Le jeune prodige informaticien et activiste Aaron Swartz a contribué à plusieures révolutions de l’Internet: le fil RSS, les licences Creative Commons et la création de Reddit. Lorsque sa carrière a pris une tournure orientée vers l’activisme informatique, Swartz a commencé à mettre sur pied des initiatives vouées à dévoiler au grand jour des documents du domaine public gardés secrets. En 2011, Après avoir téléchargé des millions de documents des serveurs de la prestigieuse université MIT, Aaron risque une peine de 35 ans d’emprisonnement pour avoir violé la loi sur la fraude informatique. C’est en attente de son procès que sa vie connaîtra une suite tragique…

Épisode
#31 - Le destin tragique d’Aaron Swartz
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Vous êtes sur le point d'écouter DISTORTION, un podcast sur des histoires étranges de l'ère numérique.
En janvier 2013, l'informaticien, entrepreneur et activiste Aaron Schwartz s'est enlevé la vie à l'âge de 26 ans seulement.
Il risquait à l'époque d'une sentence très sévère pour avoir téléchargé illégalement des documents du domaine public.
Comment ce jeune prodige, déterminé à changer le monde, a-t-il pu en arriver là?
Suivez-nous dans cet épisode captivant où nous revenons sur les faits marquants de la vie d'Aaron Schwartz.
Bonsoir Emile Gauthier, comment tu vas?
Ça va très bien Seb, parce que l'épisode de ce soir va vraiment être captivant, la vie d'Aaron Schwartz.
Ça fait plusieurs fois qu'on s'en parle entre nous, que des membres de la communauté nous en parlent aussi.
Aaron Schwartz est un activiste, un jeune prodige qui a commencé à coder très tôt dans sa vie, vraiment à un très jeune âge,
et qui assez rapidement a milité pour, par exemple, le droit d'auteur, le domaine public, le droit à l'information.
C'est un des fondateurs des Creative Commons, un des fondateurs de Reddit aussi, et qui a connu un destin tragique.
Il y avait une sentence incroyable qui pesait sur lui et ça l'a mené au bord du gouffre.
C'est un épisode un peu nécessaire, je crois, à l'air qu'on vit en ce moment au niveau de la sécurité informatique,
puis du droit à l'information et du droit à la vie privée.
Oui, avec la neutralité du web et tout le combat qui s'est passé dernièrement aux États-Unis,
on trouvait ça quand même sain de ramener ce personnage et tout son leg qui vit encore sur le web.
Seb, qu'est-ce qu'on boit ce soir?
Ce soir, on est allé vers une bonne blanche qui s'appelle la Amos Crystal White.
C'est pas vraiment une micro-brasserie, c'est comme une marque de bière qui s'appelle la Beta Tibi,
qui a été élaborée par le maître brasseur Jean-Louis Marcoux.
C'est vraiment une bonne blanche qui est quasiment comme du jus, elle se boit,
elle n'est pas très granuleuse, elle est liquide pour une blanche, elle n'a pas d'ombrage.
Elle n'est pas si trouble.
Oui, exactement, c'est le bon mot que je cherchais.
Et bien sûr, pour ceux qui le savent, la Beta Tibi, en fait, c'est en l'honneur de la chanson homonyme
de l'auteur et compositeur interprète québécois Raoul Duguy qui nous a fait un bel œuvre que je vais me passer.
On va pas la chanter.
Non, exactement.
Et cette bière de la semaine, elle a été offerte, elle nous a été offerte en fait par Denis Martel,
Denis Martel qui est quelqu'un que je connais aussi personnellement,
donc merci Denis de la tournée de bière et je te salue personnellement, c'est vraiment apprécié.
Salut Denis.
Et si vous voulez faire comme Denis et nous offrir une tournée de bière,
vous n'avez qu'à vous rendre sur notre site web distorsionpodcast.com dans l'onglet Tournée de bière,
encouragez-nous, vous pouvez nous donner des dons de 5, 10, 20 $ et même nous suggérer une bonne bière.
Ça remplit le fridge de distorsion.
Oui, on en a toujours besoin pour vous raconter des belles histoires.
On a aussi un shout-out, donc une review 5 étoiles sur Apple Podcasts cette semaine
qui nous vient de Joe Labrie, imagine-toi donc, du Canada, qui nous dit il rend accro,
excellent podcast, aussitôt un épisode d'écouté et on ne peut plus s'arrêter.
Good job les boys, merci à toi mon Joe, c'est pour des gens comme toi qu'on fait ce podcast.
Oh yeah.
Je pense qu'on a tout dit mon Seb, est-ce qu'on est prêt à se lancer dans l'histoire palpitante et captivante d'Aaron Schwartz?
Oh yeah.
Allons-y.
Oui monsieur.
On se retrouve le 4 janvier 2011 à 10h30 en matinée des officiers du service de police du Massachusetts Institute of Technology,
le fameux MIT, l'université, et ils répondent à une alerte pour entrer par effraction.
Ils se dirigent alors vers le bâtiment numéro 16 et pénètrent dans une petite salle ex aigu qui est située au sous-sol,
qui est une salle qui sert principalement à stocker du matériel d'entretien, mais aussi on retrouve plein de serveurs informatiques,
mais c'est plutôt des gens de switchbox.
Exactement, donc une salle qui a quand même accès aux réseaux informatiques.
Ils trouvent dans cette salle un ordinateur portable de marque Acer qui est branché à un disque dur externe
et qui télécharge sans arrêt des articles de presse du MIT, vous savez les genres d'articles universitaires,
et en fait c'est le service qui s'appelle JSTOR qui gère cette base de données-là pour le MIT,
puis en fait c'est ça, il y a un ordinateur là-dessus avec un disque dur externe qui télécharge constamment des articles de la base de données de JSTOR,
et en fait ce contenu-là, c'est du contenu qui est payant, donc qu'on achète à la pièce.
L'ordinateur est caché sous une boîte de carton au fond de la salle,
et il est verrouillé sous le pseudonyme Gary Host, ou Ghost si on rapproche le nom, famille et le prénom.
Les policiers décident de tout laisser là, mais d'installer une petite caméra de surveillance afin d'observer ce qui se passe.
Ça va s'avérer être une très bonne tactique.
Depuis quelque temps, les gens de JSTOR remarquaient que plusieurs articles étaient téléchargés frauduleusement
et qu'à chaque fois qu'ils tentaient de retracer la source, l'adresse MAC de l'ordinateur changeait,
donc l'espèce d'adresse qui identifie l'ordinateur.
Donc il y avait un système, un genre de script qui renouvelait l'adresse MAC à chaque fois.
Juste pour préciser, une adresse MAC, ce n'est pas une adresse d'un Macintosh ou d'un ordinateur Apple.
En fait, peu importe si vous avez un PC ou un Mac, ça s'appelle la MAC Address.
En fait, c'est vraiment un identifiant sur la carte réseau qui permet d'identifier la carte en tant que telle.
Et ce numéro-là, il peut être altéré justement et on peut le modifier.
Il y en a un par défaut, mais on peut l'altérer facilement pour tromper ce genre de système.
Donc les policiers installent une caméra de surveillance dans le but de piéger la personne qui télécharge frauduleusement tous ces articles-là.
Quelques heures plus tard, dans la même journée, un jeune homme aux cheveux bruns foncés qui porte un long manteau,
muni d'un sac à dos et cachant son visage derrière un casque de vélo, entre dans la salle subtilement.
Il récupère le disque dur externe et en installe un autre rapidement.
Il sort tout de suite de la salle. Les policiers ont maintenant la preuve.
Deux jours plus tard, accompagné d'un agent des services secrets,
les policiers du MIT interceptent le jeune homme, toujours à vélo, sur le campus universitaire.
Ils découvrent que ce jeune homme est Aaron Schwartz, un programmeur et activiste informaticien âgé de 24 ans.
Aaron Schwartz, c'était pas un petit hacker ordinaire. Je veux pas diminuer le hacker, mais c'était pas tant que ça un…
C'était pas un hacker, en fait.
Non, pas du tout, même.
Non, non, non, c'était vraiment un technoactiviste, si on peut le dire.
Il utilisait, il aimait beaucoup, on va y revenir là, mais il aimait beaucoup utiliser l'alliage ou l'alliance de la technologie
au service du citoyen et de l'information et un peu une genre d'équité.
C'était vraiment quelqu'un qui avait un bon fond.
On va y revenir là, il a créé et participé à l'élaboration de beaucoup de concepts importants.
C'est pas le plus grand génie technique en tant que tel,
mais sa grande force, elle était vraiment sa compréhension du monde et ce que la technologie pouvait apporter pour rendre le monde meilleur.
Même ses connaissances au niveau des communications, sa connaissance au temps des réseaux sociaux, de la gestion de communauté,
on fait en sorte que c'était quelqu'un qui avait quand même un très fort côté technique, l'oublions pas,
mais qui avait aussi des connaissances sociales, politiques, historiques même.
Oui, il s'intéressait énormément à l'histoire de l'humanité et tout ça, on le voit par son discours.
Je suis certain qu'après l'épisode, il va aller creuser sur ce qu'il a pu dire et on le ressent bien sa connaissance de l'humanité,
de où ce qu'on était, il comprend bien l'être humain. Il y a un fondement de lui qui va au-delà de...
