Une histoire de persévérance et de détermination! Imaginez un instant : vos photos, supposées être protégées, apparaissent sur des forums en ligne, déclenchant une série d’événements qui bouleverseront votre vie pendant plus de 10 ans. C’est exactement ce qu’a vécu Madison Conradis en 2010. Lors d’une séance photo en lingerie avec le photographe Gregory Coleman, Madison est persuadée que les images resteront confidentielles grâce à un contrat formel. Ce qu’elle ignore à ce moment-là, c’est que cette journée marquera le début d’un cauchemar qui s’étendra sur une décennie et qui impliquera également sa sœur jumelle, Christine. Ensemble, les deux sœurs entament alors une enquête complexe afin de découvrir l’identité de la personne responsable de la fuite des photos et ainsi obtenir vengeance…

Épisode
#129 - La vengeance des jumelles Conradis
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Des histoires étranges de l'ère numérique.
Imaginez un instant, vos photos supposées à être protégées apparaissent sur des forums en ligne,
déclenchant une série d'événements qui bouleverseront votre vie pendant plus de 10 ans.
C'est exactement ce qu'a vécu Madison Conradis en 2010.
Lors d'une séance photo en lingerie avec le photographe Gregory Coleman,
Madison est persuadée que les images resteront confidentielles grâce à un contrat formel.
Ce qu'elle ignore à ce moment-là, c'est que cette journée marquera le début d'un cauchemar
qui s'étendra sur une décennie et qui impliquera également sa sœur jumelle, Christine.
Ensemble, les deux sœurs entament alors une enquête complexe afin de découvrir l'identité
de la personne responsable de la fuite des photos et ainsi obtenir vengeance.
Sébastien Lévesque, comment ça va aujourd'hui ?
Ça va bien, toi, Emile Gauthier.
Ça va super bien. On a une histoire quand même assez fascinante ce soir,
une histoire frustrante aussi. C'est toujours frustrant les histoires d'harcèlement,
de vols de données, de vols de photos.
Ça nous fait beaucoup se questionner sur les relations à distance qu'on a à l'ère du numérique,
à l'ère des applications de rencontre. C'est un combat, vous allez voir, c'est un épisode frustrant,
mais quand même qui donne beaucoup d'espoir parce qu'on voit que le travail des deux sœurs,
vous allez voir, je ne veux pas rien vous spoiler,
mais Madison Conradis qui a été harcelée par un utilisateur en ligne
sur à peu près toutes les plateformes, même au téléphone.
Incroyable.
C'est incroyable. Vous allez voir, ça va assez loin cette histoire-là.
C'est fascinant. Sauf que Madison et sa sœur Christine ont décidé de prendre les choses en main
puis de faire leur propre enquête. Vous allez voir qu'ils ont eu des très bons réflexes de distordu,
je dois le dire, les deux sœurs. Ils ont fait un travail même que les policiers n'ont pas pu faire.
Puis ils ont réussi à coincer et à obtenir d'une certaine façon vengeance contre leur harceleur.
Vous allez voir, c'est digne d'un film. Je suis surpris qu'il n'y ait pas eu encore de séries Netflix,
mais comme plusieurs épisodes de distorsion, j'imagine qu'il y en a.
Ça va venir.
Ça va venir.
C'est toujours après.
Une histoire vraiment troublante, vraiment frustrant contre ces harceleurs,
contre cette société, cette culture de prédateurs qui sévit un peu partout.
Mais en même temps, justement, on voit que c'est possible de s'en sortir.
Ça prend du temps parfois, mais il y a des outils qui permettent de les coincer même sans être un agent,
un agent de police ou un enquêteur.
Donc très intéressant. Et en after-show, on va parler, moi je vais vous parler,
d'une autre histoire canadienne qui a fait changer la loi au Canada en termes d'harcèlement.
L'histoire de Shana Nelson contre son stalker, un certain James Allen.
Et puis, on va parler justement des changements qu'il y a eu.
Et toi, Seb, tu vas nous parler aussi d'un changement dans la loi au Québec
qui a eu lieu, je crois, il y a environ une semaine au moment où on enregistre cet épisode.
Exactement, oui. Je trouve que le hasard est intéressant par rapport à ça,
parce qu'on voit qu'il y a une préoccupation des gens qui nous gouvernent aussi
pour améliorer les lois, pour recadrer ça parce que c'est un vrai enjeu.
Et puis, pas seulement pour les jeunes, mais pour les adultes aussi.
Il y a tellement d'histoires. Si vous faites le tour de votre entourage,
je suis convaincu que vous allez avoir des cas qui existent de revenge porn,
de sextortion et tout ça. C'est rendu extrêmement répandu.
Et donc, c'est encourageant de voir que les lois, au moins,
sont du côté des victimes de plus en plus.
Exactement. Puis qu'enfin, ces crimes-là sont pris au sérieux.
Mais là, vous allez me dire « about time », ça fait longtemps que ça existe,
le cyberencelement, depuis que les technologies existent.
Oui, exactement. Rappelons-nous juste à la même date,
qui n'est pas si loin que ça, dans la timeline 2010-2012 de mémoire.
Puis à ce moment-là, elle n'était même pas prise au sérieux.
Puis ça fait 10-15 ans. Donc, c'est une bonne chose que les choses changent.
Donc, restez avec nous, vous allez voir, c'est un épisode passionnant.
Vous allez voir, c'est fourré de cette histoire des sœurs qu'on radisse.
Au niveau de la bière, cette semaine, on ne l'a pas en main, Seb, malheureusement.
On doit la dénicher dans nos affaires de spectacles,
parce qu'on est un peu dans la saison des cabarets, des curiosités du web.
Et il y a une certaine Romane et son conjoint de Lyon
qui sont venus nous voir au Festipod, je crois, qui nous ont offert une bière.
Oui, qui était en vacances au Québec.
Ça a bien à donner qu'on offrait ce spectacle-là au même moment.
Donc, ils ont sauté sur l'occasion. Puis c'est un plaisir de vous rencontrer.
Merci encore pour la bière. Très apprécié.
Bien oui, ça fait chaud au cœur. C'est toujours cool de voir des auditeurs,
auditrices européens qui viennent nous voir en personne,
parce que ça fait longtemps qu'on n'est pas allé en Europe.
Donc, on est dû, on espère que ça va marcher.
On essaie d'organiser quelque chose, peut-être pour 2025,
d'aller faire quelques cabarets en Europe.
Et puis, bien, on aura peut-être la chance de trinquer ensemble
Romane et ton conjoint dont le nom nous échappe.
Mais shout-out à vous, ça nous a vraiment fait chaud au cœur de vous croiser.
On vous rappelle que pour les abonnés Patreon,
il y a un after-show qui vous attend après celui-ci.
Donc, on va parler justement du cas de Shannon Nelson
et de son harceleur James Allen, mais aussi de chiffres
en lien avec le cyber-harcèlement au Canada, au Québec,
des changements dans la législation.
Donc, restez à l'affût, chers membres Patreon.
Après le show, ça risque d'être disponible très bientôt.
Et sinon, Seb, je pense qu'on en a assez dit.
Est-ce qu'on est prêt à se plonger dans l'histoire passionnante de ce soir?
Oui, mais, Emile, est-ce que tu sais ce que c'est
Oh oui, parce que je me suis fait pirater tous mes comptes
et je sais ce que ça fait quand tes données peuvent être exposées en deux clics.
Eh bien, j'ai une solution pour toi.
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Oui, absolument. Donc, merci NordVPN.
Est-ce qu'on est prêt à se plonger dans l'histoire passionnante de ce soir?
Oui, Monsieur!
C'est parti!
Maintenant!
On revient au début des années 2010.
Seb, on a parlé tout à l'heure du cas de Amanda Todd brièvement en intro.
On est un peu dans les mêmes années, les années 2010.
Je pense que c'était une année charnière pour les cyber harceleurs.
On est dans les débuts des réseaux sociaux aussi.
À cette époque-là, on commence à mettre plus d'informations
sur nous-mêmes, sur les réseaux sociaux.
Parce qu'avant ça, avant les Facebook, Instagram et autres,
on mettait pas tant d'infos sur MySpace.
Certaines personnes en mettaient beaucoup sur Tumblr.
Oui, oui, oui.
Mais c'est vraiment, je trouve, autour de ces années-là
qu'on a commencé à montrer les images de notre famille
ou apprendre des selfies, des choses comme ça.
C'est l'anonymité.
L'anonymat.
L'anonymat, oui, l'anonymité, oui.
Qui a changé aussi parce que, je ne sais pas si tu te rappelles,
le web d'avant, les réseaux sociaux,
on utilisait beaucoup des surnoms, des usernames.
C'était rarement notre réelle identité.
Et avec les réseaux sociaux, ça l'a fait changer ce paradigme-là.
Surtout Facebook.
Oui, puis ils disaient, un, Facebook,
en interdisant les comptes avec des faux noms,
du moins en tentant d'interdire ça,
on dirait qu'ils ont ramené un peu ce paradigme-là,
qu'on doit s'identifier sous notre vrai nom.
Puis même qu'ils disaient que la vie privée n'existait plus
avec les réseaux sociaux.
