Imaginez : vous êtes agent de sécurité dans un hypermarché français, les yeux rivés sur les allées et venues des clients. Votre regard s’arrête soudain sur un homme d’une soixantaine d’années. Sa démarche vous paraît hésitante ; sa sacoche, toujours serrée contre lui, frôle un peu trop souvent les jupes des clientes. Votre instinct se réveille. Vous le suivez, discret, attentif.Au détour d’un rayon, le doute s’efface : l’individu glisse furtivement son téléphone sous la jupe d’une jeune femme et déclenche l’enregistrement. Cette fois, vous n’attendez plus. Vous bondissez, l’arrêtez, et mettez un terme immédiat à son manège.Ce que vous ignorez encore, c’est que cette intervention ne se limite pas à un simple cas de voyeurisme. Vous venez de faire tomber Dominique Pelicot… et de déclencher l’une des affaires criminelles les plus bouleversantes de l’histoire récente en France.

Épisode
#140 - L’affaire Gisèle Pelicot
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Il est en train de filmer sous votre horrible téléphone comme ça à l'instant.
Vous portez plein?
Vous me suivez la caméra, ça fait quatre fois qu'il...
Allez, police!
Police direct.
Vous restez là.
Vous bougez pas.
Madame, je compte sur vous, vous portez plein.
Des histoires étranges de l'ère numérique.
Imaginez un instant, vous êtes un agent de sécurité
veillant sur les allées d'un supermarché en France.
Soudainement, votre attention est attirée par un homme d'une soixantaine d'années.
Son attitude vous intrigue.
Il déambule dans les rayons, une sacoche à la main,
s'approchant un peu trop près des femmes en jupe.
Votre instinct s'éveille.
Vous le suivez discrètement, observant son stratagème.
Et là, vous le voyez, il glisse subtilement son téléphone sous la jupe d'une cliente.
Sans hésiter, vous intervenez.
Sachez que votre intervention va déclencher bien plus qu'une simple arrestation pour voyeurisme.
Vous venez d'attraper Dominique Pellicot
et de déclencher l'une des affaires criminelles les plus choquantes de l'histoire française.
Sébastien Lévesque, comment vas-tu ce soir?
Ça va bien, et toi, Emile Gauthier?
Ça va bien aussi. Un épisode hors saison qu'on fait,
parce qu'on vous le dit, on prend des petites vacances cet été,
mais on continue quand même nos recherches.
On continue à traiter d'histoires qui ont ébranlé l'année,
et même les dernières décennies d'une certaine façon.
Aujourd'hui, on s'attaque aux cas de Dominique et Gisèle Pellicot.
Un cas qui, si vous n'en avez pas entendu parler cette année,
en 2024, probablement que vous viviez sous une roche.
Oui, la fameuse expression.
On en a parlé beaucoup.
Et là, on se disait, moi et Seb, qu'est-ce qu'on peut ajouter à la conversation?
Parce qu'il y a plein d'autres podcasts qui en ont parlé,
il y a des documentaires, on va en citer quelques-uns d'ailleurs.
Il y a eu énormément de reportages, on a pu suivre ça en direct,
même le procès de Dominique Pellicot.
Toute une histoire autour de la soumission chimique.
Mais qu'est-ce qu'on peut apporter de plus?
On se disait, est-ce qu'il faut vraiment se poser la question?
Est-ce que dans le fond, n'est-ce pas bénéfique de parler plus de ce sujet-là?
Même si l'histoire, vous la connaissez probablement,
nous, on va se pencher évidemment sur les traces numériques,
parce qu'il y en a beaucoup, c'est ce qui a contribué à faire incriminer Dominique.
Le site Coco.Efer, pardon, qui a servi de plateforme
pour recruter toute cette bande de salopards,
on va en parler évidemment.
Mais on se disait que le sujet est trop important
pour qu'on s'empêche d'en parler à cause que les autres en ont parlé.
Ben oui, il faut arrêter de toujours penser ça.
On amène notre saveur, notre sauce, si je peux dire, à tous les cas qu'on...
Oui, puis de la sensibilisation autour de ce sujet-là,
parce qu'on n'en a pas fini avec les agressions commises
après administration de drogues ou de médicaments.
Je me rappelle, même dans mon quartier,
dans un bar où on est allés très souvent, Seb, ensemble,
il y avait eu plusieurs cas de drogues administrées, de GHB,
probablement dans des verres d'alcool distribués aux femmes.
Puis c'est pas un bar trash.
On ne le nommera pas parce que je ne pense pas que c'est de la faute du bar.
Non, non, non.
Puis même c'est un bar qui avait des cas un peu de conduite
avec un genre de mot de passe quand les filles se sentent un peu...
se sentent pas safe et tout ça.
Bon, et malgré tout, malgré le fait que ce bar-là
était un peu une sorte de safe space à quelque part,
il y a eu des cas d'administration de drogues du viol.
On ne sait pas s'il y a des agressions réelles après ça,
mais bref, c'est partout.
On en entend parler à chaque semaine d'agressions de ce type-là
puis de soumission chimique qui est un peu un...
je ne dirai pas un nouveau mot,
mais il y a un peu un terme pour ça maintenant pour englober
tout ce qui est...
il y a le cas de Dominique Pellico qui est assez extrême,
mais justement, droguer des victimes afin d'en profiter sexuellement
ou d'en faire profiter les autres.
Ah non, c'est assez fou.
Puis je lisais...
j'entendais même dans un des documentaires,
je pense que justement, le GHB, ça représente peut-être 5 %.
Mais tout le reste, à peu près 95 % de la soumission chimique,
c'est souvent utilisé par des médicaments de sous-ordonnances
ou du moins qu'on a dans la pharmacie
puis qui n'ont pas le but de faire ça.
Absolument.
Donc ça, je ne pensais pas que ce chiffre-là était si élevé.
Ça m'a jeté à terre.
C'est vraiment décourageant que les hommes,
parce qu'on va le dire la plupart du temps,
ce sont les hommes qui effectuent ce...
je ne sais pas ce qu'on a en nous,
mais c'est décourageant en fait que les hommes d'aujourd'hui,
depuis peut-être 20 ans à peu près,
qui pensent à utiliser les médicaments
pour arriver à leur fin sexuelle.
Ah oui. Vous allez voir, c'est troublant.
On va entrer un peu dans la tête de Dominique Pellico aussi,
avec des extraits du procès.
Vraiment, nos recherchistes ont fait un super boulot.
Vraiment.
Mais oui, c'est un sujet choquant,
puis c'est important de, comment dire,
de lever l'awareness, de sensibiliser les gens autour de ça.
Pas juste de surveiller vos verres dans les bars,
parce que comme tu dis, Seb,
souvent, c'est des sédatifs, des calmants,
du Xanax, du Lorazepam, plein de choses
qui sont des médicaments sous prescription
qui vont être administrés aux victimes potentielles.
Et dans certains cas, ça peut aller assez loin.
En after-show, on va parler un peu
de chiffres autour de la soumission chimique,
de statistiques, du phénomène,
comment c'est comptabilisé,
et comment ce n'est pas comptabilisé
dans certaines régions.
La France est plus avancée que nous, par exemple.
Ah oui?
Le Canada.
Oui, eux, vraiment,
un genre d'observatoire autour de ça.
Je pense que le cas de l'histoire Pellico,
évidemment, contribue à sensibiliser les gens autour de ça.
Puis on va vous parler aussi d'un autre champion,
Philip Wilson, parce que,
en after-show, toujours,
parce que, justement, au Canada,
on n'y échappe pas.
On l'appelle un peu le violeur d'Ottawa.
Donc, il arpentait les rues du nightlife d'Ottawa.
Et en vendant des drogues à des gens,
souvent des drogues récréatives,
il droguait des boissons qu'il donnait aux jeunes femmes.
Il a fait des dizaines de victimes,
et ça, c'est ce qu'on sait.
Donc, on en parle en after-show
avec quelques données,
réflexions autour de la soumission chimique aussi.
Mais ça risque d'être un gros épisode, Seb, aujourd'hui.
On tenait à le faire.
On n'a pas réussi à le placer dans notre saison régulière
parce que les autres épisodes étaient trop avancés.
Mais on s'est dit,
c'est sûr qu'on sort en hors-saison cet été.
Dites-nous ce que vous en pensez.
C'est un cas, évidemment,
qui a énormément fait jaser en France
et ailleurs dans la francophonie.
Et là-dessus, qu'est-ce qu'on boit, Seb?
Oui, on boit parce qu'il faut toujours bien accompagner
les gros dégueulasses avec un peu de bière, si je veux dire.
Aujourd'hui, on boit la Lévisienne IPA,
la microbrasserie Corsair.
Shout out Lévis, le B3.
Oui, ce qui se catégorise comme une microbrasserie pirate.
Et c'est une IPA de type britannique ou anglaise.
C'est vrai, on le sent l'amertume un peu de la rousse.
On sent le goût de la robe embrée.
Il y a un oublonnage assez élevé,
78, c'est 6,2 % d'alcool, arômes floraux.
Elle est excellente avec des saveurs caramélisantes.
Caramélisées, pardon, qui donnent un bon goût.
Eux, ils recommandent de manger ça, par exemple,
avec des mailles pissées, du poisson, des fruits de mer.
Et je le comprends parce que justement,
le goût embré, ça permet de prendre le dessus.
C'est vrai qu'avec un bon poisson,
ça fait encore plus pirate.
Allez-y aux Corsairs, ça fait longtemps qu'ils sont là.
Les Lévis sont sur le bord de l'eau.
Un beau local, c'est chill.
Tu descends la côte, t'es vraiment sur le bord de l'eau.
Vraiment un beau petit spot l'été pour aller prendre une bière.
Allez-y.
Cool, belle suggestion.
Et cette tournée de bière-là, Emile,
elle nous a été offert par Jerry Cranes,
si je le prononce bien.
Jerry, ce qu'il a fait, il est allé sur le site
distorsionpodcast.com.
Le petit bouton à haut à droite, tournée de bière.
Il nous a fait un don via PayPal.
Et voilà, il nous a suggéré une bière
et ça se retrouve dans le fridge.
Et nous, on va acheter cette bière-là.
Exact.
C'est ça, c'est pas le Corsair qui nous commandit.
Non, non, pas du tout.
C'est nous qui commanditons le Corsair.
C'est une plug gratuite comme ça.
Oui, on est smart.
Vu de notre passion pour la bonne bière.
On a aussi un shout-out qui nous vient
d'une review 5 étoiles sur Apple Podcasts
qui nous vient de Sinalena.
Et elle nous dit, encore, encore, encore,
c'est toujours tellement captivant de vous écouter, les boys.
En voiture, en faisant le ménage,
toutes les occasions sont bonnes
pour écouter votre prochaine histoire.
Et là, qu'est-ce qu'elle nous dit?
Merci pour le divertissement.
