pression publique

[38:42]

sans être à elle seule à l'origine du Take It Down Act.

[38:46]

On va en parler tout à l'heure.

[38:49]

Plusieurs années de mobilisation vont être consacrées

[38:51]

par les victimes, des familles et des élus aussi.

[38:54]

On va y revenir. Et check bien ça Seb,

[38:56]

Mr Deep Fake partage aussi une banque de 6000 photos

[39:00]

du visage d'Alexandria Ocasio-Cortez

[39:03]

pour aider les utilisateurs à fabriquer des Deep Fakes.

[39:08]

Je me demande si ce n'est pas

[39:09]

justement les fans de Trump ou les magas

[39:12]

qui sautent là-dessus comme

[39:15]

sur un Napa.

[39:18]

Tu vois vraiment comme s'ils essayaient d'orchestrer

[39:21]

presque une attaque contre eux avec autant de photos.

[39:24]

Exact. Comme un disait, c'est souvent pour les punir.

[39:28]

Ils font ça pour quoi? C'est une sorte de vengeance

[39:30]

contre les femmes.

[39:33]

Comme tu dis, c'est certain qu'il y a des magas là-dedans parce qu'elle est

[39:36]

de gauche, un démocrate.

[39:38]

Oui, ça m'avait troublé ça.

[39:43]

Au Pays-Bas, le député Caroline van der Plas

[39:45]

va prendre position aussi sur le fait et va comparer l'expérience

[39:48]

à une véritable agression sexuelle numérique.

[39:51]

Il y a certaines vidéos qui vont encore plus loin.

[39:54]

L'une montre Greta Thunberg, la militante

[39:58]

et écologiste.

[40:01]

Il la montre ligotée et victime elle aussi

[40:03]

de violences sexuelles.

[40:05]

Une autre met en scène Scarlett Johansson dans une simulation

[40:08]

de meurtre particulièrement réaliste.

[40:12]

Les gens vont vraiment se laisser aller

[40:14]

et faire des demandes spéciales aux gens.

[40:17]

Le phénomène ne vise pas seulement les célébrités.

[40:20]

En Australie, un fonctionnaire va fabriquer plus d'une centaine

[40:24]

de deepfakes sexuelles avec ses propres collègues.

[40:27]

C'est fou ça.

[40:28]

Et là, il y a une commission, le e-Safety Commissioner,

[40:32]

qui rapporte également des codes d'élèves

[40:34]

qui se servent d'application de ce type-là,

[40:37]

de nudification pour s'en prendre à leurs camarades de classe.

[40:40]

Le problème traverse aussi des frontières.

[40:43]

Au Texas, c'est des adolescentes qui sont harcelés sur Snapchat

[40:47]

justement avec des images manipulées par l'AI

[40:50]

de type pornographique.

[40:52]

C'est vraiment un fléau qui est rendu même

[40:54]

dans les écoles primaires.

[40:56]

Même ici au Québec, on ne fait pas abstraction de ça.

[41:00]

Ces cas montrent que le traumatisme ne dépend pas

[41:03]

du réalisme de l'image. Même si c'est imparfait,

[41:06]

c'est des conséquences psychologiques.

[41:08]

C'est un peu l'impression d'être violé dans son intimité.

[41:14]

Même si ce n'est pas ce que plus réaliste,

[41:16]

les gens le savent que c'est probablement faux,

[41:18]

mais quand même, c'est quand même une pratique humiliée.

[41:22]

Oui, tu ne veux pas voir ça.

[41:25]

Là, on va parler un peu de l'enquête, Emile,

[41:27]

parce que pendant des années, ceux qui font fonctionner,

[41:30]

Mr. Deepfakes, eux demeurent des fantômes numériques.

[41:33]

Il y a plusieurs profils qui sont associés à l'administration

[41:36]

et à la modération du site, tous dissimulés derrière des pseudonymes.

[41:40]

Mais un compte finit par se détacher des autres.

[41:43]

Il y a plusieurs équipes qui enquêtent d'abord séparément,

[41:46]

puis certaines unissent leurs forces.

[41:48]

Puis peu à peu, leurs indices convergent vers l'individu

[41:52]

qui semble se cacher derrière ce profil.

[41:55]

Et là, l'étape 1.

[41:57]

On remonte en mars 2024 aux Pays-Bas.

[42:00]

Le choc est brutal. Il y a plusieurs célébrités néerlandaises

[42:03]

qui découvrent qu'elles sont ciblées sur Mr. Deepfake.

[42:07]

Et l'onde de choc attire l'attention d'une firme

[42:09]

spécialisée en renseignement de sources ouvertes,

[42:12]

Sidenti, qui est dirigée par un dénommé Jordy Urbanski.

[42:17]

Urbanski et son équipe se mettent à la tâche.

[42:20]

Il fouille d'anciens pseudonymes oubliés sur des forums automobiles,

[42:23]

des listes de mariages en ligne,

[42:26]

toutes sortes de traces laissées derrière au fil des années.

[42:29]

Petit à petit, il y a un visage qui se dessine

[42:31]

derrière le pseudonyme DPFKS

[42:34]

que tu nous avais parlé au début.

