Cette semaine nous recevons Guillaume Louis, responsable du Certificat en enquête et renseignement à l’Université de Montréal et spécialiste en crimes sériels. Nous discutons de son expérience, du programme universitaire, de profilage criminel et de la tuerie du collège Dawson, survenue à Montréal en 2006. Kimveer Gill, le meurtrier, avait alors laissé plusieurs indices de sa radicalisation en ligne, permettant de définir son profil criminel. Cet événement tragique avait secoué le Québec entier et ébranlé plusieurs membres d’une contre-culture Internet, celle de Vampire Freaks. Un After show enregistré avec Guillaume Louis, avec une discussion autour du cas de Guy Croteau, tueur et violeur en série, est aussi disponible aux abonnés au forfait “Oui Monsieur !!” sur Patreon: www.patreon.com/distorsion

Épisode
Spécial - Profilage criminel et tueurs de masse avec Guillaume Louis
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Sébastien Évec, comment ça va aujourd'hui?
Ça va bien et toi, Emile Gauthier?
Ça va très bien aussi parce qu'on a un épisode spécial aujourd'hui.
Dans le cadre de notre partenariat avec l'Université de Montréal, vous savez,
on est partenaire avec eux, notamment en ce qui a trait aux certificats en enquête
et renseignement de la Faculté de l'Éducation Permanente et on a eu la chance de rencontrer
Guillaume Louis, en fait, qui est le responsable de ce programme-là, de ce
certificat-là et lui, c'est un spécialiste en profilage et aussi en criminel en série.
Oui, exactement. Parce qu'il y a une chose que j'ai appris avec lui, c'est que les
crimes en série, ce n'est pas juste des tueurs, c'est des gens qui peuvent,
des pyromanes qui mettent des incendies, des voleurs, toutes sortes de personnes qui
répètent des crimes à répétition. Ça, on dirait que dans ma tête, quelqu'un qui
est spécialisé pour les crimes en série, c'était juste les tueurs. On dirait que là-dessus,
ils m'ont ouvert une nouvelle porte de type de crime.
Un autre sujet qui l'intéresse beaucoup, lui, c'est les tueurs de masse. Et au Québec,
on a eu la tuerie du collège Dawson qui avait fait énormément parler, qui avait
choqué énormément en 2006. En fait, le 13 septembre 2006, c'est là où Kim Virgil
est entré au collège Dawson, armé comme un commando et s'est mis à tirer sur des gens.
Il a fait une victime et 19 blessés. C'est un des cas, un des premiers cas de tuerie de
sur les réseaux sociaux et sur le web. Evidemment, lui, consultait un site web où il s'est
un peu radicalisé en ligne progressivement. En discutant avec Guillaume, on s'est dit
que ça serait intéressant de faire un cas là-dessus, étant donné que ça touche
au sujet de distorsion, mais aussi à sa spécialité, le crime en série, le profilage
et tout ça. Donc, on va discuter dans un premier temps avec lui de qu'est-ce
qu'il fait à l'Université de Montréal en lien avec le certificat d'enquête
et renseignement, parce que je suis convaincu que ça va vous intéresser. Mais on
va parler de profilage aussi, comment lui collabore avec les forces de l'ordre pour
tenter de trouver le profil des criminels. Et puis, on va faire justement, en deuxième
partie, on va analyser le cas de Kim Virgil et de la tuerie de Dawson. Donc, ça
risque d'être très intéressant. On a aussi enregistré un segment pour nos abonnés
Oui Monsieur sur Patreon. Donc, ceux qui paient le forfait de 7 $ vont avoir
un segment exclusif avec Guillaume où là, on va vraiment parler de crime en
série un peu plus profondément avec l'exemple de Guy Croteau, donc l'homme au
divisage, un meurtrier, mais aussi violeur en série québécois. Et on va
tenter de voir avec l'expertise de Guillaume comment ils ont profilé ce
criminel-là. Donc, ça risque d'être très intéressant. Ce segment-là va
être en exclusivité pour nos abonnés Oui Monsieur sur Patreon.
Oui. Et puis, en plus de ça, si après avoir écouté l'épisode, vous
voulez voir plus de Guillaume Louis, sachez qu'il y a un épisode, une
série en fait, qui est spécialisé sur les tueurs en série, qui s'appelle Sur
les traces d'un tueur en série, qui est diffusé au Québec à Canal D et sur
Crave, le service Crave. Il y a quelques épisodes déjà diffusés, c'est
excellent. Justement, il suit le cas de Guy Croteau, mais de
d'autres cas de tueurs en série ou du moins de crimes en série qui
n'ont pas encore été, qui n'ont pas trouvé de coupables. Donc, c'est une
excellente émission que Guillaume participe aussi. Exactement.
Sinon, on n'a pas le choix de vous dire un petit mot en fait sur ce
que vous faites en enquête et renseignement parce que nous, ça nous donne toujours envie de retourner à l'école
quand on en parle. Si ça vous intéresse, les admissions sont en cours à
l'Université de Montréal. C'est un cours de premier cycle de 30 crédits.
C'est pour les gens de tous horizons qui sont intéressés au travail
d'enquêteurs, que ce soit dans des milieux professionnels ou criminels. Au
terme du programme, vous serez apte à mener une enquête de A à Z. Donc,
c'est excellent pour compléter une formation existante, par exemple un
baccalauréat par cumul ou encore réorienter sa carrière. Donc, on peut
faire un bac par cumul, entre autres, avec ce certificat-là, mais on peut aussi
faire un certificat en criminologie par exemple ou autre. Donc, c'est très
intéressant. Les admissions sont en cours. Si ça vous intéresse, aux
étudiants de partout en passant, que vous soyez européens ou canadiens,
vous vous rendez au fep.umoréal.ca. FEP, c'est pour la Faculté
d'Éducation Permanente. Donc, fep.umoréal.ca. La FEP, exactement.
Et je crois qu'on a une bière de la semaine en plus aujourd'hui, Seb,
une très bonne même. Absolument, parce qu'il fallait accompagner cet épisode
spécial avec une bonne bière. C'est la New England IPA de la
microbrasserie Le Castor, qu'on aime beaucoup à distorsion. C'est une
excellente bière, 6,3 % d'alcool. Honnêtement, c'est, depuis la
boréale nord-est, c'est un de mes nouveaux coups de cœur pour ce style
de bière-là. Elle possède des oublons mosaïques Eldorado et Citra.
Elle a une belle couleur trouble, puis elle est excellente. Elle goûte le
bon jus oublonné. Elle goûte les agrumes. Elle est vraiment fantastique,
honnêtement. Donc, c'est la New England IPA du Castor.
On a aussi des remerciements pour des nouveaux membres Patreon.
Si on est prêt à se lancer là-dedans, allons-y, mon cher Seb,
je te laisse commencer. Merci, Jean-Christophe, de ton support.
On veut aussi donner un gros shout-out à Caroline Day. Merci à toi.
Mathieu Day aussi.
Ja Saint, merci de ton support. Grâce à toi, distorsion n'en serait pas là.
Merci, Marie-Pierre.
Josiane, avec un Y, j'imagine que tu sais qui tu es. Shout-out à toi.
Et on remercie aussi Stéphanie, qui, grâce à toi, on est meilleurs.
Merci aussi à Hélène G. Respect à toi.
On remercie aussi Romain, qui nous encourage sur Patreon.
Et pour finir, Marc, merci à toi. Marc, un gros shout-out pour ton encouragement.
Oh yeah!
Là-dessus, est-ce qu'on est prêt à aller rejoindre Guillaume Louis
pour ce spécial profilage et tueur de masse?
Oui, monsieur!
C'est parti, Marc. Oh yeah!
Voici donc, en présence de Guillaume Louis.
Comment ça va, Guillaume? C'est un plaisir de t'avoir parmi nous ce soir.
Merci, messieurs. Ça va fort bien.
Et je vous remercie de l'occasion que vous me donnez de venir
dans le cadre de votre podcast. Vraiment très apprécié.
Merci à toi de venir partager ton expertise.
Je suis convaincu que les distordus vont adorer t'entendre.
Autant qu'Emile et moi, on a adoré t'entendre
lorsqu'on discutait un peu de l'épisode d'aujourd'hui pour préparer tout ça.
