❓La « mort » étrange du créateur de Tetris | Complots distordus Ep. 4

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❓La « mort » étrange du créateur de Tetris | Complots distordus Ep. 4

Épisode
157
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1 h 06 min
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En septembre 1998, à Palo Alto, une famille est retrouvée morte. Le dossier est classé meurtre-suicide. Pendant des années, l’affaire reste locale, puis elle réapparaît dans l’espace public après la diffusion d’une série documentaire, The Tetris Murders, en 2022.

Très vite, Internet simplifie l’histoire et transforme l’affaire Vladimir Pokhilko en rumeur virale liée à Tetris, sur fond de Russie, de guerre froide technologique et de crime organisé. Dans cet épisode, on reprend les faits tels qu’ils sont documentés en 1998, on remet les rôles au bon endroit, et on montre comment une confusion de vocabulaire peut faire dévier un dossier entier.

On va plus loin sur les zones grises et les hypothèses les plus répétées, puis on fait une étape de vérification empirique : on a mené l’enquête avec Google Trends pour situer précisément quand la rumeur explose, à quelles dates, et comment l’intérêt public se déclenche après la médiatisation de 2022.

On clarifie aussi le point central : le créateur de Tetris est Alexey Pajitnov, et la distorsion vient en grande partie d’un glissement autour du mot “créateur”.

After show inclus, “Petites anomalies de la guerre froide numérique” : on revient sur FAREWELL / Line X, où une source interne expose la filière du KGB dédiée au vol de technologies occidentales, puis sur GUNMAN, l’opération qui met au jour des implants dans des machines à écrire IBM Selectric à l’ambassade américaine à Moscou. On termine avec une enquête déclenchée par un écart de 75 cents, qui mène à un cas documenté d’intrusions informatiques et d’espionnage lié au KGB.


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Transcription automatique. Certains mots ou noms propres peuvent être inexacts.

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Vous êtes sur le point d'écouter Distorsion, un podcast sûr, des complots complètement

[00:21]

distordus.

[00:41]

En 1998, dans une banlieue tranquille de la Silicon Valley, une tragédie survie.

[00:47]

Toute une famille est brutalement assassinée.

[00:50]

Le père était d'origine russe et un collaborateur d'une entreprise de jeux vidéo

[00:55]

liée à la populaire franchise Tetris.

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On conclut à un meurtre suicide, mais 20 ans plus tard, une série télé soulève

[01:03]

un doute.

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Et si le créateur de Tetris avait été assassiné, y aurait-il erreur sur la personne ou encore

[01:10]

un complot politique ?

[01:12]

Le problème, c'est que le vrai créateur de Tetris est toujours vivant.

[01:16]

Alors d'où vient toute cette rumeur ? Ce soir, on démonte, pièce par pièce,

[01:21]

l'histoire derrière la mort de Vladimir Pokylko.

[01:32]

Sébastien Lévesque, comment ça va aujourd'hui ?

[01:34]

Ça va bien, Emile Gauthier.

[01:36]

Et toi ?

[01:36]

Oui, ça va très bien aussi.

[01:38]

On est toujours en plein milieu de notre mini-série sur les complots distordus.

[01:43]

Puis ce soir, on se plonge au cœur de la guerre froide.

[01:46]

Et on retourne un peu dans le… on va parler un peu de nostalgie, parce qu'on retourne

[01:50]

dans le monde des premiers jeux vidéo.

[01:53]

On va parler de Tetris, si vous ne le savez pas, on va en parler un petit peu

[01:56]

ce soir.

[01:57]

Mais Tetris est tout lié à une certaine forme de rivalité entre l'Union soviétique

[02:02]

et les États-Unis.

[02:03]

Il y a eu vraiment des guerres politiques à savoir qui allait posséder cette licence-là.

[02:09]

Oui, exact.

[02:09]

Parce que c'est 520 millions de copies vendues Tetris.

[02:12]

C'est fou, hein ?

[02:13]

On peut se croire à ça.

[02:14]

Oui, c'est fou.

[02:14]

Plus de 220 versions du jeu aussi.