En plus de vos voix radiophoniques,
ce sont toujours très agréables,
même lorsque parfois, ce que vous racontez
nous donne d'autres types de frissons.
Hi, hi, hi, dit-elle à la fin.
Ben oui, apparemment qu'on a des voix,
des voix suaves, Seb.
Oui, c'est ce qu'on nous dit.
On devrait monétiser ça.
On devrait, comment dire,
enregistrer vos messages vocaux ou quelque chose comme ça.
C'est pas fou.
On devrait avoir un forfait Patreon.
On vous enregistre une berceuse avant de vous endormir.
C'est pas fou ça, selon votre choix.
Ou on lit des nouvelles érotiques des années 80.
J'allais dire des vieux contes Disney,
mais les nouvelles érotiques, j'aime ça.
Tout dépendant des goûts.
Oui, on est ouverts à toutes.
On est des mercenaires.
Je pense qu'on en a assez dit, Seb.
Les haters vont nous dire que notre intro fait 9 minutes.
Est-ce qu'on est prêt à se lancer
dans l'épisode d'aujourd'hui?
Oui, mais, Emile, réaliser un épisode
de distorsion, eh bien, c'est parfois
un casse-tête presque aussi ambitieux
que de décortiquer toutes les offres
mobile et Internet.
Totalement. On avance d'énigme en énigme,
les pistes s'entrecroisent
et on a vite fait de perdre le fil.
Heureusement,
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Alors Seb, maintenant qu'on est bien
préparé, est-ce qu'on est prêt à plonger
dans notre épisode d'aujourd'hui?
Oui Monsieur!
Allons-y!
Commençons tranquillement
cette chronologie de cette histoire
complexe Seb, tout d'abord
en revenant
vraiment en arrière dans le temps.
Je vais vous parler de Gisèle,
de sa naissance, de la formation
du couple Pélico, les enfants
et tout ça pour qu'on
comprenne un peu plus le contexte
dans lequel on évolue ici,
dans le cadre de cette histoire-là.
Gisèle, elle est née le 7 décembre
1952 à Villingen,
en Allemagne de l'Ouest.
C'est la fille d'un
militaire français. Elle connaît
une enfance marquée par les déplacements.
À l'âge de 5 ans,
sa famille reste en France.
Le destin frappe cruellement,
sa mère décède d'un cancer
alors que Gisèle n'a que 9 ans,
très tôt. Malgré
cette perte précoce, elle
garde le souvenir d'une enfance heureuse.
Dominique,
lui, naît le 27
novembre 1952 à
Quincy-sous-Sénart, en France.
Sa jeunesse est bien différente
de celle de Gisèle. À la
fin des années 1950,
sa famille lui aussi déménage
dans l'Indre, où son
père Denis travaille comme contremaître
dans un centre de réadaptation
pour vétéran de guerre.
Dominique décrit plus tard son père
comme étant dur, sévère
et autoritaire.
Enfant, il est témoin des violences
que son père exerce sur sa mère
Juliette et grandit dans un climat
familial marqué par la peur
et l'humiliation. Ses
traumatismes laissent une empreinte
durable sur lui. Ce qui n'est pas rare,
c'est rare que ça ne laisse pas de
traumatisme.
Gisèle, elle rêve initialement
de devenir coiffeuse,
mais finit par étudier la
sténodactylographie.
C'est une technique qui combine
la sténographie, l'écriture rapide
abrégée, et la
dactylographie, qui est la frappe au clavier
ou la machine à écrire. Elle permet
de prendre des notes très rapidement,
que ce soit en réunion,
dans des interviews, ou même
dans des procès.
Dominique, quant à lui, obtient
un CAP d'électricien à l'âge
de 17 ans. Il va en faire
son métier. Leur rencontre
se produit dans une entreprise
locale d'Azé-le-Ferron,
où ils travaillent tous les deux.
Les distordus français disent nous, si je prononce mal,
vos beaux noms de villes.
Mais moi,
je pensais que c'était Azé-le-Ferron,
et non Azaï.
C'est pas américain,
c'est pas en Thaïlande.
Pour Dominique, qui à l'époque était à peine
majeure, c'est un coup de foudre
immédiat pour Gisèle.
Gisèle, de son côté, se souviendra
plus tard, avec émotion, de ce moment
crucial. Elle a dit,
Quand j'ai vu ce jeune homme en pull,
bleu, j'ai su que c'était lui.
Cette première impression restera
gravée dans sa mémoire, symbolisant
à ses yeux le début de leur belle
histoire d'amour.
Au fil des échanges,
Gisèle et Dominique découvrent
qu'ils partagent des expériences similaires
d'enfances troublées.
Cette reconnaissance mutuelle de leurs
blessures respectives crée rapidement
un lien profond entre les deux.
Dominique, qui a quitté l'école
en cinquième pour intégrer le monde
du travail, voit en Gisèle
une femme forte et déterminée,
capable de lui apporter la stabilité
émotionnelle qu'il n'a jamais connue.
Gisèle, quant à elle, trouve
en Dominique un homme qui semble prêt
à construire avec elle l'avenir
stable dont elle a toujours rêvé.
Leur relation évolue
rapidement, nourrie par ce désir
commun de surmonter leurs pensées
difficiles.
Deux ans après leur première rencontre,
le 28 avril 1973,
ils se marient à Hazay-le-Ferron,
le village même où leur histoire
d'amour a débuté.
Ce mariage marque le début
d'une nouvelle vie, qu'ils espèrent
remplies de promesses, d'espoir,
mais surtout d'amour.
Plus tard, lors du procès
qui mettra en lumière les aspects
les plus sombres de leur relation,
Gisèle évoquera cette période
de sa vie avec nostalgie,
en déclarant au tribunal
« Nous étions follement amoureux et nous ne pouvions
pas supporter d'être séparés ».
Donc, ils ont vécu une vie
tout de même heureuse, ce couple
de Gisèle et Dominique.
Leur vie semble prendre un tournant heureux
autour de ces années-là, ils fondent
une famille et ont trois enfants.
David, qui naît en 1973,
Caroline, en 1978,
et Florian, en 1986.
Le couple vit
dans la région parisienne.
Gisèle travaille chez EDF,
où elle débute à l'âge de 30 ans.
EDF, ou Électricité de France,
est une entreprise française majeure
dans le secteur de l'énergie.
Elle y gravie progressivement les échelons
jusqu'à terminer sa carrière
comme cadre préparatrice logistique
pour les centrales nucléaires.
Dominique, lui, travaille comme électricien
et agent immobilier.
Il tente de lancer plusieurs entreprises
qui finissent par échouer.
Le couple connaît des difficultés financières
de manière assez fréquente et Gisèle
développe une liaison avec un
collègue au milieu des années 80,
ce qui provoque une crise
existentielle chez Dominique.
Lorsque ce dernier découvre l'infidélité
de sa femme, il quitte le domicile
conjugale et entame une
relation lui aussi avec une autre femme.
Il vit donc séparé de Gisèle
pendant plusieurs mois
avant qu'ils ne finissent par se réconcilier
et reprendre leur vie commune.
En 2013,
le couple prend sa retraite
et s'installe à Maza,
un village de 6000 habitants
dans la Vaucleuse.
Gisèle rejoint une chorale
tandis que Dominique s'adonne
aux sports et au cyclisme.
Ils reçoivent régulièrement
la visite de leurs enfants et petits-enfants.
Personne ne pouvait y mal
alors imaginer que derrière
cette apparence de bonheur
se cachait un avenir sombre.
Ce couple qui semblait
si ordinaire et que leur ami qualifiait
de couple parfait,
allait devenir, des décennies plus tard,
le centre d'une affaire criminelle
qui choquerait la France entière.
Et là et là, on va revenir
un peu en arrière en 2010,
alors que le couple vivait
un certain bonheur.
En juillet 2010,
dans un centre commercial de Seine et Marne,
un homme de 57 ans
aux comportements suspects
attire l'attention de Nordine,
un animateur
du supermarché.
Intrigué par le manège de ce client,
Nordine l'observe discrètement.
Et là, je le cite.
« Je vois ce monsieur avec une grosse sacoche
et je voyais un truc qui dépassait.
Il mettait ça sous la jupe des femmes.
Ça fait « tilt » dans ma tête.
J'ai vu qu'il filmait
sous les jupes. Je l'ai suivi un peu
pour confirmer, raconte-t-il.
L'homme en question,
eh bien, c'est Dominique Pellicot.
Armé d'une caméra miniature cachée
dans un stylo, il traque
ses victimes dans les allées du magasin.
« Un petit cochon, oui. »
Il se collait aux clientes,
il mettait son sac sous les jupes,
il chassait ses victimes.
Dès qu'il y avait une dame en mini-jupe
ou en jupe, comme il faisait chaud,
il fonçait, il y allait,
se souvient Nordine.
Rapidement, la sécurité interpelle
Pellicot, qui lui semble surpris
par cette appréhension.
Il est par la suite amené au commissariat.
Malgré la gravité de ses actes,
il s'en sort avec une simple amende
de 100 €.
Cette sanction légère ne fait alors
qu'attiser ses pulsions perverses.
Oui, ce n'est pas assez pour Boursquarette.
Ben non, sans de l'art.
Un an plus tard, en juillet 2011,
Pellicot franchit une nouvelle ligne rouge.
Il commence à fréquenter
le fameux site Coco.fr.
Je vais vous parler un peu
de l'historique de Coco.
Coco.fr…
Oui, parce qu'on ne penserait
jamais qu'avec un nom comme ça,
on retrouve ce type de contenu, mettons.
Exact, non, c'est fou.
Ce n'est pas la chasse au Coco de Pâques.
Non, loin de là.
Coco.fr voit le jour en 2003.
C'est un site
qui a été créé par Isaac Steedle,
un Italo bulgare.
Ce site promettait une expérience
de discussion en ligne simple et sans contrainte.
Pas besoin de s'inscrire,
pas de vérification d'identité,
juste un pseudonyme,
un code postal et hop,
vous voilà plongé dans un monde
de conversation virtuelle.
Au fil des années, Coco devient
le repère de centaines de milliers d'internautes,
même qu'à son apogée,
près de 800 000 visiteurs uniques
par mois s'y connectent,
cherchant à bavarder, flirter
ou simplement tuer le temps.
Les salons de discussion
fourmillaient d'activités,
les messages privés fusaient dans tous les sens.
Donc, on n'y retrouvait pas que
du contenu malsain,
c'était aussi des discussions sur tout et rien.
Oui, exactement. C'est un forum,
c'est juste que vu qu'il n'y avait pas de modération,
les gens en ont profité.
Exact, quand on s'en règle,
l'humain étant ce qu'il est…
Oui, on se rappellera de 4chan,
Saint, la même chose.
Mais derrière cette façade de convivialité,
se cache une réalité
bien plus sombre.
Les rumeurs commencèrent à circuler,
puis les faits divers s'accumulèrent.
Coco devenait le terrain de jeu favori
des prédateurs en tout genre.