C'est sûr que ça l'arrangeait lui, mais lui et Facebook et tout ça.
Mais je trouve que c'est là qu'il y a eu une genre de coulure
entre le vieil Internet ou ce qu'on fonctionnait
sous toutes sortes de noms.
Et puis on n'avait pas de plateforme tant que ça
pour s'exprimer, outre, comme tu dis,
les Tumblurs de ce monde,
ou d'autres plateformes de blogs.
Encore là, souvent, ça restait anonyme.
C'était pas pareil, c'était plus difficile après ça
de pouvoir repérer quelqu'un, savoir qui c'est,
puis d'enquêter, se monter un persona sur cette personne-là.
Oui, tout à fait.
Puis maintenant, on est en 2024,
on se voit moins partager des statuts trop personnels
sur Facebook, tu sais.
Bon, vous faites quoi à soir, par exemple?
Oui, c'est vrai.
Des espèces de posts comme ça.
À l'époque, je pense que c'était ça le triple
dans les années 2010.
Dans les débuts, c'était justement,
c'est comme si j'avais vraiment un espace privé,
privé public à moi sur Internet avec mes photos.
Ça devenait un peu un album de photos en ligne.
Tout était chronologique.
Donc, je pense que c'est vraiment Facebook
qui a changé ça.
Puis les gens commençaient à beaucoup partager
même trop d'informations.
Parce que là, tu pouvais mettre ta vraie adresse,
là où tu travailles avec l'adresse,
les membres de ta famille, lui, c'est mon cousin, tu sais.
Tu te rappelles-tu des check-in?
Ça, ça n'a pas duré longtemps.
Avec Foursquare, qui était linké,
mais maintenant, c'est tellement un problème de sécurité
parce que les gens se faisaient voler et tout ça.
Mais tu sais, dès que tu allais quelque part à la crémerie,
tu check-inais, tu allais au club vidéo.
Mon Dieu, ça trahit mon âge.
Il y en avait peut-être même plus dans ce temps-là,
mais t'allais dans un endroit
où tu check-inais, puis ça, ça n'a pas duré longtemps,
on dirait, parce qu'au début, on aimait ça le faire,
puis on dirait qu'après, on s'est rendu compte
que ça jouait contre nous.
Ça pouvait jouer contre nous aussi.
Moi, j'adorais, à l'époque, Foursquare,
parce que je pense que Facebook,
peut-être les ont achetés ou quelque chose comme ça.
Oui, je ne sais plus où ils ont voulu les acheter
parce qu'au début, c'était bien intégré,
mais oui, je ne sais plus, mais ça ne semble même pas exister.
Puis Facebook, on l'a en équivalent maintenant,
toutes les applications, tu peux un peu te check-iné
sur Instagram aussi.
Oui, tu peux mettre ta location.
Exact, mais oui, moi, j'adorais ça
parce que tu avais un système un peu de gamification,
tu sais, si tu étais quelqu'un qui allait souvent
dans les cafés, tu pouvais obtenir une badge.
Il y en a qui te donnaient des rabais
quand tu allais dans un commerce,
que tu faisais un check-in sur Foursquare,
tu avais un 15, un 20 % de rabais.
Donc, c'était trippant, mais à un moment donné,
c'est ça, ça n'avait plus de sens.
Il y a eu des cas d'harcèlement,
surtout avec les vedettes,
puis les gens connus.
Oui, c'est ça, c'est ça le problème.
Ça créait vraiment un enjeu de sécurité.
Oui, carrément.
Donc, on est dans ces années-là,
on est en 2010, au moment de l'essor
des technologies numériques, puis
aux nouvelles formes de communication
aux réseaux sociaux. Cependant,
cet avancé-là a également permis
l'émergence des cybercrimes
affectant profondément
la vie privée de nombreuses personnes.
Puis parmi les victimes de ce phénomène,
on retrouve Madison et Christine
Conradis, deux jeunes
sœurs jumelles,
deux jeunes adultes dont la vie
a été bouleversée par un cas
prolongé de cyberharcèlement,
même de Revenge Porn,
on en a parlé souvent à Distorsion.
Leur histoire, qui s'étend
sur plus de 10 ans,
elle a été marquée par la résilience,
la persévérance, puis aussi une
quête incessante de justice
et de vérité dans un monde numérique
qui est très permissif
où les règles sont floues un petit peu.
Donc on est en 2010,
on va parler un petit peu plus précisément
de Madison Conradis, puis je tiens
à faire un petit disclaimer, dans notre studio
aujourd'hui où on enregistre,
ils sont en train de changer les plaintes
de chauffage, donc il y a
des travaux, ça se peut que vous entendiez
des drills ou des coups de marteau,
donc on s'excuse en avance, on s'est dit
on va enregistrer quand même.
Mais oui, c'est ça, il y a du mouvement
autour de nous, puis il y a des
billes qui pendouillent dans notre studio.
On devrait pas se faire électrocuter,
ça devrait être correct.
À l'époque, Madison, elle est âgée
de 24 ans, puis c'est une étudiante
en marketing et communication
à l'Université de Floride, de
West Florida. Madison est
une belle blonde qui a tout l'avenir
devant elle. Elle est la fille
de Gil Conradis et de
Catherine Bell. Et elle aussi,
elle a
une sœur jumelle aussi,
Madison, Christine, comme on en a parlé.
Les deux sœurs sont
presque identiques, elles sont très
intelligentes, elles ont le succès scolaire,
ce sont des sportives, ce sont un peu
des All-American Girls,
si on veut, qu'on pourrait voir
dans une série avec des joueurs de
football et tout ça. Madison
est aussi une grande sportive,
et selon le site de l'Université de West
Florida, c'est une
grande joueuse de Balmol, elle
a contribué aussi à plusieurs reprises
au succès de son équipe de basketball
et joueuse de golf aussi,
qui semble avoir accumulé plusieurs trophées.
Puis, afin de
financer ses études, elle travaille
à temps partiel comme mannequin,
fait des petits shooting photos, en plus de commencer
tranquillement à travailler en marketing
dans son domaine. Toujours
dans le but d'amasser de l'argent
pour payer ses cours universitaires,
elle décide de participer à une séance
photo professionnelle avec
un photographe, un certain Gregory
Coleman. Il s'agit
d'une séance photo de style
boudoir, où Madison pose
en lingerie. Mais les photos
sont artistiques,
ça reste dans les limites de ce que
elle qualifie de sexy,
mais non pornographique,
et consciente de l'importance de protéger
son image, elle fait même signer
un contrat au photographe, stipulant
que ses photos ne peuvent pas être
publiées ou partagées sans son
consentement. Donc elle prend les choses
vraiment à cœur, puis
elle se back un peu
au niveau contractuel là-dessus,
en amont. Madison
sort de cette séance photo,
confiante que ses images resteront privées,
stockées en toute sécurité
sur une plateforme qui s'appelle
Zenfolio, un site de partage
de photos réputés pour sa sécurité
et utilisé par de nombreux photographes
professionnels. Mais en
2011, il y a eu une faille
de sécurité chez Zenfolio,
qui a été vraiment
dénoncée par les photographes
à l'époque. J'ai même
retracé un peu
leurs posts. À l'époque,
ils ont refait un genre
de publication, ils se faisaient
accuser un petit peu
par tout le monde, puis là,
ils ont fait une publication sur
Facebook à cette époque-là, en
disant que
tu sais, c'est un peu drôle,
ils disent non, non, il n'y a pas eu
de fuite de sécurité,
rien de ça, et on vous rappelle
que c'est important d'utiliser
un mot de passe complexe, puis de
le changer fréquemment et tout ça,
mais les commentaires sont en feu, c'est genre
non, non, non, il y a vraiment des gens qui sont
rentrés dans ma galerie,
mon mot de passe, c'est pas un, deux, trois,
bisou, bisou, là, c'est
autre chose, puis là, ils se font vraiment
ramasser dans les commentaires.
Donc, on dirait que
il y a eu véritablement une fuite
de données à cette époque-là, mais qui a
comme pas été vraiment,
qui a été un petit peu
mis sous le tapis
de la part de Zen Folio.
malheureusement, en 2011, à cause de cette
faille de sécurité-là, il y a un
individu qu'on va identifier
sous le pseudonyme de John Doade
pendant l'épisode, qui a réussi à s'introduire
dans des fichiers de Madison,
dans les fichiers du photographe en tête,
et de voler les photos.
Et à ce moment-là, bien, Madison,
elle se doute pas que cet incident
est sur le point de causer un véritable
cauchemar qui va durer
plusieurs années.
C'est seulement en 2014
que Madison commence à recevoir des
messages troublants sur son compte Facebook.
Des étrangers la contactent
pour lui parler de photos
explicites d'elle qu'elles ont vues en ligne.
Dans un premier temps, elle est assez
confuse, elle a jamais publié
de telles photos, elle a jamais
partagé ces images-là en dehors
de sa séance avec Gregory Coleman.
Elle est très inquiète,
elle fait des recherches et elle découvre
avec horreur que ces photos en lingerie
ont été publiées sur des forums
sans son consentement.