Ça semblait être un bon être humain.
Oui, merci.
Seb, puisque t'es sur une lancée, dis-nous, explique-nous c'était qui Aaron Schwartz.
Aaron est né dans la ville de Island Park dans l'Illinois, qui est un état du Midwest américain dont la ville la plus connue est bien sûr Chicago.
C'est quand même assez près du Canada.
Oui, c'est tout près des grands lacs qui touchent le Canada aussi.
Il est le plus vieux d'une famille de trois enfants, donc deux frères, ça devait quand même brasser trois gars dans la famille.
La famille a toujours baigné dans la technologie.
Le père Robert va même fonder une compagnie informatique qui s'appelle la Mark Williams Company,
qui est connue entre autres pour avoir produit Coherent, un des premiers systèmes d'exploitation pour les ordinateurs IBM.
Aaron apprenait très vite, même enfin, il avait une curiosité sans bornes, à trois ans il savait déjà lire, ça c'est quand même impressionnant.
Il aime apprendre et à enseigner. Il n'est pas à voir de ses connaissances, souvent selon des témoignages de ses frères, il leur enseignait l'algèbre.
Il a un vocabulaire, il est très très jeune, il enseigne vraiment comment utiliser des variables, comment l'algèbre fonctionne.
Moi, ça m'a impressionné que son cerveau soit si brillant à cet âge-là.
Il a commencé à programmer en BASIC, très très jeune, vous savez, le BASIC est un peu le langage de programmation que les gens de l'époque ont tous un peu manipulé.
Oui, j'en ai fait moi aussi du BASIC au secondaire.
C'est bien quand même, aussi très jeune, j'ai beaucoup navigué avec le BASIC.
Selon son frère, il voyait la programmation comme une sorte de magie qui peut accomplir ce que l'homme ne peut pas.
Je dois avouer que moi aussi étant un programmeur de formation, j'ai toujours trouvé que l'informatique avait toujours une magie.
C'est un peu ce qui m'a toujours intéressé et titillé, même passionné par ça.
Il aimait tellement l'informatique qu'à l'Halloween, justement, lui, ce n'était pas vraiment du type.
C'est quand même quelqu'un, malgré qu'il s'exprime bien, qui était quand même assez timide.
Il n'aimait pas beaucoup se déguiser, mais à l'Halloween, à un moment donné, il s'est même déguisé en iMac.
Et on le voit, il est fier d'avoir été déguisé en iMac.
Les premiers modèles en verre turquoise.
Oui, le coloré.
Oui, avec le genre de plastique transparent.
Qu'on retrouvait dans toutes les écoles à l'époque.
Il était quand même assez, disons, innovateur comme design.
Il s'est engagé dans des clubs de programmeurs de quartier.
C'était souvent un des plus jeunes, on s'entend.
Les programmeurs, à l'époque, surtout, c'était des messieurs d'un certain âge.
C'était un loisir.
Aaron se sentait bien avec eux.
Il le respectait énormément, étant donné qu'il avait beaucoup, beaucoup de connaissances et qu'il était brillant.
À 12 ans, il a fondé le site TheInfo.org Network.
En fait, le site n'est plus existant aujourd'hui.
Mais selon son frère, c'était un ancêtre de Wikipédia.
C'était vraiment une plateforme où les gens pouvaient aller mettre de l'information des articles.
Et que à peu près n'importe qui pouvait, par la suite, une fois qu'il est identifié,
de modifier l'article ou de le bonifier.
C'est vraiment l'ancêtre un peu réduit de Wikipédia.
Il a créé ça à l'âge de 12 ans.
C'est tout de même impressionnant d'avoir,
pas seulement en termes de compétences de programmation,
parce qu'il n'y a pas tant de complexité que ça dans Wikipédia,
mais c'est plus en termes de concepts.
Moi, c'est ce qui me fascine le plus de ce gars-là.
Il est très bon dans la conceptualisation des choses.
Déjà, à 12 ans, il y avait les notions d'accès à l'information, du domaine public.
Mais même de l'aspect communautaire,
on est plus forts ensemble à créer une source d'information que chaque personne en silo.
Ça, je trouve ça... C'est fou d'avoir cette vision-là à cet âge-là.
Absolument.
On ne pensait pas à ça du tout.
Justement, Aaron a créé plusieurs...
ou a participé à plusieurs innovations technologiques, entre autres.
Le fil RSS, vous le savez peut-être pas,
mais c'est un peu à cause du fil RSS que vous êtes en train de nous écouter actuellement.
Parce que le fil RSS, c'est un agrégateur d'information, en fait,
et qui fonctionne justement avec iTunes ou avec votre application Google Play Music pour les podcasts.
Nous, en fait, ça permet, vous, de votre application de...
Dans le fond, l'application se connecte à ce fichier-là.
Nous, de notre côté, on met à jour les données du fichier,
qui fait en sorte de dire, bien, le nouvel épisode est arrivé,
le fichier est à tel endroit, le titre, c'est telle chose,
la description de l'épisode, c'est telle chose, elle dure combien de temps.
On met ça sur un serveur et automatiquement,
les applications de podcasts vont lire ce fichier-là,
vont détecter qu'il y a une nouvelle entrée de données
et vont la propulser comme une notification, par exemple,
et vont la télécharger.
C'est une des applications du fil RSS.
L'autre application du fil RSS, c'est pas pour tout le monde, je vous dirais,
mais c'est un agrégateur de nouvelles.
Souvent, les sites comme, à l'époque, il y a eu Google Reader,
le feu Google Reader qu'on éliminait.
Oui, que j'aimais bien, à l'époque.
Bien oui, vraiment bien, mais maintenant, il était remplacé.
Il existait déjà, mais Feedly, qui a ramassé beaucoup,
où il y a Feedspot.
Si vous êtes un fan d'informations,
peut-être que vous utilisez déjà ces outils-là
pour agréger de plusieurs sources d'informations techno et tout ça.
Les sites web utilisent le fil RSS pour mettre de l'info,
des nouveaux articles qui sont publiés,
et ces sites web-là vont aller chercher l'information automatiquement.
C'est un leg, en fait, qui a participé aux spécifications de ce terme-là.
Étrangement, pour conclure sur le RSS,
le logo est presque comme le Wi-Fi.
En fait, c'est le même logo que le Wi-Fi.
Il est un petit peu penché sur le côté, comme un satellite.
Dans le fond, c'est une diffusion d'informations.
Je ne sais pas qui a pensé à ce logo-là,
mais je trouve que c'était bien pensé, malgré sa simplicité.
Il a travaillé aussi sur le site Watchdog.net,
qui était un média un peu en lien avec Demain Progress,
qu'on va revenir un petit peu plus tard,
qui était un média qui surveillait un peu
tous les spectres de liberté,
d'accès à l'information que le gouvernement pouvait faire,
toujours dans cette lignée-là.
Il a créé l'Open Library.
Il était très jeune quand il a créé ça.
C'était assez impressionnant, et ça existe toujours.
Ça appartient aux archives, à Internet, les Internet Archives.
L'Open Library, son objectif, lui,
voulait que tous les livres de la planète
puissent être accédés à partir d'une seule plateforme.
Dans le fond, mais pas nécessairement le livre en tant que tel.
Ça, c'était son souhait, évidemment.
Mais qu'au moins que chaque livre ait une place sur le web,
qu'on sache tous les livres qui existent sur la Terre.
Pour lui, c'était un but.
Je trouve que le but est noble.
La plateforme, elle existe toujours.
Tous les livres sont là.
Même, je suis allé voir aujourd'hui avant l'enregistrement,
il y a des livres en PDF,
les livres qui n'ont plus de doigt d'auteur sont disponibles.
Les autres livres, par exemple, peu importe.
Tous les livres ne sont pas là.
Je vois que ce n'est pas nécessairement un projet
qui attire tant les auteurs.
Il y a un effort manuel pour aller mettre les livres là.
Mais quand même, il y a des liens vers les livres usagers Amazon.
C'est un beau projet.
Pour ça, je vous dirais,
si vous avez des livres à chercher en open source,
c'est quand même une place à aller.
L'objectif, encore là, était extrêmement noble.
Ça a été repris, heureusement, par d'autres entités.
Il a participé, je vais rapidement,
il a participé à TartWeb aussi,
qui est un des protocoles qui permet
d'accéder au Dark Web, en fait.
Mais l'objectif du Dark Web, c'est l'anonymat.
Il a participé à ce protocole-là.
Il a participé...
Ça, c'est un lit qui est encore présent.
C'est SecureDrop.
Il a créé une plateforme de communication sécurisée open source
entre les journalistes et les sources, les délateurs de sources.
Ça, on va y revenir, mais c'est utilisé encore aujourd'hui.
Et le Creative Commons.
Tu veux-tu nous en parler un petit peu, Emile?
Les Creative Commons, ça a complètement changé
la façon de voir le droit d'auteur sur le Web,
particulièrement, je dirais, auprès des oeuvres visuelles.
Les photos, entre autres.
Moi, je fais de la photo, puis ça me concerne un peu.