Pédocriminalité,
prostitution de mineurs,
trafic de drogue,
le site semblait attirer le pire
de l'humanité comme un aimant.
Les autorités s'inquiétaient,
les parents paniquaient,
mais Coco, lui, continuait son chemin.
La modération quasi inexistante,
le contrôle de l'âge des utilisateurs,
une vague formalité facilement contournée.
Le site était devenu
une zone de non-droit numérique.
Fin 2020,
cent ans le vent tourné,
les propriétaires de Coco
tentèrent un tour de passe-passe.
Bye bye coco.fr,
bonjour coco.gg.
Vous savez, le nom de domaine,
c'est souvent relié au pays
où le site est hébergé,
et le site déménagea ses serveurs
à Guernesset,
espérant échapper
aux griffes de la justice française.
Mais c'était trop peu, trop tard.
Le 25 juin 2024,
le verdict tombe.
Le paquet de paris a annoncé
la fermeture définitive de Coco
et la saisie de ses serveurs.
Après plus de deux décennies
d'existence d'une multitudeuse,
le rideau est tombé
sur l'un des sites de chat
les plus controversés de l'histoire
de l'Internet français.
En juillet 2024,
ils ont arrêté deux modérateurs
et ont interrogé trois proches
d'Isaac Steedle.
Et le 9 juin 2025,
Isaac Steedle,
maintenant rendu à 44 ans,
est mis en examen après garde à vue.
Et lui, justement, le premier chef principal,
c'est administration d'une plateforme
facilitant des transactions illégales
en bande organisée.
J'imagine qu'il devait se vendre de la drogue
ou s'y la tuer peut-être.
Et le lendemain, d'autres charges
sont apparues.
Ça, c'est récent, c'est janvier 2025.
Exact, oui.
Complicité de trafic de stupéfiants,
détention, diffusion d'images pédopornographiques,
corruption de mineurs,
blanchiment d'argent aggravé,
blanchiment aggravé, pardon, etc., etc.
Sous contrôle judiciaire,
la caution, c'est 100 000 €,
interdiction de quitter la France
et plusieurs chefs de l'accusation
sont passibles jusqu'à 10 ans de prison chacun.
Donc, il n'y a pas eu encore le jugement.
Mais il ne s'en sortira pas
notre petit Isaac.
Non, c'est ça.
Ça, c'est peut-être certains développements
qui sont intéressants dans l'affaire.
Dans toute cette affaire-là, c'est que
justement, ce site-là a été
dans la foulée du cas
de Pellico.
Ce site-là est un peu passé dans le tordeur aussi.
Il n'y en aura plus.
Il va peut-être en avoir d'autres.
C'est sûr que quand on...
C'est un peu comme les repères de vermine.
Quand on en détruit un,
il y en a un autre qui pousse à côté.
Sauf que dans ce cas-ci, au moins,
coco.fr est rayé de la carte.
Avec cette histoire-là aussi.
À quelque part, c'est normal.
Je pense que les fondateurs
ont un peu la charrue derrière les bulles.
On va revenir dans le passé.
Ne vous en faites pas.
Mais c'est normal aussi
qu'il y ait des sanctions pour les gens
qui ont eu un site comme ça sans modération.
Ils sont responsables d'une certaine façon.
C'est des facilitateurs.
Je suis content.
Ça me rassure aussi que la justice,
sous le seul prétexte qu'on déménage
un serveur dans un autre pays
et qu'on n'a pas juridiction...
Non, non. À un moment donné, la justice
était coupable.
Le gars, il habitait en France. C'est un Français.
À un moment donné, l'endroit
de l'hébergement...
C'est une technique de cette époque-là, on dirait.
Exact. Mais c'est vrai.
Mais il a déménagé son serveur fin 2020.
Puis c'est là que...
En 2020, oui.
Et les coups avaient déjà été arrêtés.
Je ne sais pas si ça avait été médiatisé par contre
à cette époque-là.
Mais c'est sûr qu'eux, ils ont dû être mis au courant.
C'est un peu pour ça qu'ils ont voulu faire la transition.
Mais rendu là, tout ton historique
ne s'efface pas et tout ça.
Je suis allé voir au Internet Archive.
Il n'y a vraiment écrit aucune...
En fait, ces sites-là,
ils ne les gardent pas dans leur historique.
On dirait que quand ils ont des connotations
un peu trop de ce style-là,
ils ne sont jamais gardés dans l'Internet.
La Wayback Machine.
Ils font bien quand même.
Mais sinon,
pour revenir à Coco,
Dominique Pellico, lui, il passait des heures
à naviguer sur ces forums-là.
Les salons de discussion contenus de plus en plus
sombres et dégueulasses.
Et c'est sur Coco.fr
qu'il fait une rencontre
qui allait changer le cours de sa vie.
Et évidemment, celle de sa femme Gisèle.
C'est un soir
de 2011, Seb, que cette rencontre
se fait. Dominique,
il reçoit un message privé
de Coco.fr qui attire son attention.
Un homme prétendant
à être infirmier
lui a envoyé des photos troublantes.
Une femme visiblement inconsciente
dans des poses compromettantes.
Accompagnant ces images,
des instructions détaillées
sur la manière de reproduire ce scénario
avec sa propre
pose. Et donc là,
ça, ça va éveiller une forme
de désir chez Dominique Pellico
qui savait peut-être pas qu'il y avait
à l'époque, mais ça va l'exciter
fortement ce message-là
avec les photos.
Et là, tranquillement, ce désir-là
dans la tête de Dominique va se
transformer en un plan.
Il aimerait bien faire la même chose,
puis pourquoi pas
sur sa femme qui habite
avec lui, évidemment.
Donc il commence à réfléchir à ça.
Comment est-ce qu'il pourrait endormir
sa femme afin
de profiter d'elle?
Et au début de son plan,
il procède par essaie-erreur
afin de trouver le bon médicament
et la dose idéale
qu'il faut donner à Gisèle.
Il utilise principalement deux
médicaments, le Temesta,
qui est du lorazepam, un puissant
anxiolytique, et le Stilnox,
qui est du Zolpidem,
qui est un hypnotique.
Et le lorazepam, c'est un médicament
qui est utilisé pour calmer l'anxiété,
détendre le système nerveux,
il appartient à la famille des Benzodiazepines,
les fameux Benzos,
qui agissent comme des tranquillisants.
En gros, il aide à apaiser
les angoisses, réduire le stress
et favoriser la relaxation.
Mais il peut aussi provoquer de la somnolence
et créer une dépendance
s'il est pris pendant une trop longue période.
Le Zolpidem,
c'est un somnifère utilisé
pour traiter les insomnies.
Il agit rapidement pour aider à s'endormir,
mais son effet ne dure pas toute la nuit.
Contrairement au Benzo,
il est censé être moins addictif,
mais il peut quand même provoquer une dépendance
s'il est mal utilisé.
Certaines personnes ont aussi des comportements
étranges après l'avoir pris,
par exemple parler
en dormant, manger ou même
conduire en dormant.
Ça me traumatisait un peu
aussi l'aspect de dépendance
parce que, je veux dire,
Gisele, elle absorbait
ces médicaments-là, elle développait
une dépendance
sans qu'elle le veule.
Sans le savoir, même.
Souvent, les dépendances, je suis loin d'être un spécialiste,
mais je sais qu'il y a même des symptômes
physiques quand tu manques d'une
drogue.
Là, on va en parler plus loin, elle avait toutes sortes
de symptômes, mais elle a dû
vivre un certain calvaire.
Dans un certain moment
où il y avait moins
de vieux, j'imagine, elle devait subir
un genre de...
de manque.
Oui, il y a un nom pour ça.
Des faits de manque.
Sans comprendre, elle devait
tellement être mêlée.
Je veux dire, si tu
commences à prendre
du crystal meth tous les jours, tu vas le savoir
à un moment donné, je suis en manque,
mais c'est normal que j'en prends tous les jours.
Elle, elle ne sait pas qu'elle en prend.
Elle est dépendante à quoi?
Elle ne sait pas, mais elle doit avoir un effet de manque
ou des fois, les gens qui sont
dépendants à des opioïdes vont
carrément tomber malades quand ils n'en prennent pas.
Ok, ok, oui.
C'est sûr, pour moi,
juste ça, sans les viols,
c'est des agressions,
c'est des agressions, je ne sais pas
comment appeler ça, agressions chimiques.
Oui, oui. Je ne veux pas
le gâcher ou ce qu'on s'en va,
mais ça ne serait pas très, très grave.
Oui, oui, absolument.
Et là, justement,
il expérimente Dominique
avec ces différents médicaments-là,
avec différentes doses de témestas,
entre autres.
Il écrase les comprimés
et stocke la poudre dans une petite pipette.
Et au départ, les doses
sont trop faibles. Giselle
s'endort, mais pas assez profondément
au goût de son mari.
Progressivement, Pellico augmente
les doses, mettant parfois
la vie de sa victime en danger.
Selon les médecins qui ont examiné Giselle Pellico,
elle frôle la mort
à plusieurs reprises pendant
cette période-là, entre coma
et surdose.
Après plusieurs tentatives,
Pellico finit par trouver ce qu'il
considère comme la dose idéale.
C'est un mélange de trois comprimés
de 2,5 mg de
témestas, parfois combinés avec du
style Nox. Il administre
cette mixture à sa femme en la
mélangeant à sa nourriture ou sa boisson,
comme dans un café le matin,
une purée ou une glace le soir.
Il s'assure que les plats soient très
goûteux afin d'éviter les soupçons
de goût altérés.
Ces essais dangereux
durent un certain temps, avant que Pellico
ne trouve la combinaison qui produit
l'effet recherché, c'est-à-dire
plonger Giselle dans un sommeil profond
pendant environ cinq heures,
la rendant totalement vulnérable
à ses agressions.
Une fois Giselle plongée
dans un sommeil profond par les médicaments,
Dominique Pellico s'adonne à des actes
pervers. Il commence
par l'habiller, alors qu'elle est
inconsciente, de sous-vêtements qu'elle
n'aurait jamais porté en temps normal.
Et profitant de son état d'inconscience,
il se lève à des pratiques
sexuelles que Giselle n'aurait jamais
accepté si elle avait été éveillée.
Et rapidement,
ces actes ne suffisent plus à
assouvir les pulsions déviantes
de Dominique.
A vide de nouvelles sensations,
il décide d'aller plus loin.
C'est alors qu'il se tourne une fois de plus
vers Internet et plus précisément
vers Coco.fr.
C'est dans des salons de discussion
au nom évocateur,
à son insu, que Dominique Pellico
publie l'impensable.
Il offre le corps inconscient
de sa propre femme à des inconnus.
Les réponses ne tardent pas à arriver.
Pellico les trie
meticuleusement, éliminant ceux qui
lui semblent trop risqués
ou pas assez discrets.
Pour les candidats retenus,
il passe à l'étape suivante,
l'envoi de photos.