[42:37]

Et à la fin de mars 2024, Sidenti

[42:40]

affirme avoir un dossier complet entre les mains.

[42:42]

L'entreprise transmet ses conclusions

[42:44]

au quotidien néerlandais Algeman Dagblad,

[42:48]

qui publie un article au début d'avril sans dévoiler

[42:52]

publiquement l'identité de l'homme qui soupçonne.

[42:54]

Mais cette distinction est importante.

[42:56]

Sidenti affirme avoir identifié le suspect avant les autres équipes,

[43:00]

mais son nom ne sera révélé publiquement

[43:03]

que l'année suivante lors de l'enquête conjointe.

[43:06]

Et là, on passe à la deuxième étape de l'enquête.

[43:09]

Il y a 9 mois qui passent après cette première intervention

[43:12]

de Sidenti, et en décembre 2024,

[43:15]

il y a un spécialiste danois du nom de Zakaria Amid,

[43:20]

qui travaille pour le média

[43:21]

Jack Dett, qui tombe, lui, sur quelque chose de gros,

[43:26]

et enfouia dans les bases de données

[43:28]

de fuites d'informations.

[43:29]

Ça, ça sert souvent aussi à faire des regroupements,

[43:32]

les différentes fuites de données de toutes sortes de sites banales,

[43:35]

mais souvent, on va utiliser son courriel Gmail

[43:37]

et ses mots de passe et tout ça, et vous allez voir,

[43:40]

il met la main sur une adresse qui est dpfks.com,

[43:45]

a-commercial.gmail.com.

[43:47]

Et cette adresse-là, elle est liée à un mot de passe unique,

[43:50]

11 caractères, qui a été réutilisé encore et encore

[43:53]

sur plein d'autres services en ligne,

[43:55]

qui a pu repérer dans les banques de fuites de données.

[43:59]

Et pour Amid, ce genre de mot de passe,

[44:01]

c'est comme un peu une plaque d'immatriculation numérique.

[44:03]

Seul, ça ne dit pas grand-chose, mais dès qu'il ressort ailleurs,

[44:07]

ça permet de relier les comptes ensemble des identités

[44:10]

et des morceaux d'un puzzle d'une même personne.

[44:13]

Et tous les morceaux pointent vers le même nom,

[44:17]

David Do.

[44:19]

Et Amid compare lui-même sa méthode à un pissenlit.

[44:22]

Chaque piste, c'est une pétale.

[44:24]

Pris seul, ça semble insignifiant, mais une fois qu'on souffle dessus,

[44:29]

tout converge vers le même centre.

[44:32]

Une belle petite analogie.

[44:34]

Et la troisième étape, c'est là que l'équipe de Bellingcat

[44:39]

rentre dans la bataille, si je peux le dire.

[44:41]

C'est l'équipe de Ross Higgins dont on vous a parlé tout à l'heure.

[44:45]

Eux, ils consolident de tous les recoupements,

[44:48]

dont ceux de Patricia, dont on vient de raconter l'histoire.

[44:52]

Elle aussi, elle collabore à l'enquête.

[44:54]

Et en remontant les archives du web

[44:56]

sur archive.com, la Wayback Machine,

[44:59]

les journalistes constatent qu'en 2019,

[45:02]

le formulaire Contactez-nous du site de Mr Deepfakes

[45:05]

redirigeait vers une adresse Gmail directement reliée au site.

[45:10]

Les petites erreurs, ça fait penser à Alpha B

[45:13]

au début des sites,

[45:14]

les formulaires de contact qui laissent leurs vrais courriels.

[45:17]

C'est toujours la première adresse qui est l'adresse d'erreur.

[45:21]

C'est toujours le maillon faible.

[45:22]

En comparant cette adresse avec des données provenant des fuites,

[45:26]

comme on vous disait déjà accessibles aux enquêteurs,

[45:28]

il a relié à un autre compte Hotmail et à David Do.

[45:32]

Higgins comparera plus tard toute l'enquête,

[45:34]

un épisode de Breaking Bad. C'est pour ça que j'aimais ça qu'il disait ça.

[45:38]

Sam Cole qui anime la série Balado,

[45:40]

Understood, des fake porn empire de CBC Podcasts.

[45:44]

Écoutez aussi, c'est très très bon

[45:46]

qui relate un peu le phénomène.

[45:48]

Lui, il pousse la comparaison encore plus loin.

[45:50]

Il parle d'un Walter White canadien.

[45:54]

Pour ceux qui ne connaissent pas la série Breaking Bad,

[45:56]

Walter White, c'est un prof de chimie qui a le cancer.

[46:01]

Puis, on est aux États-Unis pour soigner.

[46:02]

Les frais, ça coûte très très cher.

[46:04]

Donc, il se dirige vers la fabrication de meth.

[46:08]

Exactement, mais d'une qualité impressionnante,

[46:11]

étant donné que c'est un chimiste.

[46:13]

La meth bleue.

[46:14]

Oui, la meth bleue, c'est ça. C'est un peu ça.

[46:17]

Quelqu'un de bien ordinaire qu'on ne soupçonnerait pas du tout

[46:20]

qui est en arrière de ça.

