Nous sommes au début de l’année 2011, un vent de « printemps arabe » souffle sur la Syrie. De nombreux soulèvements populaires contre les pouvoirs en place ont lieu depuis plusieurs mois. Le Web et les réseaux sociaux sont des acteurs importants dans ce courant de manifestation. Le 6 juin, Amina Arraf, une blogueuse controversée habitant à Damas en Syrie, est enlevée par les forces de l’ordre. Une mobilisation mondiale s’organise sur les réseaux sociaux pour qu’elle soit libérée. Par contre, l’attraction des médias envers l’affaire, les poussent à enquêter un peu plus loin sur l’origine d’Amina et leurs trouvailles les amènent à un endroit inattendu…Dans cet épisode, Emile et Seb vous plongent dans une histoire socio-politique d’envergure internationale, qui remet en question la fine ligne entre ce qui sépare le vrai du faux sur Internet.
![#62 - Mais qui est Amina Arraf? [A gay girl in Damascus]](/wp-content/uploads/2019/11/62-mais-qui-est-amina-arraf-a-gay-girl-in-damascus.jpg)
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#62 - Mais qui est Amina Arraf? [A gay girl in Damascus]
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Vous êtes sur le point d'écouter Distorsion, un podcast sur libérer Amina, le mot d'ordre
a fait le tour de la toile pendant plusieurs jours après l'annonce de l'enlèvement
de la blog syrienne Amina Araf, les médias du monde entier et même le département
d'État américain se sont lancés à sa recherche.
Des histoires étranges de l'ère numérique.
Un vent de printemps arabe souffle sur la Syrie. De nombreux soulèvements populaires
contre les pouvoirs en place ont lieu depuis plusieurs mois. Le 6 juin 2011, Amina,
une blogueuse habitant à Damas en Syrie, est enlevée par les forces de l'ordre.
Une mobilisation mondiale s'organise sur les réseaux sociaux pour qu'elle soit libérée.
L'attraction des médias envers l'affaire les pousse à enquêter un peu plus loin sur les
origines d'Amina. Leurs trouvailles les amèneront à un endroit inattendu.
Et si Amina n'était pas celle qu'elle prétendait?
Cette histoire sociopolitique d'envergure internationale a mis en lumière plusieurs
débordements médiatiques et remet en question la mince ligne qui sépare le vrai du faux sur Internet.
Comment ça va ce soir mon cher Emile?
Ça va très bien Seb, parce qu'on enregistre dans ta cuisine pour la première fois.
Donc on teste notre nouveau système un petit peu plus mobile et puis c'est ça,
on est dans ta cuisine ce soir Seb, donc c'est très chaleureux, mais merci de nous accueillir.
Ça me fait plaisir en espérant que mes voisins ne soient pas trop bouillants.
Autrement, c'est très existant parce qu'on aborde un sujet qui nous passionne depuis longtemps.
Je trouve qu'on s'est beaucoup diversifié jusqu'à date dans notre 1615.
On a parlé de radicalisation sur Internet, on a parlé un peu de tuerie de masse,
on a abordé des sujets un peu plus tabous et un peu plus délicats aussi.
Ce soir, c'est un peu la même chose.
On parle de s'inventer une vie sur Internet, de mettre en ligne des faux profils,
mais en même temps, on parle de toute une révolution qu'il y a eu en Syrie en 2011 autour d'un blog.
Donc c'est assez fascinant comme histoire.
Oui, c'est fascinant. Vous allez voir comment un blog,
une seule personne a pu attirer l'attention mondiale des médias
et d'une certaine manière nourrir toute la révolution qui se déroulait en Syrie en 2011.
Peut-être que vous en souvenez plus ou moins,
mais c'était justement durant le printemps arabe où ce que d'autres pays avaient subi.
Disons, on voulait manifester contre le gouvernement en place.
Là, c'était autour de la Syrie à ce moment-là, puis il y avait d'énormes manifestations.
Et ce blog-là a eu, par ses thèmes, ses sujets qu'il abordait,
a eu un effet, disons, pas boule de neige, mais vraiment, il a enflammé la communauté mondiale
à jeter un regard sur ce qui se passait vraiment en Syrie,
parce qu'on ne sait les droits de l'homme en Syrie,
ce n'est pas vraiment respecté, ce n'est pas comme nous ici ou en Europe.
Donc on parle de ce blog qui se nommait à l'époque A Gay Girl in Damascus,
donc une femme homosexuelle à Damas,
et non seulement, comme tu dis, ça a eu un impact sur les droits humains,
mais aussi sur toute la visibilité et les droits des femmes et des homosexuels aussi en Syrie,
qui n'était pas, ce n'est pas l'endroit où il et elle n'étaient le plus acceptés.
Donc ce blog-là a surallié des gens de partout dans le monde, de la communauté LGBTQ,
et puis a contribué à faire une sorte de révolution.
Oui, puis il faut aussi se rappeler que les choses ont évolué beaucoup depuis.
Ah oui, c'est incroyable.
Et même l'accent Internet en Syrie, c'est quelque chose qui est contrôlé aussi par le gouvernement,
et malgré tout, à l'époque, ils ont réussi avec les réseaux sociaux,
parce que en 2011, ça faisait 4-5 ans max que Facebook, Twitter étaient là,
et ils ont réussi grâce à ce pouvoir-là de rallier,
justement, que ça devienne une cause mondiale.
Sans ça, je ne suis pas convaincu que ça aurait eu le même poids.
Exactement.
Donc vous allez voir, on vous lance toute cette info-là comme ça,
mais restez avec nous, on va vous faire la ligne du temps autour de ce blog-là,
et de qui est Amina, et de tout aussi l'aspect de fausté,
parce que vous allez voir, c'est un véritable thriller, cette histoire-là.
On tient à donner un shout-out à la réalisatrice Sophie Deraspe,
qui a réalisé un documentaire sur le sujet,
le profil Amina, que vous pouvez probablement trouver en ligne.
Oui, absolument, le documentaire, en fait, moi, je l'ai acheté sur le site de l'ONF,
directement, c'est 12 $, je crois, je trouvais que ça valait la peine.
Et honnêtement, si l'histoire d'aujourd'hui vous touche,
ça vaut la peine d'aller le voir, ce documentaire-là, c'est un bon complément,
et ça touche beaucoup, je ne veux pas trop vous dévoiler en fait,
mais ça touche d'autres éléments qu'on va peut-être un petit peu moins creuser aujourd'hui,
et c'est un excellent complément, et on fait un travail incroyable.
Parce que cette fameuse Amina, elle a une connexion montréalaise aussi.
Oui.
Il y a un peu de Montréal dans cette histoire,
donc c'est pour ça qu'on aime ça, il y a full de numériques, évidemment,
et il y a des gros revirements de situation.
On ne vous en dit pas plus, restez avec nous,
mais pour passer au travers de tout ça, Seb, on a une bonne bière.
Oh oui, enfin, ça fait tellement longtemps que j'avais envie,
qu'on avait envie de vous en parler de cette bière-là,
c'est une de nos bières préférées à Emine et moi depuis un petit peu avant l'été,
je ne sais plus quand elle est sortie, et on en a bu tout l'été.
C'est la Shelton New England IPA de la biérie Shelton.
C'est une bière d'inspiration Inzia Pell-Hell qui est brassée dans le style New England,
justement le Nouvelle-Angleterre, un peu comme la boréale nord-est.
Oui, elle est dans le style nord-est aussi,
qui est un style qu'on voit de plus en plus développer.
Ah oui, puis je suis tellement content qu'on développe des bières,
j'adore tellement ça.
Cette bière-là, elle est tout aussi oblonnée que les IPA de la côte ouest américaine,
son goût est volontairement moins amère et résonneux,
puis c'est vrai, on le sent, elle est veloutée et juteuse en bouche,
et elle possède des puissances arômes de fruits tropicaux et d'agrumes.
C'est une bonne bière quand même qu'il faut boire avec modération.
Effectivement.
Oui, parce qu'elle a 7,5 % d'alcool et une amertume de 56 IBU.
Sincèrement, si vous ne la connaissez pas,
moi, c'est dans mes coups de cœur de l'année,
puis elle est brassée par la brasserie de Hoshlag, en fait.
Oui, c'est vrai.
Ça reste dans le hood.
Exact, et oui, on vous invite à boire avec modération.
Ne vous en faites pas, quand on enregistre Distorsion,
on ne boit pas 10 bières.
Parfois, on a notre tiver de bière qu'on cipe pendant trois heures
pendant notre enregistrement,
donc on ne veut pas inciter personne au débordement ici.
Non, absolument.
La bière de la semaine, cette délicieuse bière,
elle nous est offerte par Alec,
et Alec, il l'a fait via la tournée de bière au distorsionpodcast.com.
Donc, sur l'onglet Tournée de bière,
vous pouvez faire un don, nous encourager et remplir notre frigo.
On a aussi un shout-out, un review 5 étoiles sur Apple Podcasts
qui nous vient de Design Boucler.
Ah, tiens donc, en fait, l'équipe de design de la compagnie Boucler,
c'est ce qu'on nous dit ici dans le commentaire,
est branchée sans cesse sur Distorsion.