Parmi ceux, les forums
qu'on peut retrouver ces photos, il y avait
mo.moe.com
for-archive
qui est un site d'archives de
4chan. Oh, ça, ça veut dire que
ça s'est probablement retrouvé sur 4chan.
Ben oui, c'est fou.
Non seulement les photos volées sont exposées
publiquement, mais elles sont également
associées à son nom au complet
ainsi qu'à d'autres informations
personnelles, il y a comme du doxing un peu,
incluant son Facebook,
son numéro de téléphone.
Madison se rend rapidement en compte que
son intimité a été violée d'une manière
profonde et irréversible.
Elle ressent un mélange de honte,
de colère, de peur, on la comprend.
Le simple fait de savoir que des
inconnues regardent ces photos,
jugent son apparence et comment
de son corps est un choc qu'elle
n'était pas préparée à affronter.
De plus, elle ignore totalement
qui est derrière la fuite des photos.
À ses yeux, la partie
la plus effrayante, c'est que le responsable
pouvait ou non la connaître
et qu'il essayait de lui faire du mal
alors qu'elle n'avait aucune idée
de son identité.
Puis, ce qui commença comme une
simple violation de la vie privée se
transforme rapidement en une campagne de
harcèlement. Au départ,
le photographe Gregory Coleman est
bien sûr le premier qui est pointé du doigt
à passer ses photos et c'est juste lui
qui avait accès. Mais il maintient
le fait qu'il n'a jamais fuité des
photos de ses clients.
Ça ne serait pas à son avantage non plus.
Ça, j'en doute pas non plus.
Il a d'ailleurs signé un contrat, comme on vous disait,
qui l'engageait à ne pas distribuer
ses photos d'elle sans son consentement.
De plus, les infos qui circulent sur
elle vont bien au-delà
des photos partagées. On parle
d'infos privées sur sa vie
auxquelles le photographe n'a pas accès.
Donc, Gregory Coleman va
peu à peu être écarté des suspects.
Mais oui, les
photographes, pour revenir à ce que tu disais, Seb,
un photographe professionnel
n'a pas intérêt à causer du trouble
à ses modèles
parce qu'il va se faire barrer de l'industrie
assez rapidement. Donc,
moi non plus, je ne croyais pas tout à fait à la
thèse du photographe, à moins que le photographe soit
un douchebag, un amateur
qui n'a aucune
éthique. Non, exact.
Il y en a qui n'ont pas d'éthique. Oui, ça existe
aussi, mais en général, je pense que
pour leur bien-être professionnel,
ils ne font pas ça. Aussi,
une autre précision sur les dites photos,
Madison explique qu'elle n'a jamais
été entièrement nue lors de la séance
avec Coleman. Elle portait
toujours de la lingerie. C'est le photographe
qui utilisait des angles laissant croire
qu'elle était nue. Donc,
aux yeux des internautes, elle est
complètement nue lors de ces photos.
C'est donc plus facile de potentiellement
la faire chanter ou lui faire du tort.
Ben oui. En 2015,
l'individu derrière
la fuite connue sous le nom de John Doe
intensifie ses attaques
contre Madison.
Il commence à la harceler
directement, exigeant même
qu'elle lui envoie de nouvelles photos
encore plus explicites, sous peine
de diffuser les images existantes
à ses proches et à ses collègues.
Là, on tombe vraiment dans l'extorsion.
Il menace même Madison de contacter
son employeur si elle ne coopère pas.
Ces menaces de s'extorsion
la plongent dans un état de stress
constant. Rapidement,
elle a le réflexe de sauvegarder
tous les messages, les numéros de téléphone
ainsi que les noms d'utilisateurs
qui lui envoyaient des messages
au cas où tout ça aurait plus de
distance plus tard.
Oui, c'est très prévoyant de sa part.
Si jamais, je sais que vous avez
le réflexe, les distordu, mais si jamais
quelque chose du genre vous arrive,
ça prend des preuves, puis il faut les prendre
vite, parce qu'après ça, ils peuvent
toujours vous demander, oui, mais pourquoi t'as pas pris
le screenshot la journée même? Pourquoi t'as attendu
une semaine?
Encore une fois, on blâme les
victimes.
Mais on jase, Emile.
Est-ce que c'est encore tabou selon toi
pour un employeur qu'une employée
a déjà prise des photos sexies dans le passé?
Je pense que oui, c'est encore tabou,
mais c'est sûr que
moi,
personnellement, je trouve
qu'on s'en fout,
que quelqu'un ait pris
des photos chaudes de boudoir.
Ça arrive à tellement
de gens, dans le sens que
les femmes
peuvent faire ça pour le plaisir,
pour leur confiance,
pour l'aspect artistique
en soi. Je trouve ça triste
qu'il y en a qui se fassent
réprimandés pour ça au travail,
ou ostracisés, ou mis de
côté, ou même il y en a qui perdent leur emploi.
Pour moi, ça n'a pas de
sens d'avoir
encore ce tabou
à l'heure actuelle.
Que ce soit une honte, non, ça n'a pas rapport.
Souvent, peut-être même par des hommes
qui en regardent des photos comme ça,
donc on dirait que là-dessus, je suis comme…
Ah oui, bien là, c'est sûr.
Son harceleur ne se contente pas
de la menacée en privé.
Il partage ses informations personnelles,
y compris son numéro de téléphone,
sur des forums et incite d'autres
personnes à la contacter.
Madison commence alors à recevoir
des appels et des messages à tout
heure du jour et de la nuit. Ça devait être un calvaire.
Son téléphone vibre
sans cesse, perturbant son sommeil
et sa vie quotidienne.
Elle doit se réveiller au plein milieu de la nuit
afin d'éteindre son téléphone pour
espérer se réveiller à temps pour le travail.
Elle est constamment sur ses gardes,
craignant que chaque nouveau message
soit une autre menace ou une nouvelle
humiliation publique.
Pouvez-vous imaginer vous réveiller
avec une multitude, imagine, chaque matin,
tu te réveilles, tu as une multitude de publications
sur différents sites, avec tes photos
au nu de toi, puis des gens qui tentent
de t'appeler. Non, c'est
assez incroyable comment des gens peuvent
vouloir te faire du mal.
Oui, c'est comme s'ils avaient trouvé ça, puis
ils avaient foutu ça dans une tale de
justement d'incelle, puis de
misogène, puis là vont commencer à l'harceler
en groupe.
C'est tellement dégueulasse.
Je ne comprends pas ce mécanisme-là
des hommes principalement
de faire ça.
Il y a une frustration à quelque part
de vouloir ridiculiser
une femme comme ça.
Ah oui, puis
tu vois, on a même Seb
des screenshots là, traduit
on voit un peu le ton
de ces messages.
Je te suggère de me répondre
sinon ça s'éteint. Je te
donne 30 minutes, je suis sûr
que tu es occupé, puis là il lui envoie
des screenshots.
Il lui dit
je
voulais juste te dire merci
d'avoir partagé ce que tu as fait.
Tu es super sexy et belle
et je sais que j'ai semblé agressif
mais je suis juste un fan
et tu as fait ma journée en partageant ce que tu as fait.
J'aimerais pouvoir faire plus.
Donc tu sais, t'as des gens
qui lui écrit
plus tard et lui dit est-ce que ta sœur
sait que je l'ai aussi.
Donc là, le harceleur semble dire
qu'il y a des photos de sa sœur
Christine aussi, puis là il commence
à la menacer avec les photos de sa sœur.
Donc là,
c'est troublant. On sent que
la personne a beaucoup
de temps libre à consacrer
pour ce harcèlement.
Tu as raison, c'est vraiment ça.
Face à la situation, Madison
décide finalement de chercher
de l'aide. En 2016,
soit deux ans après les premiers messages,
elle entame une relation à
distance avec un homme
nommé Jeffrey Geiger.
Et puis, entre-temps,
elle n'ose pas trop en parler
à ses parents non plus, elle ne sait pas trop
si c'est sérieux, tout ça.
Donc elle garde ça quand même
à un certain niveau de secret avec sa sœur.
Mais avec son nouveau copain,
étant donné qu'elle
pense avoir trouvé du réconfort en lui,
elle lui confie ses difficultés
face au harcèlement, elle lui dit comment
elle se sent et tout ça.
Mais là, tu vas halluciner,
Sabre, vous allez halluciner à la maison aussi,
mais ce qui devait être
un effort de soutien
se transforme en trahison.
Geiger prend contact,
imagine-toi, avec John Doe,
avec le harceleur,
son chum, puis il commence
à se mêler au harcèlement,
pardon,
et là, il commence à compliquer
la situation pour Madison parce que lui,
il va
filer, il va aller chercher d'autres photos
de Madison parce que
les deux ont cultivé
une relation à distance. C'était essentiellement
une relation à longue distance entre
Jeffrey et Madison,
puis oui, ils se sont échangés des nudes,
oui, ils se sont échangés même
des vidéos
explicites, mais dans un cadre
de relations intimes à distance.
Et là, imagine-toi
donc que Jeffrey envoie
ces photos et ces vidéos-là
à John Doe, le harceleur.
Comment tu peux
te rendre là, comment tu peux traduire
ta blonde, ta conjointe,
traduire, qu'est-ce que j'ai dit,
j'en parle mes mots, trahir,
oui, c'est ça, ta
conjointe à ce point-là, c'est
quel douchebag!