[46:23]

Donc, il amènera même à avoir traversé Higgins pendant qu'il enquêtait.

[46:26]

Il dit qu'il ne contredit pas du tout la comparaison de Walter White canadien

[46:30]

parce qu'il, pendant l'enquête,

[46:32]

il a traversé une sorte de crise de confiance

[46:35]

parce que quand les indices s'accumulaient,

[46:38]

on dirait que la conclusion, ça paraissait un peu impossible

[46:40]

à croire que ce soit cette personne-là, ce certain David Do.

[46:45]

Et là, la dernière étape de l'enquête,

[46:47]

c'est lorsque CBC, le Canadian Broadcasting Corporation,

[46:52]

le penchant radio-canadien anglophone,

[46:55]

si je peux dire,

[46:57]

il y a le journaliste Eric Zetto

[46:59]

qui prend alors le relais sur le terrain à Toronto.

[47:02]

Et au début d'avril 2025,

[47:03]

il se présente directement sur le lieu de travail de David Do

[47:07]

pour lui remettre une lettre en main propre.

[47:10]

Et David affirme ne rien savoir de l'affaire,

[47:13]

il dit être simplement là pour travailler

[47:14]

et s'esquive, s'en va, quitte le journaliste.

[47:17]

Cette première confrontation, ça mène nulle part,

[47:20]

mais quelques semaines plus tard, tout s'accélère.

[47:23]

Mais avant de raconter la suite, il faut toutefois s'arrêter

[47:25]

sur l'homme vers lequel convergent tous ces indices.

[47:29]

Emile, à toi de nous le présenter un petit peu,

[47:32]

ce certain David Do.

[47:33]

Oui, avec grand plaisir, Seb.

[47:36]

David Do, son nom complet, c'est Dewey David Do.

[47:40]

Il est âgé de 36 ans quand l'enquête éclate en 2025.

[47:44]

Il grandit à Kitchener, lui, en Ontario,

[47:47]

puis il obtient à l'Université de Waterloo des diplômes

[47:50]

en sciences biomédicales et en pharmacie.

[47:53]

Il y a un ancien camarade qui se souvient de lui

[47:55]

comme étant un étudiant sympathique,

[47:57]

féru de technologie et toujours prêt à aider les autres.

[48:01]

Au moment des révélations, Do y travaille depuis une dizaine

[48:04]

d'années comme pharmacien-clinicien pour Oak Valley Health,

[48:08]

entre les hôpitaux de Markham,

[48:10]

Stouffville et de Oxbridge.

[48:13]

Selon le registre ontarien de divulgation

[48:16]

des salaires du secteur public,

[48:18]

il gagne environ 121 000 $ dans cette année-là.

[48:21]

Il apparaît même dans des capsules où il conseille.

[48:26]

En fait, il apporte des conseils

[48:28]

à des patients après une chirurgie.

[48:31]

Donc il y a un petit profil public quand même.

[48:33]

Et sur papier, sa vie paraît parfaitement ordinaire.

[48:37]

Il y a une maison à Markham avec sa conjointe,

[48:39]

une voiture Tesla, des photos de famille un peu partout dans la maison,

[48:43]

et il y a une carrière bien respectée.

[48:46]

Mais les enquêteurs retrouvent une série de projets web

[48:48]

de pseudonymes et de contre-liants

[48:51]

progressivement cette identité professionnelle

[48:54]

au réseau derrière Mr Deep Fake.

[48:57]

Et c'est ce contraste qui rend l'enquête si troublante d'ailleurs.

[49:02]

Que ce soit un pharmacien, mais en même temps

[49:04]

qui crée des Deep Fakes à côté, même le plus grand réseau.

[49:07]

Oui, oui, exact.

[49:09]

Et son histoire numérique commence bien avant Mr Deep Fakes.

[49:12]

En fait, à la fin des années 2000, alors qu'il était encore étudiant,

[49:16]

il participe à la création de Xenoa,

[49:19]

qui est un forum de piratage où il utilise le pseudonyme

[49:22]

DDO, David Doe.

[49:25]

Il ne s'y présente pas comme un simple membre,

[49:27]

mais comme le propriétaire et aussi l'administrateur principal.

[49:31]

C'est-à-dire celui qui possède les plus hauts privilèges

[49:34]

techniques sur le forum.

[49:36]

Et au fil des ans, il y a plusieurs pseudonymes

[49:38]

qu'il va enchaîner.

[49:40]

À un moment donné,

[49:46]

on se rend compte qu'il utilise

[49:48]

le pseudonyme DPFKS.

[49:52]

Il va se transformer en d'autres noms éventuellement.

[49:55]

Les enquêteurs relient ces pseudonymes

[49:58]

à ces traces numériques.

[50:00]

Certaines signatures portent même une devise

[50:03]

presque trop parfaite.

[50:05]

C'est-à-dire fake it till you make it.

[50:08]

Quand tu es dans le monde du deep fake,

[50:11]

ça peut envoyer les enquêteurs sur une piste.