L'écoute intensive de votre podcast
s'ensuit de discussions enflammées pleines de théories
ainsi que de créations,
à camp des coussins à l'effigie de Distorsion.
Eh bien, nous, on est toujours intéressés.
Vous nous dites où signer et puis on le fait.
Oh oui, des coussins avec nos faces.
Ça serait assez drôle sur un divan.
Mais aussi, là, je tiens à remercier du fond du cœur
toutes les personnes qui ont pris la peine et le temps de nous faire un review,
un review peu importe le nombre d'étoiles,
on espère 5 étoiles, sur Apple Podcasts entre autres
ou Stitchers parce que les autres plateformes actuellement
n'offrent pas malheureusement la possibilité de faire un review.
Mais sachez que même si on en lit juste un à chaque semaine,
on les lit tous.
Vos reviews actuellement, on a eu plus de 1880 personnes
qui ont pris le temps de le faire.
Donc, merci.
On vous remercie sincèrement chacun de vous.
Et si vous ne l'avez pas encore fait, c'est le temps de le faire.
Oui, ça peut être sur Facebook ou si on peut donner des étoiles
sur Facebook ou Podcasts static ou peu importe.
Nous, on essaie d'en piger un par un.
Ça va être dur de faire le tour de tout le monde,
mais on vous aime tous, bienz égaux.
Oui.
Là-dessus, Seb, est-ce qu'on est prêt à se lancer
dans le cas de Amina Araf et de Gay Girl in Damascus?
Oui, monsieur.
C'est parti.
Nous sommes le 6 juin 2011 à Damas en Syrie.
Le vent du printemps arabe souffle sur tout le Moyen-Orient.
De nombreux soulèvements populaires contre les pouvoirs en place
ont lieu depuis plusieurs mois.
Comme il est de plus en plus commun,
des appels à manifester ont été lancés
sur les différents réseaux sociaux à travers le pays.
Les autorités syriennes sont ouvertement critiquées
par la communauté internationale sur leur agissement brutaux
contre la population qui manifeste pour plus de droits et libertés.
Vers 20h10, coup de tonnerre,
on apprend par l'entremise de son propre blog
que la blogueuse américano-syrienne Amina Araf,
aussi connue sous le pseudo Amina Abdullah,
a été enlevée par trois hommes armés
alors qu'elle allait à un rendez-vous.
C'est la cousine d'Amina, Rania,
qui publie la nouvelle pour prévenir ses milliers de followers
qu'elle a été kidnappée.
Elle nous informe que plutôt aujourd'hui,
vers 18h00, heure de Damas,
Amina se promenait dans le quartier de la gare routière d'Abbasid,
près de la rue Fares-Al-Koury.
Elle était allée rencontrer une personne impliquée
dans la communauté de coordination locale
d'un regroupement de citoyens et elle était accompagnée d'un ami.
Lorsqu'ils se sont quittés à la fin de la rencontre,
Amina a été saisie par trois hommes dans le début vingtaine.
Selon un témoin, qui ne veut pas que son identité soit connue,
les hommes étaient armés.
Amina a frappé l'un d'eux
et a dit à son ami d'aller retrouver son père.
Un des hommes a ensuite posé sa main sur la bouche d'Amina
et l'a jeté dans une voiture rouge de marque Dacia Logan.
Pour votre info, la marque Dacia Logan, c'est la version de Renaud,
mais dans les pays émergents.
Intéressant.
Sur une des vitres de la voiture,
il y avait un autocollant de Basel El-Assad,
qui est le frère de Bachar El-Assad,
qui lui est le président en place actuellement.
C'est bien le précisé.
Basel est décédé en 1994 dans un accident de voiture
et à l'origine, c'était lui qui allait prendre la relève du pays,
et non son frère, Bachar.
Étant donné qu'il est mort avant d'avoir gouverné,
il est resté comme une sorte d'emblème au pays.
Tout ça pour dire que les hommes sont supposés
appartenir à l'un des services de sécurité
ou à la milice du parti Bach, qui est le parti au pouvoir.
Malheureusement, le témoin n'a pas été en mesure
de noter le numéro de la plaque d'immatriculation de la voiture.
L'ami qui accompagnait Amina est rapidement allé retrouver le père de celle-ci.
Le lieu actuel d'Amina est inconnu
et on ignore si elle se trouve dans une prison
ou si elle est détenue ailleurs à Damas.
Son père tente de la localiser
et demande d'en informer le plus grand nombre de personnes
dans l'espoir que quelqu'un puisse savoir où elle se trouve
et qu'elle soit bientôt libérée.
Oui, c'est assez tragique comme situation.
Je me rappelle un peu quand on avait entendu parler de ça,
puis on va y venir un peu plus tard,
mais il y avait une vidéo même où il y avait avec ça.
Oui, exact, qui est assez marquante.
Toujours selon la cousine d'Amina, Rania,
son père témoigne que si elle est maintenant en détention,
il ne craint pas de se cacher
et il dit qu'il fera tout ce qui lui est en son pouvoir pour la libérer.
Son père témoigne, et je le cite,
nous espérons qu'elle est simplement en prison
et que rien de pire ne lui est arrivé.
Amina m'avait précédemment envoyé plusieurs textes
à publier sur son blog si quelque chose lui arrivait
et nous attendrons jusqu'à ce que nous ayons un ordre précis
avant de le faire.
Donc tout ça est très mystérieux, cette histoire d'enlèvement de blogueuses.
Mais à cette époque-là, il ne faut pas oublier
qu'il y a souvent des journalistes qui se faisaient enlever
puis garder en otage.
Oui, il y en a eu plusieurs, justement, en série, entre autres.
Et même des exécutions.
Donc c'est un climat qui était très hostile à l'époque
et très difficile pour la liberté de presse.
Oui, oui, puis même si je regardais différentes vidéos
pour faire la recherche, puis mon Dieu que c'était violent.
C'est incroyable comment le gouvernement
n'a pas de respect de l'être humain, je trouve.
Comme beaucoup de citoyens de partout dans le monde,
la blogueuse Amina Araf s'exprime ouvertement sur son blog
et ses réseaux sociaux à propos de son quotidien.
Mais aussi et surtout, elle s'attaque à des sujets
longtemps considérés comme tabous dans la culture arabe
et sur ce qui se passe actuellement dans son pays d'origine,
la Syrie, qui est un État très répressif.
Elle est considérée comme l'une des héroïnes
de la révolution syrienne.
Rapidement, plusieurs pages Facebook sont mises sur pied,
dont la page Free Amina Abdallah ou encore Free Amina Araf.
Et plusieurs organismes humanitaires,
comme les reportages Sans Frontières,
se mettent rapidement de la partie pour faire libérer Amina,
ou du moins de tenter, des mains des autorités syriennes,
sans oublier le hashtag Free Amina
qui circule abondamment sur Twitter.
Et à l'époque, je me rappelle, c'était un gros truc.
Amina n'est pas la seule à avoir été enlevée
depuis le début du conflit.
Des dizaines de blogueurs et journalistes
sont actuellement emprisonnés et questionnés
dans des conditions très discutables, pour le moins dire.
Le gouvernement syrien se sert de la loi de l'état d'urgence
en vigueur depuis 1963,
qui est une mesure prise par le gouvernement
en cas de danger imminent.
En appliquant cette mesure,
certaines libertés fondamentales peuvent être restreintes.
Par exemple, le gouvernement peut empêcher
tout regroupement de foules ou manifestations
dans l'intérêt de la sécurité des citoyens
et de la stabilité du pays.
Donc, c'est un peu comme les lois des mesures de guerre,
je crois, au Canada.
Oui, c'est un genre d'équivalent, effectivement.
Et c'est très rare que c'est déployé.
Oui, c'est vraiment dans des vraies situations d'urgence,
sauf que dans des pays totalitaires,
ils l'utilisent un peu n'importe quand.
L'abolition de cet état d'urgence
est justement l'une des principales revendications
des protestes à terre
qui réclament une libéralisation du régime syrien,
car avec ce type de loi,
il devient impossible pour le peuple
de protester contre quoi que ce soit.
En plus, cette loi d'urgence permet aux autorités
d'arrêter une personne qu'ils considèrent suspecte
ou qui menace la sécurité.
Donc, ça veut dire qu'ils ont le pouvoir
d'arrêter à peu près n'importe qui sous ce prétexte-là.
Malgré l'oppression violente des autorités,
cela n'a pas empêché les habitants
de plusieurs villes en Syrie
de manifester violemment depuis plusieurs mois
pour que les choses changent.
Depuis le début des manifestations,
5 000 personnes ont été tuées.
C'est fou, les chiffres, c'est beaucoup de monde,
et plusieurs Syriens affluent au Liban et en Turquie
pour fuir les violences.
Les premières manifestations étaient plutôt timides
au début du mouvement.
Par contre, le mouvement populaire
s'est de plus en plus amplifié
avec le pouvoir des médias sociaux, des médias
et de certains blogueurs,
dont justement une certaine Amina Haraf
qui a lancé lors des premières semaines
de manifestations en février 2011
un blog à saveur sociopolitique
intitulé A Gay Girl in Damascus,
une fille homosexuelle à Damas.