Oh mon Dieu!
Et là, tu sais, ça pourrait être facile
de faire du victim shaming, évidemment,
mais qui
n'a jamais fait ça, tu sais, dans une relation
à distance, envoyer des nudes
ou, tu sais, comment, tu sais, on peut pas
commencer à faire du victim
shaming là-dessus, tu sais.
Oui, c'est sûr,
on va en parler dans l'after-show, peut-être,
en conclusion aussi un peu, c'est délicat
d'envoyer des nudes, tu sais, c'est toujours
délicat, mais tu sais, c'est pas
c'est jamais la victime qui partage tout le monde.
Fait confiance,
c'est dans le moment, c'est une façon
de vivre ça,
ça devrait pas.
Ah oui, c'est
dégueulasse, quand j'ai appris ça à propos de
cette histoire-là, je suis là, mon Dieu!
Tu sais, non seulement
il y a
un nasty stalker
qui la lâche pas, mais en plus,
son nouveau chum
en bac dans le jeu, mon Dieu!
Il devait l'aimer, ça devait être du grand amour.
Franchement, ça je te dis,
il faut être brisé en dedans.
Puis Madison, bien sûr,
elle le sait, que c'est
son conjoint qui fuite les photos, parce
que, bon, il y a juste lui qui accède
à ces photos-là. Donc,
les choses sont devenues tendues entre
eux et
c'est possible qu'il ait fait ça pour faire
du mal à Madison,
à quelque part. Et là, il y avait
aussi dans les photos, une photo
de Christine, sa sœur,
qui elle aussi, pardon, avait fait
une séance de boudoir implicite.
Et là,
c'est weird, parce que là, pour avoir
accès à ces photos-là,
il faut parcourir des photos qui sont
gravées sur un CD. Puis même
à cette époque-là, les gens avaient de moins en moins
de l'acteur CD.
Et là, elle,
Christine, ce qu'elle a fait,
c'est, dans les
plusieurs photos, les centaines de photos qu'elle a dû prendre,
il y en avait 1200,
en fait, c'est arrivé
à quelque part que, bon,
le photographe mitraille en
fonction rafale, prend plusieurs photos,
et puis qu'on voit un bout de
sein. C'est arrivé,
qu'on appelle un hip-slip dans le jargon.
Et ce serait arrivé deux fois
dans le shooting. Donc,
la personne était motivée de
parcourir 1200 photos,
et de trouver les deux seules photos
où il y a un hip-slip. On s'entend,
c'est un accident,
c'est pas une photo érotique,
qui a réussi à trouver ça.
Mais là, l'histoire du CD, on se dit, comment
il a fait pour avoir accès au CD?
Parce que ça, c'est dans une boîte, c'est loin,
tout ça. Eh bien, ce qu'on s'est
rendu compte, c'est qu'encore une fois,
c'est maintenant l'ex
conjoint de Madison, qui a fouillé
sur le compte Dropbox
de Madison,
parce que, à un certain moment donné,
les filles avaient fait des
copies, avaient numérisé des CD
de photos sur Dropbox.
Donc, Madison, elle
avait pris un tas de CD, elle avait fait
un après-midi de numérisation,
et là, l'ex petit ami de Madison
a réussi à accéder à Dropbox, avec
ses codes, et à fournir le
matériel au harceleur. Et là,
c'est ça,
j'en reviens, les mots me manquent
pour qualifier cette personne-là,
sachant que ta
copine se bat contre
un harceleur depuis des années.
Toi, tu contribues à son
travail, j'en reviens pas.
C'est un vrai salaud. Et là, Madison
se tourne vers les autorités.
Elle porte plainte à plusieurs reprises
auprès du shérif à Melbourne,
espérant que les forces de l'ordre
pourront mettre un terme à cette campagne de
harcèlement. Mais à chaque fois,
ses plaintes sont rejetées ou minimisées.
C'est Melbourne aux États-Unis,
en fait. À cette époque,
les cybercrimes, en particulier
ceux liés au Revenge Porn,
ne sont pas encore pleinement reconnus
ou même compris par la loi.
Les policiers lui disent souvent
qu'il n'y a rien à faire,
que c'est pas une priorité pour eux.
Et malgré une nouvelle loi
de la Floride sur la
pornographie non consensuelle,
les choses bougent pas plus.
Et là, c'était donc...
En fait, c'est une
pratique qui est condamnée
en Floride. C'est du harcèlement
criminel, le harcèlement pour eux.
Et même à ça, les choses bougent pas tellement.
On va même un peu
blâmer les victimes en disant que
c'est un peu de ta faute,
t'avais juste à pas envoyer
des nudes.
Mais bon, les choses étant ce qu'elles sont,
cette attitude de victime
va laisser Madison
dans une impasse.
Elle commence à se sentir isolée,
abandonnée par le système judiciaire,
qui prend même pas son nom
en attendant même aucune information
sur les crimes qu'elle signalait.
Elle a véritablement pas été prise
au sérieux lors de la dénonciation.
Mais les choses risquent
de changer, je crois.
Oui, mon cher Emile, nous sommes
maintenant cinq ans plus tard.
Madison est toujours victime
de John Doe et à bout de ressources.
Imaginez, autant d'années
à souffrir comme ça.
C'est en voyant sa sœur en détresse
que Christine, sa sœur jumelle,
en fait la sœur jumelle de Madison,
décide enfin d'intervenir.
Elle était récemment diplômée
en droit et comprend que les autorités
ne prendront pas le problème au sérieux
à moins d'avoir des preuves concrètes.
Les deux sœurs commencent
à mener leur propre enquête.
Elle plonge dans les bas fonds d'Internet,
essayant de comprendre comment
fonctionnent les forums où les photos
ont été publiées et comment elles peuvent
les faire retirer.
Cette enquête est épuisante,
tant sur le plan émotionnel que physique.
Les sœurs jumelles passent
des heures à parcourir les forums,
à collecter des preuves et à identifier
des pistes. Elles prennent
des captures d'écran, des messages,
des publications et des interactions
entre le harceleur
et d'autres utilisateurs du forum,
des forums en fait.
Christine utilise ses connaissances juridiques
pour rédiger des demandes de retrait des photos.
Elle explore également le système
de messagerie anonyme KIK,
K-I-K, que je connais un peu
mais je n'ai jamais tant utilisé personnellement.
Oui, je m'en rappelle
de KIK.
Mais c'est ça, je n'ai jamais tant utilisé.
C'est une application de chat, un peu comme
Discord que nos patreons
connaissent un peu pour discuter là-dessus
entre autres, mais sans modération
de contenu. Les salles de chat peuvent
contenir plusieurs activités illégales
ouvertes au public.
Lorsque des photos de Madison étaient publiées,
John Doe ajoutait son pseudo
KIK au cas où quelqu'un
voulait en ajouter.
Oui, c'est un peu, il y a une bonne
tale de prédateurs sur KIK.
Il n'y a pas beaucoup de modération,
il y a vraiment
du contenu explicite, des dealers
de drogues là-dessus, des
crypto bros.
Ça attire
une certaine crowd.
Oui, un peu comme Telegram et tout ça.
C'est un peu dans les mêmes
os, dans le sens que c'est utilisé aussi
pour toutes sortes de trucs illégal.
Puis un jour,
elle remarque que l'orthographe
et la ponctuation des messages
du harceleur sont très particulières,
avec des points de suspension
espacés de manière inhabituelle.
Car il ne faut pas oublier que notre style
d'écriture, même virtuel,
peut jouer un grand rôle dans l'identification
de l'auteur. On écrit, on a
nos propres mécaniques aussi.
Nos écrits virtuels contribuent à
façonner notre identité.
Puis là, il y a certains indicateurs qui sont révélateurs
dans le style numérique d'écriture
qu'on peut cibler.
Par exemple, la longueur des
phrases. Donc des phrases courtes peuvent
indiquer un esprit synthétique, tandis que
des longues phrases suggèrent
une pensée plus élaborée. Il y a le choix
du vocabulaire aussi, un vocabulaire
riche, varié, peut noter une grande
culture, versus un vocabulaire
qui est plus simple, soit
que ça reflète un souci de clarté ou un
manque de vocabulaire. Et l'utilisation
de la ponctuation qui
peut être abondante, ça révèle une personnalité
plus expressive, tandis que ceux qui sont plus
minimalistes, soit qui ont plus de
retenue. Et c'est un peu
ces critères-là sur lesquels
on peut se baser pour identifier,
comment dire, de
définir le style d'écriture de quelqu'un.
Les applications d'écriture qui sont
basées sur le IA peuvent aussi
analyser le style d'un auteur
et faire des suggestions pour
l'améliorer. Il y a des outils qui
aident à identifier nos types d'écriture
récurrents, les structures de phrases
préférées ou des domaines lexicaux
aussi qu'on privilégie.
Ben oui, parce que maintenant ça peut donner des super
outils à l'AI ou aux enquêteurs
pour analyser des styles
d'écriture virtuel. Oui, t'as 100%
raison. Et quand on analyse ces éléments-là,
on peut obtenir des indications sur les habitudes
de pensée et d'expression de l'auteur,
mais on peut aussi identifier des éléments
récurrents qui permettent d'établir une forme
de signature numérique de son auteur.