[50:14]

Sur le forum, il justifie en 2019

[50:16]

sa position de numéro un par son attachement

[50:19]

à la communauté et son désir de transmettre

[50:22]

ses connaissances. Ailleurs, il évoque sa double vie

[50:24]

presque par accident. Après sa journée de travail,

[50:27]

il dit retourner s'occuper du site.

[50:29]

Il a laissé quand même beaucoup de traces

[50:32]

et beaucoup de témoignages incriminants.

[50:35]

Il recrute des modérateurs, des designers graphiques,

[50:38]

des développeurs, des spécialistes du référencement,

[50:41]

puis il sollicite des services étrangers pour brouiller les pistes.

[50:44]

Il utilise aussi ce qu'il appelle un compte PayPal furtif,

[50:47]

c'est-à-dire un compte associé à une identité

[50:49]

difficile à vérifier afin de compliquer le lien

[50:52]

avec son véritable propriétaire.

[50:54]

Lorsque PayPal le limite et ferme le compte,

[50:59]

il cherche même des sociétés écrans capables

[51:02]

d'accepter des paiements en son nom.

[51:04]

Oui, parce que c'est de plus en plus difficile.

[51:06]

Je me rends compte, PayPal demande de plus en plus

[51:09]

de vraies validations, d'identités pour les comptes

[51:12]

pour éviter ces comptes PayPal furtifs.

[51:16]

Oui, on avait même eu la chienne un bout de temps

[51:18]

parce que PayPal fermait des comptes de créateurs

[51:23]

pour différentes raisons.

[51:24]

Oui, il gelait l'argent ou des choses comme ça.

[51:26]

Oui, c'est ça, même si nous, on n'avait rien à se reprocher.

[51:28]

Exact, mais c'est vrai que ça nous avait fait peur, je me rappelle.

[51:31]

Oui, oui, donc lui, ça y est arrivé aussi.

[51:34]

Et dès 2018, il se plaint aussi que les 15 000

[51:37]

à 20 000 visiteurs quotidiens du site

[51:40]

ralentissent ces infrastructures.

[51:42]

Ça, c'est drôle comme commentaire.

[51:43]

Et selon l'enquête, le compte relié à David Do

[51:46]

ne fait pas qu'administrer le site.

[51:48]

Il publie aussi 161 vidéos truquées, notamment

[51:52]

sur Sandra Bullock, sur Yairi.

[51:55]

Il partage plus de 6000 photos du visage

[51:58]

d'Alexandria Ocasio-Cortez, lui aussi,

[52:00]

pour aider les créateurs. C'est lui qui est en arrière de ça.

[52:03]

Et le site héberge 125 vidéos étiquetées

[52:07]

à son nom, encore une fois, totalisant

[52:09]

environ 5,3 millions de vues.

[52:11]

Et donc, c'est sûr que c'est...

[52:14]

il a joué pour beaucoup dans l'alimentation.

[52:18]

Non seulement il a créé le site et tout ça,

[52:20]

il est derrière sur l'infrastructure, mais lui-même

[52:22]

a alimenté beaucoup la création de DeepFake.

[52:24]

Oui, il a créé beaucoup de contenu. Exact.

[52:27]

Et là, on va se rendre à l'effondrement un peu

[52:29]

de tout ça. Il faut savoir qu'ironiquement,

[52:32]

en avril 2024, il y a un journal néerlandais

[52:35]

qui a réussi à joindre l'administrateur du site.

[52:38]

Puis lui, il prétend l'avoir vendu à quelqu'un d'autre.

[52:40]

Mais aucune preuve n'a jamais confirmé cette vente.

[52:43]

Peut-être un dernier mensonge qui a été mis là

[52:45]

pour brouiller les pistes. Le site ferme finalement

[52:49]

ses portes, Emile, le dimanche précédent

[52:50]

à la publication de l'enquête conjointe.

[52:53]

Puis il y a un message qui a été publié sur le site

[52:54]

de MrDeepFake qui affirme qu'un fournisseur

[52:57]

de services essentiels, toujours un peu louche,

[52:59]

on ne sait pas c'est qui, qui a mis fin à sa collaboration

[53:02]

ainsi qu'une perte de données, étrange,

[53:05]

qui rend toute poursuite impossible. Dans le fond,

[53:07]

ils ont un YP, la base de données, c'est ce qu'on comprend.

[53:11]

Les administrateurs assurent que la plateforme ne reviendra pas.

[53:14]

Mais le lendemain matin, les journalistes attendent

[53:17]

des vitres d'eau devant son garage.

[53:19]

Ils baissent la vitre de sa Tesla, mais refusent de répondre.

[53:22]

Et Zetto, le journaliste de CBC, il insiste

[53:25]

que les personnes ciblées sur le site, ce sont des vraies victimes

[53:28]

avec des vrais dommages psychologiques, des vraies émotions détruites.

[53:32]

Pourquoi fait-il ça? Il pose des questions.

[53:34]

Et quelques jours après la fermeture,

[53:36]

Oak Valley Health, l'employeur de David,

[53:39]

confirme qu'il ne travaille plus pour l'organisation.

[53:41]

Donc il a perdu son emploi. Et au printemps 2026,

[53:44]

le Collège des pharmaciens de l'Ontario

[53:46]

publie ensuite des allégations disciplinaires.