Moi, je buvais tes paroles. Je trouvais ça vraiment passionnant.
Oui, ça risque d'être un épisode assez intéressant.
Mais tout d'abord, Guillaume, j'aimerais que tu nous parles
un peu, peut-être, rapidement de ton parcours.
C'est parti de où, ton intérêt vers les enquêtes,
mais aussi le profilage et les criminels en série?
En fait, c'est parti assez tôt dans ma carrière estudiantine.
Je me trouvais à faire des études de droit à Poitiers, en France.
Puis, je dois avouer que j'étais probablement un très piètre juriste.
C'était une dimension qui m'intéressait,
était le droit criminel.
Mais dans le cadre de toutes les études qu'on était amené à effectuer,
le droit criminel était seulement une petite pointe de la pizza qu'on me servait.
Et finalement, j'ai essayé de trouver quelque chose
qui me permette de me raccrocher à un intérêt universitaire.
Je me suis aperçu que la même université, la même faculté de droit
offrait un diplôme universitaire en sciences criminelles et en droit pénal.
Je me suis inscrit, alors que j'étais en deuxième année de droit,
à ce diplôme-là et ça a été toute une découverte.
Découverte de plein de matières vraiment intéressantes.
Certaines de polices scientifiques, de criminélistiques,
d'autres qui visaient plus une approche de personnalité criminelle,
puis un cours de criminologie.
À partir de ce moment-là, l'intérêt a été vraiment, vraiment fixé.
Je me suis mis à dévorer toute la littérature qu'il pouvait porter sur,
et qui était accessible pour un petit étudiant français
à la bibliothèque de la faculté de droit.
Et à ce moment-là, vu que cet intérêt ne cessait de grossir,
je suis allé voir le doyen de ma faculté pour lui dire que les études de droit,
ce n'était pas nécessairement quelque chose
vers lequel je me destinais en termes professionnels.
Et je lui ai demandé d'essayer de me trouver,
de me placer dans des univers professionnels de travail.
Et il a accepté.
Donc, il a échangé les cours obligatoires contre des formations.
Il m'a envoyé sur une période de trois ans,
visiter des milieux de pratique connexes au crime, à la criminologie.
J'ai travaillé d'abord dans l'aide aux victimes,
puis après avoir relativement fait le tour des apprentissages que je pouvais faire,
je suis retourné le voir, puis là, il m'a dit,
je vais t'adjoindre à une enquêteure de personnalité.
Puis l'enquête de personnalité, c'est une forme de profilage
où on va reconstituer la trajectoire de vie d'un individu arrêté
qui est dans le cadre de son procès en attente de sentence
pour remonter de sa naissance jusqu'à l'acte qui lui est reproché
pour essayer de dérouler le fil d'Ariane
et comprendre finalement ce qui l'a poussé vers son agir criminel.
Ça, c'était une de tes premières approches vers le monde des enquêtes,
d'une certaine manière, ce travail-là.
Exact, et j'ai suivi cet enquêteur pendant pratiquement deux ans.
D'abord comme stagiaire, puis par la suite comme enquêteur de personnalité.
Puis à la base, est-ce que tu avais de l'intérêt pour les documentaires policiers, par exemple,
ou l'histoire des tueurs en série plus jeune?
Est-ce que tu avais cet intérêt-là, cette fibre-là en toi?
Oui, évidemment. En fait, c'est un intérêt que j'ai perdu par la suite,
que j'ai perdu à travailler au quotidien sur cet objet qui est le crime.
Mais lorsqu'effectivement, c'était un intérêt,
c'était une passion à laquelle j'avais envie de me projeter.
Oui, je dévorais les polars et aussi effectivement toute ce qui est littérature sur les tueurs sérielles.
Puis qu'est-ce qui t'a amené au Québec?
Je suis curieux d'en savoir plus là-dessus.
Maintenant, tu es responsable du certificat d'enquête et renseignement de la Faculté d'éducation permanente de l'Université de Montréal.
Qu'est-ce qui t'a amené jusque-là dans ton parcours?
Une rencontre.
Alors que j'effectuais toujours ces mêmes études de droit très rébarbatives,
un professeur de l'École de criminologie de Montréal, un professeur émérite qui s'appelle Maurice Cusson,
est venu donner une conférence, une présentation, une communication qui a duré à peu près deux heures dans ma faculté.
Et puis ça a été deux heures de plaisir intense à l'écouter,
puis surtout de voir qu'il y avait une issue possible.
À la fin de la conférence, je me suis précipité dans la ligne des personnes qui étaient là pour le questionner ou le remercier.
Puis je lui ai demandé vraiment cash, qu'est-ce que ça prend pour venir chez vous?
Et donc il m'a dit termine tes études, termine ta maîtrise de droit,
essaye, puis c'est ce que je faisais à ce moment-là, d'engranger des expériences dans la discipline,
puis écoute, pose ta candidature, et éventuellement ça va fonctionner.
C'est ce que j'ai fait au terme de ma maîtrise, j'ai appliqué pour venir à l'École de criminologie de l'Université de Montréal,
puis j'ai eu la chance d'être admis.
J'ai recommencé une scolarité, mais cette fois dans la discipline qui mettait cher la criminologie.
Ma scolarité a été comme l'ensemble de ma scolarité avec un certain nombre de hauts, mais aussi pas mal de bas.
J'ai fait ma maîtrise et déposé mon mémoire, puis je suis allé très rapidement avec un passage accéléré au doctorat,
doctorat où j'ai effectué cinq années pour finalement suspendre le doctorat à la naissance de mon deuxième enfant,
puis par la suite finalement abandonner cette trajectoire-là.
Puis dans tes mots, où est-ce que ça peut mener les étudiants de faire le certificat d'enquête et renseignement?
Ce qu'il faut savoir, c'est que le monde de l'enquête est un monde qui est excessivement large et vaste,
et que finalement l'enquête policière, qui correspond au stéréotype de l'enquête,
et même ce que certains considèrent comme un prototype, n'en est véritablement plus un,
puisque la plupart, l'essentiel, probablement plus de 80% des enquêtes se font en dehors du monde policier.
Puis le programme du certificat d'enquête et renseignement a justement comme vocation de former tous ces enquêteurs
qui vont être à l'extérieur de la profession policière.
On parle ici de l'enquête administrative, de l'enquête privée, donc d'institutions qui sont publiques,
para-publiques, qui sont des grandes institutions bancaires ou, encore une fois, de grandes entreprises,
puis l'ensemble du secteur de la sécurité privée.
Parce que les gens qui veulent vraiment être enquêteurs de police doivent faire l'école de police, évidemment.
Effectivement. C'est la trajectoire réservée qui commande à celui qui aspire un jour à vouloir faire de l'enquête policière
d'aller faire sa technique, puis d'aller faire sa formation de base en patrouille gendarmerie à l'École nationale de police du Québec,
puis ensuite d'être sur le bitume, de patrouiller pendant un certain nombre d'années
avant que de pouvoir prétendre à devenir sergent de détective, puis enquêter.
L'enseignement va être axé sur cette dimension pratique via l'étude de cas.
Donc ce qu'ils ont à faire, ce qu'ils vont recevoir, ce sont des dossiers d'enquête,
des dossiers d'enquête que nous avons écrit ou fait écrire par des professionnels
qui sont inspirés à coller directement avec un véritable dossier, une véritable réalité d'enquête,
échangé évidemment pour les biens de la cause.
Et donc l'étudiant ici va devoir passer au travers d'un certain nombre de stratégies et techniques d'enquête
autour de cet environnement qui reflète l'environnement professionnel.
Donc on parle tout autant de la rigueur du processus de l'enquête,
et notamment dans la constitution de modèle d'enquête, de planification pour se projeter d'enquête,
que de stratégie d'enquête, quelle stratégie est opportune, à quel moment l'utiliser.
Également, évidemment, toutes les dimensions qui ont entré à la preuve, à la recherche de la preuve,
et solidifier le fait d'obtenir la preuve de manière légitime en fonction de son cadre juridique d'enquête.
Donc tout ce qui est mandat de perquisition, saisie, demande juridique et autres.
Également, ils vont passer au travers des techniques d'entrevue pour savoir réaliser,
comme il se doit, une bonne entrevue, ce qu'il s'agisse d'une entrevue d'une victime, d'un témoin, ou d'un suspect.