Je suis assez à l'aise avec ça,
mais vous avez sûrement vu ça
lorsque vous faites des recherches sur Flickr, par exemple,
ou même sur Google Image.
En fait, vous pouvez aller voir...
Vous pouvez choisir la licence quand vous utilisez des images.
En fait, lorsque vous faites la recherche d'images
pour quoi que ce soit, pour un projet ou un visuel
que vous cherchez à faire,
eh bien, vous pouvez, sur Google, rechercher
si vous voulez votre image, qu'elle soit libre de droit,
si vous voulez qu'elle puisse être modifiée,
qu'elle puisse être utilisée à usage commercial.
Donc, tout ça, c'est les creative commons.
C'est-à-dire que ce n'est pas des droits qui sont réservés,
c'est certains droits qui sont réservés.
Donc, on permet à l'artiste de choisir
comment il veut partager son oeuvre.
Puis juste cette notion-là,
cette licence-là qui est flexible,
qui n'était pas avant une oeuvre,
c'était protégé, tu ne peux pas l'utiliser.
Et là, en fait, il y a peut-être des artistes
qui essaient à leur temps de partager leurs photos,
leurs dessins, leurs créations, leur musique, tout ça.
Donc, ça a complètement révolutionné
la façon dont on voit les oeuvres numériques
partagées sur le web.
Et puis Aaron était, comme tu l'as dit plus tôt,
c'était le plus jeune dans ce groupe-là.
Il était, je dis ça sans insulter personne,
il était avec une gang de vieux bonhommes.
Lui, il avait 14-15 ans,
donc c'était beau de voir tous ces gens-là
multigénérationnels de réunis.
Oui, exactement, et d'écouter ses conseils.
Il était tellement petit,
la conférence, si vous tombez dessus,
c'est vraiment drôle.
Derrière, son écran de laptop cachait quasiment son visage.
Donc, c'était quand même rigolo,
puis de voir les gens le regarder,
l'écouter avec passion et intérêt,
c'est vraiment fascinant.
Aussi, Seb, Aaron est connu pour avoir
cofondé le site Reddit
que nous, animateurs de distorsion,
on consulte sans arrêt.
Oui, pour faire un petit historique,
Reddit a été fondé à la base par
Steve Hoffman et Alexis Owenian.
En fait, à l'époque, il avait levé
100 000 de financement de l'incubateur
de start-up Y Combinator.
Parallèlement à ça, Y Combinator
lui aussi avait recruté Aaron
pour développer un autre projet,
et le projet s'appelait Infogami.
À l'époque, c'était un outil web
pour développer son site web,
un peu un genre de Wix,
sûrement les gens qui ont tenté
de créer un site web connaissent
cette marque-là, mais dans les années 2000,
le projet n'a vraiment pas fonctionné,
le produit n'a pas levé du tout.
Reddit aussi avait de la difficulté.
À l'époque, ça ne levait pas.
Il y avait des problèmes avec les trolls,
les faux comptes, etc.
La communauté était quand même forte.
Il y avait quand même beaucoup de monde
même à cette époque-là.
Oui, oui, au début, mais il y avait
vraiment un gros problème de troll.
Ça nuisait à l'expérience,
et dans le fond, les mentors,
ceux qui investissent dans la start-up
de Y Combinator, ont jumelé Aaron
à l'équipe de Steve et de Alexi
pour Reddit. Ils sont devenus trois,
et Aaron a amené vraiment une solution
pour régler les trolls, entre autres,
et il a amené le produit
à un autre niveau, donc il a aidé
vraiment à amener
un produit qui a été vendu
à Condé Nast,
qui est un gros publècheur,
un conglomérant
entre autres, le magazine Wired.
C'est Wired qui gérait Reddit.
Je ne sais pas si c'est toujours le cas aujourd'hui.
Je pense qu'ils étaient dans les mêmes bureaux.
Oui, ils étaient dans les mêmes bureaux.
Reddit avait son staff
d'une certaine façon,
mais je pense qu'ils étaient vraiment
dans les mêmes bureaux.
Suite au succès de Reddit, après quelques années,
ils ont eu une offre d'achat
du gros conglomérant Condé Nast, comme on vous a dit.
Aaron a déménagé à San Francisco
à ce moment-là. Il est intégré à l'équipe,
on va y revenir un peu tout à l'heure,
mais ça n'a pas vraiment bien été avec lui.
Juste pour vous dire que Reddit vaut aujourd'hui
1,8 milliard de dollars.
Je pense qu'à l'époque, il avait été vendu
à peu près 30 ou 40 millions.
Quand même, les gars sont
ressortis avec une couple
de dizaines de millions dans les poches.
Et sa communauté est aussi grande
actuellement que la population totale
du Brésil fait tout de même
intéressante. C'est un peu avec cette aventure
avec Condé Nast et la vie
à Silicon Valley qui va donner
le goût à Aaron de se tourner vers
l'activisme, ou du moins
l'envie d'avoir un mode de vie plus libre.
Il n'aimait pas tellement ce travail-là.
Il décrit dès sa première journée de travail
parce qu'on s'entend quand ils ont
vendu à Condé Nast,
ils ont tous eu des jobs
chez l'éditeur,
d'une certaine façon.
Aaron, lui, était, je crois, programmeur
ou vraiment dans une équipe de programmation.
Il décrit sa première
journée de travail que
justement les murs et les bureaux sont gris,
que l'ambiance n'est pas très bonne,
que ses collègues ont l'air blasés.
Pire encore, pour un informaticien, on lui a
donné un ordinateur de travail,
pré-configuré, dans lequel il ne peut rien
installer. Ça, c'est le cauchemar.
Sincèrement, pour avoir vécu ça, être
un programmeur et ne pas avoir les droits d'admin
complets, c'est la mort.
Oui, mais c'est quand même une réalité
des grandes entreprises.
Mais on comprend que lui était quand même
à un jeune âge aussi, il n'avait pas tellement
d'expérience là-dedans,
mais il s'est rendu compte assez rapidement que
ça lui convenait pas tant que ça
la vie corporative. Il va vraiment
détester son expérience là.
Il va être renvoyé
pour cause que justement
il arrêtait de se présenter au bureau.
Tout simplement. Il va aussi vouloir
développer un mode de vie beaucoup plus simple.
C'est quelqu'un qui ne consommera
pas beaucoup, il achètera pas beaucoup
de vêtements, il va vivre en appart
même s'il y a les moyens financiers
d'acheter un condo n'importe où, où il veut.
Même à Silicon Valley. Oui, bien sûr.
Il va rencontrer sa future copine
quand même chez Wired, qui est la
journaliste Quinn Norton,
qui devient d'abord sa meilleure amie.
Ils vont faire beaucoup d'activités ensemble, beaucoup
de plein air entre autres, puis ils vont
éventuellement développer une relation amoureuse.
Ce qui arrive, c'est que Quinn a une petite
fille, mais Aaron, malgré son jeune
âge, s'est tout de suite bien entendu avec elle.
Puis il a participé
à la vie familiale avec sa copine
et sa fille. Il va
s'intéresser de plus en plus au contrôle
de l'information et des connaissances.
Notamment, il va fonder
Open Library, dont tu nous
as parlé tout à l'heure en quittant
un peu après avoir quitté Condé Nast,
qui est un immense répertoire de livres.
Il va rencontrer aussi Tim Berners-Lee.
Et ce personnage-là,
en fait, c'est le fondateur du World Wide
Web, donc c'est un peu le
fondateur de l'Internet.
Oui, en fait, il a inventé, il a développé le protocole
HTTP. Le protocole HTTP, c'est
vraiment le protocole qui permet à
deux entités, donc deux ordinateurs, de pouvoir
communiquer ensemble et de se comprendre.
Et nos pages web sont basées, la communication
de l'information entre nos pages web,
parce qu'une page web, c'est un mélange de
bits, de 0 et de 1. Mais pour pouvoir
transférer cette information-là et la
structurer correctement, il fallait
un protocole. Il a développé le
protocole HTTP. Et un peu,
ce qu'il mentionnait, puis j'avais jamais
pensé à cet aspect-là, mais il aurait pu, au lieu
de Tim Berners-Lee,
justement démocratiser, il a donné
cette technologie-là pour qu'elle
serve à tout le monde, parce que comme il disait,
si le but de l'Internet, c'est que toute la
planète y ait accès, peu importe ce qui
arrive, s'il y avait, mais il aurait pu
commercialiser ce protocole-là.
Et là, le Web aurait été
hyper segmenté, un peu,
on va y revenir, mais avec les trucs de neutralité
du Net, à la limite. Et le Web
n'aurait jamais été ce qu'il a été,
aujourd'hui, un monde ouvert.
Comme ça, donc, pour Aaron,
c'était un modèle,
un modèle parfait, il y avait la même vision,
la même vision de vie.
Il va devenir un peu un mentor, d'ailleurs,
vraiment, Aaron. Et puis, une de
ses luttes importantes, c'est vraiment l'accès
au public,
à des documents qui sont
jugés du domaine public, qui sont
en fait gérés par des entités privées.
Ça, c'est le cas, justement, des
compagnies qui gèrent les articles universitaires
comme JSTOR. Il va écrire
à l'époque, sur son blog, le
Guerrilla Open Access Manifesto,
qui, justement, sont un manifeste
sur l'accès à l'information.