[53:49]

Il lui reproche d'avoir exploité le site

[53:51]

ou d'y avoir publié du contenu entre 2018 et 2025.

[53:56]

C'est pendant sept ans quand même.

[53:58]

C'est presque toute sa carrière. Je pense que c'est 10 ans,

[54:00]

sa carrière de pharmacien.

[54:02]

C'est incroyable. Ils s'ablonnent.

[54:06]

D'après moi, ce n'est plus s'ablonnent.

[54:08]

Mais si elle ne devait pas savoir ça,

[54:10]

tu te rends compte que ton chum est à la tête

[54:13]

d'un site de dits fakes.

[54:17]

Je te sacrerai ça dehors.

[54:20]

Justement par rapport à son emploi,

[54:22]

il y a une audience qui doit avoir lieu,

[54:24]

mais il n'y a encore aucune décision disciplinaire

[54:26]

qui a été rendue par rapport à son statut de pharmacien.

[54:29]

Est-ce qu'il va perdre le droit de pouvoir pratiquer?

[54:32]

C'est toujours juste des allégations.

[54:35]

Il n'y a pas de déclaration de culpabilité professionnelle.

[54:38]

Il y a des élus.

[54:39]

Il y a d'autres pays qui veulent sa peau à des villes.

[54:42]

Le Danemark et le Pays-Bas réclament son extradition.

[54:47]

Mais il n'y a aucune demande formelle

[54:48]

qui a été transmise par un gouvernement au Canada

[54:50]

qui a été rendu public.

[54:52]

Mais eux l'ont dit dans les médias

[54:53]

qu'ils voulaient le faire payer aussi dans leur pays.

[54:56]

Mais la question se heurtrait de toute façon

[54:59]

au principe de la double incrimination.

[55:00]

Je vous rappelle, l'acte reproché pour qu'on puisse extrader

[55:04]

doit constituer un crime dans les deux pays.

[55:07]

Or, pendant une grande partie de l'existence de Mr Deepfakes,

[55:10]

c'est ça le problème, c'est que la loi canadienne

[55:12]

ne mentionne pas explicitement les Deepfakes sexuels.

[55:15]

C'est genre depuis 2025 que c'est vraiment encadré dans la loi.

[55:20]

Il y a même eu des gens, je pense, à Terre-Neuve

[55:22]

ou des cas qui ont été innocentés

[55:26]

parce qu'il n'y avait pas de cadre de loi

[55:28]

pour entrer ce bout-là.

[55:31]

Oui, ce n'est pas tout le temps évident dans tous les pays.

[55:33]

Non, comme je vous dis, le Canada a depuis modifié

[55:37]

son code criminel, mais la non-rétroactivité

[55:40]

des nouvelles infractions et la nature exacte

[55:43]

des gestes reprochés, ça rend toute hypothèse

[55:45]

d'extradition beaucoup plus complexe qu'elle en a l'air.

[55:48]

On ne peut pas rétrobaquer des lois qui n'existaient pas.

[55:52]

Et la fermeture de Mr Deepfakes est une vraie victoire

[55:55]

parce que le professeur Annie Farid,

[55:58]

qui est un expert en criminalistique numérique à Berkeley,

[56:01]

voit toutefois un bon début, mais trop peu et trop tard.

[56:05]

Le répit est donc court.

[56:07]

Mais la communauté ne disparaît pas.

[56:09]

Elle se disperse vers d'autres plateformes moins surveillées

[56:11]

comme Télégram, qui est rendu un lit à toutes sortes

[56:15]

des pires vices humains, et vers des outils qui disent

[56:18]

à donner limité, dont certains peuvent tenter

[56:21]

un remplacement de visage à partir d'une seule photo.

[56:24]

Mais pour les scènes complexes, la qualité demeure

[56:26]

toutefois très variable.

[56:28]

Et là, on va vous parler un peu de l'effet Paris Hilton.

[56:30]

Oui, parce qu'elle est impliquée dans cette histoire.

[56:33]

Paris, depuis quelques années, elle fait quand même des big moves.

[56:36]

Oui, c'est le fun de voir. C'est ça, c'est une fille brillante.

[56:39]

C'est parce qu'on ne la connaissait pas vraiment.

[56:43]

Dans le temps, c'était la petite fille riche,

[56:46]

le magnat de l'hôtel ou la petite fille, je ne sais plus.

[56:51]

Justement, elle-même, elle avait une vidéo

[56:52]

pornographique qui avait été sortie d'elle.

[56:54]

Oui, elle a été victime de quelque sorte,

[56:58]

mais ce n'était pas du défaite.

[56:59]

Oui, mais c'était une vraie fuite orchestrée par son ex.

[57:04]

Si on se dit les vraies affaires,

[57:06]

ce n'était pas de la popularité,

[57:08]

mais ce n'était pas consentant, tout ça.

[57:12]

Après ça, elle a fait des drôles de trucs de télé,

[57:14]

de télé-réalité, tout ça.

[57:16]

On avait l'impression un peu de la juger, ça que je veux dire.