Bref, autour toujours de cette idée de travail d'équipe qui représente la réalité du terrain de l'enquêteur,
puis vraiment ancré très fort dans la pratique.
On t'a vu, Guillaume, en fin janvier dernier dans la série documentaire
sur les traces d'un tueur en série diffusé sur Crave et sur Canal D,
tu sembles vraiment avoir développé une expertise dans le domaine des crimes en série.
Tout à l'heure, on va avoir la chance d'analyser le cas de Kim Virgil et de la tuerie du Collège Dawson,
mais avant ça, j'aimerais un peu qu'on discute un peu de cette expertise-là que tu as autour des crimes en série,
puis aussi du profilage.
On vous a vu dans la série documentaire, justement, effectuer le profilage d'un possible tueur en série
qui aurait peut-être sévit sur le plateau Mont-Royal à la fin des années 70, à début des années 80.
Est-ce que tu pourrais nous parler un peu de cette expertise-là de crime en série,
juste avant qu'on saute dans le vif du sujet?
Avec plaisir.
En fait, tout simplement, je me suis accolé à une expertise déjà existante.
Ma méconnaissance et les recherches que j'ai réalisées sur les crimes sériels sont à côté
sur mon expérience de travail dans ces dernières années, qui était essentiellement tournée vers l'enseignement.
Une grosse partie de cet enseignement s'est faite à l'École nationale de police du Québec, à Nicolet,
où j'ai été formateur aux enquêtes dans le cours d'analyse criminologique sur l'enquête criminelle
pendant un peu plus de 11 ans.
Puis, pendant cette grosse décennie, j'ai eu à raison de beaucoup de formations par année.
J'ai eu l'occasion de cerner qu'une des problématiques majeures à laquelle étaient confrontés les corps policiers
en termes tant de ressources que de coûts de victimisation étaient ces crimes sériels.
On parle ici de criminels très prolifiques, ce qu'on appelle le noyau dur de la criminalité,
qui peut représenter jusqu'à 10% des criminels, mais qui va être responsable de jusqu'à 60% d'activités criminelles.
Nos criminels sériels comptent parmi, figurent parmi ce noyau dur de la criminalité.
Ils sont donc excessivement productifs, ce qui entraîne évidemment en termes de ressources,
de contingences économiques les corps policiers vers cette nécessité que de très rapidement court-circuiter les séries criminelles.
Quel rôle joue l'arrivée de l'ère numérique dans les techniques de profilage?
Parce que maintenant, il y a plein d'autres facteurs au niveau de l'empreinte comportementale
qu'on peut aller chercher au niveau de ce que, par exemple, les sites web que fréquente une personne
ou les réseaux sociaux ou ses comportements même sur Google et tout ça.
Comment justement la technologie et l'ère numérique a influencé le profilage de criminels en série?
D'abord, la technologie, puis je pense que tous les deux qui étaient des aficionados de ça,
vous allez très bien comprendre que la première chose qu'elle a affecté, c'est le renseignement.
La capacité d'accumuler du renseignement, puis la capacité de coupler des renseignements.
Puis là, tu parlais notamment de suivi d'un individu sur des plateformes numériques.
Ça, c'est d'une richesse absolument incroyable et qui nourrit le profil de savoir
qu'est-ce qui est consommé par l'individu dans sa vie secrète, lui et son ordinateur.
Et évidemment quelque chose qui est un outil extraordinaire par rapport à il y a juste quelques années même.
Sur d'autres techniques également, on a eu des avancées de manière évidente.
On parlait tout à l'heure de profilage géographique.
Il existe des logiciels qui effectuent ce profilage géographique.
J'en profite pour faire un lien vers l'histoire qu'on voulait analyser en fait,
parce qu'on parle de technologie, comment l'ère numérique a permis de faciliter le travail
au niveau de la recherche d'empreintes comportementales.
Quand on s'était rencontré pour la première fois, Guillaume, tu nous avais parlé du cas de Kim Virgil
et aussi de la tuerie de Dawson qui est survenue le 13 septembre 2006
où Kim Virgil s'est rendu au collège Dawson armé
et il a fait 1 mort et 19 blessés pour ensuite s'enlever la vie.
C'est une histoire qui a complètement choqué le Québec.
Tu nous décrivais cette histoire-là comme une des premières où les réseaux sociaux ont joué un grand rôle.
J'en profite pour nous lancer là-dedans. Est-ce que tu veux nous en parler un peu, Guillaume?
Oui, effectivement. Il y avait eu déjà un certain nombre de traces numériques
qui avaient été laissées par d'autres auteurs de fusillades scolaires.
Ce qu'il faut comprendre, c'est que c'est le point de départ ici.
Tu l'as dit, c'est ôter la vie.
Les fusillades scolaires, c'est avant d'être un passage à la criminelle, essentiellement, un suicide.
Un suicide qui va être teinté d'une certaine réalité qu'on aura peut-être l'occasion d'aborder tout à l'heure,
c'est-à-dire sortir de l'anonymat dans lequel baignent ces auteurs.
Effectivement, avant Kim Vigil, il existe tout un tas d'auteurs de fusillades scolaires qui ont laissé du matériel.
Une des différences notables avec le dossier de Kim Vigil, puis sa richesse,
c'est de pouvoir suivre Kim Vier au quotidien sur une période de temps très longue, mais avec une chronologie.
Ce que l'on observait avant, essentiellement, était qu'une fois la fusillade réalisée,
lorsque les enquêteurs débarquaient au domicile de l'auteur de la fusillade,
ils retrouvaient effectivement beaucoup de documentation,
ils saisissaient sur leurs ordinateurs énormément de matériel, de textes, de vidéos.
Comme c'était le cas des tueurs de Columbine.
Exactement, avec là une quantité d'informations surprenantes.
Mais dans le dossier de Kim Vigil, c'est vraiment que l'on peut le suivre pas à pas dans son quotidien,
puisque la première entrée que l'on peut retrouver de Kim Vigil sur un site sur lequel on va être amené à revenir,
l'Empire Freaks, c'est en décembre précédent.
Ce n'est pas tout à fait une année avant son passage à l'acte,
mais c'est dix mois finalement avant son passage à l'acte,
et c'est à raison d'un grand nombre d'entrées, de postes par jour, de photographies, de discussions.
On est là en mesure de reconstruire cette trajectoire sur dix mois.
Pour la recherche, pour la compréhension, d'avoir cette trame temporelle qui manquait finalement auparavant,
est essentielle pour comprendre quels ont été les différents éléments qui sont venus nourrir
la construction du personnage, puis finalement nourrir son passage à l'acte.
C'était quel type de jeune homme Kim Vigil ?
Un jeune homme très isolé, c'est quelque chose qui définit assez bien la réalité des auteurs, des fusillades scolaires.
C'est le portrait de jeunes qui ont énormément de difficultés à développer,
à maintenir des interactions sociales, normales, humaines.
Ils en vivent évidemment un profond isolement, puisque l'on peut lire dans le rapport du coroner
qui fait suite à cette fusillade-là, c'est que sa solitude dure depuis des mois,
pendant lesquels il a coupé tous ses liens sociaux, y compris ceux avec sa famille,
qui généralement sont les derniers qui vous retiennent à passer à l'acte.
C'est un degré de solitude qui est quasiment inimaginable.
Ce qui fait en sorte que ces jeunes ont une perception d'eux-mêmes comme étant des marginaux.
Ce n'est pas nécessairement les autres, même si ça va arriver à terme,
qui vont accoler cette étiquette de marginale, c'est le jeune qui lui-même se sent être différent.
Cette différence entraîne son retrait social, entraîne cette extrême solitude.
C'est ce qui explique leur omniprésence aujourd'hui qu'ils existent, sur les réseaux sociaux.
Ils y sont présents pas pour passer du temps, pas pour tuer le temps, mais pour exister.
Ils ont le reflet un peu de gens comme eux, donc l'esprit de communauté,
ces gens-là vont le rechercher aussi en ligne.
Je suis dans l'hypothèse, mais étant donné qu'ils n'ont pas de contact social, physique,
ça doit être plus facile pour des gens qui s'isolent ou qui ont de la difficulté
à avoir des rapports sociaux, de justement avoir ces rapports sociaux-là,
mais en ligne, ça les nourrit d'une certaine manière.