Je peux vous noter quelques...
Je peux vous lire quelques notes ici.
L'information, c'est le pouvoir, mais
comme pour tout le pouvoir, il y a ceux qui veulent
le garder pour eux. Le patrimoine
culturel et scientifique mondial,
publié depuis plusieurs siècles
dans les livres et les revues, est de plus en plus
souvent numérisé puis verrouillé
par une poignée d'entreprises privées.
Vous voulez lire les
articles présentant les plus célèbres
résultats scientifiques? Il vous faudra payer
de grosses sommes à des éditeurs comme
Reed Elsevier. Donc,
on voit le genre
de ton qu'il avait dans ce
manifeste. Mais c'est vrai,
c'était un peu ridicule. Ces compagnies-là, en plus
d'édition, ne produisaient pas le contenu.
C'étaient les chercheurs, les universitaires,
et eux, ils s'en mettaient plein les poches
avec ça. C'est vrai que c'est tout de même
malhonnête. Il y a vraiment juste les...
Je ne sais pas si c'est présent dans les autres pays,
mais c'est tellement typique américain.
C'est un peu sur le même concept d'avoir des prisons
privées. Aux États-Unis,
les prisons sont gérées par le privé.
Donc plus t'as de prisonniers, plus
tu fais d'argent. C'est tellement incohérent
avec un système carcéral
qui se posait d'être éthique.
Bref, je referme cette parenthèse.
Ce manifeste aurait été signé par quatre
personnes, dont Aaron et Quinn,
sa copine de l'époque, en 2008,
lors d'un voyage en Italie.
Il y a aussi un certain mouvement qui s'est
décliné de ce manifeste-là, qui est le
Guerrilla Open Access Movement,
qui est un peu un mouvement de désobéissance
civile prônant la réappropriation
collective de l'information scientifique.
Donc, c'est un peu
une branche un petit peu plus
extrême où Aaron
s'est retrouvé avec ce manifeste-là.
Quand même, il va...
C'est là qu'il va un peu partir
en guerre vers ces compagnies privées-là
qui gèrent du contenu scientifique
jugé du domaine public.
Sa première victime
ou son premier ennemi, ça va
être Pacer, qui est un service
centralisé d'accès public numérique
qui permet aux citoyens d'obtenir
différents types de dossiers de cours,
donc des tribunaux fédéraux, en fait.
Et ce service-là est payant.
Et cette compagnie-là, Pacer,
elle va encaisser plus de
120 millions de dollars par année
en faisant payer les gens pour des écrits
du domaine public. Encore une fois,
pour Aaron, c'est vraiment scandaleux.
Oui, parce que tout ce système-là, judiciaire,
est financé par les taxes et impôts
des citoyens aussi. Donc,
techniquement, cette information-là,
elle est supposée d'être gratuite. Oui,
je trouve que contrôler l'accès à l'information,
à des dossiers judiciaires, ça, je trouve
ça simple, parce que si toi t'as fait de la prison,
on t'a fait des dossiers, cette information-là,
elle peut être publique, mais pas
grand public. Mais d'abord, à payer
pour y accéder, c'est vrai que ça fait du
non-sens. Ah oui, tout à fait.
Puis même, selon certains membres
du groupe à Aaron, c'est inconstitutionnel,
selon l'acte de 2002
sur le commerce électronique,
qui stipule que la cour ne devrait jamais faire
payer pour des documents. Donc,
tout ça semble se dérouler sans que personne
réagisse. Et puis, il y a
pas de problème. Donc, c'est une cible parfaite
pour un gars comme Aaron.
Quand je dis cible, je ne suis pas en train
de dire qu'ils vont leur envoyer un virus,
mais en fait, vous allez voir.
Il va rejoindre une communauté
qui recycle des articles de Pacer.
C'est des gens, en fait, qui ont déjà acheté
des documents, puis qui souhaitent les partager
gratuitement. C'est justement un
site. Toi, t'as déjà acheté un
article scientifique, t'as envie de le partager,
mais tu peux aller sur le site à l'époque.
C'était le Pacer Recycling Bin,
je crois. Il va
travailler sur un script. Il va rencontrer d'autres
informatiens dans le groupe. Et puis,
son script va pouvoir être branché
via les réseaux des tribunaux.
Et puis, il va pouvoir
télécharger plus de 20 millions de pages
de documents tirés des dossiers de la cour.
Et il va le faire, justement.
Lui et ses comparses vont même
en parler au New York Times,
ce qui va lui amener l'attention du FBI.
Donc après ça, eux, on s'entend,
ils l'ont fait un peu dans une
optique de wide hat,
un peu de bon pirate en disant
on va utiliser cette technique-là,
on va aller télécharger les dossiers de la
cour pour faire un genre de
statement sur
leur cause qui est le droit de l'accès
aux documents du domaine public.
Oui, parce que ce n'est pas du hacking pur et dur
dans le sens qu'ils n'ont pas,
ils ne sont pas rentrés sur un ordinateur illégalement
à distance. Ils n'ont pas
piraté. Ils sont vraiment allés sur l'ordinateur,
c'est le moteur de recherche, puis ils ont fait
vraiment un petit script que dans le fond, ce qu'il fait,
il interroge la base de données, puis il accumule
l'information, puis après ça, il va la collecter.
C'est un peu comme quand vous faites une requête sur Google,
vous voyez tous les résultats de recherche
qui sont affichés, mais ces résultats-là sont
selon une structure dans le document. Mais une fois
que tu as compris la structure, de créer
un petit script que lui navigue
les pages et va chercher l'information,
il n'a aucune complexité, il n'a aucun hacking
en fait. Il fait juste utiliser
le web et son intelligence
pour aller chercher cette information-là.
À ce moment-là, justement, il va attirer
l'attention du FBI et des services secrets.
Il va même être contacté
par le FBI, il va même
être suivi jusqu'à chez ses parents
même. Ah oui, il faisait de l'intimidation,
il allait se stationner dans son entrée.
C'est incroyable.
Il n'y aura pas de charge
de poser contre Aaron à ce moment-là,
malgré son délit.
Après quelques temps, la pression va redescendre
et au cours de l'année 2010,
Aaron va alors commencer à s'intéresser
à un autre sujet qui sont
les écrits universitaires et aux articles
scientifiques, un peu comme on en a parlé
plus tôt, dont la compagnie
JSTOR. Et JSTOR,
on pourrait dire que
ce sera son némésis
d'une certaine façon, c'est ce coup-là
qui va causer sa
perte, qui va causer
tout le chambardement dans sa vie
qui va venir. JSTOR,
c'est une contraction du
Journal Storage, qui est à la fois
un système d'archivage dans le cloud,
donc dans les nuages, où
des publications universitaires et scientifiques
se retrouvent. Donc c'est un peu comme une grande
bibliothèque virtuelle. Vous avez sûrement déjà
vu ça via vos
réseaux universitaires.
Et puis JSTOR, aujourd'hui,
c'est une société américaine à but non
lucratif, mais ils font quand même
de l'argent beaucoup.
Seb,
explique-nous un peu vers où tout ça
s'en va.
Le 24 septembre 2010, il connexe son
nouvel ordinateur portable Acer au réseau
du MIT. Étant un étudiant,
il peut facilement se créer un identifiant
sur le portail de l'école. Il
crée l'identifiant Gary
Host. Étant le membre du portail,
donc du portail du MIT, il a accès
à l'ensemble de la base de données de
JSTOR gratuitement parce que c'est offert
aux étudiants
de l'université.
Aaron était très près des milieux étudiants,
il faut le rappeler.
Il était très près des
gens Harvard. Il y avait un peu,
étant donné tout ce qu'il y avait
accompli, c'était un ami
des grands cercles des universités
malgré son jeune âge.
Très respecté. Un peu comme on vous disait, il n'y a pas
vraiment hacké l'accent, comme on vous parlait
de Pacer tantôt. C'est un peu la même
chose pour le JSTOR. Il n'a pas vraiment hacké
l'accès à la base de données. Il a plutôt
programmé, ça s'appelle un shell script
dans le jargon, qu'il a programmé
en Python pour nos amis programmeurs.
Dans le fond, le script s'appelait
keepgrabbing,
plutôt .py,
en fait,
pour tout télécharger les documents
du JSTOR, les uns après les autres.
C'est exactement le même processus
que Pacer. La structure
des nomenclatures des documents étant logique
et incrémentale, c'était vraiment facile
pour lui de créer ce petit outil-là.
Ça n'a vraiment pas été compliqué.
Par contre, 24 heures plus tard, son adresse
Mac a été bloquée par le système, bien sûr.
Ces systèmes-là, ils ont une protection
naturelle. S'il y a trop de requêtes,
disons, non humaines,
ils sont capables de bloquer parce qu'ils ne veulent pas.
Ils comprennent qu'il y a un robot derrière ça.
Donc son ordinateur était bloqué.
Lui, pas plus fou qu'un autre,
c'était pas l'adresse P, mais plutôt l'adresse Mac.
Donc, comme je vous l'expliquais en début d'épisode,
c'est facile de se réadresser,
de se réaffecter une nouvelle
adresse Mac. Il le fait.