[02:17]

J'espère qu'il y a des amateurs de Tetris parmi vous ce soir.

[02:20]

On va en parler de long en large, parce qu'il y a plein d'histoires de complots

[02:23]

politiques liées à ça, puis une drôle d'histoire autour de la mort de son

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créateur qui a regagné en popularité sur le web dans les années 2020.

[02:33]

Oui, et c'est ça qui est intéressant, en fait, de cette histoire-là.

[02:38]

Puis même si je pourrais commencer avec ça, Emile, c'est que toi-même, il n'y a pas

[02:43]

si longtemps avant qu'on commence la recherche sur ce complot-là, toi-même tu pensais

[02:48]

que le créateur de Tetris avait été assassiné pour vrai.

[02:51]

Et vous allez voir, il y a des nuances dans tout ça.

[02:54]

Le vrai créateur de Tetris est toujours en vie, mais on a comme longtemps pensé

[02:57]

qu'il était mort.

[02:59]

Donc, on va creuser toute cette histoire-là.

[03:01]

Il y a quelqu'un qui est vraiment mort dans cette histoire-là.

[03:04]

On ne va pas vous spoiler, mais il y a eu une vraie tragédie.

[03:07]

Il y a une vraie famille qui a été assassinée un soir de 1998 dans la

[03:11]

Silicon Valley.

[03:12]

Donc, on va faire le tour de tout ça, puis on va essayer d'élucider

[03:15]

est-ce qu'il y a un complot derrière tout ça ou pas.

[03:18]

Bref, on se replonge un petit peu dans nos racines True Crime ce soir,

[03:22]

avec une touche de complot d'histoires-du.

[03:25]

Mais qu'est-ce qu'on boit pour se remettre les idées en place?

[03:27]

Oui, on boit la Kawabunga, petit petit clin d'œil à Ninja Turtle de la micro-brancée

[03:36]

dispensaire.

[03:37]

C'est une New England Eye billet qui est brassée avec des houblons

[03:40]

australiens.

[03:41]

6% des houblons Enigma, Vicks, Secret et Galaxy.

[03:46]

Elle est ronde, veloutée et fruitée.

[03:48]

Elle est excellente.

[03:50]

Et cette bière, mon cher Emile, nous a été offert par Florian Isosta,

[03:54]

et qui nous a fait un don via la tournée de bière à partir de notre site web

[03:59]

distorsionpodcast.com.

[04:00]

Si vous voulez faire comme lui, petit bouton en haut à droite sur notre site,

[04:04]

vous pouvez faire un petit don paypal et ça nous permet de remplir le fridge.

[04:08]

Oh yes, merci à toi Florian.

[04:09]

Aussi, on a une review 5 étoiles sur Apple Podcasts qui nous vient de Amelie B8.

[04:15]

Shout out à toi Amelie.

[04:16]

Elle nous dit, le meilleur podcast, sérieux, j'adore votre podcast.

[04:21]

Vous êtes vraiment plaisants à écouter.

[04:23]

Oh, merci Amelie.

[04:24]

Merci Amelie.

[04:25]

On fait notre possible.

[04:26]

D'ailleurs, on s'est fait faire une chirurgie des cordes vocales pour avoir des voix

[04:30]

autant en suave, des injections de botox, je pense.

[04:34]

Dans la gorge, oui.

[04:35]

Directement dans la gorge.

[04:37]

On vous rappelle qu'on est en tournée un petit peu partout au Québec ce printemps,

[04:41]

mais aussi cet été.

[04:42]

Et l'automne, il y a déjà des dates pour 2027, Seb, qui sont en train de se bouquer.

[04:46]

Le 14 mars, on est au festival de podcasts au bar Le Vox à Québec.

[04:50]

C'est déjà complet, mais on ne sait jamais.

[04:52]

Peut-être qu'il y a des billets qui vont se libérer.

[04:54]

Le 26 mars au Lyon d'or à Montréal, soyez présents.

[04:58]

C'est un peu le début de notre grosse tournée 2026.