[57:18]

Mais là, un peu comme tu dis, avec ce qui est fait

[57:20]

comme productrice, elle permet à tous de rendre accessible

[57:24]

des trucs qui sont moins connus en faisant ce qui est fait.

[57:27]

Une fois le site fermé, justement,

[57:28]

Paris et David Doe, publiquement associés à son administration,

[57:33]

l'affaire attire une alliée inattendue.

[57:35]

Justement, c'est Paris, elle-même,

[57:37]

qui était ciblée par des Deepfakes sexuelles.

[57:40]

Elle devient la productrice exécutive de Searching for Mr Deepfakes,

[57:44]

qui est une série documentaire de 14 épisodes

[57:46]

créée par la journaliste Laurie Siegel

[57:49]

et diffusée sur le compte de TikTok de Paris directement.

[57:53]

Et l'enquête est aussi adaptée en 4 épisodes

[57:55]

dans la balado Mostly Human with Laurie Siegel aussi.

[57:59]

Et ça fonctionne.

[58:00]

La campagne récolte 26 millions de visionnements

[58:03]

sur les réseaux d'Hilton et de Mostly Human dès sa première semaine,

[58:08]

tandis que les nouvelles personnes ciblées

[58:09]

commencent à raconter leur histoire.

[58:12]

Hilton soutient aussi publiquement le Defiance Act,

[58:16]

qui donnerait aux victimes un recours civil aux Fédérales

[58:18]

aux États-Unis aussi. Mais son impact se fait surtout sentir

[58:21]

après la fermeture, parce qu'elle est arrivée après tout ça.

[58:24]

Ça l'a juste fait connaître, elle a amplifié le dossier

[58:27]

auprès d'un vaste public et elle a fait émerger

[58:29]

des nouveaux témoignages et prolonger la pression politique

[58:32]

aussi parce que c'est toujours long de faire changer les lois.

[58:37]

Elle choisit bien ses combats Paris.

[58:40]

Aux États-Unis, il y a le Take it Down Act,

[58:42]

dont on a parlé un peu tantôt, qui criminalise la publication

[58:45]

ou la menace de publier des images intimes non consensuelles,

[58:49]

qu'elles soient réelles ou générées par l'IA.

[58:52]

Et les plateformes visées doivent aussi les retirer en 48 heures.

[58:56]

C'est quand même big, ça.

[58:57]

Le ministère de la Justice annonce ensuite ce qu'il présente

[59:00]

comme un premier plaidoyer de culpabilité sur cette loi.

[59:03]

Un certain James Strawler II, qui avait diffusé des contenus

[59:07]

sexuels truqués dans une campagne de cyberharcèlement.

[59:10]

Le Royaume Mini va encore plus loin, c'est-à-dire

[59:13]

que créer ou commander une fausse image intime

[59:16]

d'un adulte sans son consentement constitue une infraction,

[59:20]

même si l'image n'est jamais diffusée.

[59:21]

Ça, c'est très bien d'avoir mis ça dans la loi.

[59:24]

Oui, parce que le geste est commis même si ce n'est pas diffusé.

[59:28]

En Corée du Sud, l'approche repose surtout sur la transparence.

[59:33]

C'est-à-dire que les fournisseurs doivent signaler

[59:34]

les contenus synthétiques et marquer clairement

[59:37]

les deepfakes réalistes.

[59:39]

Les deepfakes électoraux sont également interdits avant un scrutin.

[59:43]

Oui, parce qu'en Corée du Sud, il y avait beaucoup de problèmes

[59:45]

pendant les élections avec les deepfakes politiques.

[59:49]

Maintenant, c'est interdit. C'est 90 jours avant les élections.

[59:53]

Tu ne peux pas faire de deepfake.

[59:55]

Mais on dirait qu'avant, tu peux.

[59:57]

C'est comme si le 3 mois avant, pour être sûr de ne pas influencer

[01:00:01]

dans le fond, d'influencer les autres.

[01:00:03]

Je trouvais ça rigolo en guillemets.

[01:00:06]

Mais c'est une problématique qu'on a de plus en plus

[01:00:08]

dans les deepfakes politiques aussi.

[01:00:11]

C'est un enjeu. Il faut qu'il encadre un peu tout ça.

[01:00:14]

En fait, en guise, peut-être de conclusion,

[01:00:16]

on a un peu fait le tour. Qu'en est-il du Canada, Seb,

[01:00:20]

dans toutes ces régulations-là?

[01:00:22]

C'est la Colombie-Britannique qui a eu, dès le départ,

[01:00:26]

déjà un recours civil pour les deepfakes intimes.

[01:00:29]

Tu peux poursuivre quelqu'un au civil.

[01:00:30]

Au fédéral, c'est le Code criminel qui couvre désormais

[01:00:35]

les

[01:00:35]

Il y a des régulations qui sont fabriquées ou modifiées numériquement,

[01:00:37]

mais surtout lorsqu'elles sont diffusées ou utilisées

[01:00:40]

comme menace, leur simple création privée demeure moins clairement

[01:00:44]

couverte qu'au Royaume-Uni.

[01:00:46]

Comme si ce n'était pas directement encadré dans la loi.

[01:00:49]

Ça va dépendre du juge, en fait.