Ça les nourrit et ça nourrit quelque chose qui est essentiel pour l'être humain,
c'est le concept du nous, parce que ce nous est ce qui échappe à ces jeunes-là.
Là, en revanche, où ça devient problématique, c'est que bien souvent,
ce nous est façonné par l'identité numérique des personnes qui composent ce groupe-là,
parce que c'est le nous contre les autres.
Les autres sont à la fois une menace et la source de frustration.
Et généralement, c'est cet autre-là qui va être visé dans le passage à l'acte.
Une des premières motivations, c'est un type de passage à l'acte
qui peut être analysé comme une stricte vengeance.
Vengeance de quelqu'un qui est isolé et qui reproche aux autres
d'être responsable de cet isolement, d'être responsable de ce mal-être.
Puisqu'on voit bien ça justement dans le parcours de Kim Vigil,
et là encore, sa présence sur Vampire Freaks nous offre
cette richesse et cette fenêtre pour comprendre ce processus-là.
Ce que je disais tout à l'heure, ce sont des jeunes qui sont isolés,
qui sont incapables de développer des interactions,
mais qui sont omniprésents sur les réseaux sociaux.
Puis en 2002, il y avait eu une recherche fort intéressante
qui avait été réalisée par plusieurs chercheurs.
Le chercheur principal s'appelait Harding.
Sa recherche portait à regarder les modèles de hotness,
en français on pourrait traduire ça comme la désirabilité sociale
des jeunes. Ils avaient séquencé
parmi la population de jeunes adolescents,
jeunes adultes aux Etats-Unis, quels étaient les modèles
qui inspiraient à peu près tout un chacun de cette population-là
l'envie d'en faire partie. Donc c'est une véritable pyramide de hotness,
pyramide de désirabilité sociale. Et au terme de cette lecture-là,
on comprend qu'évidemment, ces jeunes se perçoivent
et puis sous le regard des autres par la suite, sont perçus comme étant
tout en bas de cette pyramide de désirabilité,
mais que tous essayent d'une manière ou d'une autre dans les mois qui précèdent
ou l'année qui précède si on prend la filière à Columbine,
de prendre un élévateur social, d'essayer de s'accoler
à un groupe qui soit en dehors de cette masse critique
qui est appelée dans l'étude les loners,
les solitaires puis les losers, les perdants,
mais cette tentative de s'élever va toujours être bloquée, bloquée justement
par les autres. Et c'est en fonction de qui sont les autres
que lorsque la vengeance va s'exprimer par le passage à l'acte,
par la fusillade, sont eux qui vont être les victimes,
qui vont être visés. Puis ce qu'on retrouve tout en haut de cette pyramide
ce sont les jocks, les sportifs, puis les preps,
jeunes fils et filles de bonne famille en moyens.
Parce qu'on retrouve une forme de langage, de nomenclature, un peu,
on a fait un épisode sur les incels, on retrouve un peu ce type de jargon-là,
les Chad, les Stacy, qui sont un peu les filles, les garçons
qui sont au top de la hapness de la chaîne alimentaire.
Exact, exact. Puis tu vois, avec justesse, ce que tu soulignes,
c'est que ce sont eux qui vont être visés.
D'ailleurs, si on regarde le déroulement encore une fois
des entrées de Kim McGill sur Vampire Freaks,
on a juste à aller un mois après qu'il arrive sur Vampire Freaks
que un de ces postes assez longs s'appelle
jocks and preps. Puis d'ores et déjà, ce qu'on voit, c'est que neuf mois
avant l'acte, neuf mois avant la fusillade,
sont clairement identifiés ceux contre lesquels il va tourner sa frustration
et sa rage. Puis on retrouve un article très similaire
la veille de son passage à l'acte.
Quel type de site c'est Vampire Freaks, en fait? Quel type de communauté
c'est? Parce qu'on se replonge, on est en 2005-2006,
on est dans les débuts des réseaux sociaux, il devait avoir MySpace,
mais pas encore Facebook et Twitter, tout ça.
Ça ressemblait à quoi la communauté de Vampire Freaks?
C'était un forum qui, au gré des mois,
comptait jusqu'à 2 millions d'adhérents.
Mais il y avait probablement un certain nombre de doublons dans les profils.
C'est une plateforme qui,
comme tu le soulignes, c'est un forum,
un espèce de site de rencontre, de chat en même temps,
qui offre à cette plateforme plusieurs avantages
dans la manière dont elle était structurée.
C'est-à-dire que c'est effectivement une place qui se vendait
comme rassemblant les populations underground
en termes musicales, en termes vestimentaires
de sous-cultures, finalement.
C'était une expression de ces contre-cultures
ou de ces sous-cultures, mais qui offrait
également la possibilité d'avoir un profil.
Un profil nourri d'entrées quotidiennes, des postes
qui s'inscrivaient sur le profil.
Puis Vampire Freaks a été plusieurs fois
confronté à des événements violents.
D'ailleurs, en quelques mois, deux fois, sur le territoire du Canada,
Vampire Freaks va ressortir comme un lien entre des sous-cultures underground
puis des faits de grande violence.
Parce qu'avant même la fusillade de Dawson,
où c'est le journal de Montréal, qui va tout de suite faire l'association
entre Vampire Freaks puis Kim Begill,
dans le mois ou les mois précédents,
son passage à l'acte, il y a eu en Alberta, je crois,
un autre dossier criminel où il y avait eu trois décès.
En fait, c'était une jeune mineure âgée de 12-13 ans
qui avait assassiné ses parents puis son petit frère de 8 ans
suite à la rencontre qu'elle avait faite avec un majeur
âgé de 23 ans de mémoire sur Vampire Freaks.
C'est au terme de leur échange, de ce qui était rapporté à l'époque,
que ce projet criminel a été nourri.
C'est une plateforme qui a été mise de l'avant
lorsque les médias ont fait une association entre
sous-cultures d'une part puis passage à l'acte.
Oui, les médias sont bons pour ça, ils font des corrélations assez rapides.
C'est drôle parce que selon les témoignages que je lisais,
c'est-à-dire supposément que Kim Virgil était quelqu'un de...
parce qu'il a lâché l'école un an avant ou quelque chose comme ça,
même sa famille et des amis du temps qui fréquentaient l'école
disaient que c'était quelqu'un de sociable, qui avait des bonnes notes,
qui s'intégrait quand même bien. On dirait qu'il y a eu une coupure
ou une cassure à quelque part. Je me pose la question,
est-ce que le fait d'aller sur des sites comme Vampire Freaks,
justement, ça devient des chambres à écho dont on a souvent jasé,
que ça radicalise d'une certaine manière. Oui, tu es peut-être un peu attiré
vers ça, mais je sens qu'il y a peut-être un événement qui a dû se produire.
Je ne suis pas sûr, Seb, parce que si on regarde
la chronologie de la présence de Kim Virgil sur Vampire Freaks,
une des entrées dont je te parlais tout à l'heure
est dès le mois de janvier. Un mois après son arrivée
sur Vampire Freaks et qu'il y aurait eu un processus de radicalisation, non.
Je pense que son arrivée sur Vampire Freaks coïncide, en revanche,
avec cet isolement qui commence.
La marginalité, ce n'est pas un état, c'est une trajectoire.
C'est quelque chose qui se produit à terme.
Et oui, effectivement, si on regarde
certains des échanges avec d'autres interlocuteurs
sur Vampire Freaks, on se nourrit
de commentaires qui sont toujours
quand tu réalises après, ce n'est plus des jokes,
mais qui probablement pour une partie de ces utilisateurs en étaient
où on se nourrit de ce concept-là.
Mais non, je pense que l'arrivée de Kim Virgil
puis sa démarche sur Vampire Freaks est pour compenser
le mal-être qu'il vit au quotidien.
Parce que oui, il a été décrit à un moment donné comme un individu social,
parce que l'on voit, c'est qu'au travers de ses expériences d'emploi,
l'armée va toujours quitter très rapidement pour ne pas être confronté avec l'autre.
Notamment, on a dit de lui dans certaines expertises
qu'il avait peur de l'autre. Il avait un trouble de personnalité paranoïaque.
Et Vampire Freaks est pour lui un refuge.