Elle avait pour objectif, elle,
via ses écrits, de lutter
pour une plus grande liberté politique
et civile en Syrie
et comme vous avez pu le comprendre,
Amina est gay et elle habite actuellement à Damas.
Dans l'une de ses premières publications,
elle nous explique brièvement pourquoi elle fait ça.
Les intitules sont
sa publication Pourquoi je fais cela ?
J'habite à Damas en Syrie,
c'est un état policier répressif.
La plupart des personnes LGBT,
à l'époque, il n'y avait pas le cul le plus,
restent encore dans le garde-robe
ou restent aussi invisibles que possible.
Mais moi, j'ai mis en place un blog
annonçant ma sexualité avec mon nom et ma photo.
Suis-je folle ?
À l'époque, dans son contexte,
c'était quand même assez avant-gardiste.
C'est très audacieux, en fait.
La Syrie n'est pas un endroit qui est réputé
pour respecter les droits de l'homme
et encore moins ceux des homosexuels.
Il était risqué pour elle de s'en prendre
à son gouvernement et de s'afficher publiquement.
Elle aurait bien pu rester anonyme
et faire son blog sans publier sa photo
ou même son nom.
Elle aurait pu quand même faire ça,
mais elle a pris le risque pour la cause de s'afficher.
Oui, puis en même temps,
je pense que c'est ce qui l'aidait
à faire en sorte que les gens s'identifient à elle.
Ils avaient un visage, un nom, même.
Mais oui, c'était très audacieux
et très risqué comme pratique.
Avant d'aller plus loin,
parlons-nous un peu plus, Emile,
de qui est Amina Araf ?
Oui, Amina Abdallah Araf al-Omari,
âgée de 35 ans,
est née le 12 octobre 1975 aux États-Unis.
Elle est d'origine américano-syrienne.
Elle a grandi entre les États-Unis et la Syrie,
donc elle s'exprime très bien en anglais.
Elle réside maintenant à Damas depuis quelques années.
Au fil du temps,
le blog d'Amina rassemble énormément de gens
qui vivent la même chose qu'elle,
provenant de partout dans le monde.
Plusieurs membres de la communauté LGBTQ
s'identifient à elle
et saluent son courage de parler ainsi
contre le régime de son pays
et de faire valoir ses droits,
ce qui était très audacieux à ce moment-là,
surtout en Syrie.
Plus ces publications s'additionnent,
plus celles-ci sont de plus en plus critiques
à l'égard du régime syrien,
jusqu'à même demander le départ du gouvernement.
Dans une publication à propos de la coupure Internet
du 3 juin 2011,
elle écrivait « Ils doivent partir,
ils doivent partir vite,
c'est tout ce qu'il y a à dire »,
parce que oui, ils ont coupé l'Internet à ce moment-là.
Oui, en fait, la Syrie fait partie
de la liste noire des ennemis d'Internet.
Ça, c'est une liste des pays un peu plus totalitaires
que dès qu'il y a…
dès qu'il se passe quelque chose
qui ne leur plaît pas,
bien, ils coupent l'Internet à la population.
Je ne savais pas qu'il y avait une liste noire
des ennemis d'Internet.
Oui, c'est « Reporters sans frontières »
qui ont mené cette liste-là.
Puis il y a la pays comme la Corée du Nord,
la Chine,
puis vous pouvez les nommer,
là, on les sait un peu tous,
les pays qui sont l'ennemi de l'Internet.
Et la Syrie en a profité
parce que dans ces pays-là,
les fondsissants d'Internet
veuvent pas, sont très près des gouvernements.
Ils n'ont pas vraiment le choix
et ils ont coupé pendant 24 heures
pour que les manifestations s'arrêtent.
Mais ça, je trouve que c'est tellement
un geste anti-démocratique de couper l'Internet.
Ça a encore plus mis de l'huile sur le feu
dans la révolution.
Puis c'est à ce moment-là
que c'est une des premières fois
que Amina demandait un changement de gouvernement.
Donc, elle s'attaquait directement au gouvernement,
ce qui l'a peut-être mis quand même à risque.
Elle va aussi se lier d'amitié avec le temps
et même développer une relation amoureuse à distance
avec Sandra Bagaria,
une professionnelle montréalaise.
Elle reviendra un peu plus tard.
Le 7 mai 2011,
le média The Guardian,
qui avait pris connaissance du blog
et de son discours
et de son impact, évidemment,
sur la révolution en cours,
décide d'organiser une entrevue
avec Amina dans un café à Damas
pour raconter son histoire.
La journaliste a attendu plusieurs heures dans le café,
mais elle ne s'est jamais présentée au rendez-vous.
C'est un peu bizarre, ça.
Un peu plus tard,
Amina a publié sur les réseaux sociaux
qu'elle a été harcelée par les autorités
et que c'est la raison pour laquelle
elle n'a pas pu se présenter à l'entrevue
sous part de représailles.
CNN, le réseau américain,
a aussi fait une interview avec elle,
mais cette fois-ci par courrier électronique.
Avec Amina.
À ce moment-là,
c'était beaucoup moins risqué à distance pour elle.
Elle courait beaucoup moins de danger de cette façon-là.
Oui, parce qu'ils ont décidé de faire cette entrevue-là
parce que ça s'est déroulé comme quelques jours
après que le Guardian a tenté
d'avoir une entrevue avec elle.
Donc, comme ça, il pouvait s'assurer
d'y parler pour de vrai.
La blogueuse avait aussi déjà échappé
à une arrestation auparavant,
le 25 avril 2011.
Deux hommes s'étaient alors présentés chez elle
pour l'amener,
mais son père les avait convaincus
de faire demi-tour.
Donc, elle était même la cible physique
de harcèlement de la part des autorités.
Oui, oui, et puis on se rend compte
que c'était même avant
qu'elle harcèle le gouvernement pour leur dire
qu'elle voulait qu'ils soient remplacés
parce que le 25 avril,
c'était avant la panne Internet.
Donc, déjà là,
le gouvernement l'avait sous sa main.
On revient à notre histoire.
Le 7 juin 2011,
le lendemain de son enlèvement par l'État syrien,
sa copine,
la morialaire Sandra Bagaria,
qui entretenait, comme on vous disait,
une relation à distance avec Amina depuis six mois
et dont Amina parlait régulièrement
dans ses publications,
contacte l'ambassade américaine
pour les prévenir qu'ils doivent faire pression
pour libérer une de leurs citoyennes.
Elle leur transmette toutes les informations
qu'elle a en main en espérant
que ça fasse débloquer les choses rapidement.
Mais Sandra ne l'a jamais rencontré Amina non plus.
Donc, elle n'a que son nom,
son courriel,
elle n'a pas tant d'informations que ça,
elle n'a pas de numéro de passeport
ou quoi que ce soit.
Mais malgré tout, l'ambassade prend quand même la demande au sérieux
étant donné qu'ils connaissent le cas
et commencent des recherches.
Oui, malgré tout ça,
je sais qu'ils se parlaient vraiment plusieurs heures par jour,
ils échangaient des messages à l'infini.
Donc, même s'il n'y avait pas énormément d'informations sur elle,
c'est rare que tu vas demander des copies des passeports
de quelqu'un dont tu tombes amoureux en ligne.
Soyons honnêtes.
Oui, tu as bien raison, absolument.
Parallèlement, The Guardian,
encore une fois, qui a fait une entrevue avec elle il y a quelques semaines,
publie eux aussi un article en première page
de leur site web et de leur journaux papier en 2011 existant encore
qui rapporte que la blogueuse a été enlevée et affiche sa photo.
L'article et la photo font rapidement le tour du monde.
Malgré que sa photo a été déjà publiée sur son blog,
cet article a montré le visage d'Amina au monde entier.
Pendant que l'article est partagé des milliers de fois,
The Guardian reçoit dans un court laps de temps
plusieurs appels de personnes
qui mancent qu'il y a une erreur sur la personne
et que la personne sur la photo n'est pas Amina Araf,
mais bien une dénommée Yelena Lechik,
qui est une Croate habitant au Royaume-Uni
et que c'est une de ses photos qui a été prise sur le web.
Et même Yelena, elle aussi, allait appeler The Guardian.
C'est pas juste d'autres personnes,
parce que son entourage est elle-même qui a appelé,
parce que, imaginez, vous vous réveillez un matin,
vous allez sur Internet,
puis vous voyez que votre photo est partout,
puis c'est pas vous.
Donc il y a peut-être erreur sur la personne
ou erreur sur la photo.
Il y a quelque chose de bizarre en tout cas.
En fait, c'est elle et plusieurs de ses proches
qui ont contacté le journal.
Celui-ci s'obstine un peu sur la véracité de la photo,
mais malgré tout,
le journal accepte de remplacer l'image
par une autre photo de Yelena, encore une fois,
estimant que celle-ci est authentique.
Donc ils ont pris une autre photo d'Amina,
de ce qui croit être Amina,
mais qui est en fait peut-être une photo de Yelena,
puis ils l'ont changé en se disant,
ah, bien si, c'est pas elle, mais on va en mettre une autre,
donc elle, elle est authentique.