[05:02]

Donc, allez-y, achetez vos billets tout de suite.

[05:04]

Tout est en vente.

[05:05]

28 mars à Trois-Rivières au Musée Pop, soirée très cool.

[05:09]

Ou avec l'achat du billet et aussi une visite de la prison qui est offerte.

[05:14]

Donc, ne manquez pas ça.

[05:15]

L'assomption, c'est le 15 mai au Vieux Palais.

[05:17]

On y retourne.

[05:18]

On a eu tellement de fun la première fois.

[05:20]

Le 3 juin, on est à Québec à la Chapelle Spectacle.

[05:23]

11 juin, Sainte-Thérèse au cabaret BMO, une salle de prestige.

[05:28]

Et sinon, on a le 26 septembre à Varem.

[05:30]

Ça aussi, c'est une salle de prestige.

[05:31]

Ah, bien oui.

[05:32]

Au pavillon hors de la scène.

[05:34]

Et là, il y a d'autres dates qui s'en viennent, donc surveillez ça.

[05:36]

Et sinon, venez nous voir en grand nombre.

[05:38]

Chaque show est différent.

[05:40]

Oui.

[05:41]

On vous suggère de vous louer un campeur et de faire la tournée avec vous.

[05:44]

Idéalement.

[05:44]

Avec nous, pardon, et de suivre toutes les shows.

[05:47]

Et en after-show, Seb, tu nous parles d'une autre histoire autour de la guerre froide

[05:51]

pour rester cohérent avec notre sujet.

[05:53]

Oui, on reste dans le sujet.

[05:54]

Puis je vais même vous parler de trois histoires

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que j'ai surnommées un peu les petites anomalies de la guerre froide numérique.

[06:01]

Parce qu'il faut savoir que la cyber-guerre, c'est pas nouveau.

[06:09]

Même à une époque où la technologie était quand même un petit peu plus parcaïque,

[06:14]

mais dans ses débuts, mais déjà là, à cette époque-là,

[06:17]

il y avait beaucoup d'espionnages entre justement la Russie, la France, les États-Unis.

[06:23]

Même il y a une des histoires, que j'en reviens même pas,

[06:26]

c'est une histoire de, je sais pas si vous connaissez un peu les keylogger,

[06:30]

les petites applications qui peuvent être installées sur votre téléphone ou ordinateur,

[06:33]

mais qui enregistre tout ce que vous tapez à l'écran ou quoi que ce soit.

[06:38]

Mais à une époque où ce que c'était des dactylos,

[06:42]

donc des machines à écrire et ça, ça m'a jeté à terre, donc restez là pour l'after show.

[06:48]

Oui, parce qu'il faut pas oublier que la guerre froide, ça a été quand même vachement long.

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Ça a commencé dans les années 50, donc on était juste après la Deuxième Guerre mondiale,

[06:56]

puis ça s'est solvé avec la chute de l'Union soviétique dans les années 90.

[07:03]

Donc ça a été une très longue guerre de tension, c'est pas une vraie guerre.

[07:08]

Il y a eu plusieurs vraies guerres, comment dire, en périphérie de cette très longue guerre froide.

[07:13]

Donc les technologies ont changé, puis l'air de rien, la guerre froide a été quand même

[07:17]

un moteur de création technologique, parce qu'on le sait, souvent les grandes innovations

[07:23]

malheureusement passent par la défense et l'armée et tout ça,

[07:27]

et la guerre froide n'en a pas fait exception.

[07:29]

Donc ça, c'est en after show pour nos abonnés Patreon, Seb.

[07:32]

Là-dessus, Seb, sommes-nous prêts à se plonger dans notre épisode d'aujourd'hui?

[07:36]

Oui, mais on a un commanditaire, justement, aujourd'hui, Emile.

[07:41]

As-tu l'impression parfois que ta vie ressemble à un film de A24?

[07:46]

Mes ans, Emile, et encore plus depuis qu'ils ont annoncé leur nouveau film d'horreur

[07:50]

Undertone, parce que dans ce film-là, l'animatrice d'un podcast populaire

[07:54]

sur les phénomènes paranormaux devient hantée par des enregistrements terrifiants

[07:59]

qui lui sont mystérieusement envoyés. C'est comme nos vies, hein, Emile?