Des clichés de Giselle endormie,
toujours sans son visage,
à son insu, comme il le précise.
Ces images servent à la fois
de preuve et d'appât.
Vient ensuite le moment des instructions.
Oui, puis là, il y a un modus
operandi très clair.
Il va prendre des précautions
vraiment minutieuses
pour éviter les soupçons.
Exact, écoutez ça.
Se garer loin du domicile pour ne pas
éveiller les soupçons des voisins.
Deuxièmement, éviter de porter
du parfum ou d'avoir fumé.
Parce que ça se peut que
dans son sommeil, si elle sent quelque chose
de différent, elle se réveille.
Oui, puis même laisser ton odeur sur les draps,
des choses comme ça.
Troisièmement, se déshabiller
dans la cuisine à l'heure arrivée
pour qu'ils puissent, si on a sauvé vite.
Et se laver les mains à l'eau
chaude et chuchoter.
Et la dernière instruction,
s'assurer que leurs mains
soient à température ambiante
pour ne pas réveiller la victime.
Chaque détail
est bien pensé pour ne laisser
aucune trace, aucun indice, qui pourrait
éveiller les soupçons de Gisèle
à son réveil.
Pellico installait ensuite une caméra
dans la chambre, cadrant,
discrètement, un horloge
pour certifier l'heure des faits.
En même temps, ça laisse des preuves.
Oui, exact.
Il filmait systématiquement chaque agression
prétextant le faire pour se protéger
d'éventuels chantage.
Mais en réalité, on va se le dire,
ces vidéos alimentaient son voyeurisme
et servaient d'outils
de recrutement pour de futurs
agresseurs.
Une fois l'acte terminé,
Pellico reprenait le contrôle total
de la situation. Il effectuait lui-même
la toilette intime de Gisèle,
effaçant méticuleusement
toute trace physique des agressions.
Cette précaution était d'autant plus
nécessaire que les agressants ne portaient
généralement pas
de préservatif.
Ce scénario sinistre,
Gisèle le subira
pendant près d'une décine,
soit de juillet 2011
à septembre 2020.
Durant cette période, elle
subissait en moyenne deux à trois viols
par semaine.
J'ai fait un petit calcul rapide,
ça fait entre 1000 et 1500 viols
qu'elle aurait subi.
C'était souvent en plein milieu de la nuit,
c'est genre pointe-toi à trois heures du matin,
des trucs comme ça,
vraiment intense.
Dans le jugement, je pense que c'est 80 viols
qui sont
comptabilisés,
mais quand on le calcule,
à un viol, deux,
c'est fou,
le chiffre,
je n'arrêtais pas de penser à ça
en m'en venant au studio,
je n'en revenais pas la quantité
de fois qu'elle s'est fait violer.
Il ne vendait pas,
de ce que je comprends,
comme un service,
il ne chargeait pas
à personne,
il ne prostituait pas sa femme.
Ça faisait partie
de sa déviance,
de son fantasme de voir d'autres hommes
violer sa femme inconsciente.
Oui, il se nourrissait de ça.
Là, on va faire un retour en arrière,
le 12 septembre 2020.
Dominique Pilicot se rend au supermarché
E. Leclerc,
de Carpentras,
comme il le fait régulièrement,
mais ce jour-là, il ne vient pas
seulement pour faire ses courses.
Dans les allées du magasin,
il agit avec une discrétion calculée,
son téléphone portable à la main.
Son objectif est clair,
filmer sur les jubes des clientes
sans qu'elle ne s'en aperçoive.
C'est une pratique à laquelle
il s'adonne depuis des années.
Un comportement dévient qui,
jusque-là, lui a permis de passer
un peu sous le radar.
Mais cette fois, la chance n'est pas de son côté.
Les caméras de vidéosurveillance
du magasin captent ses mouvements suspects.
Un vigile,
intrigué par son comportement,
décide de le suivre discrètement.
Pellico cible plusieurs femmes
et filme à plusieurs reprises
avant que le vigile ne l'interpelle
en flagrant délit.
Pris sur le fait, Pellico reste
silencieux, presque impassible.
Le vigile confisque
son téléphone et contacte
immédiatement la police.
Lorsque les agents arrivent sur place,
ils procèdent à l'arrestation de Pellico.
Les clients présents dans
le magasin assistent à la scène
et expriment leur indignation,
même que certains l'insultent ouvertement.
Je comprends. Ben crime-tudie,
j'arrête de traiter de salaud.
Tandis que d'autres filment l'interpellation
avec leur propre téléphone.
Le lendemain,
le 13 septembre,
le parquet de Carpentras
lève la garde à vue de Pellico.
Une enquête préliminaire est lancée,
incluant une expertise psychiatrique.
Les enquêteurs,
suivant leur protocole habituel,
saisissent le matériel informatique
de Pellico à son domicile
pour une inspection approfondie.
Et c'est le 14 septembre
que l'affaire
prend une tournure inattendance
et terrifiante.
Les enquêteurs saisissent
l'équipement informatique de Dominic.
Ils vont y faire des découvertes
qui vont marquer leur vie à jamais.
Ils découvrent, entre autres,
sur l'ordinateur de Pellico
un dossier nommé ABU avec un S.
Son contenu glace
de sang des enquêteurs.
Plus de 20 000 photos et vidéos
compromettantes.
Parmi les vidéos se trouvait également
un fichier nommé
« La fille de la salope ».
Il s'agissait de Caroline
Darien, leur propre fille.
Pellico est immédiatement
replacée en garde à vue
et, face à l'évidence,
passe aux aveux.
Le 22 septembre 2020,
en revenant d'un week-end
avec ses enfants, Gisele Pellico
est accueilli par son mari Dominic
en alarme.
Bouleversé, il lui avoue
« J'ai fait une bêtise, je suis désolé,
ça n'arrivera plus ».
Il lui annonce alors qu'il a été
arrêté à la suite d'un incident
survenu au supermarché.
Les mois passent et le 2 novembre
2020, Gisele Pellico
se rend au commissariat de Carpentras
avec son mari Dominic,
pensant simplement répondre à une
convocation suite à un incident
survenu deux mois plus tôt.
À 9 heures, Gisele entre
dans le commissariat,
ignorant que sa vie est sur le point
de basculer. À 9h45,
elle est reçue seule par le
sous-brigadier Laurent Perret.
L'agent commence par lui poser
des questions apparemment anodines
sur ses habitudes quotidiennes,
son sommeil, ses médicaments.
Il lui demande également si le
couple reçoit régulièrement des amis.
Gisele ne comprend pas
l'intérêt de ces questions-là.
L'agent semble faire
des sous-entendus en lien avec
l'échangisme, chose que
Gisele et Dominic ne pratiquent pas.
Et l'agent dit alors à Gisele,
je le cite,
« Je vais devoir vous confronter à des photos,
des vidéos ainsi qu'à des conversations
qui risquent de vous surprendre,
voire vous choquer. Je vous
informe que votre époux a été placé
en garde à vue pour des faits de viol
aggravés et administration
de substances nuisibles.
Nous le soupçonnons de vous avoir à
plusieurs reprises administrées du
Temesta de 2,5 mg dilué
dans un liquide afin de vous
endormir et dans le but de
favoriser à un ou plusieurs
individus une relation sexuelle
à votre insu, à votre domicile.
Nous vous informons
que d'autres femmes seraient également
victimes des mêmes faits
perpétrés par votre époux, qui à son
tour obtiendrait des relations sexuelles
avec des femmes endormies.
Imaginez vous faire dire ça.
Oui, on se doute
qu'il a fait une connerie
en lien avec
ses fantasmes sexuelles
au supermarché, mais
te faire dire ça, c'est genre
« Mon Dieu, elle ne devait pas du tout
s'imaginer une histoire comme ça. »
Non, on n'est plus sur le même spectre.
Je veux dire, entre quelqu'un
qui est dégueu, mais entre quelqu'un
qui filme sous les jubes versus quelqu'un
qui viole, qui permet à des hommes
de violer… Toi-même ?
Toi-même, oui. Ça n'a aucun sens.
Je veux dire, on n'est plus dans le même spectre
de « Ah non, je repensais beaucoup
à elle. » Elle devait penser
qu'elle était dans un mauvais rêve. Ah oui, en dedans.
Tu dois tellement être mélangé.
Tu ne dois plus comprendre rien.
C'est pas normal. Quand tu n'as aucun doute.
En plus, c'est fou.
Donc là, évidemment,
son monde s'écroule à Gisèle.
Et là, elle découvre, on va lui montrer,
des images filmées par son mari
et elle réalise avec stupeur
qu'elle l'apparaît.
Elle ne se rappelle pas, évidemment,
de ces moments-là, mais elle se voit
inconsciente, avec un homme
qu'elle ne connaît pas, allongée
sur elle. Parfois, elle porte des
sous-vêtements qu'elle
ne connaît pas, dont elle
ne se rappelle pas, mais elle comprend
que c'est elle, donc c'est sûr
qu'il y a quelque part une
dichotomie mentale.
Elle ne doit pas faire les associations,
ça doit être choquant.
Vraiment, je n'ai même pas de mots.
Et là, évidemment, elle a le cœur lourd.
Le soir, elle rentre
chez elle avec une amie
et s'apprête à annoncer la nouvelle
à ses enfants. Et là, elle sait que
l'instant est crucial et que
ça va tout changer, cette
vérité-là. David,
un des enfants, pardon, s'en
souviendra toujours, le 2 novembre
2020 à 20h15,
il reçoit un appel. La voix de
sa mère brise le silence,
mais ce n'est pas un simple appel,
c'est un tsunami, un choc
violent. Il se souvient
de la nausée qu'il ressent à cet instant,
de la douleur brute qui le submerge.
Il doit s'isoler,
même vomir, comme si
son corps ne pouvait pas encaisser
l'ampleur de la révélation.
Dans un éclat de colère, il crie
« On passe d'une vie de famille
normale à une vie de famille qui a été
complètement effacée. Il a été
mon père, il ne l'est plus,
aujourd'hui c'est un monstre.
Il sait qu'il ne pourra jamais lui
pardonner, même après la lettre
que son père lui a envoyé
avant le procès.
C'est sûr, je ne pourrais jamais pardonner ce genre de choses.
Caroline, leur fille,
vit cela d'une manière différente,
mais tout aussi intense.
Elle se sent, elle,
la grande oubliée du procès.
Les blessures sont là, profondes.
Un jour, elle est convoquée
au poste pour identifier les images
d'une femme inconsciente en sous-vêtement.
En scrutant les images,
elle remarque une tâche de naissance
sur cette femme-là. Et cette tâche,
c'est la sienne.
Donc, elle aussi,
elle est sous le choc, elle ne se rappelle pas
de ces moments-là, elle ne se souvient de rien,
mais avec la tâche de naissance,
elle comprend qu'elle aussi,
elle s'est fait violer et elle a été droguée
par son père.