Dans notre cas,
le harceleur envoyait des messages
qui ressemblaient à ceux-ci.
Je pense, trois petits points,
que tu devrais, trois petits points,
arrêter de te battre, trois petits points,
personne ne peut t'aider,
trois petits points. Oui, il y avait beaucoup de
suspensions. Oui, c'est ça. Oui, exact,
c'est un peu théâtral, on dirait,
comme si c'était un vilain
dans un film qui parlait. Oui, oui, oui.
D'après cet exemple, on remarque
que les points de suspension espacés donnent
une sensation de menace
voilée, de pression psychologique.
Elles utilisent ces indices, les
sœurs, pour essayer de faire des liens
entre les différents comptes et les
activités en ligne. Oui, parce que c'est pas
les enquêteurs qui font ça, c'est les sœurs.
On est obligé de s'arranger par elles-mêmes.
Elle découvre également
que John Doe harcelait cinq autres femmes.
Il ne disposait que
d'une vaste collection de photos nues.
Mais il se concentrait
intensément sur cinq femmes,
les harcelants sans cesse.
Les jumelles apprennent donc
que ce certain John Doe
harcelle cinq femmes.
Et la plupart des femmes harcelées
étaient jeunes, actives sur les
réseaux sociaux et avaient, d'une manière
ou d'une autre, croisé la route du
harceleur en ligne. Certaines
femmes étaient des amis ou des connaissances
virtuelles même de Madison et Catherine
et partageaient des intérêts similaires
comme la photographie par exemple
ou des groupes en ligne communs.
D'autres femmes étaient tombées
dans le piège du harceleur via des forums
ou des applications de messagerie comme Kick,
dont on a parlé plus tôt.
Et John ciblait, c'est pas son vrai nom,
John Doe ciblait des femmes vulnérables
et appliquait son talent
de social engineering d'une certaine façon
pour les trouver.
Grâce à des petits indices qu'ils trouvaient
sur Facebook.
Effectivement, dans des groupes,
les groupes auxquels tu appartiens souvent sont publics.
Donc si t'es dans un,
je sais pas moi, je dis n'importe quoi,
mais dans un groupe de soutien
aux ex-alcooliques par exemple,
tu vois déjà que la personne
a peut-être un talon d'achille à ce niveau-là
donc ça te permet
d'en savoir
un petit peu plus des fois et de
déceler des petits détails sur la personnalité
des victimes potentielles.
Il passait en revue chacune d'elles
les ciblant tour à tour
avant de revenir à la première,
transformant ainsi leur vie
en un véritable tourbillon d'enfer
comme avec Madison.
Il les manipulait psychologiquement
en alternant entre intimidation
et faux profil d'admirateur,
les faisant douter
de qui il était réellement
et de qui était derrière les messages surtout.
Chaque fois qu'une femme
pensait avoir réussi à le bloquer
ou à l'éviter, il réapparaissait
sous une nouvelle identité tout simplement.
Il semblait aussi avoir beaucoup
de temps libre, considérant
tout ce qu'il met en oeuvre pour leur faire du mal,
parce que ça prend du temps de faire des...
créer des comptes, créer des adresses courriels...
Oui, c'est du temps.
Oui, si tu ne veux pas trop faire d'erreurs, il faut être minutieux.
Certaines de ces femmes
avaient déjà tenté de signaler les abus,
mais tout comme Madison,
elles n'ont pas été prises au sérieux par les autorités.
Elles ne disposaient également pas
de preuves suffisantes ou n'avaient
pas les connaissances pour mener une enquête.
C'est ce qui a poussé Christine
et Madison à aller plus loin dans leur enquête
à elles, déterminées à relier
les points entre ces cinq
victimes et à prouver que John Doe
est le coupable, comme un.
De plus, il faut l'identifier, celui-là,
donc, tout un défi.
Mais quel pourrait être
le lien entre ces cinq femmes ?
Elles n'étaient pas simplement
des victimes aléatoires.
Le harceleur, dans certains cas, avait un lien
personnel, direct ou indirect,
avec chacune d'entre elles,
ce qui expliquait son obsession.
Il ne s'agissait pas seulement d'une quête
de photos ou de contenus privés,
mais plutôt d'un besoin de contrôle
sur ces femmes, qui, selon lui,
lui avaient fait du tort dans le passé
ou encore l'avaient rejeté,
que ce soit des avances ou autre.
Au début,
Madison et Christine ne connaissaient
aucune des autres victimes.
Cependant, la publication des numéros
de téléphone et des informations
personnelles par John Doe sur ces
victimes a donné aux sœurs un point
de départ pour une nouvelle enquête.
Parce qu'elles sont devenues un peu,
ils ont comme un peu intégré la communauté
de John Doe. Ils ont commencé à
regarder les autres trucs qu'ils publiaient,
puis à suivre un peu sa gang
de prédateurs en ligne,
et voir de qui ils parlaient. C'est là qu'ils ont commencé
à en savoir un petit peu plus sur ces victimes-là,
puis à faire des croisements parce que là,
il y a sans doute un lien entre tous ces gens-là.
Certaines des victimes se trouvaient
en Floride, non loin de Christine et Madison,
tandis que d'autres résidaient
à New York. Les sœurs
ont élaboré plusieurs hypothèses
sur l'identité de John Doe,
pensant qu'il devait être une personne
de leur entourage capable de connaître
toutes ces femmes. Cependant,
aucune des personnes qu'elles soupçonnaient
ne semblait correspondre
au profil du coupable. Les sœurs
qu'on redisse se retrouvent alors
plongées dans l'obscurité du Web.
Elles cherchent à comprendre
comment fonctionnent
des sites comme 4chan.
Leur immersion dans cet univers les expose
à des contenus horribles
qui mélangent gore et pornographie
qui les marquent profondément.
4chan, souvent décrit
comme le ventre mou
d'Internet, est un lieu
toxique où le chaos règne.
On en a tellement parlé souvent à Distorsion,
il y a souvent des cas dégueu.
Pourtant, Madison et
Christine n'ont d'autres choix
que de s'y aventurer pour tenter
de comprendre comment les publications
disparaissent ou persistent.
L'air de rien, les autres photos
et infos fuitées d'autres victimes
vont les aider dans leur enquête
et permettent de connecter certains points.
Connect the dots.
Elles commencent à
analyser le fonctionnement de ces forums.
Où vont les publications après
certains temps? Est-il possible d'envoyer
des messages privés aux utilisateurs?
Comment contacter les modérateurs
pour demander par exemple le retrait
de photos non consensuelles?
Elles s'interrogent également sur le langage
énigmatique utilisé par les
utilisateurs avec des termes
comme «sauce du vent»
ou encore «sage».
En parallèle, elles cherchent à
identifier quel autre site
d'archives, ben en fait, archives
ces publications-là. Ici, il existe des
photos légaux pour demander le retrait
des images volées.
Oui, puis selon le langage «sauce»,
ça voudrait dire justement
quand quelqu'un demande la source
d'une publication ou d'une photo,
«vent», je sais pas, je présume
que c'est «wind» en anglais,
c'est pour
demander un peu une preuve
pour
confirmer une affirmation.
Les gens vont
poster par exemple «wind» en dessous
de la poste, puis il y a aussi
«sage», le mot «sage» qui est utilisé
lorsqu'un utilisateur veut poster
dans un fil sans le faire remonter
ou sans le «bumper» en haut de la page.
Donc, c'est ajouté
aux commentaires, mais ça ne le fait pas «bumper».
C'est pour moins attirer
l'attention, par exemple.
Là, on va se plonger,
on va retourner dans le temps en 2018.
Lors d'un voyage
avec son petit ami de l'époque,
Jeff, Madison publie
une photo sur Snapchat d'un coucher
de soleil dans les Florida Keys,
lieu qui est reconnu pour
ces magnifiques couchers de soleil.
Il est tartalalime, les kilomètres.
Oui, c'est ça, effectivement.
Peu après, elle reçoit un message
d'un inconnu commentant.
Oh, c'est un beau coucher de soleil
que tu viens de voir.
J'espère que tu t'amuses dans les Keys
avec Jeff.
Cet incident
est un tournant dans l'enquête.
Madison comprend que son harceleur
fait partie de ses contacts
sur Snapchat, ce qui réduit
considérablement le cercle des suspects.
En même temps, ça doit être assez
effrayant de constater ça.
C'est-à-dire qu'il te suit depuis combien de temps?
Il a dû l'avoir assez vite,
même la photo.
Oui, effectivement, pour qu'il réponde du tac au tac.
Agissant rapidement,
elle fait une capture d'écran
de la liste des personnes ayant vu sa publication.
Elle a des bons réflexes.
Le harcèlement durait
depuis si longtemps qu'elle avait virouillé
ses réseaux sociaux pour les rendre privés.
Seules les personnes qu'elle connaissait
étaient autorisées à voir les photos
qu'elle publiait. Donc,
son harceleur était quelqu'un
qu'elle connaissait.
C'est clair.