[01:00:52]

Je trouve que là-dessus, il devrait corriger,

[01:00:55]

même si ça vient d'être changé, de l'ajuster.

[01:00:57]

Mais au moins, c'est quand même puni.

[01:01:00]

C'est sûr que dès qu'il est publié, il a le plus d'impact

[01:01:03]

sur quelqu'un d'autre, sur autrui.

[01:01:06]

En conclusion de tout ça, Emile,

[01:01:08]

c'est qu'il y a plusieurs zones d'ombre dans le dossier.

[01:01:13]

Pour conclure, il y a plusieurs questions qui demeurent

[01:01:15]

sans réponse claire.

[01:01:16]

Qui a démasqué David Doe en premier?

[01:01:19]

Ça aussi, ce n'est pas clair. Parce que la firme Sidenti,

[01:01:22]

eux, affirment l'avoir identifié dès mars 2024.

[01:01:25]

Ils n'ont jamais rendu son nom public.

[01:01:27]

Il y a Jack Deck, il y a Politiken, il y a Bellingcat, il y a CBC.

[01:01:31]

Ils ont révélé ensemble, eux, son identité en mai 2025.

[01:01:34]

Mais qui est le premier vraiment qui l'a trouvé, on ne le sait pas.

[01:01:38]

David Doe a-t-il admis quoi que ce soit? Non.

[01:01:40]

Il a été confronté deux fois par des journalistes

[01:01:43]

qui ont refusé de répondre.

[01:01:45]

David Doe, on ne sait pas s'il agissait seul.

[01:01:48]

Bellingcat, ils ont repéré plusieurs autres comptes

[01:01:51]

associés à l'administration du site ou à la modération,

[01:01:54]

dont un autre qui portait le badge de staff d'un employé.

[01:01:59]

Mais on ignore qui les contrôlait,

[01:02:01]

quel pouvoir ils détenaient réellement,

[01:02:03]

s'il s'agissait de personnes distinctes.

[01:02:05]

Des fois, l'administrateur peut lui-même se créer

[01:02:08]

d'autres comptes plus bas pour un peu brouiller les pistes,

[01:02:11]

mais ils n'ont jamais remonté les autres pistes

[01:02:13]

des autres personnes qui géraient le site.

[01:02:17]

Et est-ce qu'il va faire face à la justice?

[01:02:19]

C'est une autre question qu'on a parce qu'il n'y a aucune accusation criminelle

[01:02:22]

qui a été rendue publique au Canada contre lui.

[01:02:24]

Il y a une audience disciplinaire, comme on vous disait,

[01:02:26]

qui est prévue devant le Collège des pharmaciens de l'Ontario.

[01:02:29]

Mais le caractère largement antérieur des activités

[01:02:32]

n'est pas allégué à la nouvelle loi canadienne,

[01:02:35]

mais ça demeure un obstacle important.

[01:02:37]

Le site a fermé juste un peu avant que la nouvelle loi

[01:02:40]

sur les défaits qui arrivent.

[01:02:43]

S'il est accusé, il va falloir qu'il trouve d'autres textes de loi

[01:02:48]

pour essayer de le coincer.

[01:02:49]

Il y a moyen de le faire, mais ça va compliquer le truc.

[01:02:53]

Qui a fait vraiment fermer le site?

[01:02:56]

Il y a aussi l'identité du fournisseur

[01:02:58]

qui a coupé les ponts et qui demeure inconnu.

[01:03:00]

Il y a encore beaucoup de mystère malgré tout.

[01:03:03]

Malgré toute l'enquête qui a quand même révélé qui est,

[01:03:06]

mais il y a beaucoup de zones d'ombre encore une fois dans cette histoire.

[01:03:10]

Exactement.

[01:03:11]

C'est toute une histoire.

[01:03:13]

On espère qu'il n'y en aura pas d'autres, des sites comme ça.

[01:03:19]

C'est sûr que ça a fait énormément jaser.

[01:03:21]

J'ai l'impression qu'on est pensé à une autre étape.

[01:03:23]

C'est ce que j'allais dire.

[01:03:24]

Ça prend des scandales comme ça pour faire bouger les choses.

[01:03:29]

Quand ils commencent à avoir des gens d'accusés,

[01:03:32]

ça a quand même un impact sérieux

[01:03:35]

sur les plateformes qui sont frauduleuses,

[01:03:38]

un peu comme celle-là.

[01:03:39]

Oui, tu as raison, parce que ça a duré à peu près sept ans.

[01:03:43]

Aujourd'hui, une plateforme qui essaierait de copier ce modèle-là

[01:03:46]

ne durerait pas sept ans.

[01:03:48]

Ça a comme un peu passé sous le radar au début.

[01:03:50]

Tant que personne ne s'y intéresse vraiment,

[01:03:52]

cette communauté-là, elle vit, elle grandit, elle émerge,

[01:03:56]

mais tant que les journalistes et tout ça, il n'y a rien qui se passe.

[01:04:00]

C'est un peu un terrain fertile.

[01:04:02]

Comme tu dis, maintenant, je pense que ça ne fonctionnerait plus,

[01:04:05]

heureusement.