Le traumatisme qu'elle porte
est très lourd. Et en mars 2025,
elle décide de porter plainte
contre son père pour l'avoir
drogué et violé.
Elle refuse de se taire, de rester dans l'ombre
de cette histoire. C'est à ce moment
qu'elle crie l'association
Mandarpa pour aider les victimes
de soumissions chimiques.
Ce traumatisme, elle choisit de le transformer
en un combat pour la justice.
Elle admet que sa vie a été
suspendue à cause de cette affaire,
mais elle refuse de laisser la douleur
définir son avenir.
Florian, le plus jeune,
le plus jeune fils, garde une certaine
réserve. Il ne parle pas autant que les
autres dans les médias, mais cela
ne signifie pas que le poids de la révélation
ne l'affecte pas.
Son silence parle de la profondeur
de son traumatisme en quelque sorte.
J'en doute pas.
Caroline est tellement courageuse.
Mon Dieu,
je ne savais pas
cette info-là,
que la fille de Dominique
avait été victime là-dedans.
Oui,
ça ajoute encore plus le niveau
parce qu'on tombe dans de l'inceste,
mais j'ai l'impression que dans ce cas-là,
même sans théorie, c'est de l'inceste,
mais j'ai l'impression
que pour lui, c'était juste une autre femme.
Un autre objet
qui pouvait, c'est juste le fait
de l'avoir nommé la fille de la salope.
C'est comme si
il les personifiait.
C'est comme si qu'une fois endormi,
parce que je suis convaincu
qu'il ne considérait pas sa femme
comme une salope dans sa vie de tous les jours,
mais on dirait que quand
il tombait en mode fantasme
ou en mode nocturne,
ça devenait un objet
sans respect.
Oui, puis faire ça à sa fille en plus.
Ça n'a pas de sens.
Nous, on va se diriger
à l'ouverture du procès
le 2 septembre 2024.
Il y a une atmosphère qui est pesante
qui règne au palais de justice d'Avignon.
Dans la salle des Assises,
un procès historique s'apprête
à débuter, celui
des viols de Mazan.
32 accusés,
accompagnés de leur avocat,
prennent place sur les bancs.
Dans le box des détenus,
17 autres attendent,
déjà emprisonnés pour leurs crimes,
un box spécifique entouré
d'une escorte est réservé
à Dominique Pilico.
En face, sur l'estrade,
la cour se compose
du président, reconnaissable
à sa veste rouge et de ses substituts.
Sur la droite,
la famille Pilico prend place,
Gisèle au centre, entourée
de ses trois enfants, Florent,
Caroline et David.
Tandis que Gisèle
est représentée par maître Camus
et Babonneau, dont les noms
résonneront souvent au cours du procès.
Les accusés présentent
des profils variés.
C'est là que c'est fou.
C'est un peu comme en pédopornographie.
Il n'y a pas de profil type.
Ça n'existe pas pour ce type
de crime-là.
Ou de classe sociale ou d'âge.
Il y a des profils variés,
menuisiers, informaticiens,
infirmiers, journalistes,
pompiers, âgés
entre 26 et 74 ans.
Certains tentent de se dissimuler
derrière des masques chirurgicaux,
cherchant à échapper au regard
accusateur.
Depuis la pandémie, on dirait
qu'il n'y a plus un criminel qui est accusé
et qui ne met pas un osus de masque.
Ça, je devrais quasiment l'interdire
parce que c'est plus le prétexte
que tu es malade. C'est juste pour garder
une certaine anonyme. Ça me dérange.
Ça fait partie du processus
d'être humilié.
Ah oui, un peu.
C'est sûr que, tu sais, pendant le processus,
on n'a pas encore reconnu coupage,
mais je comprends très bien ton point.
C'est toujours ça, même à Montréal
ou partout. Maintenant, je le vois,
c'est systématique. Dès que tu vas en cours
et que tu es accusé, par hasard,
t'as un masque chirurgical dans le visage.
51 hommes,
dont Dominique Pilicot,
sont jugés pour viol
par soumission chimique
sur Gisèle Pilicot.
De juillet 2011 à octobre 2020,
Dominique Pilicot est accusé
d'avoir drogué sa femme à son insu
et de l'avoir fait violer
par des hommes qu'il recrutait en ligne,
principalement via le site Coco.fr,
dont nous avons parlé plus tôt.
Le nombre de viols est estimé
à environ 90.
Vous voyez l'écart
entre l'estimation et versus
qu'ils ont pu dénombrer.
Dès le premier jour d'audience,
Gisèle Pilicot, par le biais
de ses avocats, demande
que le procès soit public.
Maître Babono
déclare à la cour,
notre cliente estime que la justice
se rend publiquement
et qu'elle n'a pas à se cacher.
Il ajoute,
« Pour que la honte change de camp,
ma cliente souhaite que ce qu'elle a vécu
se sache. Ce procès dépasse
les limites de cette enceinte
et le huis-clos, et bien c'est aussi
demandé à ma cliente de s'enfermer
avec ceux qui l'ont agressé.
C'est pour cela qu'elle souhaite
que cette salle soit ouverte.
Après délibération, la cour
accède à sa demande
et le procès sera public.
C'est fou,
cette détermination
de Gisèle Pilicot
à sortir de là,
vainqueur d'une certaine façon.
Elle est devenue vraiment
la porte-parole
de cette cause-là.
On va y revenir.
C'est pas mal la woman of the year,
Gisèle Pilicot.
Elle et sa fille Caroline, c'est incroyable.
C'est des femmes avec une résilience.
C'est fou. Je la comprends
parce que c'est vrai l'argument.
Je ne l'avais pas vu comme ça au début,
mais le fait qu'elle dise que le huis-clos,
pour elle, c'est comme si elle était enfermée
avec les prédateurs. C'est vrai
d'une certaine façon. Vu que personne ne le sait,
c'est comme si c'était à l'abri des regards
encore une fois. Je comprenais
que ça prend toute une force de caractère
par contre pour y aller comme ça.
Il faut que tu ailles une bonne
équipe avec toi aussi.
Oui, tu as raison.
Il faut être solide.
Le 5 septembre, c'est le jour
du premier témoignage de la victime.
Gisèle Pilicot à la barre
est assistée de son avocat,
maître Babonneau. Elle déclare
avoir été sauvée par la police.
Dominique Pilicot l'écoute
depuis le boxe.
Elle raconte sa fameuse convocation
au poste de police, où elle a
appris toute l'histoire. Mais aussi,
les photos et les vidéos trouvées
sur les appareils de Dominique,
où elle ne se reconnaissait même pas.
Elle se remémore à quel point
cette découverte a secoué sa vie,
ainsi que celle de sa famille
pour le restant de leur vie.
Interrogée par le président
sur une éventuelle complicité,
elle répond avec fermeté.
Je n'ai jamais été complice.
Je n'ai jamais fait semblant de dormir,
ni quoi que ce soit, je peux le jurer
s'il le faut.
Et elle revient sur ses pertes de mémoire
inquiétante, persuadée d'avoir
l'Eisheimer et sur les tâches
d'Aude Javel, retrouvée sur
ses habits, sans se rappeler
les avoir utilisés.
Elle raconte même avoir demandé à son mari,
sur le ton de la rigolade,
s'il ne la droguait pas par hasard,
ce à quoi il aurait répondu
en pleurant « Comment peux-tu
m'accuser d'une telle chose? »
Ben, c'est ça, ça l'a ébranlé
un petit peu.
Oui, c'est ça, mais avec du recul
maintenant, on n'a pas la même
perspective des choses. Ils jouent souvent
à la victime, parce que oui,
plutôt dans leur vie,
elle l'a trompé.
Je comprends que ce n'est pas le fun,
mais quand on compare maintenant
les deux actes.
Revenons un peu sur
les problèmes de mémoire dont
tu viens de parler Seb, parce que
justement, elle pensait même avoir l'Alzheimer.
Pendant plusieurs années, elle a été
tourmentée par des pertes de mémoire,
même des symptômes physiques inexplicables
qui ont profondément affecté
sa vie quotidienne, sans même qu'elle
sache pourquoi elle avait tout ça.
Somme de lances excessives,
particulièrement les week-ends,
des trous de mémoire fréquents,
perte de poids, de la chute de cheveux,
de l'anxiété intense,
de la fatigue croissante,
des problèmes gynécologiques aussi,
évidemment, un sentiment
d'être proche de la mort,
des difficultés à rester éveillé,
elle s'assoupissait souvent, mais sans
s'en rendre compte,
et une amélioration de son état
lorsqu'elle était loin de Mazan.
Lorsqu'elle voyageait ou qu'elle
allait dans d'autres villes,
les viols ne se passaient plus,
elle sentait qu'elle reprenait
du mieux pendant ces moments-là.
Comment faire cette corrélation-là?
Convaincu qu'elle souffrait
d'une grave maladie,
elle consultait régulièrement des médecins
accompagnés par son mari Dominique,
qui semblaient attentifs et dévoués.
Giselle se plaignait de somnolence,
des difficultés à articuler
et à marcher,
d'un état de confusion persistant,
puis des absences
mentales fréquentes.
Elle perdait du poids,
elle ressentait une fatigue extrême,
puis elle avait souvent des douleurs abdominales,
même à répétition.
Et lors d'une visite chez le gynécologue,
elle apprend à souffrir d'une inflammation
du col de l'utérus,
ainsi que de quatre infections
sexuellement transmissibles.
C'est troublant!
Elle confie les résultats à Dominique,
qui lui, l'accuse d'avoir des amants.
Après une discussion,
le couple conclut que ces infections
doivent avoir un lien
avec les autres symptômes
qui nuisent de plus en plus à son quotidien.
Ces symptômes la poussent à croire
qu'elle est atteinte d'alzheimer
ou même d'un cancer.
À chaque rendez-vous médical,
Dominique était à ses côtés,
veillant soigneusement à ce que les questions posées
ne soient pas trop intrusives.
Malgré de nombreux examens médicaux
et des bilans sanguins,
aucun diagnostic concluant n'était établi.
Les médecins ne trouvaient rien d'anormal
dans ces résultats.
Les avocats de Gisele souligneront plus tard
On cherche que ce qu'on trouve,
expliquant pourquoi les substances administrées par Dominique
n'ont jamais été détectées.
Pourtant, ses pertes de mémoire
continuaient à s'aggraver.
Sa famille s'inquiète de l'avoir somnolée
pendant des heures lorsqu'elle leur renvisite.
Ses petits-enfants se souviennent
de leur grand-mère endormie à 11 heures du matin
et se levant qu'à 17 heures.
Ses observations éveillaient
des interrogations chez ses proches,
mais personne ne pouvait imaginer
l'inimaginable.
Non, c'est ça. Tu ne peux jamais...
Là, j'ai l'impression que
dans le collectif,
si ce genre de choses-là réarrivent,
étant donné qu'on a une mémoire collective,
là, ça pourrait peut-être allumer
des lumières plus tôt
pour pas que ça dure justement
à 10 ans.