L'étau commence à se resserrer tranquillement.
Même si ça prend plusieurs années,
on voit que
tranquillement,
elle va réussir à l'identifier,
comme le semble-t-il.
À ce moment-là,
35 personnes étaient des suspects,
parce qu'il y a 35 personnes
qui avaient vu sa fameuse photo
au moment où elle a pris la capture.
Donc, ça réduit quand même
le spectre un petit peu.
Madison a essayé d'ignorer
et de s'éloigner, tout en laissant
sa sœur pour suivre l'enquête.
Mais les publications de harcèlement
et les messages textes continuaient
en étant toujours de plus en plus nombreux.
Des clients de l'agence de marketing
où elle travaille lui ont même
parlé des images nues
qui lui sont parvenues.
Ils les ont reçues par courriel
les clients, les envoyés.
Madison était à la fête
d'une amie lorsqu'elle a reçu un appel
paniqué du directeur d'un restaurant
d'hôtel où elle avait travaillé.
Les photos s'étaient retrouvées dans
sa boîte de réception d'un employeur
du passé.
Comment gâcher la vie de quelqu'un?
Même l'employeur qui reçoit ça,
ça te met aussi
dans une position inconfortable.
Tu ne veux pas nécessairement voir ça.
Eux aussi sont une victime
collatérale.
Ils n'ont pas demandé
à recevoir ces photos-là non plus.
Ils sont pris avec ça aussi.
Je trouve que c'est malveillant.
C'est clair.
Je pense que quand t'es un ex-employeur
qui reçoit ça, si t'as une tête
à ses épaules, tu vas communiquer
avec les autorités.
Tu ne vas pas être offusqué.
J'ai reçu des photos offusquantes
d'une ex-employée.
C'est clair que la pauvre fille
se fait harceler.
D'après moi,
les gens doivent être au courant
de ça et doivent plutôt aider.
Tu as raison.
J'espère.
Je comprends ce que tu veux dire.
Eux aussi,
ce n'est pas un bonheur.
Non, non, non.
Exactement.
C'est vrai qu'eux aussi
peuvent être, comment dire,
font partie des victimes aussi.
Puis à un moment donné,
les choses se sont intensifiées
lorsque John Doe publie
l'adresse civique de Madison,
les comptes de médias sociaux
de ses parents, de sa sœur
et plusieurs autres informations
personnelles. Il a même fait
un collage avec des informations
et des photos nues de Madison,
des photos de sa famille ainsi
que des captures de son LinkedIn,
donc afin de vraiment tout mélanger.
Un message disait
« Je vais aller droit au but. À moins
que tu veuilles que ta famille soit au courant
des photos que tu as prises, tu vas m'envoyer
ce que je veux ». Sous ce message
se trouvait une image nue de Madison.
Plusieurs années après avoir commencé,
il était toujours déterminé
à ruiner sa vie.
Un autre message disait
« Je te suggère de me répondre
ou ça s'éteint. Je te donne 30 minutes,
il en reste 10 ».
John Doe a fini par envoyer
toutes les photos qu'il avait à la mère,
au père et aux autres membres
de la famille, ainsi qu'aux
associés commerciaux de Madison.
Mon Dieu, c'est complètement
tordu. À ce moment-là,
les jumelles avaient caché le cauchemar
à leurs parents, donc ils leur en avaient même
pas parlé. Mais là, ce secret-là
a pris fin brusquement
et c'est avec ce poids sur
les épaules qu'elles ont finalement raconté
l'ensemble de l'histoire à leurs
parents et imaginer leur réaction
alors qu'elles avaient gardé
toutes ces infos-là pendant plus
de dix ans entre sœurs, imagine
en tant que parent comment
tu as envie de
tout détruire.
Même face à cette
accumulation de preuves, les plaintes
des jumelles est une nouvelle fois refusée
par les autorités. Avec l'aide
d'un ami avocat, Christine écrit
un document de 59 pages
expliquant l'ensemble de l'affaire
et réunissant les preuves récoltées,
réussissant à contourner les
restrictions légales pour lesquelles
les services de police refusaient leurs
plaintes.
Finalement, en 2019,
après des années de souffrance,
Madison et Christine Conradis
sont enfin sur le point
de voir une lueur d'espoir dans leur
combat. Grâce à leur recherche
minutieuse et à la compilation des
preuves, leur dossier attire
finalement l'attention des autorités
fédérales.
Christine, qui avait passé des années
à perfectionner ses compétences juridiques
et à naviguer dans les bas fonds de la
cybercriminalité, a joué un rôle
crucial dans cette enquête.
Elle réussit d'ailleurs à faire
supprimer plusieurs photos
en utilisant le Copyright Office
des États-Unis, donc
une gestion du droit d'auteur,
qui gère au sens large, en fait,
le droit d'auteur. Comme si le
crime de violer le droit d'auteur d'un
photographe était pire que de faire
de la sextorsion à une femme.
C'est assez fascinant.
Oui, parce que c'est par ça qu'ils vont
réussir à obtenir
ces «trickies», parce que
ce que Madison va faire,
c'est qu'elle va
convaincre le photographe,
Gregory Coleman, de lui
posséder les droits d'auteur de ces photos.
Et là, comme ça,
elle a une porte d'entrée dans la loi,
parce qu'avec le Bureau des Copyrights,
le Bureau des droits d'auteur, elle peut dire
«Je suis, c'est moi qui possède les droits
de ces photos-là, ils sont
sur ces 80 sites-là».
Oui, oui, oui.
Donc là, avec
cette espèce de, ce qui appelle le
Copyright Office, ils ont une porte
accélérée, comme si ça
c'était un vrai crime.
Oui, oui, oui. Ah, c'est drôle pareil,
c'est obligé d'utiliser comme un vieux crime,
une vieille loi, ça fait longtemps
le droit d'auteur pour enfin
avoir de l'attention. Oui, c'est incroyable.
Puis, juste donner un autre
exemple, lorsque des photos osées de type
«selfie» sont prises,
vous avez automatiquement
des droits d'auteur, ça, je l'ignorais.
Donc, si quelqu'un utilise une photo
de vous que vous avez prise
sans votre autorisation,
c'est une violation du droit d'auteur.
En demandant également au photographe
de transférer, comme on vous disait, les
droits d'auteur de la science photo, elle s'assurait
de pouvoir faire supprimer le contenu.
En parallèle, les sœurs
continuent de mener leur enquête.
Elles traquent les activités en ligne
de notre fameux John Doe sur diverses
plateformes, en particulier
sur Snapchat. Leur persévérance
finit par porter ses fruits
lorsqu'elles identifient
Christopher Winnocore,
une ancienne connaissance
d'un université, comme le principal
suspect.
Bien que ce ne soit pas encore une preuve formelle,
cette découverte leur permet
d'orienter l'enquête dans une toute nouvelle direction.
C'est en triant les noms
d'utilisateurs Kik
et en croisant les données avec
la capture d'écran prise par Madison
lors du coucher de soleil au
Flory Ducky's que les sœurs ont pu
découvrir le coupable, qui était
d'ailleurs un ami proche de leur ami
Dana, qui, lui aussi,
avait aidé les jumelles pendant
la durée de l'enquête.
Oui, je pense que c'est quelqu'un qui était même à son mariage
ou quelque chose comme ça.
Mon Dieu que c'est
wrong.
Là, on va vous donner un extrait
d'une entrevue qui a eu lieu entre
Madison, Christine et
Dana. Et là, je vais jouer
le rôle de Dana.
Place au théâtre.
Tu sais,
c'était un ami proche. Il était
venu chez moi dans le Connecticut
où j'ai grandi et il avait rencontré
mes parents. Nous allions à des
concerts ensemble. Je connaissais
sa famille. J'ai passé la fête du
4 juillet à Long Island avec son père
et son frère. Il n'était pas mon meilleur
ami au monde, mais il était certainement
plus proche que la plupart des autres.
C'était un bon ami à moi
et je le connaissais depuis plus d'une
décennie, lorsque tout cela s'est
produit. Je me souviens
très bien de la nuit où nous avons découvert
que c'était lui. Cette nuit-là restera
gravée dans ma mémoire toute ma vie.
Je rentrais d'un voyage en tant que
pilote de ligne et j'ai reçu un
appel de Madison. Je ne reçois
jamais d'appels téléphoniques de Madison.
Nous n'appelons pas.
Nous envoyons des SMS. Donc,
si je reçois un appel, il y a un
problème. Je décroche le téléphone
et elle me dit
« Je pense que nous savons peut-être
qui c'est ». Et je lui réponds
« Vraiment ? ». Et elle dit « Oui, j'en suis
presque sûr ». Bon, je réponds.
Je crache le morceau. Ne me fais pas
attendre. » Et elle répond « Yankee !
Allez, c'est pas possible.
Tout d'abord,
c'est l'un de
mes amis proches.
Ensuite, je ne pensais
même pas qu'il est assez intelligent
ou doué en technologie pour comprendre
comment fonctionnait 4chan.
Si vous le connaissiez bien,
il a dû lui falloir
un certain temps pour le comprendre.
Je ne pouvais pas. Je lui ai dit,
je me suis dit, c'est pas possible.