Et pour lui un refuge, je parlais tout à l'heure de cette fameuse pyramide de hotness,
puis j'y reviens, parce que pour moi, c'est une des raisons
probable qui me motive, Kim Virgil,
à être aussi actif sur Vampire Freaks,
n'arrivant pas dans les plateformes réelles
à s'élever au sein de cette pyramide
qui ne va pas en recréer une,
mais qui va aspirer sur une plateforme numérique,
virtuelle, à devenir quelqu'un.
Puisque l'on voit sur ces dix mois, c'est que très souvent,
son statut va être de commenter le nombre de likes
qu'il a reçus. 666.
Quelques jours plus tard, 777.
Et c'est une course à l'amour.
Et le profil qui va se créer de Fatality 666
sur Vampire Freaks, le profil de Kim Virgil,
c'est un profil pour se distinguer,
pour être quelqu'un, pour exister aux yeux des autres.
Ce que l'on voit dans ces échanges avec la communauté de Vampire Freaks, c'est qu'il va s'adresser
à un certain nombre d'inconnus avec comme seule question dans le message
qu'il leur envoie. Rate me.
J'évalue mon profil de 1 à 10, donc d'une échelle de
hotness. Puis il était parmi ceux qui scoraient,
j'ai son score ici, son rating,
c'est de son profil, c'est de 9.88
sur 10.
Oui, je comprends ton argument de dire que ces plateformes-là peuvent nourrir
et je ne peux pas te donner tort là-dessus. Effectivement,
ces échanges, ces bravades peuvent nourrir quelque chose, mais
je pense que sa raison, première, essentielle, d'être sur cette
plateforme, c'est d'exister. Oui, oui, c'est comme un peu
une version pré-Instagram ou pré-Facebook, de ce que je comprends,
de ça en fait, la culture du like ou de la recherche de l'amour par le web
était déjà présente même à une époque où ces gros réseaux sociaux-là
n'existaient même pas. Oui, tu as raison. Je suis curieux de savoir comment
s'est passé son processus entre, justement, lorsqu'il a rejoint
ce forum-là puis son passage à l'acte. Tu dis que c'est environ 10 mois.
Comment tu peux penser de fantasmer comme ça
au sein d'une sous-culture jusqu'à vraiment te rendre dans un collège
pour faire une fusillade? OK, si on s'en tient à la
recherche et à la littérature sur les fusillades scolaires,
comme en fait n'importe quelle problématique
humaine, c'est quelque chose de plus complexe qu'une relation
unidirectionnelle avec un seul facteur. Donc ce que l'on
considère souvent, c'est qu'il faut que cinq conditions, cinq facteurs
soient présents avant même que puisse se dérouler
un passage à l'acte criminel. Puis cette idée de sous-culture
et de sous-culture de violence ou de sous-culture dans laquelle on aurait des représentations
de la violence n'est qu'un seul de ces cinq facteurs.
À côté, inévitablement, c'est que pour que des représentations
de violence puissent entraîner une capacité d'identification
et que cette identification devienne le moteur du passage à l'acte,
ça prend notamment des troubles de personnalité
ou des abus de substance. Puis ici dans le dossier de
Kim Vigil, tu trouves les deux? Vous avez tous les deux lu
le dossier et le rapport du coroner. On voit ici
un étilisme qu'on peut qualifier de sévère
avec un grand nombre de consommations
au quotidien. D'ailleurs, ça se voit sur
ces statuts puis ces posts. Et t'inclus déjà, tu parlais
de précurseurs de Facebook, le mood.
Dans les moods, c'est souvent drunk, hyper drunk.
Ici, on a l'utilisation
de l'alcool. L'alcool est probablement utilisé
par Kim Vigil pour anesthésier sa souffrance,
son mal-être, sa douleur. Parce que de
se sentir exclu et de se sentir marginal, différent,
occasionne vraiment un déficit
identitaire, une souffrance importante.
Et je pense qu'ici, cette consommation est utilisée vraiment
pour apaiser, anesthésier pratiquement
cette douleur. Mais on le sait, ça peut être quelque chose qui va
précipiter, un passage à l'acte. D'ailleurs, c'est assez triste, mais
la dernière entrée, le dernier poste de Kim Vigil,
qui est à tout petit peu plus d'une heure avant
la fusillade à Doosan, c'est le whisky le matin.
C'est bon. Encore une fois,
si on regarde le rapport du pathologiste,
il avait une alcoolémie quand même assez importante.
L'autre chose qu'on remarque, non seulement il y a
cet abus de substance, mais il y a également de troubles de personnalité.
Ici, on voit que c'est un cycle dépressif assez sévère,
chronique aussi chez Kim Vigil.
Malgré tout, il y a des consultations.
Il était suivi, les médicaments n'ont pas
fonctionné. Le médecin
acceptait qu'il ne les prenne plus, mais
par la suite, le suivi s'est fait sur une base de moins en moins régulière, puis
complètement disparu. Encore une fois, ici, on a
cette longue période d'intenses solitudes,
de dépression, nourrie aussi
par la consommation qui précipite l'acte.
La sous-culture est quelque chose, une dimension qu'on ne peut pas
effacer et qu'on ne peut pas balayer du revers de la main. C'est évident
qu'il y a pour un passage à l'acte d'une telle nature d'autres éléments à
prendre en considération. Est-ce que tu peux nous parler de cette fameuse journée
du 13 septembre 2006? La première chose
qu'il faut retenir de cette journée de septembre,
c'est que dans ce triste événement, elle aura modifié
certaines pratiques. Puis ici,
ça a été salut, et à l'époque, rappelez-vous, l'intervention
policière a probablement permis de
sauver un nombre incalculable de vies parce que
alors même que Kim Véghiel a donc en tête d'aller faire sa fusillade
à Dawson, qu'il est surarmé, il a en sa possession
trois armes, l'arme avec laquelle il va rentrer, avec laquelle il a un
rattachement symbolique qui est une arme de précision, il a aussi un Glock,
une arme de poing. Parce qu'il a fait l'armée
en fait, Kim Véghiel. Oui, effectivement, mais juste quelques mois.
En revanche, il a une réelle fascination pour les armes à feu.
Puis la troisième arme qu'il a en sa possession, c'est un
fusil à pompe automatique, ce qui aurait été dévastateur
dans des couloirs d'école, beaucoup plus
finalement que l'arme de précision qu'il a
en sa possession. Sauf que ça en fait beaucoup de matériel parce qu'il faut aussi beaucoup
de munitions pour tout ça. Il a vraiment
beaucoup de poids sur les épaules lorsqu'il débarque et se stationne
pour aller à Dawson, tant et si bien qu'il prend un passant
et sous la menace de son arme à feu, lui donne un de ses sacs
qui contient beaucoup de munitions, puis qui contient
de mémoire également le fusil à pompe. Il a sur lui
son Glock, son arme de poing à la ceinture, puis
son arme de précision. Et donc il avance avec
ce passant qui porte le sac lorsqu'arrive
une auto patrouille du SPVM, mais une auto patrouille
qui n'est pas en réponse à l'appel, qui vient d'être logé sur
que quelqu'un a vu un homme armé qui s'en va vers Dawson.
Ce sont des patrouilleurs qui viennent faire une intervention sur les stupéfiants.
Puis pour faire dégager un petit peu et se stationner
le groupe d'étudiants qui est devant l'établissement d'enseignement,
ils envoient un petit coup
d'avertisseur sonore. Et donc tout de suite, ça plonge
Kim Weigel dans une séquence qu'il n'avait pas prévu.
Il n'a pas encore commencé son passage à l'acte,
qui se pense être déjà sous le coup d'une intervention policière, ce qui
à ce moment-là n'est pas strictement le cas. Il est déstabilisé un peu.
Il est très déstabilisé. Il perd le contrôle de sa trame
narrative à lui de son scénario. Et ça le fait agir,
ça le fait réagir. Et cette réaction, qui va être
de sortir son arme et malheureusement d'arroser à la ronde ces étudiants qui étaient
devant le collège d'Hausson, évidemment
avec cette auto-patrouille qui, à quelques dizaines de mètres,
entraîne une première réponse du SPVM
et donc l'implication de deux courageux policiers
qui vont tout de suite se mettre à sa poursuite.