Donc ils ont, d'une certaine manière,
ils ont refait la même erreur deux fois de suite,
la même journée.
Mais peut-être qu'ils pensaient
que c'était deux filles qui se ressemblaient.
Bien oui, oui, oui, c'est ça,
on peut leur donner le bénéfice du doute.
Yelena se trouve dans une position très délicate
et le mal était fait.
Ses photos sont partout sur Internet,
car de nombreux médias ont rapporté l'enlèvement d'Amina
en utilisant sa photo.
Mais est-ce qu'Amina existe pour vrai?
Est-ce que c'est Yelena?
Si ce n'est pas elle, c'est qui?
Oui, déjà là, il y a un doute qui est semé,
puis en même temps, cette fille-là se retrouve
partout dans les médias.
Donc on sait que la répétition,
puis le fait qu'une image ou qu'une pseudo-vérité
nous est présentée aussi souvent que ça,
ça bien nous convainque que c'est bien réel.
Donc ici, les médias doivent se dire,
ben là, en fait, j'ai googlé son nom,
j'ai trouvé des photos, j'ai utilisé celle-ci,
vous me dites que c'est pas la bonne,
ben, je vais en utiliser une autre,
mais là, à un moment donné,
il faut savoir ce qui se passe,
parce qu'il y a une vraie personne qui écrit ces textes-là,
puis il y a une vraie personne qui s'est faite enlever.
Oui, exact, puis ce qui donnait encore plus de crédibilité,
c'est que les entrevues avec le Guardian et le CNN
ont été faites dans le passé avec ces photos-là.
Donc on dirait que ça renforçait le fait
que c'est bien elle.
Il n'en fallait pas plus pour que l'on commence
à douter la véritable identité d'Amina,
mais qui est, au fond, le Amina Araf?
Les détails sur la situation en Syrie
sont si précis que ça ne peut pas être
quelqu'un qui n'habite pas là.
Justement, vous pouvez aller voir ce qu'Amina a écrit
sur son blog en passant par les Internet Archive,
la Wayback Machine,
et vous allez voir le détail de chaque publication
est vraiment précis.
Il y a des photos qui se pensent en Syrie.
C'est impossible que ça ne soit pas
quelqu'un qui habite là-bas.
C'est quelqu'un qui est très au fait
de la situation qu'a publié ces posts-là.
Les internautes, les médias, même les médias syriens,
ainsi que les proches d'Amina,
vont commencer à faire leur enquête
et commencer à demander à leur entourage
si des gens, en fait, l'ont déjà rencontré
dans la vraie vie.
Et finalement, pour se rendre compte
que personne ne l'avait rencontré en vrai.
Donc, la plupart des relations qu'Amina gardait
avec ses proches, ses gens les plus précieux
étaient strictement virtuels.
Mais c'est fou comment qu'on considère,
puis en même temps, on est tous pareils.
On considère une relation virtuelle
égale à une relation physique.
Oui, mais moi, je ne suis même pas à l'aise
toujours avec le terme relation virtuelle,
parce qu'à quelque part, c'est une vraie relation.
Même si on ne rencontre pas la personne dans la vraie vie,
la relation, ou du moins les sentiments,
lorsque c'est réciproque, lorsque c'est authentique,
bien sûr, sont bien réelles.
Donc, on dirait que j'ai de la misère
avec ce terme-là, une relation virtuelle.
Oui, tu as raison.
C'est comme si ça l'a diminué.
Mais pourtant, ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de physique
ou du moins de rencontre physique,
un peu comme tu dis que la relation
n'est pas égale ou aussi bonne ou aussi forte.
Le 8 juin 2011, Yelena,
dont la photo est toujours en une d'une tonne de médias,
a contacté la Commission des plaintes relatives à la presse,
qui a réussi finalement à persuader le Guardian
de retirer la photo de son site web.
Celui-ci signale pour la première fois
qu'il a des soupçons sur le blog d'Amina
et que c'est peut-être un canulaire.
Mais c'est fou, le Guardian n'a jamais accepté de retirer la photo,
sauf sous une demande d'une autorité un petit peu plus forte.
Puis même, ça me rappelle,
dans notre épisode de la télé où on parlait du vol de Nené,
la femme qui s'est fait voler sa maison,
elle-même, c'est elle qui s'est fait voler sa maison,
mais il fallait qu'elle prouve que c'est sa propre identité.
Je trouve que c'est un peu un exemple parallèle à ça.
Yelena, elle s'est fait voler ses photos,
mais il faut qu'elle prouve que c'est elle-même.
Oui, sinon, le Guardian ne la croit pas,
mais tu sais, c'est toi la victime en même temps,
mais c'est moi, tu sais, c'est vraiment étrange.
Parce qu'elle n'a pas le cloud ou elle n'a pas le SEO,
elle sort moins dans les engins de recherche que Amina,
donc c'est comme si Amina devenait plus réelle qu'elle.
Exact, exactement.
C'est assez particulier, c'est très représentatif de notre ère.
Suite à la demande de Sandra, la copine d'Amina,
les représentants de l'ambassade américaine
ont exprimé eux aussi des inquiétudes
quant à l'authenticité du blog,
affirmant qu'ils n'étaient finalement pas en mesure
de vérifier aucun des détails qu'il contient
et que Amina Araf ne semblait pas être une citoyenne américaine.
En plus de ça, les représentants
n'ont pas été en mesure de trouver des membres de sa famille.
Là, ça commence à être inquiétant.
Je vous rappelle qu'eux-mêmes avaient demandé à la Syrie
de libérer Amina il y a deux jours
et qu'elles ne sont même pas en mesure de prouver son identité.
Parce qu'eux aussi ont embarqué dans le mouvement
et ils ont fait confiance au Guardian,
ils ont fait confiance aux médias.
On ne peut pas leur en vouloir d'une certaine manière
parce que eux aussi, ces entités-là,
on ne peut pas toujours contre-vérifier tout.
Tout fonctionne un peu par la confiance
qu'on a envers les autorités, les entités médiatiques.
Et même l'ambassade américaine s'est fait avoir.
Dans un cas comme celui-ci,
tu es tellement dans une situation de zone de conflit
et de gouvernement répressif
que ce n'est pas évident de sortir de la nouvelle.
Donc, le plus vite tu la sors,
le plus vite tu vas avoir des clics,
c'est malheureux de le dire,
mais il y a aussi cette course-là qui est en jeu.
Absolument.
Le 9 juin 2011, Yelena Lechik,
la fille sur les photos qui, elle,
n'a aucune relation avec la Syrie
ni même les manifestations ou le blog d'Amina,
a décidé de donner une entrevue télévisée
à une émission à la BBC, l'émission News Night,
pour clarifier qu'elle n'était en rien impliquée
dans la révolution syrienne
et que ses photos avaient été utilisées à son insu.
Yelena affirme qu'elle a été mise en danger
en raison de son association avec tout ce conflit-là
et le Guardian doute lui aussi de plus en plus
de sa propre histoire.
Oui, parce que même si elle n'habite pas là,
puis je la comprends,
elle devait vivre avec un certain sentiment de peur,
parce que tu ne sais pas jusqu'à quel point
peut aller le gouvernement syrien.
Est-ce que le gouvernement syrien est au courant
que ce n'est pas Amina?
Oui, mais surtout qu'elle luse beaucoup
de sa liberté d'expression.
Elle va peut-être un peu trop loin
en critiquant le gouvernement aussi.
Puis c'est là qu'elle peut avoir des interventions.
Elle peut vraiment devenir une cible
non seulement du gouvernement,
mais d'autres groupes de protestants.
Oui, oui, ou des alliés à la Syrie, etc.
Oui, tu as raison.
Il n'en fallait pas plus pour que les agences de presse
du monde entier signalent que la fiabilité du blog
est mise en doute.
C'est là que tout bascule.
Le lendemain de la diffusion de la BBC,
soit le 10 juin 2011,
le Guardian publie un article de 1000 mots
qui décrypte toutes les ramifications du blog
pour tenter de repérer le canulaire.
D'autres médias aussi s'y mettent la partie,
y compris Le Télégraph,
qui eux aussi tentent de comprendre
si Amina existe ou non,
parce que tout le monde est embarqué
dans le bateau durant la Révolution.
Puis tout le monde doit maintenant un peu
tenter de trouver ses kis pour,
disons, pas passer pour des imposteurs,
mais disons rattraper leur erreur.
Oui, réparer l'épaule cassée.
Oui, exactement.
Mais est-ce qu'on savait si Amina publiait
à ce moment-là alors que les gens enquêtaient sur elle?
Non, elle a arrêté de publier parce qu'elle était enlevée.
C'est ça qui est étrange, c'est que
la dernière publication sur le blog d'Amina,
c'était sa cousine qui nous annonçait
qu'elle a été enlevée et son père,
et elle disait que son père avait des publications en main
s'il se passait quelque chose pour les publier,
mais durant tous ces jours-là,
il n'y a eu aucune publication sur le blog.