Il continue son téléchargement comme si de rien
n'était. Par contre,
des transactions comme ça, ça laisse des traces
sur les serveurs. En informatique, il y a des logs
un peu partout. Il ne veut pas.
C'est venu quand même aux oreilles
du MIT, des gens des
IT du MIT et du JSTOR.
Il commence à se rendre compte qu'il y a des téléchargements
illégaux. Le MIT
tente de bloquer
ça sans bloquer l'accès aux étudiants.
Ça ne fonctionne pas. Aaron trouve toujours un moyen
de contourner le système entre autres encore
en changeant son adresse Mac.
C'est impossible de bloquer Aaron
dans le processus actuellement. Même qu'à un moment
donné, ils ne savaient plus quoi faire. Le JSTOR
pendant 24 ou 48 heures,
ont même coupé eux-mêmes l'accès au MIT
de toute la base de données parce qu'ils
cherchaient une solution et ils étaient un petit peu
tannés de se faire pirater
ou télécharger leurs documents.
Malgré tout, Aaron a quand même
réfléchi à une autre solution. Un peu
comme tu le disais, étant
connu du milieu, parlant un peu
à tout le monde, il a su que dans
le sous-sol du bâtiment 16, il y
avait un local qui n'était pas barré.
Justement, il y avait les produits
d'entretien, les serveurs, les switches.
Il s'est dit, bon, je vais aller me ploguer
directement dans le réseau. Donc, je pense que l'identification
n'est peut-être pas la même.
C'est justement une des manières que parle
le wifi. C'est une des manières qui permet de contourner.
Mais aussi que le téléchargement est beaucoup plus rapide
que par du réseau direct,
que par du wifi. Parce que
j'ai l'impression qu'il se sentait la soupe
chaude. C'est
quand même long. Il y a près de 5 millions
de documents.
J'imagine qu'il y a une certaine taille.
Pour télécharger
tout ça, ça prend un certain temps. Il voulait accélérer
la cadence. Donc, il s'installe
là. Il installe ses trucs.
Il fait télécharger.
Il télécharge son plan de match. Il fonctionne
comme il veut. Par contre, ce qu'il
ignore, c'est que les autorités ont découvert
son installation.
Mais pour le coincer et avoir des preuves,
ils n'ont pas arrêté les téléchargements
au début. Ils ont même installé un
sniffer qu'on appelle sur son ordinateur,
un espion qui peut
traquer toutes les touches que tu fais, entre
autres. Et ils ont installé une petite caméra
cachée en circuit
fermé. Bien évidemment, il est revenu
au local une fois que la caméra est installée.
On le voit clairement sur l'enregistrement
quand il rentre dans le local.
Vous pouvez voir ça sur YouTube. Oui, facilement.
On voit ça. Il met un casque devant
sa tête. Il y en a qui disaient qu'il savait
qu'il avait une caméra et c'était pour se cacher. Moi, je pense
plus qu'il enlevait son casque.
Au moment de la prise,
je suis sceptique parce qu'après,
on voyait son visage quand même.
Il ne se cachait pas tout le temps. Je doute que
ça soit qu'il savait qu'il avait une
caméra et qu'il a voulu se cacher.
Ça a duré cinq minutes. Il a changé le disque
dur. Il est hors cadre et il quitte le local.
Comme on vous a parlé, la police avait
les preuves deux jours après, sur
le campus. Les services secrets,
c'est quand même intense. Les services
secrets, je veux dire, pour des documents universitaires
publics. Le MIT l'arrête,
l'ont plaqué au sol. Apparemment
assez violemment, même selon
ses dires et même les dires de son père,
il a presque été battu. Ils ont tout
perquisitionné le matériel informatique
chez lui, même chez ses parents
qui habitaient quand même un autre
endroit que lui. Ça va
être une période quand même intense à ce moment-là.
Ils vont le rentrer en prison.
Ils vont lui enlever ses lacets,
sa ceinture,
tout ça. Ils vont le foutre vraiment
en isolement.
Son cas va quand même
attirer l'attention,
comme tu l'as dit, des services secrets américains
qui vont presque le considérer comme un
terroriste à ce moment-là.
C'est fou quand même comment
certains départements ont encore
une perception de l'informatique qui est très
portée vers le terrorisme.
On dirait que c'est de la
méconnaissance.
C'est comme
un lac des films
hollywoodiens. On a toujours l'impression
que la programmation, le hacking,
les pirates informatiques,
tout ce qu'on voit dans les films,
comme si toute action informatique
de piratage était
fait par des criminels
la plus grande.
Ça me dépasse complètement.
Complètement, c'est parce qu'ils
ignorent justement le pouvoir que les
pirates informatiques ont.
Si Aaron a été capable de faire ça, peut-être
il est capable de faire beaucoup plus. Donc il voit vraiment
une menace qui est incroyable,
qui dépasse probablement les intentions qu'avait Aaron
à ce moment-là. L'affaire va aussi
attirer l'attention médiatique quand même
d'une manière assez importante.
Et c'est là qu'il y a une citation
assez connue qui est sortie
de l'histoire d'Aaron Schwartz,
qui nous vient de Carmen Ortiz, qui était
à l'époque la procureure fédérale.
Et c'est sa fameuse citation, je voulais
la dire en anglais, mais c'est
« Stealing is stealing whether you use
a computer or a crowbar. »
Donc voler c'est voler,
autant si tu utilises un ordinateur
qu'une barre à clous. Donc
ce qui est discutable, c'est
débattable quand même d'une certaine façon.
Mais bon, c'est la mentalité
que le gouvernement avait
à cette époque-là. Avant de l'inculper,
la justice va lui proposer un arrangement
s'il plaît de coupable.
Il allait purger à ce moment-là trois mois de
prison ferme et un séjour en foyer
de transition, et puis aussi
un an en détention à domicile
sans pouvoir toucher un ordinateur,
bien sûr. Mais pour ça, il faut quand même
que t'avoue que t'es coupable.
Exactement. Bien sûr, Aaron
va refuser l'entente.
Il est non coupable de ce qu'on l'accuse
et lui, il va maintenir son point
jusqu'à la toute fin. Par contre,
à ce moment-là, il va devenir de plus en plus paranoïaque
et il va s'isoler constamment.
La Couronne veut faire de son cas
un exemple, c'est clair.
Vous allez voir, c'est assez incroyable.
Elle doit monter une preuve béton des intentions
de Aaron, car malgré les preuves
matérielles saisies, bon, les ordinateurs,
les clés USB, les disques durs externes,
il y a un avocat de la Couronne, en fait,
qui est Stephen Hyman,
qui devait démontrer pourquoi Aaron
avait téléchargé les documents et
aussi les intentions que Aaron avait
derrière ça. Et ce gars-là était quand même assez
écharné. Le gouvernement désirait prouver
qu'Aaron voulait distribuer
ces données-là et peut-être même
faire de l'argent avec.
La Couronne va alors tenter de faire chanter
l'ex petit ami de Aaron, donc
Quinn Norton. À ce moment-là,
il sortait avec quelqu'un d'autre,
une autre activiste, exactement.
Et cette fille-là justement était journaliste
spécialisée en technologie.
Pour toute information révélée, elle se verrait
garantir l'immunité.
Donc elle trouvait ça louche à ce moment-là,
quand même, qu'il l'avait invité à aller prendre
un café sans son avocat.
Mais pourquoi avoir besoin
de l'immunité si elle n'a rien à se reprocher?
C'est ça qu'elle se disait, dans le fond.
Parce qu'elle, elle n'avait rien à voir avec ce que Aaron
avait fait à l'époque. Elle n'était même plus
en relation avec lui.
Ses propres avocats lui mettaient beaucoup de pression
pour qu'elle accepte l'entente, mais elle n'a
jamais voulu.
Et c'est là qu'elle a dit, justement,
aux membres du gouvernement
qui la pourchassaient, aux membres
de la Couronne, You are on the wrong side
of history. Et ça, c'est quand même fort.
Tu es du mauvais côté de l'histoire.
Elle
aura parlé, par contre, du manifest
de guérilla que Aaron
avait
écrit plus tôt, et puis c'est là que les choses
vont se gâcher un peu,
parce que ça a été, d'une certaine façon, une erreur
de lui parler
de ça.
Oui, parce que ça les a pointé
vers le discours
qui n'était pas au courant que Aaron
disait en 2008.
Exactement. C'est le
manifest dont on vous a parlé un peu plus tôt sur son
blog. Donc, aussitôt que la Couronne va
entendre parler de ça, ils vont voir Aaron
encore plus un potentiel terroriste.
Avant son procès,
il devient une référence pour les médias
en matière d'Internet. Donc, malgré tout,
on va quand même demander souvent
son opinion dans les journaux télévisés,
par exemple, sur telle attaque de
sécurité ou différentes
situations Internet, il va quand même demeurer
un certain expert en la matière.
Son message va faire écho
partout aux États-Unis et dans
le monde entier.
Le 14 juillet 2011,
c'est là qu'en fait Schwarz
va entendre parler de ses
chefs d'accusation, et il va
être inculpé par la Cour fédérale
de quatre chefs d'accusation.