[01:04:07]

Mais ça va rester un problème, je pense,

[01:04:10]

qui va être à contrôler sur toutes les discords

[01:04:12]

ou les 4chan de ce monde,

[01:04:15]

tous ces endroits-là où on peut échanger du matériel,

[01:04:17]

les télégrammes, ça n'arrêtera pas.

[01:04:20]

Mais l'avantage, Anne Guillemet, c'est que ces plateformes-là,

[01:04:23]

c'est quand même un peu moins accessible, ça l'est,

[01:04:26]

mais moins qu'un site web indexable sur Google.

[01:04:29]

Comme je te dis, je l'avais trouvé en faisant une recherche sur Google.

[01:04:33]

Je pense que j'avais cherché Deep Fake Nude Celebrities

[01:04:35]

ou quelque chose comme ça, puis c'était dans les premiers sites.

[01:04:38]

Donc, s'il y avait un genre d'enjeux là-dessus,

[01:04:42]

mais c'est ça. En tout cas, on va espérer

[01:04:44]

que ça ne reviendra plus, mais...

[01:04:46]

Tu nous expliqueras en after-show pourquoi tu avais cherché ça sur Google.

[01:04:49]

Sinon, justement, qu'est-ce que tu as prévu pour nous, Sam,

[01:04:52]

pour l'after-show?

[01:04:52]

Oui, j'ai prévu l'histoire de Taylor Klein, en fait.

[01:04:58]

C'est une histoire qui vient du documentaire Another Body.

[01:05:02]

Taylor Klein, c'est une personne qui a vécu...

[01:05:06]

Vraiment, on va aller plus dans le détail d'un témoignage

[01:05:08]

de quelqu'un qui a vécu le partage d'images non consensuels

[01:05:13]

sur toutes sortes de plateformes,

[01:05:14]

dont Pornhub et Mr. Deep Fake, puis les impacts que ça a eu.

[01:05:18]

Mais aussi, comment ils ont tourné le documentaire,

[01:05:22]

il y a une petite twist intéressante

[01:05:24]

par rapport au Deep Fake, que je ne vous en dis pas plus.

[01:05:26]

Intéressant. Eh bien, ça, ça va être disponible sur Patreon,

[01:05:29]

en fait, pour nos abonnements. Oui, oui, exactement.

[01:05:32]

Donc, c'est là que ça se passe pour les after-shows.

[01:05:37]

Bien, je vous remercie de votre écoute, tout le monde.

[01:05:39]

J'espère que vous avez aimé ce nouveau format vidéo.

[01:05:43]

On va s'améliorer avec le temps,

[01:05:44]

on va se mettre à l'aise dans notre nouveau studio.

[01:05:47]

Si vous avez aimé la formule, eh bien, abonnez-vous à la chaîne.

[01:05:50]

Abonnez-vous à la chaîne YouTube.

[01:05:51]

Dites-nous ce que vous en pensez aussi sur Spotify et autres

[01:05:54]

si vous trouvez que, justement, est-ce que le son a changé?

[01:05:57]

Oui, on a des nouveaux micros aussi. Ça ne devrait pas avoir changé beaucoup.

[01:06:00]

On a fait des tests pendant l'été et on n'a pas eu de commentaires,

[01:06:04]

donc ça devrait être bien.

[01:06:07]

Vous savez où nous trouver, on est partout sur les réseaux sociaux,

[01:06:09]

sur Instagram, TikTok, Facebook.

[01:06:11]

On a un groupe de discussion privée aussi sur Facebook.

[01:06:15]

Bien sûr, sur Patreon aussi, sur YouTube.

[01:06:18]

Donc, venez nous faire un coucou, venez nous voir en show aussi.

[01:06:22]

Toutes nos dates de spectacles sont au distortionpodcast.com.

[01:06:25]

Et pour terminer, eh bien, continuons avec la tradition.

[01:06:29]

Seb, on a des shout-outs du Patreon à donner aujourd'hui.

[01:06:32]

Je te laisse commencer.

[01:06:33]

Oui. On remercie, on donne beaucoup d'amour à Noémie JB,

[01:06:38]

Annie T, Nicolas L, Marianne R et Marie-Pierre S.

[01:06:43]

Une grande main d'applaudissement à Simon BB,

[01:06:47]

à Mary, à Ezio89, à Juliane N et à J. Gaudry.

[01:06:54]

Et je poursuis l'amour à nos actionnaires

[01:06:57]

Catou B, Valérie DB, Anick SP, José A et Nix Co.

[01:07:04]

Une bonne table dans le dos à Lucy, à Pascal G,

[01:07:08]

à Anne-Julie S, à Myriam L et à la mystérieuse Audrey.

[01:07:13]

Et je conclue l'amour, mon cher Emile,

[01:07:15]

en remerciant Eve L, Marie M,

[01:07:20]

Adèle C et Guillaume PH.

[01:07:24]

Et pour terminer, Seb,

[01:07:25]

aurais-tu un mot de la fin pour nous ce soir?

[01:07:29]

Les images étaient fausses,

[01:07:30]

mais les conséquences, elles, étaient bien réelles.

[01:07:34]

Ouh!

Revenir au début de la transcription