[08:04]

Absolument, Seb. On a vu le film en primeur, on l'a écouté hier,

[08:07]

puis on peut vous dire qu'on est encore sous le choc.

[08:10]

C'est un film hyper immersif où la peur se transmet autour par des infets sonores.

[08:16]

C'est une vraie expérience auditive qui vaut la peine d'être vécue

[08:19]

dans une salle de cinéma.

[08:21]

Moi, je l'ai écouté avec mes écouteurs hier pour être bien immergé

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dans tout cet univers-là, puis c'est vrai que ça donne la frousse,

[08:28]

parce que l'actrice principale est presque tout le temps seule

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dans l'appartement de sa mère, et puis elle est souvent seule avec son micro,

[08:36]

elle fait son podcast, puis son collègue Justin est toujours à distance.

[08:40]

Donc, on est toujours en train d'entendre une conversation,

[08:42]

un peu comme maintenant avec nos écouteurs, alors qu'on se parle,

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on est dans la même pièce, mais bref,

[08:47]

cet effet de vase-clos-là, je trouve qu'il amène encore plus

[08:51]

de terreurs et de suspenses à l'histoire.

[08:54]

Oui, absolument. Moi, j'ai vraiment eu la chienne.

[08:56]

Et le film d'horreur, il est distribué au Canada par VVS Films

[09:01]

et sort en salle au Québec en anglais le 13 mars.

[09:04]

Les billets sont en vente maintenant, ne manquez pas ça.

[09:07]

Le film est Undertone, le premier film du réalisateur canadien

[09:11]

Ian Tuason, filmé à Toronto et produit par la compagnie culte A24.

[09:18]

Là-dessus Seb, sommes-nous prêts à se plonger dans notre épisode d'aujourd'hui?

[09:23]

Oui, monsieur!

[09:24]

Allons-y, maintenant!

[09:27]

Nous sommes à Palo Alto, en Californie, à la fin des années 90.

[09:32]

La Silicon Valley est en pleine effervescence.

[09:36]

On est en 1998, en pleine montée de la bulle Internet.

[09:40]

Le Nasdaq grimpe, les startups se multiplient,

[09:44]

les investisseurs parlent de millions autour d'un café.

[09:47]

Des garages deviennent des entreprises,

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des entreprises deviennent des promesses de fortune.

[09:52]

À Palo Alto, ça se voit et ça se sent.

[09:55]

Des rues propres, des maisons tranquilles, des campus à quelques minutes,

[09:59]

des bureaux où on travaille tard le soir

[10:01]

et où on parle de projets comme si c'était une vocation.

[10:06]

À côté, il y a Stanford, un aimant à talent, à ingénieurs, à chercheurs.

[10:11]

La technologie n'est pas juste un secteur d'activité, c'est l'identité du lieu.

[10:16]

Dans ce décor-là, les drames majeurs ont l'air de ne pas avoir leur place.

[10:20]

On est dans une ville associée à l'innovation, à la croissance, à l'avenir,

[10:25]

pas à la violence.

[10:26]

Le mardi 22 septembre 1998, en milieu d'après-midi,

[10:31]

un appel est logé au 911.

[10:33]

Selon les articles publiés dans les jours qui suivent,

[10:36]

c'est le frère de Vladimir Pokylko qui donne l'alerte.

[10:40]

Inquié de ne pas réussir à joindre la famille,

[10:42]

il se rend à la résidence au 418 Fern Avenue,

[10:47]

dans le quartier de Greendell, au sud de Palo Alto.

[10:51]

Sur place, il comprend que quelque chose ne va pas

[10:53]

et contacte les services d'urgence.

[10:56]

L'appel est enregistré vers 15h30.

[10:58]

À l'intérieur, les policiers découvrent trois personnes décédées.

[11:02]

Vladimir Pokylko, 43 ans, son épouse,

[11:06]

Elena Fedotova, 38 ans, et leur fils, Peter, 12 ans.