Donc c'est cohérent avec son enlèvement.
Oui, oui, oui, aussi.
De plus en plus de rumeurs circulent sur le fait
que l'auteur derrière Amina
serait en fait une étudiante de l'Université d'Édimbourg,
après que des courriels d'Amina ont été retracés
avec leur adresse IP dans la capitale écossaise.
Une journaliste a même souligné
qu'elle a dit dans une interview
qu'elle souhaitait y étudier.
Donc les gens commencent à faire certaines corrélations.
L'enquête se poursuit et le 12 juin,
je vous rappelle qu'elle a été enlevée le 6 juin,
donc ça fait six jours.
L'enquête se poursuit et le 12 juin,
je vous rappelle qu'elle a été enlevée le 6 juin,
donc ça fait six jours,
le site Electronic Intifada,
qui est un média en ligne basé à Chicago
qui couvre le conflit israélo-palestinien,
a lui aussi mené de plus amples recherches sur Amina.
Au départ, en fouillant les relations sur Facebook d'Amina,
un des journalistes s'est rendu compte
que Amina et Rania, sa cousine,
en plus d'être amis Facebook avec lui,
étaient amis avec plusieurs de ses amis communs.
Et étant donné la rumeur du canon nord de la part d'Amina,
ils se croyaient à risque et peut-être être une cible dans tout ça.
Parce que eux, je vous rappelle,
eux, ils ont un média qui couvre le conflit israélo-palestinien.
Donc, d'une certaine manière,
ils dénoncent un peu tous ces conflits-là, ces gouvernements-là.
Donc, même s'ils habitent aux États-Unis,
je comprends qu'ils peuvent avoir peur
d'être pris dans un piège ou d'être une cible.
En fouillant encore plus sur le web,
ils se sont rendu compte que le personnage d'Amina
existe sur Internet depuis 2006, entre autres sur LinkedIn.
Et oui, on le sait, LinkedIn ne ment jamais.
Ils sont tombés aussi sur une vieille discussion dans un groupe.
Il y avait une adresse physique qui indiquait une adresse en Georgie aux États-Unis.
Hum, c'est étrange.
Une fois cette adresse en main,
ils ont recherché le nom des propriétaires du terrain
dans la base de données publiques des comptes de taxes municipales
sur le site de la ville.
La propriété sur ce terrain appartient à un certain Tom McMaster.
En fouillant avec ce nom sur Facebook,
il tombe sur un profil qui semble être le bon.
Tom, un citoyen américain,
réside maintenant à Edinburgh, en Écosse.
Mais là, ça ne fait pas de sens, tout ça.
Oui, parce que ce n'est pas un, ce n'est pas une femme.
Elle n'habite pas en Syrie.
Comment Amina aurait pu, elle a des origines américaines,
elle a déjà habité aux États-Unis.
Par contre, justement, en fouillant, il n'y a aucun lien avec elle.
Ce n'est pas un membre de sa famille.
McMaster, ça ne sonne pas très Syrien.
Donc actuellement, c'est un peu étrange que tout pointe vers lui,
qui ne semble pas vraiment avoir de lien dans tout ça.
McMaster, ça sonne presque comme un super héros.
Oui, c'est vrai.
Ils ont aussi remarqué qu'en 2007, dans les registres de la propriété,
qu'une nouvelle co-propriétaire, une certaine Brita Frolicher, s'était ajoutée.
En fouillant sur Brita, qui semble être sa femme,
ils ont découvert que son compte Picasso, qui est un compte Google Photos maintenant,
affiche plusieurs photos qui sont aussi présentes sur le blog d'Amina.
Et qu'il y avait aussi plusieurs photos d'elle et son mari, Tom McMaster, en Syrie.
C'est bizarre, ça, des photos de voyage.
Oui, des photos de voyage en Syrie.
Étrange.
Plusieurs de ces mêmes photos ont été envoyées à Sandra durant leurs nombreux échanges
pour lui montrer où elle vivait.
Hmm, tout pointe donc tranquillement vers Tom.
Les journalistes continuent leur recherche et ça les a aussi amenés vers le site Let's
Get Real, qui rassemble depuis 2008 une importante communauté de femmes homosexuelles
et qui a publié 19 articles sous la plume d'Amina.
Donc Amina écrivait des publications pour ce site-là.
L'éditrice de Let's Get Real, Paula Brooks, a aidé Amina à mettre sur pied son blog
A Gay Girl in Damascus.
Donc encore, on fait certains liens ici.
Amina et Paula étaient très proches virtuellement.
Par contre, Paula n'a pas hésité à collaborer à l'enquête journalistique
et a divulgué deux adresses IP qui auraient été utilisées par Amina pour accéder
à leur serveur.
Ces adresses IP pointent à Indembourg, en Écosse.
Toujours à la même place.
Oui.
Pour solidifier encore plus les différentes preuves, il restait à vérifier les adresses
IP à partir du blog qui était hébergé sur la plateforme Blogspot de Google à
l'époque.
Il faut que vous sachiez que lorsque l'on publie sur des plateformes publiques de
blog comme celui-ci, généralement, notre adresse IP peut être facilement identifiable.
Encore une fois, les différentes adresses IP d'Amina ne pointaient pas en Syrie
comme ils le devraient, mais plutôt encore une fois, à Indembourg.
Plusieurs personnes avaient des preuves en main et tout pointait vers lui, ce fameux
Tom McMaster.
Parce que oui, c'est vrai que sur les plateformes de blog, des fois même les
adresses IP sont clairement indiquées dans le bas de la page, même parfois
dans la publication même.
Oui, puis c'est une manière de protéger un peu les gens pour… parce que t'sais,
l'adresse IP, on le sait, oui, ça peut être camouflé, ça peut être
truqué, mais généralement, on utilise toujours notre vraie adresse IP et c'est
une sorte de protection, en fait, à savoir qui a vraiment écrit derrière cette
publication-là.
Et quand c'est des plateformes publiques, il se protège encore plus que si vous
avez votre propre blog et que vous pourriez vous-même protéger l'affichage
de l'adresse IP, par exemple.
Il n'en fallait pas plus.
Quelques heures plus tard, Tom McMaster, marié, quarante ans, un
Américain venant de la Virginie et maintenant un étudié à l'Université
d'Édimbourg, publie sur son blog ses excuses aux lecteurs dans laquelle il
avoue être le seul auteur de tous les articles du blog.
Oh my God!
Oui, parce qu'il n'en pouvait plus, je pense qu'il se sentait énormément de
pression sur lui.
Il a finalement craqué, il a publié sur le blog d'Amina, sur son
propre blog.
Oui, parce que là, ça n'avait plus de bon sens, mais je pense que lui,
on va y revenir plus tard dans les théories, mais je ne pense pas
qu'il pensait que ça allait devenir aussi gros, son truc.
Oh non, absolument pas.
Comment tu peux penser que quelque chose devienne si gros derrière
seulement ton clavier?
C'est fou le pouvoir des mots, je trouve, dans l'air d'aujourd'hui aussi.
Je vous lis la publication qu'il a écrite sur le blog pour s'excuser.
Je ne m'étais jamais attendu à ce niveau d'attention.
Bien que la voix narrative a pu être fictive, les faits sur ce
blog sont véridiques et ne donnent aucune indication quant à la
situation sur le terrain.
Je ne crois pas avoir fait de mal à qui que ce soit.
Je pense avoir créé une voix importante pour les problèmes qui me
tiennent vraiment à cœur.
J'espère seulement que les gens accorderont autant d'attention au
peuple du Moyen-Orient et à leurs difficultés en cette année de
révolution.
Les événements qui s'y déroulent sont façonnés par les
personnes qui les vivent quotidiennement.
J'ai seulement essayé de les éclairer pour un public occidental.
Je trouve que d'une certaine manière, je comprends ce qu'il
veut dire, puis c'est vrai que son objectif a été réussi.
Il a réussi d'une certaine manière à faire ouvrir les yeux
au peuple occidental et même plus grand que ça par rapport à la
situation, en particulier des homosexuels en Syrie et en la
Syrie, mais d'avoir fait ça sous le couvert d'un autre
personnage, c'est ça qui est dérangeant en fait.
Parce que c'est sûr que si c'était Tom McMaster, que
c'était un hétérosexuel ou live in America, il n'y aurait
pas eu le même impact malgré tout.
Non, pas pantoute, mais ça devient un peu une oeuvre de
fiction, ça devient un peu du docu-fiction, parce que oui,
il y a raison sur certains points évidemment, puis il
semble avoir quand même une très bonne connaissance de la
Syrie, mais ce qu'il nous dit entre autres, c'est que
toute cette vie-là était inventée de toute pièce.
Tout est inventé de toute pièce, sauf que tous les
événements, tout ce qu'il rapportait était vrai, mais
pas ce que lui a vécu.
Il se basait sur des événements réels.
Oui, exactement.
Les photos de son voyage en Syrie aussi qui ont été
beaucoup utilisées, mais il utilisait aussi des photos
qu'il trouvait sur le web, qui étaient publiées en
Syrie, pour alimenter tout ça.