Et donc, encore une fois, ce qui déstabilise Kim Weigel
au point où, perdant
ce contrôle de la situation, le témoin qui possède le sac
avec ses recharges en cartouche,
puis son arme, est en mesure de
garocher, de balancer le sac le plus loin possible qu'il peut être Kim Weigel,
puis de prendre la fuite. Fait que, déjà, là, il part avec
beaucoup moins d'avantage dans sa planification.
Est-ce qu'il est ivre à ce moment-là parce qu'il disait avoir bu du whisky le matin-même?
Deux mémoires et la pointe 76 encore
lorsque l'expertise va être faite sur
sa dépouille.
Plusieurs étudiants l'ont croisé en entrant dans le collège avec les armes,
puis à cette époque-là, on n'était pas encore très familier avec les tueries
dans les écoles. Les gens pensaient que c'était une blague.
Aujourd'hui, jamais on ne croirait ça. Tu vois quelqu'un qui rentre,
ça m'a un peu fasciné qu'en 15 ans,
environ, il y ait tellement eu de tueries
que ça n'arriverait plus, pas que les tueries n'arriveraient plus, mais que jamais on prendrait
ça pour une blague si on voyait quelqu'un arriver avec des ans.
C'est sûr qu'on a été nourris par un... C'est un dur apprentissage
qui s'est fait dans la dernière décennie.
Il faut quand même noter que la fusillade au collège d'Ausson est la dernière
qu'on ait connue sur le territoire du Québec. C'est encore une fois
quelque chose à saluer, autant en termes de prévention des différents
professionnels qui interviennent sur ce type de
problématiques, soit de traiter la menace, si certaines menaces
sont identifiées, ou au contraire vraiment de faire de la prévention au quotidien.
Mais oui, je te l'accorde probablement qu'aujourd'hui, les réactions auraient été différentes.
Mais il a tout de même réussi à rentrer dans le collège.
Il réussit à pénétrer
à grands pas, on va dire, dans le collège.
On a trouvé un plan des lieux en sa possession.
Et il va aller
se placer dans une voie qui ne lui permet
plus par la suite de circuler. Donc il lui permet en revanche d'être
une certaine sécurité face à l'intervention policière, puisqu'elle n'a qu'une
issue qu'il va couvrir avec une arme de précision, rappelons-le maintenant,
qui a cette fois évidemment pour lui une certaine utilité.
Et il va se servir de plusieurs étudiants comme de boucliers.
À ce moment-là, est-ce que c'est la panique dans l'école?
Ou il y a encore plein de gens qui se demandent un peu ce qui se passe?
Ou les gens font leur vie?
La panique s'est clairement installée.
Déjà, un certain nombre de coups de feu ont été tirés
de victimes, déjà qui sont sévèrement
blessés au sol. Puis c'est là qu'il va
commettre le meurtre
d'Anastasia. Anastasia Dessousa, une jeune fille,
jeune collégienne de Dawson. Elle lui a servi de bouclier,
en fait. C'est ça qui est triste de ce que je lisais, c'est qu'il s'est servi d'elle
lorsque les policiers lui tiraient dessus, il l'a pris et s'est protégé
avec elle. Puis elle a eu neuf balles, principalement
dans l'estomac. Donc c'était assez fatal pour elle.
Ce qu'on voit, c'est surtout que c'est la partie
clairement dramatique
de cet épisode qui s'est acharné dessus. C'est qu'après
l'avoir attendu déjà, il a questionné
un autre étudiant à savoir quel était l'état de santé d'Anastasia, puis l'étudiant
n'ayant pas été capable de lui répondre qu'elle était décédée, lui répondant
qu'elle était évidemment pas forte. C'est là qu'il va lui dire
maintenant elle l'est après lui avoir tiré, je pense,
cinq ou six balles. Ah oui, mon Dieu, c'est pas seulement les balles des policiers.
Je croyais que... OK, mon Dieu. Parce qu'il a blessé dix-neuf autres personnes
quand même, puis plusieurs dans des états critiques. Oui, très sévères.
Il y a même quelqu'un qui a encore une balle. Je disais qu'il y a encore une balle coincée dans la tête
depuis cet événement-là, qui se bat justement pour faire
réglementer les armes automatiques, qui sont toujours légales encore
au Canada. Exact. Donc les policiers débarquent
finalement et lui, il est au sol, il s'est donné la mort avec
je présume son Glock qui... Oui. Il va y avoir une
toute petite fenêtre de tir lorsque Kim Vigil va décider
de faire un déplacement stratégique pour
probablement fuir ce corridor où il est bloqué
de toute façon. Et
le policier qui va avoir cette fenêtre
ne voit même pas Kim Vigil. Il peut juste en déterminer
la présence par les bruits, les détonations, puis
par l'étudiant qui va lui servir de bouclier.
Donc en voyant le déplacement de cet étudiant,
il va calculer quand est-ce qu'il va avoir Kim Vigil dans sa
ligne de mire, dont il voit d'abord les bottes, puis
finalement l'autre du corps, et va se mettre en position,
faire feu et l'atteindre aux bras.
Puis c'est à ce moment-là que Kim Vigil, effectivement,
va retourner son arme contre lui. C'est toute
cette événement-là. Je serais curieux de voir, Guillaume, quelles ont été
les conséquences au niveau de, par exemple,
la communauté de Vampire Freaks et la communauté en ligne? Est-ce que Kim
Vigil a été accueilli un peu en héros, comme un peu les
deux tueurs de Columbine sont encore morbidement
vénérés de nos jours? Est-ce que ce fut le cas un peu de
Kim Vigil, étant donné qu'il projetait cette image-là un peu,
il recherchait l'attention, il recherchait l'amour? Est-ce qu'il y a une communauté qui le vénère quelque part?
Écoute, les réactions ont été drastiques
et aux antipodes les unes des autres, il y a eu
cette clientèle qui, semble-t-il, fait une certaine
vénération de ce qu'ils considèrent être un sacrifice
dès lors. Encore, rappelle-toi tout à l'heure, de le nous
dont on discutait avec des copies de sites
qui vont être faits des saluts, des hommages, qui vont être rendus par
certains membres de la communauté qui vont évidemment tout de suite
être placés sous une haute vigilance
par les corps policiers. Mais de manière générale,
je te dirais que ça a été plutôt un rejet assez important
de cette communauté face à un acte qui ne la représente
pas du tout. À commencer, rappelez-vous, je ne sais pas si vous vous souvenez,
sa dernière entrée qui parlait donc de la consommation,
il y avait la pièce sonore qui jouait,
et Megadeth s'est dissociée d'une manière
d'ailleurs très peu, que j'ai trouvé très très peu habile du passage à l'acte,
un peu trop gros justement, mais ça a entraîné
des réactions viscérales parce qu'évidemment, c'est la communauté qui par la suite
était visée. Le raccourci dont on parlait tout à l'heure, médiatique, entre
une sous-culture underground puis un passage à l'acte, implique par la suite
des conséquences pour la somme de ce qui est gravité dans la sous-culture.
Et l'essentiel, évidemment,
de ce qui compose cette sous-culture, un rejet à toute cette idée
de violence d'ailleurs qu'on s'entend, et puis ça c'est
soutenu par un grand nombre d'études, cette communauté qui serait la communauté
Metal, Metal Aids, est justement généralement très très
en retrait du principe d'agressivité et de violence. Il y a eu des réactions
épidermiques là, c'est clair, des deux bords
mais très très largement plus de personnes qui ont décrit
le passage à l'acte de KMV1. Tant mieux, tant mieux parce que même MTV avait
retiré le videoclip à tout le monde, la chanson de Megadeth, parce que
supposément que ça prônait le suicide, mais c'était une drôle de
corrélation quand même. Quand c'est pas ça, c'est Marilyn Manson
ou autrement c'est les jeux vidéo.
Marilyn Manson, rappelle-toi, c'est le lien qui a été fait en 99
après la fusillade de Columbine, les deux liens qui ont été faits, c'est Marilyn Manson
qui a solidifié le lien entre communauté, entre guillemets
je verbalise mes guillemets gothiques, puis
le passage à l'acte, puis l'autre c'est cette idée de
trench coat mafia, que l'on voit revenir également dans l'histoire de
Empire Freaks, trench coat mafia qui, somme toute, a jamais été
une réalité quelconque, quelque part.