Il fait face à ce moment-là à 1 million
d'amendes, ainsi que 30-50
prisons, et à ce moment-là,
il est libéré sous caution,
sous une caution de 100 000 $ quand même.
Une chance qui est riche,
donc plus le payer
de lui-même. Même à la base,
je me demandais s'il avait fait
une levée de fond pour ça, mais non, il a vraiment
payé de ses propres poches
la caution.
Donc, ça fait quand même peur quand t'as ça qui te
tombe dessus, 35 ans.
En fait, c'est pas
nécessairement...
Il a pas aller purger,
mais c'est ce qu'il attendait dans son procès à venir.
Ça fait quand même assez peur.
Le même jour,
Jay Starr, vous savez,
le propriétaire, en fait pas le propriétaire,
la banque de données
qui l'a piratée, retire sa
poursuite contre Schwarz et met fin à
ses poursuites. La raison officielle
est qu'eux autres, ils voulaient pas être mêlés à ça.
En déclarant qu'une fois que Schwarz
a retourné les documents, elle avait aucun
intérêt à ce que ça devienne un
dossier juridique en cours.
Donc, eux, ils ont un peu tapé
ses doigts à Aaron et lui ont demandé
de remettre leurs documents.
Il l'a fait et puis pour eux,
ça s'arrête là. Mais par contre,
ce qui arrive, c'est que le gouvernement,
eux, maintiennent leur position
en raison de la loi
sur la fraude informatique et l'abus
qui, pour eux, en fait,
étant donné que Aaron
a violé les
termes et conditions de la base de données,
ça devient un cas de poursuite
criminel. Donc, eux, ils lâchent pas le morceau
et ils continuent avec leur potentiel
de 35 ans. Le 12
septembre 2012, les procureurs
ajoutent neuf chefs d'accusation
aux quatre déjà présents, dont
fraude électronique, accès non
autorisé à un ordinateur et fraude
informatique. Sa défense
a coûté des millions de dollars en frais
d'avocat, selon son père.
Puis justement, Seb, ce fameux
Stephen Hyman, l'avocat
de la couronne, parle-nous en
question un petit peu. C'est tout un personnage
qui a même eu de l'attention médiatique, je crois.
Oui, vraiment. Stephen Hyman,
ce procureur de la couronne qui semblait vraiment
vouloir personnellement Aaron, a déclaré
ne pas avoir apprécié du tout
un communiqué de presse qui avait été
diffusé par la fondation
Domaine Progress, on va y revenir,
qui a été fondé par Aaron.
Et en fait, dans le communiqué de presse,
il ridiculisait un peu la poursuite à laquelle
il faisait face. Et ça,
veux, veux pas, ils n'ont pas
apprécié du tout ça. Et j'avoue que c'est un peu
juvénile comme action
de la part d'Aaron
d'avoir fait ça, mais je pense que Hyman
va se mettre à scruter la vie en ligne
d'Aaron, dont justement, tous les blogs,
les articles, un peu comme vous parlait
le manifesto, mais Aaron, c'est
répandu partout. Oui, il y avait une
présence informatique. C'est ça, une ubiquité
quasiment numérique. Il était
sur beaucoup de plateformes pour discuter
et débattre de
toutes ses valeurs et ses positions.
Il devient comme un peu un pirate
terroriste face aux juges, un peu comme
on vous disait. Ça l'a amplifié encore
plus l'image qu'il
avait. Je trouve que c'est quand même exagéré,
sachant qu'Aaron est extrêmement pacifique.
Il ne veut que le bien de l'humanité.
Mais justement, ce procureur-là,
étrangement, il y a un autre
hacker qui s'est suicidé
sous son règne. En 2007,
Jonathan James est accusé d'avoir
piraté le système informatique de
nombreux magasins tels que Barnes & Noble,
Forever 21,
Old Cell Club, etc.
Il y a un vrai piratage.
Il a récupéré des informations bancaires
de plusieurs milliers de clients.
Bien qu'il a toujours nié avoir participé
au hacking, les autorités ont fouillé sa maison,
celle de son frère,
de sa copine. Ils n'ont rien trouvé
qui pouvait le relier
au piratage en tant que tel.
Mais malgré les accusations, ils ont toujours
continué. En mai 2008,
Jonathan James se suicide et précise
dans une lettre que c'est un moyen pour lui
de reprendre le contrôle, car il sera
toujours accusé à tort des actes
qu'il n'a pas commis.
C'est assez incroyable
que ce pirate-là en est arrivé là.
Jonathan James,
j'en ai pas parlé là, mais il a déjà été,
il a piraté la NASA.
Il y a eu plein, il y a eu d'autres dossiers
de justice contre lui, qui va peut-être même
mériter une mini-disto,
je vous dirais, parce que le personnage
est tout de même intéressant.
Mais c'est tout pour montrer la pression
de la justice. C'est pas bien ce qu'il a fait,
malgré qu'il n'y l'a fait, et il n'y a même
pas de preuves, mais tout d'un coup, c'est pas lui
qui l'a fait. Malgré ça, la pression
de la justice quand même amenée au
suicide, c'est tout de même
incroyable, toujours sur la même personne.
Parce qu'ils font face à
vraiment des peines qui sont extrêmement sévères.
On l'a vu aussi dans notre épisode sur
Silk Road.
Là, on n'est pas dans la même
catégorie, dans le sens qu'on s'entend,
c'est vendu des
matières illégales sur Silk Road.
Ça n'a rien à voir avec ce que Aaron
a fait, mais toi et moi, Seb,
ne sommes pas juges, mais
quand même, les peines sont assez
astronomiques dans ce domaine-là. On sent
que le piratage informatique, ça fait peur
au gouvernement américain. Vraiment, puis même
que les peines sont presque similaires.
Je trouve que celle de Silk Road,
je la trouvais trop lourde, mais à la limite,
elle était un petit peu plus cohérente
que celle de Aaron pour le crime
qui a été commis.
Silk Road, si vous n'avez pas déjà écouté cet épisode-là,
ça vaut la peine d'aller
télécharger.
Et puis le MIT dans tout ça.
C'est toujours un peu
particulier, la position de l'école,
ils ont toujours été blâmés dans ce dossier-là,
parce qu'ils n'ont jamais vraiment rien fait de concret
pour empêcher,
ou du moins,
ils n'ont jamais soutenu Aaron
dans ce dossier-là. C'est un peu
contre, supposément,
leur valeur et leur éthique
de se soutenir
là-dedans. Surtout que l'acte
n'était pas, eux-mêmes le disaient,
que ce n'était pas l'acte le plus criminel,
le plus grave au monde. Malgré tout,
ils ont voulu se détacher de ça, ils restaient neutres,
ils ont fourni toute la preuve
qu'ils avaient aux autorités.
Sans plus, en fait.
Quelles sont ces véritables intentions?
Parce qu'il faut se questionner aussi,
puis la Cour a jamais pu, finalement, étant donné
qu'Aaron s'est suicidé avant qu'il y ait vraiment
un procès. On n'a jamais
pu, même la Cour n'a jamais pu
vraiment démontrer les véritables intentions.
On n'a jamais non plus, on ne les a jamais su
de la bouche de Aaron,
ces véritables intentions.
Du temps qu'il était à Stanford,
justement, il avait téléchargé
une base de données juridiques qui s'appelait
la West pour un projet d'études en droit.
Puis en croisant
les données, il était très bon dans
ces amalgames-là, il avait établi des
connexions troublantes. Il avait justement
démontré qu'il y avait des sociétés à but
lucratif qui donnaient de l'argent
à des professeurs de droit pour
rédiger des articles
juridiques qui leur étaient favorables.
Fait que déjà là, plus jeune,
il avait trouvé une
corruption dans le système par l'analyse
de données. Selon certaines personnes,
peut-être qu'avec son analyse
des documents qu'il avait récupéré
du G-Store, il aurait pu faire
des liens entre, justement, un peu le
même stratagème, mais des études qui
auraient été biaisées sur le réchauffement
climatique, entre autres.
Il était très intéressé par croiser
des données du Big Data
ensemble pour faire des liens entre
des institutions, des gouvernements,
des transferts et tout ça.
C'était fascinant comment
il pouvait justement croiser des données
très intéressantes. Oui, puis arriver à des conclusions
louables, puis
sans ce croisement de données-là, c'est vrai
que tu ne peux pas arriver à ces conclusions-là.
Il y avait certaines personnes qui
avaient peut-être ce fondement-là aussi
pourquoi il y avait autant de pression, parce qu'on ne sait jamais
en particulier aux États-Unis,
la pression financière
beaucoup de pouvoir, peu importe le palier,
que ce soit politique ou juridique,
on se rend compte que les ficelles,
c'est l'argent qui tire,
c'est des êtres humains, c'est l'argent qui tire les ficelles.
L'autre de ses intentions
en fait, puis je trouve que c'est sûrement la plus
louable, c'est de donner
l'accès à ces articles-là
à des pays de développement, ou du moins, parce que lui,
pour lui, le savoir,
il a raison, il était utile à ces pays-là
qui n'ont pas nécessairement cette connaissance-là
qui pourrait les aider à devenir
des meilleures démocraties, des meilleurs pays.