Mais je vais lui donner, parce qu'il étudiait en
littérature, à la base, lui, c'était un auteur,
c'était un créateur, donc il y avait un certain
plaisir aussi à créer ça.
Et lorsque l'événement est arrivé, lui, il est en
vacances à Istanbul, en Turquie.
C'est un drôle de moment, je trouve, pour qu'une
situation comme ça arrive.
Puis même sachez que sa femme, elle a appris 20
minutes avant qu'il l'a publie, qu'il publie son post.
Parce qu'elle faisait tout ça dans le dos de
sa femme.
Ça devait prendre un...
Parce qu'il faut que vous...
Mettez-vous un peu dans l'esprit de ce gars-là.
Non seulement, il publie un blog, c'est une
chose, il publie un blog avec, justement, des
revendications en lien avec le gouvernement syrien.
Tout ça, la situation d'une jeune fille homosexuelle
en Syrie, tout ça, c'est une chose, OK?
Bon, c'est basé sur des faits réels, mais c'est
une oeuvre de fiction.
Mais en plus de ça, il va maintenir une
relation à distance avec une Moréalaise,
avec Sandra.
Donc il est allé plus loin que juste créer
un blog.
Chacun a ses limites, mais en quelque sorte,
il a presque trompé sa femme.
Ah ben oui, t'as absolument raison.
Il a floué une tonne de personnes, parce que
les journalistes qu'on vous parlait du
média qui s'intéresse au conflit, eux,
tout leur entourage, c'était des gens
qui s'intéressaient à ça.
Et Amina, donc Tom, était amie et en
relation avec beaucoup de ces gens-là.
Donc il entretenait des vraies relations
encore une fois.
Ben oui, et il n'y a rien qui dit qu'il
ne l'a pas fait encore plus de fois.
Ah ben oui, ça, vous allez voir,
on a même d'autres surprises.
Mais c'est vraiment quelque chose
d'assez particulier.
Là, lui s'est excusé après ça.
The Guardian aussi, je vous rappelle,
qui ont hésité à enlever la photo
de la bonne personne.
Ils ont présenté leurs excuses
justement à Yelena Lechik.
Ils ont fait un compte-rendu
complet, qui ont expliqué comment le blog
les a trompés et ils ont révélé
en fait que le blog était un canular.
CNN aussi, qui s'est fait avoir
publié eux aussi une déclaration
sur leur histoire.
Mais il faut noter que CNN
n'est pas autorisé à aller
en Syrie pour couvrir ce qui
se passe là-bas.
Et eux, pour rapporter la nouvelle,
ils ne peuvent que s'appuyer
sur les médias sociaux
et sur des témoignages de gens.
Et CNN s'efforce du mieux possible
qu'ils peuvent pour vérifier
ces informations-là.
Mais d'une certaine manière,
étant donné qu'ils ne peuvent
pas aller sur le terrain,
je comprends aussi pourquoi
qu'ils ont pu se faire avoir
aussi par Amina en fait.
C'est clair.
Il ne faut pas oublier non plus
sa blonde.
La Montréalais,
est-ce qu'on vous parlait,
Sandra Bagaria qui vient d'apprendre
que la personne qu'elle aime
depuis six mois
est enfin un mec,
un Américain qui n'est
aucunement la personne
qu'il prétendait être.
Bien oui.
Elle disait lui parler
de manière électronique
de deux à trois heures
chaque jour.
Elle s'est fait quatre fichiers?
Complètement.
C'est de la fraude amoureuse
complète.
Elle lui a proposé souvent
de faire des Skype,
mais Amina ou Tom lui disaient
que c'était interdit en Syrie,
ce qui est vrai aussi.
Mais ça donnait
une bonne excuse.
Mais encore une fois,
c'est le drapeau rouge
pour toutes les histoires
de catfishing.
Il a bien choisi son pays
pour ne pas faire
de vidéo chat.
Oui, parce que pour une fois
dans une histoire
de catfishing,
je trouve que l'excuse
de ne pas utiliser la vidéo
était bonne.
C'est sans doute la seule fois
où elle était justifiée.
Oui, parce qu'absolument
c'est toujours le drapeau
rouge à lever
quand quelqu'un ne peut pas
faire de vidéo chat
avec vous.
C'est assez louche.
Ça ne brise pas
aussi facilement que ça
une webcam.
Non, exact.
Elle a toujours accepté
cette excuse qu'on vous disait
qui semblait crédible.
Elle lui a envoyé
des photos d'elle nuant.
Elle a eu des échanges
érotiques.
Elle lui a partagé
ses états d'âme,
son quotidien.
Vous allez le voir,
si vous écoutez le documentaire,
le profil Amina,
il donne beaucoup de détails
sur la relation qu'elle
a eu avec elle
ou avec Amina.
C'est dérangeant.
Moi, je me mets
dans sa peau
lorsqu'elle a appris
la nouvelle.
Tu vis un deuil.
Tu t'es fait tromper.
Tu as révélé
des choses à quelqu'un
qui n'est pas là.
C'est un gars.
C'est partout.
C'est sur la place publique.
Oui, c'est ça.
Imagine.
Je veux dire,
moi, je suis hétérosexuel,
mais dans le sens que
si j'avais partagé
avec quelqu'un,
on partage avec nos conjoints
une intimité qu'on ne partage
pas nécessairement
avec nos amis.
C'est quelque chose
de très personnel.
Tu fais confiance
à la personne.
Là, tu te rends compte
que cette personne-là
n'est pas celle
qu'il prétendait être.
Ça doit faire mal.
Mal à l'orgueil.
Mal à l'égo.
Tu dois t'en vouloir.
Vraiment, tu dois peut-être
trouver naïve.
Naïf, naïve dans son cas.
C'est incroyable.
Je reviens à Tom.
Lors d'une entrevue
qu'il a donnée à CNN,
il expliquait qu'il avait
l'impression qu'un
vrai changement politique
envers les homosexuels
allait se produire en Syrie
avec son blog.
Il avait vraiment
la conviction de ça.
Il a même utilisé
le profil d'Amina sur
plusieurs sites de rencontres.
Il explique aussi
qu'il aimait
le challenge de personifier
une lesbienne.
On dirait que pour lui,
comme je vous le disais,
c'est un autre problème.
C'est quelqu'un
qui étudie en littérature.
Pour lui, c'était un défi
littéraire de créer ça.
Dans une entrevue
qui est un peu malaisante
qu'on voit justement
dans le profil d'Amina,
il explique qu'il...
C'est ça.
Pour lui, c'était
simplement un défi
parce que c'était dur.
Parce que la journaliste
se demande pourquoi avoir
choisi une lesbienne
en Syrie, mais c'était
vraiment pour le défi
versus de choisir
quelqu'un de plus banal
pour créer une narrative
autour de ça.
Pourtant, c'est un auteur
qui n'a jamais eu
vraiment de succès.
Mais avec ça,
avec ces écrits-là,
il y a eu énormément
de succès.
Pourtant, nous aussi,
on est des auteurs, Seb,
mais on n'a pas besoin
de s'inventer des vies
comme ça.
Ben non, je sais,
mais nous,
on a peut-être une vraie
vie, mais c'est...
Ça va toujours m'intriguer
comment tu peux
construire quelque chose
si longtemps,
parce que ce personnage-là
d'Amina,
il a vraiment construit
depuis 2006.
Donc, 2006 à 2011,
c'est pendant 5-6 ans
sur plusieurs forums
de discussion.
Donc, tu sais,
c'est personifié
comme une femme gay
habitant en Syrie.
C'est vraiment étrange.
Oui.
La moitié de ta vie
doit être...
C'est presque...
Il y a un problème
mental derrière ça,
on dirait.
Ah, c'est...
Soit de la...
être sociopathe
ou de la double personnalité,
une genre de schizophrénie.
C'est quand même
assez étrange.
Puis pourtant,
lors des entrevues,
il est tellement calme,
il est relax...
Il prend ça à la légère.
Oui, vraiment.
Juste pour vous résumer,
le blog A Gay Girl
in Damascus
a été actif
durant 112 jours.
Il a compté
135 publications.
Donc, c'est plus qu'une
par jour.
Et souvent,
c'était des longues publications.
Donc, imaginez
le temps qu'il passait
par jour
à publier sur le blog,
entretenir sa relation
avec Sandra
en plus de sa femme,
ses études.
Donc, sa vie...
Oui.
Sa vie devait être
assez complète,
ou complète, du moins.
Il devait avoir
une vie secrète.
Il devait passer
beaucoup de temps là-dessus.
Parce que 112 jours,
c'est pas si long.
Non.
Puis l'impact que ça a eu
au niveau médiatique
a été incroyable.
En moins de six mois,
de gagner autant de visibilité,
c'est vraiment impressionnant
pour un blog.
Ah oui, bien oui.
Tout le monde serait un peu
jaloux d'avoir
cette visibilité là
et tout ce partage
ou cet amour
avec ses écrits là.
Sauf que là,
quand c'est faux,
bien là,
c'est la rançon de la gloire.
Ouais, exact.
Ça tue un peu tout là.