[11:11]

Selon les premiers compte-rendus publics,

[11:13]

les victimes sont retrouvées dans leur chambre, en vêtement de nuit.

[11:17]

Les autorités indiquent qu'elles ont subi des blessures

[11:19]

causées à la fois par un objet contondant,

[11:21]

un marteau et par une arme blanche.

[11:24]

Oh my God!

[11:25]

Ah non, c'est pas beau, là.

[11:27]

Gros drame familial.

[11:29]

Il n'y aurait pas de signes d'effraction à la résidence

[11:32]

et aucun objet de valeur ne semble avoir été volé.

[11:35]

Ce que la police décrit, en revanche,

[11:37]

c'est une scène d'une violence extrême.

[11:39]

Même sans entrer dans des détails supplémentaires,

[11:41]

on comprend rapidement qu'on est devant quelque chose d'inhabituel

[11:45]

pour une ville comme Palo Alto.

[11:48]

Toujours selon la police,

[11:50]

le drame ne se serait pas nécessairement déroulé

[11:52]

juste avant l'intervention.

[11:53]

Les enquêteurs situent plutôt une fenêtre temporelle

[11:56]

qui commencerait le 21 septembre, vers 20h,

[11:59]

et se terminerait avec l'appel au 911 le lendemain, vers 15h30.

[12:04]

Les médias rapportent qu'un ami de Vladimir Pokylko

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aurait été la dernière personne à lui parler au téléphone le lundi soir.

[12:12]

Après cet échange, plus aucun contact n'est établi avec lui

[12:16]

avant la découverte du drame.

[12:18]

Le contraste frappe d'autant plus que, cette année-là,

[12:21]

la police dira aux médias qu'il ne s'agirait que du deuxième dossier

[12:24]

d'homicide à Palo Alto en 98.

[12:27]

Puis on est vers la fin de l'année,

[12:28]

il n'y a tellement pas beaucoup de meurtres.

[12:31]

Dans une communauté comme celle-là,

[12:33]

l'onde de choc est immédiate.

[12:35]

Dans les jours qui suivent,

[12:36]

des drapeaux sont mis en berne à la Jane Laetrop Stanford Middle School

[12:41]

où Peter, le fils, était élève.

[12:44]

À l'école, on mobilise du soutien psychologique

[12:47]

pour les jeunes et le personnel.

[12:49]

L'enquête, elle, avance vite, vers une lecture officielle.

[12:52]

Très tôt, les autorités traitent l'affaire comme un meurtre suicide

[12:56]

et disent ne pas chercher de suspects externes.

[12:58]

En octobre 98, la lieutenant Alana Forest le réaffirme publiquement.

[13:04]

Selon ce qu'ils ont en main,

[13:06]

rien ne les pousse vers une autre piste.

[13:08]

Dans la résidence, les enquêteurs trouvent aussi une note.

[13:12]

La police ne dévoile pas immédiatement son contenu.

[13:15]

Ce n'est qu'en janvier 99 que le texte est rendu public.

[13:19]

On apprend également qu'il a été envoyé au FBI Crime Lab

[13:23]

pour analyse et qu'une traduction a été réalisée

[13:26]

avec l'aide d'un linguiste russe.

[13:28]

Le message, court et rédigé dans un anglais approximatif,

[13:32]

est rapporté ainsi dans la presse.

[13:36]

I've been eaten alive, Vladimir.

[13:39]

Just remember that.

[13:41]

I am exist, the devil.

[13:44]

Et là, the devil, il est écrit avec un A au lieu du E.

[13:46]

Oui, puis il dit aussi I am exist, ce qui se dit pas vraiment.

[13:52]

On voit que c'est écrit dans un anglais, justement, approximatif.

[13:56]

Oui, oui, voilà.

[13:57]

En français, c'est ça, comme tu peux le dire,

[13:59]

j'ai été dévoré vivant, c'est un peu ça que ça veut dire.

[14:01]

J'ai été dévoré vivant, Vladimir.