Parce que l'imagerie est forte dans ces histoires-là, nous on a couvert le cas dans notre saison 5
de Lindsay Souvanarat et la tuerie d'Alifax qui n'a jamais eu lieu,
puis c'était un peu un processus, on dirait, de radicalisation
similaire, puis même chose pour eux, ils voyaient ça presque comme un film,
donc la journée où ils allaient arriver au centre d'achat avec leur
vêtement soigneusement choisi pour l'occasion, je vais porter un
t-shirt avec tel logo, je vais avoir mes cheveux de telle couleur,
même dans leur cas, à eux, ils avaient même engagé un de leurs amis
pour filmer tout ça, parce qu'ils voyaient ça un peu comme un film,
donc l'imagerie, parfois, ça porte à croire
qu'ils font tout ça pour l'image,
et pour la réputation en ligne.
Je pense que tu as quelque chose de juste là-dedans, puis ça a été
souligné à plusieurs reprises, qui semble
fédérer plusieurs des dossiers de fusillades scolaires,
c'est un déficit d'image face à la masculinité,
et donc à ce moment-là, effectivement, le passage d'adac devient un symbole,
une expression même de virilité, puis les modèles d'identification dont
je vous parlais tout à l'heure, qui vont constituer le personnage
dans le cadre du passage à l'acte, reflète tout
cette idée de masculinité, de pouvoir, de domination,
et l'habillement en fait partie,
et fait partie de ces symboles.
Est-ce que Kim Vergil avait une cible en tête, quand il était parti faire son acte?
Est-ce que, par exemple, c'était les femmes, comme c'était le cas de Mark Lepine,
est-ce que c'était plus précis que ça, ou au contraire, lui, il voulait juste
tirer un peu à gauche et à droite?
Si on regarde la typologie des auteurs de Thuridmas, à l'intérieur de laquelle
se trouvent les auteurs de fusillades scolaires,
il y a quatre grands types d'auteurs de Thuridmas,
et de ces quatre grands types, les auteurs des fusillades de masse ont ça en commun,
qu'ils ont tous des cibles pré-identifiées, à la différence des autres.
Mais lorsqu'on parle de cibles qui sont pré-identifiées,
il faut voir ici non des cibles individuelles.
Pour se qualifier et être qualifié d'auteurs de Thuridmas en milieu scolaire,
ce n'est pas l'individu qui vient tuer une personne spécifique,
puis qui, dans le cas de ce passage-là, va avoir d'autres victimes.
On parle, oui, de cibles véridiques,
mais ce sont des cibles qui sont, là encore, symboliques.
Des individus qui représentent un groupe,
qui représentent encore une fois cette idée d'autres dont on parlait tout à l'heure.
Si on revient en arrière, puis qu'on regarde la présence,
encore une fois, de Kim Vigel sur Vampire Freaks, puis ce texte dont je vous parlais,
de janvier, et qui revient à plusieurs occasions dans ces mois,
et qui reviennent la veille de son passage à l'acte,
orientent sur ces deux parties, ces deux groupes de jeunes
qui reviennent si souvent dans les fusillades scolaires, jocks sportifs.
Rappelez-vous Columbine ?
C'est la même chose.
C'est la phrase avant de tirer d'Erik Ediland, c'est jocks get up, les sportifs debout.
Dans les différents titres de ses posts, c'est jocks and preps.
Si on regarde, effectivement, ce qu'il faut comprendre,
c'est que ces catégories-là sont des catégories que l'on sait qu'on va retrouver
de toute façon dans n'importe quel établissement scolaire.
Et encore une fois, il va être question de symbole, c'est-à-dire,
quel symbole me renvoie cette image que tu fais partie de cette catégorie-là ?
Parce que ce qu'on voit ici avec Kim Vigel, c'est que c'est aussi,
et ce qui fait encore une fois sa spécificité à cette époque-là,
c'est qu'il n'a jamais étudié à dos, ça.
Oui, exact.
Ce qui faisait en sorte que dans les standards de l'époque
et dans la définition posée par le FBI à l'époque,
il n'était pas l'auteur d'une fusillade en milieu scolaire.
Parce qu'il n'avait pas fréquenté
et ne fréquentait pas l'établissement dans lequel il effectuait sa fusillade.
Non.
Mais peu importe, le quatrième point qui est l'existence de cibles symboliques
permet d'évacuer cette problématique,
parce que de toute façon, il sait que dans n'importe quelle institution,
il va retrouver ceux à qui il impute la responsabilité de son mal-être
puis de son rejet.
Si vous regardez parmi la somme, tu disais 19 tout à l'heure,
de victimes qu'a pu faire Kim Vigel,
la jeune Anastasia figure dans un terme de pyramide de hotness,
dans cette catégorie-là.
Ainsi, tu parlais du garçon qui a encore une balle dans la tête,
qui également pouvait être lu en termes de codes et de symboles par Kim Vigel
comme identifiable à ce qui représentait pour lui l'autre.
C'est incroyable.
Oui, c'est une histoire vraiment tragique.
Toi, Guillaume, peut-être avant de conclure,
tu t'es intéressé à cette histoire-là quand même en détail énormément.
Est-ce qu'il y a des choses qui t'ont sauté aux yeux lorsque tu as fait des recherches là-dessus?
En fait, je me suis intéressé à ce drame très rapidement
pour une raison très simple, c'est que l'actualité venait d'être marquée
par l'aphysiade Adelson.
À ce moment-là, j'enseignais déjà à l'Université de Montréal
puis j'ai eu une de mes collègues qui m'a dit,
écoute, elle donnait à ce moment-là un cours en psychocriminologie.
J'aimerais ça avoir un 3 heures, une conférence sur l'épusillade scolaire
puis sur celle qui s'est produite à Adelson.
Et pourquoi, en fait, elle m'a confié le mandat?
C'est que dans la vie, il y a ce qu'on appelle des faux positifs,
c'est-à-dire des individus ou des situations qui présentent tous les traits
de ce qui semble être défini comme l'individu ou la situation problématique
et qui finalement est une erreur parce que justement,
on parlait de profilage tout à l'heure, dans ton profilage,
tu as mis certains éléments qui ne sont pas opportuns.
Et en fait, la raison était simple, c'est que j'étais un insider,
j'étais un faux positif dans le sens où je faisais
et faisais toujours partie de cette sous-culture underground
qui est la sous-culture métal.
Et j'ai été porté naturellement,
puis là encore on parlait de réaction de la communauté,
j'ai été viscéralement accroché à ce dossier-là pour essayer de comprendre
puis pour essayer aussi de démystifier certains des liens qui avaient été effectués.
Puis pour les démystifier,
ce qui est absolument essentiel, c'est de comprendre et connaître les codes.
Et seul quelqu'un qui connaît cette sous-culture
est capable de comprendre ces symboles et ces codes.
Et donc, je me suis vraiment de manière très naturelle
à pencher sur cette dimension criminologique
qui était mon travail au quotidien,
mais avec ce caractère d'être vraiment à l'intérieur
de ce qui était la problématique qui était visée
et qui était associée au passage à l'acte.
Puis là on parle de la sous-culture métal,
mais on parle aussi de la sous-culture du gaming,
puis qui me définissent relativement bien dans mon quotidien,
l'un comme l'autre.
Je te dirais que ce qui m'a accroché vraiment à l'origine,
c'est le regard des autres qui changent sur moi au quotidien
et de vouloir en comprendre les motivations, la raison.
Puis en dehors de ça, évidemment,
l'approche criminologique qui était à l'intérieur même de mon quotidien.
Oui, tu sentais que ta sous-culture était peut-être attaquée,
en fait, d'une certaine façon.
Non seulement elle était attaquée, mais encore une fois,
pour moi, je vivais de manière plus dramatique que ça,
parce que c'est le regard de la société sur moi qui avait changé.
Je te dirais qu'avant la fusillade de Kim Vigil,
puis à ce moment-là, je dis souvent
que j'avais plus de métal sur moi que le Pont-Jacques Cartier.
Pourtant aujourd'hui, t'es assez soft en termes de métal.
Que veux-tu, c'est la quarantaine.
Mais on peut quand même le décider par le style.
Tu gardes tes racines.
C'est surtout le tournage de la série
qui m'a fait me mettre plus fréquemment en costume
qu'en bottes et de French Coke.