Selon moi, son seul
désir, c'était vraiment de donner l'accès à des choses
qu'il considère du domaine public. Tout simplement,
il n'a
jamais voulu faire de sous avec ça,
ou quoi que ce soit. Je ne sais pas ce que toi t'en penses
sur ces véritables intentions,
on ne les connaît pas, mais au-delà
de pouvoir faire bien les choses.
Je serais très surpris que
Aaron Schwartz ait des intentions
pécuniaires liées à l'argent.
Il menait un mode de vie
hyper simple malgré le fait
qu'il était quand même en moyen
et que sa famille aussi était quand même
de classe
moyenne. Pour moi,
je ne crois aucunement que c'étaient
ces intentions. Je pense que, comme tu dis,
c'était dans le but
de servir un peu
son but de partage d'informations
et de mettre à disposition
un peu un robin
des bois, des données scientifiques
et des données publiques. Absolument.
À la limite, c'est ses compétences.
En fait, ça a toujours été un peu ça.
Ce n'est pas nécessairement ce qu'il a pris, mais c'est vraiment
l'action
et les compétences en arrière de ça qui faisait le plus peur.
Puis, c'est
quelques mois plus tard, en fait, en
janvier 2013, que Aaron va
se suicider dans son appartement de Brooklyn,
où il vivait à cette époque-là.
Et puis, vraiment,
sa mort ne passera
pas sous silence. Il va avoir
vraiment un grand mouvement de
sympathie et de tristesse partout
sur Internet.
Vraiment, il va y avoir des mouvements de
black-out, donc des sites qui vont mettre
des images spéciales sur leur
home page afin
de donner hommage
à Aaron d'une certaine façon.
Il va y avoir énormément de protestations,
de pressions sur le MIT.
On l'a dit, J-Star avait
retiré ces
poursuites de leur côté. Ils ont même
publié un communiqué sur leur site Web
leur disant que, respécifiant
que c'est bien le gouvernement
qui a choisi de poursuivre
la poursuite envers
Aaron Schwartz. Donc, ça va vraiment
être un mouvement d'extrême tristesse
sur le Web. Il y a plusieurs personnalités
du monde de l'informatique, des gros noms
qui vont
être vraiment en deuil suite à cette
journée-là. Moi-même, quand j'ai appris
ça, ça a été une journée très triste.
Moi, j'étais...
Je suis toujours triste quand il y a un talent
comme ça, quand il y a quelqu'un qui a
le potentiel de changer
le monde. En fait, il l'avait déjà un peu changé
le monde, mais imagine plus tard,
imagine dans 10 ans, 20 ans, 30 ans.
C'est un
futur génie, potentiellement, et de
voir que, en fait,
d'une certaine façon, il a mal
utilisé son talent. Donc, pour moi, ça
me rend très triste de voir ça des gens
qu'on perd comme ça pour
des erreurs
ou pour des... Je ne veux
pas dire que c'est une niaiserie, mais...
Non, mais c'est... C'était pas nécessaire
dans sa vie d'en arriver là
dans son combat. C'est un peu une
erreur qu'il a fait malgré tout.
Il aurait pu faire cette erreur-là,
puis il aurait pu, s'il n'y avait pas eu...
Oui, bien sûr. Tout ça
est tellement excessif. Il aurait pu juste...
Il aurait pu juste être expulsé du MIT.
Tout simplement.
Sans plus, je veux dire. Une amende.
Il téléchargeait des PDFs.
À la limite, c'est tellement
banal que... C'est clair.
C'est beaucoup trop gros.
À la limite, je trouve que oui, il a poussé
le bouchon de se cacher.
Il faisait quand même quelque chose d'illégal, il le savait.
Mais
c'est vraiment les conséquences
qui sont tellement lourdes qu'ils l'ont amené
dans une dépression profonde. Il s'éloignait,
il s'isolait de toute son entourage.
Il devenait paranoïaque aussi,
quand t'as le FBI, puis les services secrets
chez tes parents
qui te suivent. C'est clair que
la pression est forte.
Puis tu peux plus voir, t'as plus de perspectives
d'avenir. 35 ans, c'est des
bas assez longs.
De prison.
C'est vrai que ça doit être plus difficile
de prévoir et de planifier un futur
dans un contexte comme ça.
La pression était tellement forte
sur lui que je suis convaincu
qu'il n'aurait pas gagné non plus en cours.
Il aurait sûrement eu
cette sentence-là, ou du moins
quelque chose de similaire. Je suis
certain qu'il le sentait. C'est pour ça
qu'il a commis ce geste-là. Il voulait en faire
un exemple clairement. Il voulait montrer
un symbole
au pirate informatique
en disant, aussitôt que vous
essayez de percer
un de nos réseaux, même si c'était pas un réseau
gouvernemental,
justement, on est prêt à poursuivre
et aller jusqu'au bout.
Si on peut en tirer un côté positif,
c'est que Aaron, de son vivant,
a quand même livré plusieurs combats
et a quand même laissé
un leg assez important.
Je dirais que malgré
sa mort qui date de 5 ans, son
esprit est toujours très très présent
sur Internet. On l'a parlé
un peu plus tôt, le fil RSS,
c'est pour ça que vous nous écoutez.
Reddit, qui en ce moment est un des
liés du Web, qui est un des sites qui génère
le plus de trafic.
T'en as parlé un peu tout à l'heure de SecureDrop
aussi, Seb, qui est utilisé par
des tonnes de médias dans le monde, pour
gérer justement les sources, les relations
entre les journalistes et les sources,
dont Radio-Canada, la CBC,
aussi le New York Times, BuzzFeed.
C'est quand même très très
utilisé. Demand in Progress
aussi, qui est une fondation qui l'a
fondé lui-même à l'automne 2010,
qui est une organisation
activiste en ligne qui se battait, entre
autres, contre la SOPA,
qui est la Stop Online Piracy Act.
Tu vas nous en parler un petit
peu plus en détails, Seb. Ben tiens, allons-y
donc maintenant. Oui, grâce à sa
fondation Demand in Progress. En fait, la SOPA,
c'est en 2012, c'est un projet
de loi des Républicains à l'époque
qui voulait, en fait,
l'intention n'était pas nécessairement mauvaise.
C'est vrai qu'il y avait un problème de
piratage un petit peu plus présent qu'aujourd'hui
avec les plateformes de streaming. Il est beaucoup moins
présent, mais le problème de cette loi-là,
c'est qu'elle allait beaucoup trop loin
dans les pénalités ou les conséquences
qu'elle pouvait donner. Donc, par exemple,
un exemple simple, il y a un
forum de discussion X qui parle
de voiture. Un des membres, par exemple,
aurait mis un lien vers
un site, vers un film
X piraté, mais
automatiquement, ce forum-là
pourrait être bloqué
des moteurs de recherche, perdre ses revenus
publicitaires, à cause qu'il a amené
qu'un utilisateur de son forum a mis un lien
vers un site externe
qui contient le film. Donc, vous voyez
un peu l'étendue que ça peut
prendre. Eux, ils appelaient ça de la
censure numérique parce que ça
donnait trop de latitude à n'importe quelle
action qu'on jugeait comme du
piratage. Et là, on pouvait faire
fermer des sites web, faire fermer
des passerelles de paiement.
De PayPal qui parlait, il y avait vraiment
les désindexés de Google.
Donc,
ça avait vraiment
une portée qui était beaucoup trop grande
pour ce qui est
le net et cette neutralité
qu'on essaie tant bien que mal de
conserver. Justement, avec
le domaine Progress,
à l'époque
quand Aaron
a mis ça en place,
quand il est mort, il n'y a pas tant d'écart que ça
entre les deux durant tout son combat. Il y avait
quand même déjà 500 000
membres. Maintenant, ils sont rendus à 2 millions.
C'est vraiment...
Ce genre d'organismes-là,
je trouve qu'ils ont leur nécessité dans une
société comme ça. En particulier
aux États-Unis, je trouve encore avec
la neutralité du net parce que ça c'était comme
un peu
une préloie
à la neutralité du net qui a été beaucoup
débattue en 2017,
entre autres.
Qui nous guette encore. Parce que moi, j'ai
l'impression que si Aaron était encore
avec nous, en fait, il lutterait sûrement
pour la neutralité du web.
Un peu comme tu me disais, hors
d'onde, ça n'aurait pas même pu changer
le cours de l'histoire.
Peut-être que son pouvoir et son influence
n'auraient plus influencé
autrement les décisions
qui ont été prises dernièrement, que justement,
la neutralité du net, au niveau fédéral,
ne sera plus dans la
loi en tant que telle. Donc, il n'y aura pas d'obligation
aux fournisseurs
d'accès Internet de maintenir une neutralité
du net. Donc, pour vous donner un exemple
plus concret, Netflix ne pourra pas, si par exemple,
Netflix a une entente avec
Vidéotron, mais il ne pourrait pas
donner une meilleure bande
passante aux gens de Vidéotron au lieu
de ceux de Bell, par exemple. Mais actuellement,
aux États-Unis, maintenant, les compagnies
vont pouvoir faire ça. Il n'y a rien
qui a changé dans le
concret. Il n'y a rien
qui... Donc, les compagnies n'ont pas utilisé
ce droit-là actuellement,
mais ça ouvre quand même une porte.