Sachant que c'est arrivé à elle.
Oui, mais c'est vrai. Je me mets à la place
des membres de la famille.
C'est dur
à faire cette corrélation-là.
C'est même presque impossible.
On retourne au procès.
Le 19 septembre 2024,
c'est au tour de
Dominique Pellicot de prendre la parole.
Autorisé à compareître
dans un fauteuil adapté en raison de ses problèmes
de santé, il est interrogé
par le président de la Cour d'assises
sur les crimes de viol aggravé
contre son épouse et une autre femme
ainsi que sur la captation
d'images à caractère sexuel
impliquant sa fille et ses belles filles.
Des faits qu'il a systématiquement
reconnus.
Dominique Pellicot
commence par évoquer
son enfance et tente d'expliquer
l'origine de son comportement.
Il affirme avoir été victime
de viols multiples à l'âge de 9 ans
commis par un infirmier
dans une clinique d'un château roux
en 1961.
Selon lui, cet épisode
a remarqué profondément sa psyché.
Cependant, cette version
est contestée par son frère qui minimise
les faits en affirmant
que Dominique n'aurait passé qu'une seule
nuit dans cette clinique et aurait simplement
mentionné des attouchements à son retour.
La mère de Dominique,
qui connaissait bien l'établissement,
aurait également enquêté et conclu
qu'il n'y avait que des infirmières
présentes cette nuit-là.
Ces contestations
ont conduit certains à penser
que cette histoire pourrait avoir été exagérée
ou inventée pour se victimiser.
J'avoue là-dessus que
je suis perplexe.
Je ne sais pas qui dit la vérité.
Malgré qu'une seule agression
c'est toujours grave.
Même si le frère minimise.
Malgré ces doutes,
la psychologue Annabelle Montagne,
experte près de la cour d'appel
de Nîmes, a analysé cet épisode
comme une possible expérience
d'objectalisation.
C'est quand on a
une expérience d'objectalisation,
c'est une situation où une personne est
traitée comme un objet,
plutôt que comme un être humain à part entière.
Elle explique plutôt
que ce type de traumatisme,
à un âge prépubère, peut engendrer
un clivage psychique
et influencer
le positionnement relationnel et intime
d'une personne à l'âge adulte.
Le clivage psychique,
en fait, c'est comme si notre esprit
créait deux versions de lui-même
pour gérer une situation difficile
ou traumatisante.
Je l'avais déjà entendu, mais...
C'est fascinant quand même.
Ça crée un peu un détachement.
Il raconte également avoir
assisté à l'âge de 14 ans
à un viol collectif,
alors qu'il était apprenti sur un chantier.
Selon son témoignage,
il aurait été forcé de participer
au viol d'une jeune femme handicapée.
Il décrit cette scène
comme particulièrement marquante,
en raison de l'odeur
qui lui reste en mémoire
et qui le hante encore aujourd'hui.
Et Pellico assume sa responsabilité
ainsi que celle
des cinq entre autres accusés.
« Je maintiens que je suis un violeur
comme ceux qui sont accusés dans cette salle.
Ils savaient tout.
Ils ne peuvent pas dire le contraire. »
Il ajoute « Je ne retiens de ma jeunesse
que des chocs et des traumatismes.
Elle ne méritait pas ça.
Je reconnais.
On ne naît pas pervers, on le devient.
Je pense que ce que j'ai vécu
est prépondérant dans mon histoire. »
Il affirme cependant
n'avoir jamais considéré sa femme
comme un objet.
Permettez-moi d'en douter.
Les avocats de Gisele Pellico
et de ses enfants
interrogent ensuite Dominique
cherchant à comprendre pourquoi
il n'a pas arrêté malgré la souffrance de sa femme.
Il dit « Effectivement,
je la voyais souffrir,
mais l'addiction était plus forte.
J'essayais de la rassurer.
J'ai trahi sa confiance.
J'aurais dû arrêter bien plus tôt,
voire ne jamais commencer. »
répond-il.
Il reconnaît avoir exposé sa femme
au VIH et à d'autres risques de santé
avant avoir eu conscience
de ses risques malgré un test
falsifié fourni par une des personnes.
Ça devait l'exciter à quelque part,
cette part de risque-là, je pense.
C'est sûr que oui.
Il explique également comment
il a rencontré un certain individu
depuis 2011,
qui lui a montré des choses
qu'il croyait impossibles
et comment un ensemble s'est formé
comme un réseau
qui n'arrivait pas à dominer.
C'est pour cela qu'il a senti
qu'il fallait faire des vidéos.
Interroger sur la connaissance
des causes accusées de l'état de Gisele
et du fait que les actes
étaient faits par une personne
il déclare
« Tous savaient quel était le scénario.
Il y avait un trépied avec un écran
déporté. Tout le monde le voyait
en rentrant dans la pièce. »
Et le Président reprend l'interrogatoire,
évoquant la description
de Pellico comme manipulateur
et son emprise sur les autres.
Les experts s'accordent
sur le fait qu'il ait
un fin manipulateur doté de
parafilis multiples.
Pellico répond.
« Ils acceptaient de se déshabiller
dans la cuisine en parfaite connaissance
de causes. Ils acceptaient
dès le départ. La seule question
qu'ils posaient, c'est combien
c'est ? Je n'aurais pas mis
un fusil sur la tempe.
Je n'ai jamais forcé ni manipuler
qui que ce soit. »
Interrogé sur les produits
qu'il utilisait pour endormir son épouse,
Dominique Pellico n'évoque
que le témestat, qui lui était
prescrit par son médecin traitant.
Or, les analyses des cheveux
de Giselle ont établi la présence
d'un autre produit Emile,
du Steelnox qu'on vous a parlé tout à l'heure,
ce qu'il finit par nier.
Le président lui demande
ensuite combien de fois il la violait
par semaine, ce à quoi il répond
deux à trois fois par semaine,
peut-être même moins. En moyenne,
une fois par semaine au maximum.
Il semble que ces deux chiffres
se contradisent.
Quel homme étrange.
Je pense qu'il
élaborait tout ce qu'il dit
dans son témoignage.
C'est justement pour montrer que
les personnes qui étaient là
étaient bien conscientes
de tout ce qui se passait,
qu'il allait dans un endroit
où il y avait des règles à respecter.
Je me demande aussi si ses voisins
devaient se rendre compte de quelque chose.
Ça arrivait à deux ou trois heures du matin,
ces viols-là. Parce qu'ils
attendaient un certain nombre de temps,
il fallait qu'elles soient endormies pendant plusieurs heures
avant qu'ils procèdent.
Exact. Le fait de stationner,
c'est vrai qu'à l'extérieur, les gens
arrivent quand même à pied.
Je suis content quand même
parce qu'il y en a beaucoup qui se sont
un peu déculpabilisés de ça dans les accusés.
Je suis quand même content que Dominique
a dit ça.
Les gars, ils savaient ce qu'ils faisaient.
Parce qu'il y aurait pu,
je ne sais pas, d'une certaine façon,
se ranger de leur camp.
Mais non, au moins là-dessus, il est honnête.
Je trouve qu'ils savaient ce qu'ils faisaient.
On va revenir sur les
51 autres
hommes qui sont inculpés dans cette affaire-là.
On ne fera pas le tour des 51.
Ça serait long et lourd.
Mais on va quand même faire le tour un peu de leur profil.
C'est quand même intéressant de voir quel genre de
personne ça donne à
ces perversions-là.
Le 9 octobre,
c'est au tour de Vincent C.,
qui est un menuisier de 42 ans de témoignée.
Il reconnaît, lui,
à être venu violer Gisèle à deux reprises
en 2019 et 2020.
Il explique comment
s'est déroulé sa première rencontre avec
Dominique Pellico en disant
« Une fois arrivé dans la maison, il me dit
« Viens, elle a pris son somnifère,
on va aller la réveiller ».
À ce moment-là, je trouve ça bizarre,
mais je me sens à confiance chez un couple
invité par le mari, et puis
la soumission chimique, je ne connaissais pas ça.
Le
10 janvier, il se reconnecte
sur Coco.fr et retombe
sur le profil de Dominique Pellico,
qui ne le reconnaît pas.
C'est moi qui lui dis que je suis déjà venue une première
fois. Je lui fais comprendre que
j'avais trouvé ça bizarre, mais il me dit
« Non, c'est notre délire, on a
regardé la vidéo après et elle a aimé
ça ». Donc lui, il lui fait
croire que c'était presque…
consentant. Oui. Il me dit
qu'ils ont des amis à la maison de ne pas
s'inquiéter que ça va bien se passer.
Il me dit qu'elle est présente
et réveillée. Il n'a pas besoin
de m'en dire beaucoup, mais ça ferme les
portes du doute, on va dire.
Il ajoute « Si j'avais une proposition
qui m'attirait plus ce soir-là,
je l'aurais prise, mais ce n'est pas un
supermarché non plus, Coco ».
Oui, c'est comme si il était là à la
recherche d'opportunités.
Suite à cette phrase, Gisèle Pellico
sort de la salle, ne pouvant
en entendre plus. Une première
depuis le début du procès.
Je la comprends.
Cette phrase-là est tellement
lourde. Si j'avais une proposition
qui m'attirait plus ce soir-là,
je l'aurais prise.
C'est ça. C'est comme s'il n'y avait
pas le choix. Je veux dire, dans la vie,
des fois, tu n'en as pas d'opportunités.
Rêche chez toi. Je veux dire,
arrête. Je ne comprends pas les hommes.
Je comprends qu'on a tous des désirs
sexuels, mais on peut-tu faire ça
dans le consentement?
Ça me dépense.
Vous allez très dépasser par
les commentaires de ces hommes-là.
Vous allez voir. Vincent C
évoque, comme les autres, un Dominique
Pellico autoritaire dirigeant
la scène. Il admet avoir mal
réagi et va jusqu'à affirmer
avoir ressenti aucun plaisir.
Et le procès révèle des profils
vraiment variés. Il y a un
certain Mohamed Ayer, qui est un
retraité de 70 ans, déjà
condamné pour viol sur sa propre
fille en 2017. Lui,
qui serait resté pas moins de 5 heures
au domicile conjugale en mai 2019,
se livra des attouchements
et des viols sur le corps de Gisèle.
Un certain Cyril
B, un chauffeur routier de 47
ans, adepte de libertinage,
il décrit la soirée comme glauque
et malsaine, ce qui ne l'a pas
empêché d'avoir des relations avec Gisèle.
Il dit n'avoir pris aucun plaisir
et se sent duper par Dominique,
se considérant comme une victime
également. On va aller pleurer.
On repensera.
Redouane A,
sans emploi de 40 ans, est qualifié
par des experts comme ayant des compétences
intellectuelles faibles et comme un temps
antisocial. Il a un casier
judiciaire chargé avec 19 mentions,
incluant violence conjugale,
vol, violence aggravée
et menace de mort envers une autorité
publique. Il s'est rendu deux fois
au domicile du couple et aurait
également fait chanter Dominique Pelico
pour obtenir la drogue permettant
d'endormir sa femme. Il considère
ses actes comme naturels.