Mais avant cette fusillade,
je pouvais évoluer et marcher dans la rue
sans que les gens prêtent même une simple attention à moi.
Ma vieille voisine me complimentait
parce qu'elle trouvait que moi, j'étais propre.
Au moins, t'étais propre.
Mais à partir de ce jour-là,
quand tu rentrais dans le métro ou dans l'autobus,
que tu croisais des gens,
tu sentais chez eux la crainte, la peur.
C'est quelque chose qui venait me chercher
et que j'avais de la difficulté à comprendre.
C'était aussi une mission de sensibilisation
que de travailler là-dessus
puis de l'exporter à l'université
dans cette présentation,
que de le faire aussi à l'intérieur des murs
de l'école de police.
Parce que c'est devenu aussi
une séquence importante du cours
sur les phénomènes d'extrême violence de la jeunesse,
avec comme illustration le passage acte de Kim Beer.
Est-ce que selon toi,
il y aurait eu des façons d'éviter ce crime-là?
Ou est-ce que maintenant, avec du recul,
un peu plus de 13 ans plus tard,
il y aurait moyen de voir venir ces tragédies-là un peu plus?
C'est triste à dire, mais je n'en suis pas convaincu.
J'en suis pas convaincu.
Puis vous avez comme moi lu
le rapport du coroner de l'époque.
Maintenant, il date quand même raisonnablement.
Les choses n'ont pas tant changé.
C'est-à-dire que, un,
tu ne peux pas avoir une vigie aussi importante sur tout.
Quand on regarde le contenu et les photos
qui étaient rendues accessibles par Kim Beer
sur Empire Freaks,
que tu reconstruis cette trajectoire,
oui, effectivement, tu vois des signaux avant-coureurs.
Mais il faut comprendre
que des évaluations de la menace,
il en arrive quand même assez régulièrement aux corps policiers,
puisqu'ils doivent déterminer
le caractère de l'urgence de la réponse.
C'est difficile.
Et puis, la multiplication des plateformes
rend très difficile cette vigie sur Internet.
Surtout que la dernière publication,
qui a fait une heure avant,
il ne mentionnait pas cet acte-là, en fait.
En fait, ce que tu regardes,
non seulement celle-là,
mais toutes celles qui ont précédé dans la nuit.
Ça, il dévoilait rien, son plan.
Il y avait rien.
Il faut remonter un peu plus avant
pour voir des signaux de violence.
Mais non, effectivement,
quand tu regardes les 12 heures qui précèdent,
c'est très cajot.
Ça parle de tout et de rien.
Ça, c'est quelque chose qui est difficile.
On a d'autres cas, en revanche,
de fusillades scolaires
où les messages étaient adressés de manière plus claire.
Je me souviens notamment,
je ne sais pas si vous vous en rappelez,
mais de deux jeunes finois,
en Finlande, à un an,
séparés l'un de l'autre,
qui avaient fait deux fusillades.
Et eux, leurs avertissements
avaient été mis sur YouTube.
Puis le contenu des vidéos était très, très explicite,
ce qui est différent de Kimvee.
Au niveau ici de cette prévention sur les réseaux,
je pense que ça reste quelque chose de difficile.
Tu parlais tout à l'heure, Seb,
des contrôles des armes à feu.
C'est évident que ça reste être une dimension
qui est éminemment problématique.
D'ailleurs, dans mes cours,
je travaille souvent avec les étudiants en criminaux
sur le niveau de violence aux États-Unis.
Ce que je leur explique, c'est que,
contrairement à leur première idée de base,
qui est de dire que c'est la circulation des armes à feu
qui explique la violence aux États-Unis,
tristement, non.
Parce que si tu contrôles le mode opératoire
puis que tu retires les homicides par armes à feu,
tu as toujours autant de disproportion.
En revanche, ça n'aide pas.
Ça n'aide clairement pas.
Puis si on regarde les deux rapports qui ont été écrits par le FBI
sur les fusillades en milieu scolaire,
qui en ont suivi deux.
1999, Columbine, leur première étude.
Puis ensuite, c'est 2013, de mémoire,
celle qui suit la fusillade Sandy Hook, en 2012.
Puis qu'on retrace toutes les tueries de masse
puis les fusillades en milieu scolaire,
comme sous catégorie,
parce qu'on voit qu'il y a une nette progression.
Ce n'est pas une illusion d'optique.
Il y a une nette progression.
Mais cette progression, elle est surtout sensible à compter de 2006.
À compter de 2006, on a une augmentation du nombre,
de la récurrence des tueries de masse.
Mais l'autre variable qui est importante à considérer,
c'est le nombre de victimes.
Le nombre de victimes augmente.
C'est logique.
À mesure qu'augmente le nombre par mois ou par année
de tueries de masse, augmente le nombre de victimes.
Mais plus pertinent, ici, ce qu'on voit,
c'est que par événement, le nombre de victimes augmente.
Et la raison ici en est simple,
c'est l'utilisation de dérivés d'armes militaires.
C'est-à-dire ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
C'est-à-dire, regarde les dernières tueries aux États-Unis.
Elles impliquent à peu près tout le même modèle d'armes,
dérivés d'armes militaires, qui s'appelle l'AR,
qui est une arme qui est évidemment fort dévastatrice
et qui ne circulait pas dans ses proportions auparavant.
Ici, vraiment, il y a une réflexion sociale à faire,
évidente, c'est même assez triste
d'en être encore rendu à dire
qu'il y a une discussion évidente à faire là-dessus,
mais le contrôle, restreindre le contrôle.
Puis surtout, et ça aussi, on trouve dans la littérature
sur les fusillades scolaires et sur les tueries de masse,
lorsque tu as des problématiques de santé mentale,
des problématiques de troubles de personnalité,
des problématiques de dépression,
comme c'est ici ce qui avait été diagnostiqué pour Kim Veer,
cette capacité d'acheter trois armes
en l'espace d'un laps de temps
est excessivement court, quelques mois.
C'est quelque chose qui est très questionnable.
Parce que c'était tous légal, ces armes ?
Oui, toutes légites.
Certaines étaient réglementées, mais tout à fait légites.
Mais finalement, la dernière chose,
puis je pense qu'on avait commencé là-dessus,
la première chose que je vous ai dit,
c'est qu'avant d'être un acte criminel absolument dramatique,
c'est un suicide.
La meilleure manière de prévenir ce type de manifestation,
c'est d'être traité sous l'angle du suicide
et de la prévention au suicide
et non pas sous l'angle de l'acte criminel.
On aura bien beau, comme on le voit aujourd'hui,
de faire en sorte que dans les écoles,
il y ait des exercices à l'image des exercices d'incendie.
On a des exercices de confinement.
Un, ça déstabilise pas mal plus
la population des petits-enfants
à qui on fait vivre cet événement-là,
que ça va être d'une réelle utilité sur le terrain.
C'est vraiment sous cet angle de travail sur le suicide
qui est une réflexion à faire,
parce que, particulièrement chez nous,
quand même on sait une réalité assez triste à cet égard,
que l'on peut avoir le plus gros impact
sur ce qui va devenir par la suite un crime.
C'est une réflexion intéressante.
Guillaume-Louis, on te remercie énormément de ton temps
pour avoir participé à cet épisode de Distorsion.
Ça fut vraiment un très grand plaisir
que j'espère éventuellement voir ça reproduire.
Absolument, j'espère bien.
Les Distordus, si vous voulez discuter avec Guillaume
à longueur de journée,
on vous suggère de vous inscrire
aux certificats d'enquête et renseignement
de la Faculté d'éducation permanente
de l'Université de Montréal.
Vous pouvez le faire au fep.umontreal.ca.
FEP, c'est pour Faculté d'éducation permanente.
On vous rappelle aussi qu'on a enregistré
un segment spécial Crème en série avec Guillaume,
exclusif pour nos abonnés Oui Monsieur sur Patreon.
Et là, on va discuter plus spécifiquement
du cas de Guy Croteau,
un violeur en série meurtrier québécois
bien connu que Guillaume a eu la chance
d'investiguer un petit peu.
Ça, c'est pour nos abonnés Oui Monsieur
au Patreon.com slash Distorsion.
Encore merci, Guillaume.
Encore merci à tous les deux.
À bientôt.
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