Ça faisait des années
que n'importe qui dans la pièce
aurait pu être le coupable et des
accusations avaient été lancées contre à peu près
n'importe qui dans notre vie.
Tu vois ce que je veux dire ?
C'est ce type. C'est ce type. C'est ton meilleur ami.
C'est. Tu sais.
Tu imagines. Tu vois ce que je veux dire ?
Si ce sont tes photos sur Internet
et que chaque personne dans ta vie est un suspect,
ça doit être horrible, non ?
Je les avais entendu dire que ça pouvait être
l'un de mes amis plusieurs fois.
J'ai toujours dit non, non, non.
J'ai fait exactement ce que
j'ai fait ce soir-là. J'ai dit,
c'est impossible. Ce n'est pas lui.
On vit toujours un peu dans le déni,
justement, quand nos amis...
Et je continue dans le rôle de Dana.
Premièrement, je ne pense pas
qu'il en ait le cœur net. Il n'est pas
si méchant que ça. Deuxièmement,
je pense qu'il est trop bête pour comprendre
tout ça, tu sais. Mais ça a un peu
résonné dans ma tête et je n'ai pas pu dormir
cette nuit-là. Donc, je suis rentré
à la maison et j'ai commencé à chercher les
noms KIK. J'ai commencé
à relier les noms KIK et
c'est ce qu'on peut faire sur 4chan.
On ne peut même pas utiliser...
On ne peut même pas le faire sur 4chan parce que
ça disparaît au bout de deux heures.
Mais les sites d'archives de 4chan,
on peut les rechercher
et c'est comme ça que, en quelque sorte,
que l'on a réussi à lier tous
ces posts ensemble. Il y avait environ
5 ou 6 noms KIK.
Et j'ai juste cherché les noms KIK.
Il y avait toutes ces femmes oiseurs
qui apparaissaient, y compris ma femme,
sa sœur. Pis il y avait,
il y en avait une qui est ressortie
ce soir-là et c'était une fille,
une jeune fille. Elle avait l'air d'avoir
13 ou 14 ans et portait une
tenue d'école catholique publiée
par le même utilisateur que ceux
qui harcelait ma femme et ma belle-sœur.
Oh, il y a peut-être quelque chose
qui m'aurait sorti de cette photo.
J'ai téléchargé la photo.
Ce n'était pas une photo nue.
C'était juste une fille.
C'était une fille et le texte
qui y était attaché était horrible.
Quelque chose comme « je veux des nues
de cette fille » ou « je veux la violer »
ou quelque chose comme ça.
Alors j'ai téléchargé cette photo
et il y a un écusson ou un logo
brodé sur son uniforme scolaire.
C'était un peu pixelisé, mais je l'ai
amélioré, je l'ai affiné et affiné
et j'ai finalement pu distinguer
les mots sur cette photo.
Et c'est avéré que c'était un collège
catholique pour filles, un collège
à Daytona. Alors j'ai dit
« Hum, d'accord.
Eh bien je sais qu'il y a de la famille
à Daytona. Peut-être
qu'il y a quelque chose ici.
Donc, tu es allé sur Facebook
et en dix minutes,
j'ai pu trouver le nom de la fille
et celui de sa mère et de son père
et ils étaient des amis communs
et des membres de la famille identifiés
sur sa page Facebook. C'était
sa petite cousine et c'est là
que tout a commencé.
Comme putain, c'est lui.
Ensuite, une fois que tu as eu cette
information clé, tu continues à revenir
sur les autres fans qu'il poste
sur le site de 4chan et tu les croises
sur Facebook.
Amis communs, bang, amis communs,
bang, amis communs, et c'était là.
Nous savions qui c'était ce soir-là
et je ne pouvais absolument
pas y croire.
Et l'autre jeune fille,
c'est sa cousine.
Ça n'a pas de bon sens.
C'est vraiment
un solide prédateur,
mais c'est sûr que ça fait un choc immense
quand c'est ton ami,
quelqu'un avec qui tu es allé à l'école,
quelqu'un qui t'as croisé dans des vrais événements
que tu ne penses même pas assez doué
pour utiliser 4chan.
Ça doit surprendre.
Comme on dit au Québec, ça déconcolisse.
Oh oui.
En 2020 maintenant, on est beaucoup plus tard,
les autorités parviennent à rassembler
suffisamment de preuves pour arrêter
et inculper ce fameux Christopher
Buenocore, j'imagine,
Buenocore, pour six chefs
d'accusation, principalement liés
au cyberharcèlement et à la sextorsion.
L'arrestation de
Buenocore marque un tournant
décisif dans l'affaire et les sœurs
qu'on radisse voient enfin une issue
possible à cette épreuve qui a duré
plus de 10 ans, je le rappelle encore.
En janvier 2021,
Christopher, plaide coupable,
est condamné à 15 ans de
prison fédérale pour ses crimes.
Bon, quand même, 15 ans pour
10 ans de misère.
Ça aurait dû doubler,
mais bon. La campagne de
harcèlement de Buenocore impliquait
la publication sur Internet de
milliers d'images sexuellement
explicites et dénudées des victimes,
ainsi que des informations d'identification
personnelle des victimes,
des numéros de téléphone, des adresses
postales, des identifiants de comptes
de réseaux sociaux. Il y en avait du stock.
Christopher a également
sollicité des individus sur Internet
pour contacter et harceler
les victimes, y compris parfois
en enrôlant ces individus pour
tenter d'extorquer
des images sexuellement
explicites supplémentaires aux victimes
et d'autres fois en encourageant
ces individus à violer des victimes.
Donc il n'y avait pas simplement lui
et encourager des gens comme ça,
c'est possible
de peine.
Selon les documents judiciaires,
Christopher a utilisé pendant 7 ans
des numéros de téléphone fictifs,
des SMS et des comptes de réseaux
sociaux pour harceler, intimider
et stocker
6 femmes,
dont une mineure.
Cette condamnation représente une victoire
majeure non seulement pour Madison
et Christine, mais aussi pour les victimes
de cyberharcèlement et de
sextorsion en général à travers
tout le pays. Et l'affaire
Coradis devient un cas emblématique
de la nécessité de renforcer
les lois contre la cybercriminalité
et le revenge porn.
Et ça a eu un effet sur la
législation, cette histoire-là, Seb.
L'histoire des jumelles Coradis n'est pas
seulement un cas isolé de cyberharcèlement
parce qu'il y en a énormément.
On va en parler un peu dans l'after
show des chiffres. Elle met également
en lumière un problème plus large
concernant la gestion juridique
du revenge porn et du cyberharcèlement.
À l'époque où Madison commence
à être harcelé, il y avait peu de
lois spécifiques pour protéger les victimes.
Les autorités, souvent mal formées
pour traiter ces cas, sont réticentes
à les considérer comme des crimes graves,
malheureusement. Malgré tout
le dommage que ça fait aux familles.
Grâce à des affaires comme
celle-ci, la prise de conscience
sur l'importance de légiférer contre
ces formes de criminalité a
considérablement augmenté.
Plusieurs États, dont la Floride
où réside Madison, ont adapté de
nouvelles lois plus strictes sur le revenge
porn et le harcèlement en ligne.
Ces lois permettent de mieux protéger
les victimes et d'incriminer plus sévèrement
les auteurs des crimes.
D'ailleurs, l'affaire a également
sensibilisé les plateformes en ligne
sur l'importance de renforcer la sécurité
de leurs utilisateurs, notamment
Zenfolio, la plateforme
de hosting de photos,
qui avait initialement échoué
quelque part de protéger les photos
de Madison. Ils ont été
contraints de réévaluer leurs protocoles
de sécurité et de s'améliorer grandement
pour ça.
Les réseaux sociaux aussi n'ont pas le choix
de s'adapter à tout ça.
C'est ce que cette affaire a mis
en évidence leur rôle dans la
diffusion des contenus illicites
et la propagation de ce type
de crime numérique.
Des plateformes aussi comme Snapchat,
Facebook, 4chan ont été utilisées
comme outils par les harceleurs pour cibler
Madison, divulguer les informations
personnelles et inciter les autres
personnes, d'autres personnes en fait,
à les harceler. Cette utilisation
malsaine des réseaux sociaux montre à quel point
les plateformes doivent être beaucoup plus vigilantes
quant à leur utilisation abusive.
Madison et Christine
ont appris à maîtriser les outils
en ligne pour traquer les activités
du harceleur et supprimer les photos
non consensuelles.
Dans un monde où le partage d'images
personnelles est devenu assez courant,
la connaissance des mécanismes de sécurité
et de suppression est crucial.
Ensemble, les deux sœurs ont réussi
à briser le silence autour du
Revenge Porn et à apporter un
changement tangible dans la manière dont ces crimes
sont perçus et traités.
Elles ont utilisé leur expérience pour aider
d'autres victimes en montrant que même face
aux pires attaques numériques,
il est possible de se battre
et de reprendre contrôle sur sa vie.
Parce que c'est tellement difficile,
malgré la condamnation de
Buenocor et de Buenocor,
soit un soulagement
pour Madison, mais les séquelles
psychologiques
de cette décennie d'harcèlement-là,
ça ne va pas disparaître du jour au lendemain.