[14:03]

Souviens-toi que j'existe, le diable.

[14:06]

Comme si c'était signé, le diable.

[14:08]

Oui, c'est ça.

[14:09]

La formulation est grammaticalement instable.

[14:12]

L'orthographe est fautive.

[14:13]

Le sens n'est pas limpide.

[14:15]

Il faut rappeler que l'anglais n'était pas la langue maternelle de Pocky le Coup.

[14:19]

Les autorités ne l'ont jamais présenté comme un message codé

[14:22]

ni comme la preuve d'une intervention extérieure.

[14:25]

Elles l'ont intégrée dans leur analyse globale

[14:27]

sans lui attribuer une interprétation officielle détaillée.

[14:31]

Et c'est précisément ce type de fragment ambigu qui marque les esprits.

[14:36]

Pas parce qu'il ne dit pas clairement ce qui s'est passé,

[14:38]

mais il laisse suffisamment d'espace pour que d'autres y projettent une explication.

[14:43]

À ce stade, officiellement, l'affaire est close,

[14:46]

mais le nom de Vladimir Pocky le Coup, lui,

[14:48]

ne restera pas coincé dans les pages des médias locaux,

[14:51]

parce que dans son parcours professionnel,

[14:53]

il y a un mot qui va changer la trajectoire du récit.

[14:57]

Tetris.

[14:58]

Et c'est là que l'histoire prend une autre dimension.

[15:02]

Oui, parce que toute une saga, ce jeu vidéo,

[15:07]

c'est vraiment, comme tu dis, c'est le mot qui a révélé quelque chose

[15:12]

un peu aux autorités quand ils ont investigué le background de Vladimir.

[15:16]

24 ans plus tard, l'affaire refait surface SEB le 5 décembre 2022.

[15:23]

La chaîne Investigation Discovery, les amateurs de True Crime,

[15:27]

c'est une chaîne que j'ai plus la télé cablée,

[15:31]

mais à une certaine époque, c'était la chaîne avec le canal un peu,

[15:36]

Canal Investigation.

[15:38]

Et là, en 2022, le 5 décembre,

[15:40]

cette chaîne va diffuser une série qui s'appelle The Tetris Murders,

[15:45]

qui est une mini série documentaire en trois épisodes

[15:48]

consacrée au dossier de Vladimir Pocky le Coup

[15:51]

puis aux meurtres de toute sa famille.

[15:53]

Le projet ne présente pas de nouvelles preuves déterminantes,

[15:55]

mais il reprend l'enquête de 1998 en mettant l'accent sur les éléments

[16:00]

qui soulèvent des questions, entre autres en lien avec la conception du jeu.

[16:04]

On y retrouve notamment Sandra Brown,

[16:07]

une intervenante de la police de Palo Alto à l'époque, aujourd'hui retraité,

[16:11]

qui explique ne jamais avoir été pleinement à l'aise

[16:13]

avec la conclusion officielle de l'enquête.

[16:16]

La série revisite alors les points les plus sensibles du dossier,

[16:20]

la note retrouvée sur place que tu nous as lue, SEB,

[16:23]

certains détails techniques discutés après le coup,

[16:25]

l'idée d'une possible mise en scène et la mention d'un soutien technique

[16:29]

du FBI pour l'analyse de la note.

[16:32]

Sans affirmer directement qu'il y a eu un complot,

[16:35]

le documentaire construit le récit autour des zones grises

[16:38]

et laisse planer l'idée que l'histoire pourrait être plus complexe

[16:41]

que la version populaire.

[16:46]

Le documentaire repose sur un élément fort,

[16:49]

le lien avec Tetris.

[16:51]

Dans la série elle-même, Vladimir Pocky le Coup

[16:54]

est présenté comme un proche collaborateur d'Alexey Pajitnov,

[16:58]

qui est lui reconnu, si vous allez sur Wikipédia par exemple,

[17:02]

c'est lui qui est reconnu comme étant le créateur de Tetris,

[17:05]

ce Alexey Pajitnov, qu'on va nommer souvent ce soir.