Pour terminer en fait,
parce qu'on arrive
tranquillement à la fin
de cette chronologie là,
l'enquête sur Amina
a aussi amené
Electronic Antifada
a enquêté sur Paula Brooks,
l'éditrice du site
Let's Get Real,
car c'était le premier site
qui référait celui d'Amina.
Et après plusieurs
vérifications,
rien ne semblait
vrai non plus
dans son histoire.
Oui, c'est ça
qui est étrange.
Ils ont découvert,
imaginez-vous,
que Paula et Amina
ont florté aussi
le durant plusieurs semaines
en ligne,
en même temps que la relation
avec Sandra
et comme avec elle,
elles ont eu plusieurs
discussions érotiques.
Elles espérent
de venir riche
avec le trafic
de leur site web
respectif.
Ça, ça me rendait
mal à l'aise.
De vendre la pub.
Oui, ça m'a rendu
mal à l'aise.
On dirait que ça défait
un peu la cause
pour laquelle
ils faisaient ça,
d'amener un côté mercantile
à ça.
Ça me dérangeait.
Paula aussi avait
un profil admirable
et courageuse
qui encouragait la sympathie.
En plus de ça,
malheureusement,
elle était sourde.
C'est une mère
de jumelles monoparentales
car sa conjointe
est décédée
d'un cancer du sein.
Donc, étant donné
tous ces événements
de la ville,
elle avait beaucoup
de sympathie auprès
du public.
Elle aimait le surf
et avait plusieurs doctorats.
Et elle a adopté
un garçon en plus,
un garçon sourd
au Belize.
Salut John McAfee.
Elle vivait en Caroline
et elle travaillait
au Smithsonian Institute.
Elle avait aussi
un chien nommé Sammy.
Ils ont épluché
les chroniques nécrologiques
pour vérifier
la mort de la conjointe,
les inscriptions
à différents colocs universitaires
en lien avec ses diplômes
en archéologie,
par exemple,
les articles académiques,
etc.
Ils ont tout épluché
et ils ne trouvaient
rien qui corroborait
l'information.
Paula Brooks
n'existait pas
elle non plus.
C'est fou ça,
mais...
C'est fascinant.
Est-ce que Paula Brooks
était amie là?
Bonne question.
Finalement,
la nouvelle est sortie
deux jours plus tard.
Paula Brooks était en fait
Bill Graber, 58 ans
et il gère le site
depuis 2008.
Donc là,
il y a comme deux quatre fiches
là-dedans.
Oui.
C'est incroyable.
Bien oui,
puis deux quatre fiches
qui l'ignoraient l'un l'autre.
Moi, c'est ça
qui me fascine.
si je comprends bien,
il y avait deux hommes
qui se sont faits passer
pour des femmes homosexuelles
et qui se sont jamais croisées
dans la vraie vie en fait,
mais qui se sont rencontrés
par leurs mensonges
sur Internet.
Oui,
et qui ont entretenu
une relation érotique
et du moins co-sensuelle,
virtuelle.
Deux hommes
qui personifiaient...
Mon Dieu!
T'sais,
sérieux,
quand je suis arrivé
à ce bout-là de l'histoire,
j'ai fait,
mais voyons,
ça se peut pas.
Là, on dirait
que je croyais
à de la fiction.
C'est l'arroseur arrosé
un peu.
Bien oui.
Les deux,
c'était deux quatre fiches
qui s'ignoraient
mais qui collaboraient ensemble.
C'est drôle le karma
dans la vie.
Moi, ça,
ça m'a jeté à peur.
Oui, non.
Sérieusement,
c'est assez...
C'est drôle comme fin d'histoire,
même s'il n'y a rien
de drôle là-dedans.
Non, non.
Soyons clairs,
on en rit bien,
mais c'est quand même
assez dramatique tout ça,
mais c'est fou.
Il y a un double mensonge.
Donc,
pourquoi deux personnes
ont décidé
d'aller dans cette direction-là?
T'sais,
de...
Je sais pas comment dire
d'utiliser la communauté
LGBTQ
pour mettre en scène
un énorme mensonge
Il y a énormément de gens
qui ont été impliqués là-dedans.
Il y a des gens
qui se sont identifiés à eux,
qui ont fréquenté le blog,
qui ont pris des informations,
qui ont sans doute même
prises des décisions
en raison des opinions
qui étaient véhiculées
sur ces blogs-là,
mais en bout de ligne,
c'était...
C'est carrément
deux canulars.
Oui,
deux hommes qui parlent
du monde homosexuel,
deux hommes hétéraux.
Moi, c'est ça qui me...
Le site Let's Get Drill
était populaire
auprès de la communauté
LGBTQ.
Depuis 2008,
c'était un gros site.
On dirait que jamais
j'aurais pu penser ça.
J'aurais voulu écrire
une fiction,
j'aurais jamais
même pensé un scénario
comme ça.
Non, c'est clair.
C'est tout un tournant.
Ça finit,
je trouve,
d'une manière drôle.
Il faut le dire.
Ça amène un côté rigolo
à l'histoire,
malgré tout.
Malgré le côté tragique
de tout ça.
C'est l'arroseur arrosé,
comme tu disais.
Mais dis-moi,
la fameuse vidéo
où elle se fait enlever
Amina,
c'est quoi, cette vidéo-là?
C'est la preuve
sur laquelle tout le monde
s'attachait.
Oui, c'était une autre vidéo
qui a eu lieu
durant les événements,
mais ça n'avait pas de lien.
Ça s'est pas passé
le 6 juin.
Il n'y a pas eu
de précision en tant que telle
sur l'origine de la vidéo,
mais ça n'avait pas rapport
avec Amina.
Je pense que même
c'était dans un autre pays.
Ça n'avait pas de lien
en tant que telle
avec ça.
Ça avait été trouvée
sur Internet.
Oui, exactement.
C'est même pas elle
qui a mis cette vidéo-là.
Je pense que c'est les médias
qui ont fait une corrélation
en trouvant une vidéo
quelconque.
Ça aussi, ça l'a...
C'est vrai que cette vidéo-là,
parce que moi aussi,
je m'en souviens
quand je l'avais vue,
puis ça cristallise,
mais tu vois beaucoup de loin.
C'est dur à repérer.
Elle a été bien choisie
d'une certaine manière,
la vidéo.
Pour faire à quoi?
Même la voiture,
c'est pas la même voiture
que le témoignage.
Donc c'est bizarre
comment des fois
on fait des corrélations
sans tout vérifier
encore une fois.
Donc oui, toute une histoire,
mon cher Seb,
ça fait un peu le tour
de la chronologie.
Je pense qu'il y a
plusieurs leçons
à en tirer
de cette histoire-là,
de l'histoire
de Amina Araf.
Puis il y a plusieurs
réflexions à avoir.
Toi, qu'est-ce que t'as
pensé de ça?
T'as plongé là-dedans.
Ça me fait vraiment
me questionner en fait
sur...
C'est pas nouveau
l'ère du clickbait,
l'ère...
De la fausse nouvelle.
De la fausse nouvelle
que les médias doivent être
le plus rapide
comme on dit sur le gun
pour sortir une nouvelle
pour attirer des clics
parce que
je tiens même à vous préciser
tous les articles
de Guardian
et tout ça
qui relate la nouvelle
à l'époque,
pas qui relate la fausse nouvelle,
mais la nouvelle
sont encore tous en ligne.
Sauf qu'ils précisent
qu'ils ont découvert
que c'est un canuleur.
Donc ils utilisent
encore ça
comme une attraction.
Ça attire encore
des clics.
Bien oui.
Ça attirait nos...
Nous, on a cliqué
dessus beaucoup
cette semaine.
Exact.
Puis les détordus
vont aller vérifier,
vont aller sûrement lire
et c'est une histoire
qui continue de vivre
dans le temps.
Ça, ça,
je les comprends.
Mais oui,
ils doivent vouloir
rentabiliser leur erreur.
Oui, exact.
C'est déjà assez difficile
pour le monde des médias
de monétiser
la nouvelle aujourd'hui.
Donc cet aspect-là,
je le comprends,
mais c'est vrai
que ça amène
des doubles tranchants.
Puis aussi,
il faut un peu se méfier
de la blogosphère militante
aussi.
Il y a cet aspect-là.
Puis moi,
je suis un pro
que le web...
Je suis un pro
de l'utilisation du web
pour avoir une meilleure démocratie.
Mais des fois,
ça a un couteau
à double tranchant aussi
puis ça polarise énormément.
Puis là,
on le voit dans ce cas-ci.
C'est que ça l'a eu du bon
d'une certaine manière.
Ça, on ne peut pas...
On ne peut pas le cacher.
Ça a vraiment attiré
l'attention des médias.
Mais de l'autre côté,
c'est tous les dommages
collatéraux qu'il y a eu
parce qu'il n'y a pas
eu de mort.
Il n'y a pas eu
de victimes physiques de ça.
Mais c'est des humains
que leur égo
a été énormément touché.
Oui, les dommages
ont été plus causés
auprès de la communauté
LGBTQ, en fait,
qui se sont attachés
à ces blogs-là,
à ces sites-là.