Pas trop de problèmes
avec lui.
Cyprien C, un chauffeur routier de 43
ans et père d'un enfant, est qualifié
par l'expert psychologue comme étant
un homme vulnérable et influenceable.
Il aurait également eu une enfance
difficile. Lors du passage à
l'acte sur Gisèle Pelico, il dit
qu'il se rend compte
que quelque chose ne va pas,
reconnaissant que la victime ne semblait
pas consentante, mais reconnaît
avoir tout de même eu des relations
sexuelles avec elle.
Le président revient sur les moyens
de communication utilisés par Dominique Pelico
afin d'organiser ces rendez-vous.
D'abord une prise de contact
via Coco.fr, puis
une planification du rendez-vous
soit par Skype ou soit par téléphone.
Le président demande ensuite
à l'accusé s'il déclarait systématiquement
l'état d'endormissement de la
victime, ce à quoi Pelico y répond.
Il dit oui, tous ceux que j'ai eu en
contact ont eu la totalité de ce que j'ai
évoqué, elle était droguée par mes soins.
Il y avait des obligations qui ne
laissaient aucun doute. Je demandais
à ce qu'il ne porte pas de parfum, pas de tabac.
Je ne cache pas qu'il y a eu aussi des moments
d'hésitation sur le préservatif,
préservatif pardon, et je le regrette
car j'ai exigé des signes
S, mais toutes les personnes
étaient parfaitement au courant dès
le départ de toutes ces conditions.
Le président indique alors
qu'il aurait dit à des accusés
qu'il faisait cela par vengeance face
aux infidélités de son épouse,
par exemple dans le but de l'humilier.
Il faisait exprès de faire venir
des hommes de couleur en indiquant qu'elle était
raciste. Le fait d'avoir
fait venir des homosexuels notoires
n'était pas aussi une forme d'humiliation
supplémentaire,
qui lui a demandé en fait.
Il dit, si j'avais eu une
véritable vengeance vis-à-vis de madame,
je ne me serais pas remarié avec cette personne.
Je n'ai eu aucun instinct de vengeance
par rapport à cette personne.
Moi aussi, j'ai eu des contacts
avec d'autres personnes. Sur le racisme
que j'ai pu employer,
c'est par pur fantasme. Je ne suis en aucun
cas raciste, ni ma femme.
Le président le questionne
ensuite sur les méthodes qu'il utilisait
pour droguer la victime,
et ce qu'il dit, c'était des doses
préparées à l'avance et en fonction du
rendez-vous. Je les utilisais.
Le témestat était stocké dans une petite
pipette, c'est de la poudre, et comme c'est
moi qui faisait la cuisine, je faisais
à manger, et elle était dans la pièce d'à côté.
Elle a eu des doutes par moments.
La plupart du temps, elle était dans la chambre,
elle avait déjà dîné,
avait déjà eu le produit. Aussi, c'était
plus tard, c'était dans sa glace que je
lui préparais, je lui apportais devant
la télé, et on attendait le temps qu'il faut,
explique Pellico.
Giselle, pendant ce temps-là, elle était
présente, faut pas l'oublier, à chaque
audience, et elle fait preuve d'une
force et d'une dignité remarquables.
Son équipe d'avocats a aussi
réussi à faire en sorte que les
vidéos prises soient montrées au tribunal,
en montrant
qu'elle permettait de
défaire la thèse du viol accidentel.
Oui, absolument. Viol accidentel,
je ne sais pas si c'était un mot.
Oui, exact, ce n'est pas deux mots
qui peuvent être mis ensemble.
Il n'y a personne qui viole accidentellement
quelqu'un, ça ne marche pas.
Voyons donc,
tu essayes n'importe quoi,
j'ai l'impression que tu es rendu là.
16 décembre 2024,
on continue le procès.
Journée déterminante,
les
51 accusés ont l'opportunité
de s'exprimer une dernière fois
avant que la cour criminelle
de Vaucluse ne se retire
pour délibérer et rendre son
verdict. Dominique Pellico
prend la parole en premier.
Il commence par saluer
le courage de son ex-femme,
il lui présente ses excuses,
ainsi qu'à sa famille, exprimant
ses regrets pour les souffrances qu'il
l'aura infligées depuis la révélation
des faits. Pellico remercie
également la cour,
pour lui avoir permis de rester assis
sur une chaise spéciale en raison de
son état de santé fragile,
assurant que cela ne reflète pas
de désinvolture. Il exprime
sa gratitude envers son avocate,
Béatrice Zavaro,
qui l'a aidé à ne pas lâcher la rampe.
Une petite parenthèse,
l'avocate, ça doit pas être facile,
c'est souvent le cas,
de « défendre »
quelqu'un comme ça, en plus
c'est une femme.
Je sais que
ils sont habitués à gérer
ça dans leur tête,
mais ça ne devait pas être
facile pour l'avocate.
C'est clair que non, ça doit être
le cas contre ces principes,
mais je pense que pour eux,
les avocats de la défense,
le principe de tout le monde
a le droit à une défense va au-delà
de ça.
J'avais quand même une pensée pour eux.
Les autres accusés,
âgés entre 27 et 74 ans,
prennent ensuite la parole.
Certains se contentent
d'un simple « rien à ajouter »,
tandis que d'autres expriment
leur honte et leur regret.
Une quinzaine d'entre eux
présentent leurs excuses directement à Gisèle.
Jérôme Vé,
l'un des accusés ayant répondu
6 fois aux invitations de Pellico,
annonce qu'il ne fera pas
appel de sa peine par respect
pour la victime afin d'éviter
un nouveau procès.
Charlotte, à toi, au moins t'assumes.
Le charlotte n'est
pas un charlotte, au moins
il l'assume.
Gisèle Pellico est présente
à l'audience ce jour-là.
Malgré l'absence de ses enfants,
elle reçoit une ovation du public
à sa sortie de la salle,
témoignant du soutien dont elle bénéficie
depuis le début du procès.
La Cour annonce que le verdict sera
prononcé le jeudi suivant,
après plusieurs jours de délibération.
Enfin, après des semaines
d'un procès éprouvant,
le moment des réquisitions arrive.
Le réquisitoire
du ministre public
contre les 51 accusés
s'est conclu le
27 novembre 2024.
L'avocate général,
Laure Chabot,
requiert des peines allant de 4 à 20
ans de prison contre les causes
accusées. La peine maximale
de 20 ans est requise
contre Dominique Pellico,
décrit comme le chef d'orchestre
de la décennie de viol
sur son épouse.
L'accusation explique que le viol
ordinaire, accidentel
ou involontaire, eh bien,
ça n'existe pas.
Comme on disait tantôt, viol accidentel.
Les plaidoiries
des avocats de la Défense
suivent. Ils tentent de minimiser
la responsabilité de leurs clients,
argants qu'ils ont été manipulés
par Pellico
ou qu'ils n'avaient
pas conscience de la gravité de leurs
acs. Comment?
Certains accusés persistent à dire
que je reconnais les faits,
pas l'intention.
C'est discutable.
Mais ce n'est pas des gens très
intelligents non plus. C'est des gens
avec des casiers judiciaires,
qui ont déjà une couple de viols.
Oui, pour eux, ça fait partie.
Après
des heures de délibération, le
verdict tombe. Le 19
décembre 2024,
Dominique Pellico est condamnée
à la peine maximale de 20
ans de réclusion criminelle.
Les 50 coaccusés sont tous
déclarés coupables, avec des pernes
allant de 3 ans de prison, dont
2 avec sursis, à 15 ans
de réclusion criminelle.
La salle d'audience retient son souffle.
Giselle, les yeux rougis,
serre la main de ses avocats.
Le verdict est accueilli
avec soulagement par les parties
civiles, qui estiment que la justice
a été rendue.
Giselle Pellico déclare
respecter la décision de la Cour.
Pour elle, c'est la fin d'un
long couche-mort. Elle affirme
avoir confiance à présent dans un
avenir dans lequel chacun, femme et
homme, peut vivre en harmonie.
Quelle...
Oui, elle se disait
satisfaite,
Giselle, de la condamnation de
son mari, je crois.
C'est dur à chiffrer. Moi,
j'étais là, 15 ans, c'est pas assez.
On est toujours très fâchés, très émotifs
d'en parler avec ça, mais c'est arrivé
tellement de fois, on dirait que j'aurais
pas été surpris que ça soit un verdict
vraiment plus mineur que ça.
Et que, à quelque part,
on soit déçus de tout ça encore
une fois. Parce qu'on a tellement été
déçus souvent, tu sais, on a fait
justement... Il y a eu plus
que Bertrand Cantat? Oui, c'est vrai, t'as raison.
Ben oui, pour le meurtre de sa femme,
il finit avec quatre ans. Là,
on va voir combien de temps
Dominique Pellico va rester
en taule. Mais c'est ça,
quand on compare des choses, des fois,
on est frustrés.
Dans ce cas-ci, je le sais pas.
On voudrait toujours plus. Oui, oui,
mais c'est ça. D'après moi,
ils voulaient pas manquer leur coup. Parce que même au Québec,
souvent, on le voit, il y a des cas...
Je sais qu'il faut individualiser
les peines. J'imagine que vous avez un peu
le même droit. Ici,
c'est ça. J'imagine que c'est un peu la même chose,
mais même nous,
je trouve que nos peines sont... Mais en fin, ce que
j'ai vu, c'est que dans des cas médiatisés
comme ça, ils veulent pas se tromper.
Parce qu'ils savent, après le clash médiatique,
ça fait perdre la confiance en la justice et tout ça.
Donc, j'ai l'impression... Moi, ce que j'avais peur,
c'est que des causes
accusées s'en sortent.
Mais finalement, il n'y en a pas un
qui sont tous déclarés coupables.
Et ça, évidemment, à différents niveaux,
parce qu'ils n'ont pas la même implication. C'est aussi...
J'étais content. Parce que moi, j'avais peur aussi
sur cet élément-là. Des fois, il y en a qui s'en sortent trop
facilement. Mais non, là-dessus,
ils sont tous fichés, ils sont tous nommés.
Au moins, il y en a une justice, si on peut dire.
Ah oui.
Puis ceux qui sont des récidivistes, là-dedans,
il y en avait un qui avait, je sais pas combien de crimes,
qui avait déjà violé sa fille.
Justement, ils ont eu plus de temps,
des 15 ans ici pour ces gens-là.
J'ai dit 15 ans tantôt pour Pellico,
mais c'est 20 ans. C'est 20 ans, oui.
Je me corrige.
Mais oui, moi aussi, j'étais satisfait
que ces 50-là, j'aurais cru.
Puis ça, vive les preuves numériques,
parce qu'il y en a peut-être d'autres,
il y en a sûrement d'autres.