C'est un choc post-traumatique.
C'est tout qu'un combat. Il faut être prêt
à livrer ce combat-là.
Il faut avoir justement une sœur avocate.
C'est pratique,
parce que sinon, tu pars de loin,
un quidam qui n'est pas dans le monde
juridique du tout,
dans le monde de la loi,
quelconque soit-elle.
C'est des efforts,
tu ne sais pas par où commencer,
pour tenter d'avoir de l'aide sur un dossier
comme ça.
Quand on sait que les photos peuvent toujours
être en ligne, accessibles à tout moment,
ça reste une source qui est constante
dans la force. C'est vraiment difficile
de faire enlever des photos d'Internet.
Il y a un peu plus de mécanisme,
mais comme vous le savez déjà, c'est un combat
quasiment à vie.
Comme pour de nombreuses victimes de Revenge Porn,
la nature permanente
de l'Internet signifie que même après
l'arrestation de son harceleur,
Madison doit continuer à vivre avec cette peur-là
que les photos réapparaissent un jour,
puis ça affecte sa vie professionnelle
et surtout personnelle.
Mais au lieu de se laisser abattre par tout ça,
Madison a choisi de transformer sa douleur
en action, très bonne résilience.
Elle a commencé à utiliser son expérience
pour sensibiliser le public aux dangers
du cyberharcèlement et de la sextorsion.
Elle participe à des conférences,
des podcasts, des ateliers sur la
protection de la vie privée en ligne
et même la prévention de la Revenge Porn.
Parce que malgré tout,
il faut éduquer
les gens et les victimes, un peu comme
tu disais. Madison est ainsi
devenue une voix pour elle, pour les
victimes, utilisant sa plateforme
pour les éduquer et éduquer
tous les autres risques de partage
d'images intimes et sur la manière
de se protéger contre ces menaces numériques.
Quelle histoire!
Ça nous brasse toujours en dedans,
comme papa de fille,
on dirait encore plus.
Il y a quelque chose
vraiment dérangeant
de ces gens-là.
Un peu comme tu disais,
tu me parlais hors micro,
il faut arrêter de...
On ne devrait pas s'empêcher
de vivre
pour ça,
pour se prévenir
de salauds.
Les gens devraient pouvoir être là,
être yolo sur leur envoi
de photos et tout ça, mais
malgré ça, on reste quand même pris
dans ce
canevas de société-là.
Il va toujours en avoir, en fait,
des harceleurs. Même si on durcit
les lois, j'ose croire que ça va
peut-être faire poser la question
aux gens qui espèrent le faire et se cacher
derrière l'anonymat.
Ça va peut-être les empêcher de le faire,
mais on dirait que là-dessus,
je suis content qu'il y ait des mécanismes législatifs,
mais je ne suis pas rassuré.
Non, ce n'est pas rassurant.
On dirait que ça fait juste exploser
dans les dernières années,
puis que ça doit commencer même plus jeune
maintenant. On va en parler
un petit peu dans l'after show,
mais c'est une personne sur
cinq même qui s'est déjà dit
victime de harcèlement en ligne.
C'est beaucoup, les chiffres sont énormes
aux États-Unis qu'au Canada.
C'est un vrai problème.
Exactement, j'ai de la misère à tomber dans le
victime chez Ming, parce qu'il va toujours en avoir
aussi des partages de photos intimes.
Mais comment est-ce possible
en 2024
de partager des photos intimes, même si
je dirais bien comme conseil,
on va revenir aux lettres d'amour
traditionnelles qu'on va s'envoyer par la poste,
mais il y a encore des gens qui vont pouvoir prendre des
screenshots de ça.
Les publiés sur 4chan,
est-ce qu'il faut s'envoyer des messages codés?
Est-ce qu'on doit revenir
au poème? Je ne sais pas.
Mais il y a quelque chose
qui manque.
On est capable de faire des trucs
technologiques tellement avancés, on a des voitures
autonomes, des drones, on va dans l'espace,
même faire des sauvetages
en espace.
Mais on est incapable de s'envoyer des
photos en sécurité?
Oui, c'est parce que ça
se copie, ça devient
facilement multipliable,
ça peut sortir des plateformes, c'est la beauté
et le contrepoids
du numérique.
Tout se reproduit,
ça devient comme un virus.
C'est comme une COVID, ça ne disparaîtra jamais.
On dirait qu'on a ce problème-là.
Maintenant, il y a des moteurs de recherche aussi
pour aider à la Revenge Porn.
Si des fois vous êtes victime,
on peut...
Il y a des nouveaux outils quand même
pour ça.
Et même, tu parlais un peu de stats central et loin,
au Québec, je disais que 20%
des gens ont reçu, sans leur
propre consentement, une photo
de...
Oui, de non-solicité.
C'est une personne sur cinq.
Je vois ça beaucoup quand même.
Oui, André,
je me serais entendu une stat
plus faible que ça.
C'est dans une salle.
Il y a vraiment beaucoup de monde qui en a reçu
sans le vouloir.
C'est problématique.
C'est crazy.
En fait, c'est décourageant
de voir des histoires comme ça,
mais à quelque part,
c'est encourageant de voir
qu'on peut les attraper.
Mais on s'entend que c'est un long combat.
Vraiment, les dommages causés
sont pires
que la satisfaction, sans doute,
de l'avoir attrapé après 10 ans.
Parce que là,
ça demande de refaire ta réputation,
d'accepter
qu'il y a ces photos-là de toi
qui ne vont probablement jamais disparaître.
C'est extrêmement frustrant.
Puis oui,
on sait que ça commence plus tôt.
Ça commence même au primaire, les tentatives
de sextorsion, les choses comme ça.
Je ne sais pas c'est quoi la solution.
Sans doute l'éducation
des petits garçons.
Tu sais, éduquer les kids
comme quoi
ça peut faire des dommages incroyables
de partager
des images comme ça.
Oui, c'est pas un jeu.
J'ai l'impression que ce n'est pas...
Justement,
vu qu'ils ont des cellulaires jeunes,
c'est ça qui a amené ça.
À 12-13 ans, j'ai l'impression
que tu n'as pas tant
la notion de l'impact que ça va créer.
Ils voient plus ça comme un jeu
et sans vouloir leur enlever une responsabilité.
Les plus jeunes,
j'ai l'impression qu'ils ne sont pas
conscients des impacts.
Tout simplement, il faut les éduquer.
Ça a ses limites, l'éducation.
Là, on est dans la coercion, mais malgré ça...
En tout cas, j'ai hâte de voir avec les nouvelles lois.
Ça va vraiment aider.
Tout ça pour essayer
d'éduquer vos enfants
et de les prévenir, autant les hommes
et les femmes, pas dans le harcèlement,
mais aussi si ils sont victimes de ça.
J'ai hâte de peut-être
ouvrir une porte, de se confier à vous,
parce que ce que je trouve triste aussi,
et je ne les blâme pas, je les comprends,
c'est tellement gênant. Les jumelles,
ils n'ont jamais parlé de ça à leurs parents
pendant des années. C'était des adultes.
Imagine la honte qu'elles devaient avoir
pour ne pas avoir ce sentiment,
ce lien de confiance-là
pour aller en parler à leurs parents.
Je suis sûr qu'elles regrettent
avec le recul,
mais c'est aussi essayer
d'avoir un dialogue d'ouverture
avec vos enfants aussi, ou même
à jeunes adultes, si c'est quelque chose
qui arrive, qui vient nous en parler
rapidement, parce que plus vite
on porte plainte,
plus vite ça peut arrêter
et il va peut-être moins faire d'autres
victimes aussi, et ce jeu-là
va moins affecter
votre enfant dans tout ça.
Bonne chance
aux parents.
Oui, c'est un combat qui n'est pas tout de suite réglé,
mais dites-nous les Distordieux ce que vous
en pensez si vous avez des trucs
pour tenter de se défaire
d'un cyber-harceleur.
Si vous l'avez vécu, vous aimeriez nous parler
de votre expérience.
N'hésitez pas à commenter.
On est derrière vous, il y a des ressources
qui existent.
On vous remercie.
On remercie André Beaupré, notre monteur.
On remercie nos deux incroyables
recherchistes anonymes de nous donner
un coup de main à chaque épisode.
Et pour terminer, comme c'est la tradition,
on a des shout-out à donner
à nos merveilleux membres Patreon.
Je te laisse commencer Seb.
Oh oui, un gros hi-five à Lawish,
à Aar,
Cindy M,
Mary Peir et Alexandra L.
Beaucoup d'amour
à Samuel M,
à Florian P, à Hélène L,
à Erin
et à Sarah B.
Je donne beaucoup d'amour à Alexandra L,
Kevin S, Renaud V,
Ingetrude M
et Véronique B.
Un gros hi-five à Ag,
à David B,
à Cyn, à Julie C
et à Elvie.
Et je conclue l'amour à
Claudine L, Marie-Josée S,
Caroline Q,
Audrey et le mystérieux
la mystérieuse Slap.
Et pour terminer Seb,
aurais-tu un mot de la fin pour nous ce soir?
Sera bien riche celui qui inventera
une application permettant de partager
des nudes en toute sécurité.
Oh!
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