Puis évidemment,
l'égo des journalistes
et de la presse.
Mais oui,
et de tous ceux
qui étaient dans l'entourage
d'Amina,
qui étaient dans la révolution
avec elle, virtuellement.
Mais oui,
il y a des gens,
des ambassades
qui ont travaillé là-dessus,
qui ont tenté
de la faire libérer.
Mais oui,
et même des Syriens
qui étaient dans le mouvement,
eux, pour vrai,
qui ont communiqué avec elle,
qui étaient motivés par elle.
Ça a eu ce bond-là,
mais en même temps,
c'est tellement étrange.
J'ai de l'amusant
à avoir une opinion claire
dans le sens que
est-ce que c'est bon ou pas bon
parce qu'il n'y a pas eu
de dommages collatéraux physiques.
Puis,
Tom McMaster,
il n'a jamais été puni
pour ça.
Il n'a pas de loi
ou quoi que ce soit.
L'Université des Dimbours
a fait une enquête,
mais ils n'ont jamais
révélé les résultats
de l'enquête
et il n'a jamais été
renvoyé d'université.
Il continue sa vie.
Il était beaucoup plus discret
après les entrevues.
Mais qui pourrait punir
ce genre de gestes-là?
Il y a ça aussi à se questionner.
Est-ce qu'on devrait
le punir par la loi,
de créer ce genre de canuleurs
qui ont des impacts comme ça?
Ça reste difficile à baliser aussi.
Je ne sais pas
que tu en penses,
mais est-ce qu'on devrait
avoir une loi pour ça?
C'est délicat
parce que j'ai l'impression
que ce qui en a fait
une grosse histoire
c'est justement le fait
que les médias
n'ont pas tout à fait
tout vérifié.
Ils ont compris pour acquis
que tout était réel.
C'est ça qui a fait en sorte
que l'histoire a fait boule de neige
et qu'on en a parlé
partout dans le monde.
Parce que si ce n'était
pas de ça,
son blog serait sans doute,
je ne veux pas dire
rester petit,
mais il n'aurait pas eu
le même impact.
Mais là,
c'est clair que,
à quelque part,
ce gars a un certain talent
littéraire parce que
vraiment il a mis sur pied
toute cette histoire-là.
Il a mis en scène
son enlèvement.
Et c'est à partir
de l'enlèvement
que vraiment les choses
ont pris une autre tourneur.
En fait, est-ce que la fin
justifie les moyens?
C'est un peu ça
que je me dis.
Est-ce que vraiment
dans le but d'arriver
à un message précis,
est-ce que tout est permis
dans l'aventure pour y arriver?
Est-ce que tu as le droit
de mentir, tout ça?
Mais est-ce que
c'est punissable par la loi?
Je pense que s'il avait tenté
de se cacher
ou que si, une fois arrêté,
il avait menti aux policiers
et tout ça,
je pense que là,
il aurait peut-être eu
une certaine forme
de punition,
mais on dirait que le crime
à la base n'est pas
s'il y a crime évidemment.
Il n'a même pas
été arrêté.
C'est ça, il n'y a pas
vraiment de crime,
mais sa faute,
du moins à la base,
n'est pas si grave que ça,
mais c'est qu'une fois
amplifiée par les médias
puis relayée
par toute l'histoire,
c'est là que ça devient
un peu plus grave.
Mais ça n'empêche pas
le fait qu'il y a
quatre fichiers Sandra
de Montréal,
puis même,
il y a quatre fichiers
l'autre homme,
il y en a peut-être
quatre fichiers d'autres,
on ne le sait pas.
Peut-être qu'avant
d'avoir un blog
sur Amina,
il y avait une autre histoire
rocambolesque comme ça.
Donc, ce côté-là,
on sait que les quatre fiches,
tant qu'il n'y a pas
de fraude,
tant qu'il n'y a pas
de dommages réels
ou de dommages financiers,
il n'y a pas vraiment
de crime à part
dans certains pays.
Donc, dans ce cas-ci,
je vois difficilement
comment la loi malheureuse
pourrait intervenir.
Oui, tu as raison.
Puis on dit souvent,
oui, les journalistes
doivent vérifier leurs sources.
Puis, dans le fond,
l'enquête que
le journal a fait
n'était pas très complexe.
Ils ont seulement
googlé des trucs,
vérifié des adresses
cipées,
accédé à des
registres fonciers.
C'est rien de sorcier.
Il n'y a pas
de hacking,
d'informations,
il n'y a pas, mais...
C'est des choses que
des internautes
pourraient faire.
Oui, exact.
Mais on ne peut pas
demander aux journalistes
de faire ça à chaque fois
qu'ils interviewent quelqu'un.
On dirait que
dès que la confiance est là,
ça se cristallise.
Et ça reste là,
même Sandra,
à un certain moment,
elle avait certains doutes,
mais elle se disait
qu'elle existe pour vrai.
Elle a donné une entrevue
au Guardian,
elle a donné une entrevue
à CNN.
Bien oui.
Donc, pour elle,
ça cristallisait
l'existence d'Amina.
Pour elle,
elle était vraie,
mais finalement, non.
Donc, on dirait
qu'il n'y a pas moyen
de s'en sortir
dans le sens que même
oui, il faut être
un peu plus méfiant
dans la vie,
mais à un moment donné,
on ne peut pas juste
vivre sous la méfiance.
Bien non.
On va virer fou.
Ça fait que
c'est des situations
qui peuvent arriver
et qui vont sûrement
encore arriver.
Il y en a eu plein
d'autres cas
de canulars comme ça.
Pas nécessairement
le catfishing.
Oui, dans cette histoire-là,
il y a eu
pas par hasard,
mais il y a eu
aussi une sorte
de catfishing,
mais à la base,
c'est le canular global.
Puis ça,
il y en a eu plein
d'autres.
Il va en avoir
encore d'autres,
mais j'espère
d'une certaine manière
que les médias,
mais j'en doute,
on l'a vu avec
Dupont de Ligonnès,
vont apprendre
à gérer l'information,
disons,
ou peut-être attendre
avant de publier,
mais en même temps,
on n'est pas
dans cette terre-là.
Je pense qu'il faut juste
nous, en tant que
l'internaute
est un petit peu plus vigilant
à ce qu'on lit,
à ce qu'on consulte,
se poser plus de questions.
Mais j'ai l'impression
qu'au-delà de ça,
je vois pas tant que ça
ce qu'on peut faire.
Ben oui,
c'est de ne pas se faire avoir
par la répétition,
puis c'est pas parce
que ça se retrouve
parfois dans les grands journaux
que c'est nécessairement un réel.
Non, exact,
puis un peu comme
tu disais tantôt,
il a bien choisi sa cible
parce que la série,
les journalistes,
ils ont même pas le droit
d'y aller.
Donc, tout ce qui...
la nouvelle qui est rapportée,
c'est du...
c'est pas du commé...
Du média social.
Oui, oui, c'est ça,
une sorte de commérage
2.0, là.
Donc, c'est difficile aussi
pour un vrai journaliste
de vérifier leurs sources.
Donc, tout ça,
vraiment...
vraiment créé,
et amplifier le problème.
Puis actuellement, lui,
il vit sa vie.
Je sais même pas
s'il est revenu aux États-Unis
ou s'il est encore en Écosse.
Il est toujours
très discret actuellement
à ce cher Tom McMaster.
Il ne semble plus vouloir
et bruter rien en ligne.
Je sais pas
s'il va se créer
un nouveau personnage un jour.
J'ose en douter,
mais moi,
je m'emmène aussi
à la place de sa femme.
Ben là.
Crème,
qui l'a appris 20 minutes avant
puis souvent,
j'écoute un reportage...
Ça a pas de sens.
Ça a pas de bon sens,
tu sais,
parce qu'il y a eu des...
un peu comme tu dis,
c'est de l'adultère.
Je m'excuse,
même si la relation,
elle est virtuelle.
C'est de l'adultère.
Tu sais,
même s'il y a eu
une relation homosexuelle,
en guillemets,
avec d'autres femmes,
c'est...
Tu sais, mais elle,
elle suivait.
Ça a l'air que,
durant les entrevues,
c'est même elle
qui gérait les rendez-vous
et tout ça.
Elle était toujours présente,
un peu éloignée, discrète,
mais elle restait là.
Elle supporte son mari?
Ben oui.
C'est comme on dit.
Pour le meilleur et pour le pire.
Ben c'était une histoire
vraiment fascinante,
mon cher Seb.
J'espère que vous avez
adoré Les Distordus.
Si vous voulez en savoir plus,
on vous suggère
l'excellent documentaire,
le profil Amina
que vous pouvez trouver
justement sur le site
de l'ONF,
comme se disait Seb.
Et puis,
si vous voulez nous
retrouver, nous,
c'est facile.
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même chose.
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et si vous n'avez pas l'air
trop louche,
on va vous accepter.
Et là-dessus,
Seb,
aurais-tu un mot
de la fin pour nous ce soir?
Chers Distordus,
nul besoin
de vous inventer une vie
sur les réseaux sociaux.
Vous êtes tous uniques
et exceptionnels.
Oh c'est beau ça!
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