Mais ceux-là, ces 51-là,
sont ceux qui ont réussi à
retrouver grâce aux messages envoyés,
les messages directs sur Coco.fr,
sur Skype et tout ça, grâce aux preuves numériques.
Mais sinon, moi, j'étais sûr que ça allait
être juste Dominique Pellico qui allait avoir une peine
puis qu'on n'aurait pas été en mesure
de retrouver les autres violeurs.
Exact, mais ça a dû être une méga enquête
de ficher,
de trouver, de
d'identifier chaque personne,
de faire toutes les demandes, justement,
aux fournisseurs internet,
à Skype, pour avoir les objectifs.
Ah oui, ils doivent avoir des pseudos, souvent.
Ça doit être difficile à retracer quand même.
Oui, exact, parce que j'ai l'impression
que ces gens-là ne se cachaient pas vraiment.
Ça a dû faciliter d'une certaine façon les enquêteurs.
Dans ce sens, je ne suis pas certain que beaucoup de gens
avaient un VPN avant d'aller sur Coco.fr
en se pensant un peu à l'abri.
C'est un peu ça aussi.
Les gens, ils ont l'impression que les sites internet
sont pas surveillés, mais
partout où tu votes,
ton adresse IP, elle est enregistrée quelque part,
elle est automatiquement reliée à ton fournisseur internet.
Il sait exactement
c'est qui qui utilisait cette adresse-là.
Donc, il y a toujours des traces.
Ah oui. Quelques développements
troublants, Seb, qui sont survenus
au début de l'année 2025.
Je ne sais pas si tous les autres podcasts
en ont parlé de ça, mais du moins,
nous, on peut, on a vu la nouvelle,
mais il y a deux affaires
non résolues
qui refont surface,
qui sont peut-être liées à Dominique Pellico.
Donc là, c'est pas encore prouvé,
mais bon, on va vous tenir au courant
si ça se concrue cette année.
Mais deux histoires
dans les années 90. Le 4 décembre
de 1991, Sophie
Narme, qui est une stagiaire de 23 ans
dans une agence immobilière,
devait faire visiter un appartement
sur la rue Manin, dans le 19e
arrondissement de Paris. Et le
lendemain, à cette époque-là, le couple Pellico
vivait en région parisienne, on s'en rappelle
avant qu'il démarre à Mazan.
Le lendemain, inquiète de ne pas avoir de
nouvelles, sa mère contacte
l'employeur de Sophie.
Ce dernier se rend à l'appartement et y découvre
le corps sans vie de la jeune femme.
La scène de crime
est particulièrement violente.
Sophie est retrouvée face contre terre,
les poings liés avec du ruban adhésif.
Elle est partiellement dénudée,
son slip et son collant descendus
sur les chevilles. Une ceinture
est serrée autour de son cou,
utilisée pour l'étrangler. Les
enquêteurs notent immédiatement une forte
odeur d'éther dans l'appartement.
Vous savez, de l'éther, il y en a qui
utilisaient ça à une certaine époque pour endormir les gens.
Exact.
L'autopsie révèle que Sophie a été
droguée à l'éther, violée,
poingardée au niveau du thorax,
puis étranglée.
Des traces de sperme sont retrouvées sur son corps.
Curieusement, ses chaussures,
des escarpins bleus, sont soigneusement
rangés près du corps, contrastant
avec la violence de la scène.
L'enquête révèle que le client
qui devait visiter l'appartement
avait utilisé une fausse identité
et un faux numéro de téléphone.
Aucune empreinte digitale n'est
relevée sur les lieux. Mais huit ans
plus tard, le 11 mai 99,
à Ville Parisie,
en Seine et Marne, une scène
similaire se produit.
Une certaine Estella B,
une jeune agente immobilière encore,
est agressée lors d'une visite
d'appartement. L'agresseur
l'étrangle, lui place un
coteur sur la gorge, un exacto,
la force à s'allonger sur le ventre
et lui lie les mains dans le dos.
Il lui fait respirer de l'éther,
lui aussi, pour l'endormir, retire
ses chaussures et baisse son pantalon.
Contrairement à Sophie,
Estella parvient à
reprendre conscience, à se libérer
et à faire fuir son agresseur.
Elle reste enfermée pendant quatre heures
dans un placard en attendant que l'homme
parte tendu. Dans les deux
cas, l'agresseur a utilisé une fausse
identité pour obtenir le rendez-vous.
L'utilisation d'éther,
la façon de déshabiller partiellement
les victimes et le soin particulier
apporté aux chaussures sont des éléments
communs troublants entre ces deux affaires.
Ces deux affaires,
restées non élucidées pendant des années,
présentent des similitudes frappantes.
Le profil des victimes,
le mode opératoire, l'utilisation
d'un produit chimique.
Ce n'est qu'en 2022 que le nom de
Dominique Pelico est associé à ces crimes
grâce à une correspondance d'ADN
dans l'affaire de 1999.
Vive l'ADN!
Combien d'autres crimes
Pelico a-t-il pu commettre durant ces
années sombres?
Le 30 janvier 2025,
Dominique Pelico est interrogée par une
juge d'instruction spécialisée dans
les affaires non résolues à Nanterre
et l'enquête est toujours en cours.
Malgré les avancées récentes,
notamment l'interrogatoire de janvier 2025,
aucune date de procès n'a été fixée
pour le moment.
La justice continue de travailler
médiculeusement pour élucider ces crimes
vieux de plusieurs décennies.
Donc, on aurait retrouvé l'ADN de Pelico
dans l'affaire de 1999.
Donc,
la tentative
peut-être de meurtre,
mais de viol et de meurtre de Estella B
à Ville Parisi en Seine et Marne.
Donc, et si
il se retrouve malais à cette affaire-là,
c'est le même modus operandi
que le cas du meurtre
de Sophie Narmes en région Parisienne
en 1991. Donc, on a peut-être
pas fini d'en apprendre sur Dominique Pelico.
Oui, t'as raison, parce qu'il y a peut-être
d'autres cas qui vont resurgir
de ça, mais un peu comme tu dis,
vive l'ADN! Et heureusement
qu'on avait les réflexes même,
t'sais, l'année 90, 2000, même si on n'était pas aussi avancé
au niveau de la détection et tout ça,
de la conserver, parce que ça
permet encore une fois de résoudre des crimes
vingt ans plus tard.
C'est ça, on ne sait pas qu'est-ce que le futur va nous amener
comme technologie.
Sinon, je pourrais dire
aussi,
dans les cinquante coups accusés,
les coups prévenus, il y en a 17
qui font appel
de la décision.
Et ça va avoir lieu
au 6 octobre 2025.
Donc pour les 17.
Mais ça veut dire qu'il y en a quand même 33.
Moi, je calcule bien. À peu près,
dans le fond,
33 à peu près qui ont accepté
l'appel.
À la limite, c'est quasiment
plus que j'aurais pu penser. J'aurais eu l'impression
que quasiment tout le monde aurait voulu aller en appel.
Mais c'est là aussi à l'en-appel.
C'est pas simple. Il faut refaire
des procédures.
Et il faut prouver pourquoi on va aller en appel.
Il faut qu'il y ait une raison
juste pour que la cour d'appel accepte
que le jugement
soit pas, disons, légite.
En tout cas.
Mais Dominique Pellicot fait pas partie
de cet appel.
Exact. Donc au moins,
j'ai hâte de voir s'il y est aux autres histoires
de meurtres. Parce que là,
on aurait tout qu'un dossier,
un individu au passé lourd.
Je sais pas s'il y a eu
des accusations formelles dans ces dossiers-là.
Je suis pas certain. L'enquête
semble être en cours. Il a été interrogé,
mais il n'y a pas eu encore d'accusation.
Si ça se révèle
à être vraiment ça, d'après moi, il revérera
pas le jour. Mais je veux dire, il va...
Je sais pas en France
comment ça fonctionne.
Comme ici, on a toujours les
peines concurrentes. Tu peux faire trois
crimes horribles, mais vu que tu peux pas aller
faire plus que 25 ans. Aux États-Unis,
ils sont cumulables.
Tu peux faire 102 ans. Oui, c'est ça.
C'est pas logique, mais sur papier,
ça a un impact plus gros. Je sais pas si en France,
je sais pas comment il fonctionne
soit en parallèle, les peines
concurrentes ou... Bref,
s'il y a des gens qui le savent,
hésitez pas à nous le dire, je serais curieux
de le savoir. Oui, et même chose,
distordu, Français,
Française, dites-nous si vous avez plus
d'informations. Des fois, quand on enregistre l'épisode,
il y a d'autres infos qui sortent exactement
où il est sorti.
J'ai bien hâte de voir ce qui va arriver avec
ces accusations-là. C'est toute une histoire.
C'est une histoire qui est dure
à raconter, évidemment, Seb.
En plus qu'on a une saison quand même
assez lourde, peuplée de
de gros dégueulasses.
Mais c'était important d'en parler.
C'était important de parler de
la soumission chimique aussi.
On va en parler un petit peu plus dans l'after-show.
On va vous présenter quelques chiffres
sur la soumission chimique et on va parler de Philip Wilson,
qui est l'agresseur
aux sédatifs d'Ottawa,
qui a fait lui aussi plusieurs victimes il y a quelques années.
On en parle en after-show
à nos abonnés Patreon.
Vous savez
où nous trouver, cher Distordieux,
dites-nous ce que vous avez pensé de cette histoire-là.
Personne, comment dire...
Tout le monde a une opinion là-dessus.
C'est vrai. C'est personne indifférent.
Ça a choqué vraiment la planète
francophone.
Encore une fois, Gisele Pellico,
ça devrait être sur la couverture
du Times Magazine, selon moi.
Oui, vraiment. Elle le mérite.
Yes. Merci
à André Beaupré, notre monteur.
Merci à nos deux flamboyantes
recherchistes qui nous aident toujours.
Et merci à nos membres
Patreon. Parlant de ça,
on a plein de shout-out à donner, Seb.
Je te laisse y aller.
Et je donne de l'amour à la mystérieuse
Anna2412,
Alexandra,
O.G. Bread,
Véronique P.F. et Louise C.
Aussi un gros
shout-out à Marion, à Roxane
E, à AnoukSG,
à Mike D,
Mike D Beastie Boys,
et à Dave Pat.
Et je poursuis avec un gros
high-five à Karitika,
à Michael T, Anthony
J, Marianne B et
Myriam. Un gros
câlin à Vicky L,
à Eric M, à Pierre Philippe
R, à Jérôme D
et à JMS.
Et je conclue
une grosse dose d'amour à
Caroline R, Cédric T,
Sabcha,
fuck the police, j'aime beaucoup ton
nom, et Nathalie B.
Et pour terminer Seb,
aurais-tu un mot de la fin pour nous ce soir?
Tant que les pervers voudront
garder des traces numériques de leurs crimes,
il y aura toujours moyen de les
retracer et de les coincer pour de bon.
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