Ça peut être une catastrophe. Ça peut être une catastrophe.
J'espère qu'on n'ira pas là.
Puis même que l'État de Washington, eux-mêmes,
ont mis une loi, sont en train
de vouloir déposer une loi
pour qu'à Washington,
la neutralité du net soit appliquée.
Je trouve ça quand même intéressant qu'au niveau
des États, ils peuvent avoir
cette liberté-là, ou du moins
cette... Et je salue Washington
d'avoir eu
cette, disons, d'avoir été
proactif là-dedans, puis de vouloir,
eux, dans leur État, d'appliquer la neutralité
du net, ce qui, selon moi,
c'est la base du fondement d'Internet.
Je ne sais pas si Aaron aurait pu vraiment
faire changer les choses, parce qu'il y a eu énormément
de pouvoir politique, et même des grosses compagnies
qui n'ont aucun intérêt. Les compagnies,
Google, Facebook, Netflix, n'ont pas d'intérêt
à avoir une neutralité
du net. Mais bon, ça pète...
On ne saurait jamais. Mais quand même,
j'ose croire que c'est sans doute un combat
qui leur est intéressé.
On se rappelle aussi que ces années-là,
les années de Aaron ont été,
entre autres, 2011 a été une
grosse année pour les activistes.
On se rappelle que la page couverture
du Time Magazine, la personne
de l'année, le Person of the Year,
c'est le protesteur, donc le protestant
qui était en page
couverture avec une magnifique oeuvre
de OB. Et puis...
Donc c'était des années, vraiment,
où ça brossait au niveau du web.
Par contre, je dirais qu'un de ses plus
grands legs à Aaron Schwartz,
c'est la Aaron's Law,
donc la loi d'Aaron,
qui est une loi qui est
passée au congrès
peu de temps après sa mort,
qui réforme la loi qui a servi à
condamner Aaron. Donc c'est quand même un
important progrès. Donc,
cette fameuse loi sur la fraude
informatique et l'abus, maintenant,
ne compte plus les violations des
termes et conditions comme une violation
de la loi. Donc c'est-à-dire que
si tu vas sur un JSTOR
et que tu coches le fameux « J'accepte
les termes et conditions » et puis que tu
les violes, en fait,
la compagnie aurait des recours contre
toi, JSTOR aurait des recours contre toi,
mais ça ne devient plus nécessairement
criminel. Donc la couronne
ne ne pas
te poursuivre si
tu violes les
termes et conditions. Je présume
que ça a des limites, cette...
C'est ça, je ne vous ferai pas la lecture de toute
la loi, mais en gros,
les raisons qui ont fait en sorte
que selon cette loi-là, les chefs d'accusation
qui pesaient sur cette loi
de fraude et d'abus informatiques
ont été enlevés,
ont été réformés, et maintenant, quelqu'un
qui fait exactement la même chose qu'Aaron
n'aurait pas la même peine
qu'Aaron, évidemment.
Je pense qu'on a fait le tour, Seb,
de toute la chronologie.
Il y a un peu moins de mystère cette fois-ci,
mais c'est une histoire, je trouve,
qui est passionnante, qui touche l'art numérique,
qui touche aussi nos droits fondamentaux
d'une certaine façon, notre droit à l'information,
et puis on s'était fait suggérer l'histoire
d'Aaron Schwartz à main de reprise,
mais quand même, on est à
distorsion, donc il y a une théorie
distortée. Oh oui!
Parce que, qu'est-ce qui serait arrivé si...
Imaginez-vous donc
que Aaron ne s'est peut-être pas suicidé,
qu'en fait, ça, c'est peut-être
complètement une orchestration du
gouvernement, et Aaron
aurait peut-être été sur le point
de révéler un réseau de pédophiles
contrôlé par l'élite
du MIT. Donc il y a une théorie
qui circule à ce niveau-là,
qui est quand même...
qui est une loophole assez incroyable.
Quand on commence à creuser,
c'est assez incroyable jusqu'où on peut se rendre,
parce qu'il y a quand même des connexions
qui se font avec,
je pourrais dire, certains membres
du Medialab du MIT
et le monde
de la pédophilie informatique.
Oui, et même, parce que
JSTOR, ça appartenait à l'époque
à une autre compagnie éditrée, puis il y aurait aussi
dans les dirigeants de cette compagnie-là,
des gens qui seraient impliqués dans
ce cercle de pédophiles-là.
J'ai commencé justement
à fouiller là-dessus, puis il y a vu qu'un bébé le disait
si tu tombes dans une boucle...
Parce qu'il y a même des dirigeants, entre autres, du MIT
qui avaient un genre de projet
de fournir des ordinateurs à
100$ dans les pays en voie de développement.
Mais il y a une grosse polémique,
entre autres, autour de ça. C'est que justement
sur ces ordinateurs-là, il y aurait
du matériel éducatif,
mais le matériel éducatif
avait souvent une connotation
à de l'enseignement sexuel à des plus jeunes.
Donc ils utilisaient ça, entre autres,
pour...
Ce n'est que des rumeurs,
mais ils utilisaient ça, entre autres,
pour un peu changer le mode
d'éducation dans les pays en voie de développement
et pouvoir abuser de ces environs-là.
Mais ça, ce n'est qu'une
parcelle de ce gros réseau-là
qui, supposément, existe depuis toujours.
Même si ça fait quasiment
de la manière que je lisais le MIT,
les dirigeants du MIT
ne sont probablement pas tout le monde,
mais une grosse partie
dans un réseau de pédophiles
depuis tellement longtemps.
C'est vraiment troublant
quand tu lis tout ça et toutes les implications
après ça que ces gens-là ont eu
avec toutes sortes de programmes
pour les enfants.
Je ne sais pas si c'est réaliste,
mais ça fait beaucoup de sens.
Vous pouvez la googler. Il y a un long, long texte
d'un Asiatique ou un Japonais
qui a fait vraiment tout ce rapprochement
de théories-là.
Et même moi, à un moment donné, ça devient difficile à suivre
parce qu'il y a tellement de noms
qu'il faut que tu replaces un peu l'arbre.
Mais ça fait du sens.
Et même, il indiquait que la manière
qu'il se soit pendu,
c'est à dire que physiquement,
ça serait quasiment impossible
qu'il se serait pendu lui-même de cette façon-là.
J'avais lu ça aussi dans les théories
de conspirationnistes qui disaient
que c'était justement un suicide orchestré
par l'État.
Parce qu'on nous dit que
selon cette théorie-là,
Aaron n'aurait pas tout fait
ça pour des documents universitaires.
Apparemment qu'il aurait mis la main
sur potentiellement même
des vidéos, potentiellement d'autres
types de données. Et les gens qui croient
à ça, en fait, vont dire
ça se peut pas qu'il soit rentré
dans un local comme ça
juste pour télécharger
des documents informatiques.
C'est clair qu'il y avait plus derrière ça.
C'est la raison pour laquelle
le gouvernement a fait pression
et aurait même orchestré sa mort
d'une certaine façon.
Mais ça se peut. Sauf qu'on
n'a aucune preuve
de ça. Ça, on tombe vraiment
dans les théories du conspirationniste.
Mais pourquoi pas?
Sa mort est tellement... Malgré
que je pense que la pression qu'elle subit...
Mais peut-être qu'elle était...
Peut-être que lui le savait. S'il
avait découvert pour vrai ces documents-là,
c'est sûr que ça n'a jamais été mis au grand jour.
Si c'est vrai,
ça lui a mis encore une pression
supplémentaire, j'imagine, ou du moins
une crainte qui pouvait être plus justifiée.
Mais ça, on le saura vraiment jamais, à moins
que quelque chose sort au grand jour.
J'ai tendance à croire quand même
que, connaissant les
recherches que Aaron a fait dans le passé,
c'est-à-dire qu'il était très orienté vers
le domaine public, vers l'accès à
l'information,
comment dire, son
piratage d'avant, ou sa cible
d'avant, c'était Pacer qui maintenait
des documents de cours. Donc pour moi,
ça fait plus de liens
qu'il recherchait vraiment à
télécharger des documents universitaires.
C'est plus dans la lignée
de la logique, si on veut. Parce qu'il
n'y a rien dans le passé, dans le sens que Aaron
s'est jamais intéressé au pédophile via
ses blogs. Ça n'a jamais été un combat.
Donc je serais surpris que tout d'un coup,
il ait switché complètement de focus
pour
s'orienter là-dedans. Mais bon, à chaque
fois que quelqu'un
meurt, qu'un activiste meurt,
il y a toujours un peu une part de complot
là-dedans. Toujours.
Je crois qu'on a fait le tour. Mon cher
Seb, en fait, ça fait du bien
de traiter d'un sujet un petit peu plus
informatique ce soir.
On espère, chers auditeurs, que vous avez
bien aimé ça. Vous pouvez nous dire ce que vous
en pensez sur notre groupe de discussion
sur Facebook. On est facile à trouver.
Et puis Seb, je présume que
tu as sans doute un mot de la fin pour
nous ce soir.
En ton honneur, Aaron,
Distortion wants to make the
world a better place.
Oh yes!
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