[17:09]

Et Vladimir est aussi co-fondateur d'Anima Tech.

[17:13]

Elle situe donc son rôle dans l'écosystème qui entoure Tetris

[17:17]

sans en faire l'auteur du jeu, en quelque sorte.

[17:20]

Mais lorsque la série est reprise dans des articles promotionnels,

[17:25]

des récaples ou des descriptions en ligne,

[17:27]

le vocabulaire devient parfois plus large.

[17:30]

Pocky le Coup est décrit comme impliqué dans le développement du jeu,

[17:34]

voire comme co-développeur, mais ce n'est pas totalement faux

[17:38]

d'une certaine façon, Seb, mais quand même ça reste flou

[17:42]

et non précis.

[17:45]

Puis l'histoire quitte le cadre du documentaire

[17:48]

et circule ailleurs, l'histoire des meurtres de Tetris.

[17:52]

Elle passe dans des résumés courts, des titres,

[17:54]

des extraits partagés, des petits articles de journaux

[17:57]

et c'est là que le glissement se produit,

[17:59]

une phrase finie par s'imposer parce qu'elle est simple et percutante.

[18:03]

Le créateur de Tetris a été assassiné.

[18:06]

Puis c'est des gens qui semblent...

[18:08]

Tetris, c'est un jeu un peu mythique, mais en même temps,

[18:13]

c'est pas comme Mario Bros ou Donkey Kong,

[18:15]

il n'y a pas de personnage.

[18:17]

Si tu demandes à quelqu'un sur la rue

[18:20]

qui a fait Tetris, les gens ne savent pas

[18:23]

si c'est Alexis Pajitnov ou Vladimir Pocky le Coup.

[18:27]

Mario Bros, ils ne vont pas dire Shigeru Miyamoto,

[18:30]

mais ils vont dire Nintendo.

[18:32]

Tetris, on dirait que ça demeure anonyme,

[18:37]

un peu comme jeu.

[18:39]

Ça semble un peu loin de nous, le créateur de Tetris.

[18:42]

Dans l'esprit des gens, il y a une grosse confusion

[18:46]

qui se crée à ce moment-là, au moment du documentaire

[18:48]

qui est quand même diffusé sur une grosse chaîne.

[18:52]

Or, le créateur de Tetris, au sens strict et documenté,

[18:55]

c'est Alexis Pajitnov.

[18:57]

Le jeu Tetris est conçu à Moscou en 1984

[19:01]

et la marque retient même le début de juin 1984

[19:05]

comme date symbolique de sa création.

[19:07]

Pajitnov est toujours vivant

[19:09]

et l'énoncer, le créateur de Tetris, a été retrouvé mort

[19:12]

et donc factuellement faux, même si la formule

[19:15]

a circulé massivement dans les médias de l'époque.

[19:18]

La confusion vient du fait que Vladimir Pocky le Coup,

[19:22]

c'est pas un nom inventé. Il y a réellement gravité

[19:24]

autour de Pajitnov à un moment charnière.

[19:27]

Les biographies officielles indiquent que Pajitnov

[19:30]

fonde Animatech à Moscou avec son ami,

[19:33]

le docteur Vladimir Pocky le Coup,

[19:35]

avant de s'installer aux États-Unis,

[19:37]

puis développe un bureau américain

[19:39]

en collaboration avec Hank Rogers.

[19:42]

Le lien avec l'histoire de Tetris est réel,

[19:44]

mais réel ne signifie pas créateur non plus,

[19:47]

mais on voit qu'il était lié de très près à Tetris.

[19:51]

Donc dire que Vladimir était un peu dans l'entourage

[19:56]

du jeu et de Pajitnov, c'est exact.

[20:00]

Le présenter comme un collaborateur dans l'entourage

[20:02]

peut aussi se défendre selon le contexte,

[20:05]

mais le qualifier de créateur change complètement

[20:07]

la portée du récit. On parle plus d'un drame classé en 98,

[20:12]

on parle soudainement d'un mystère international

[20:15]

rattaché à l'un des jeux les plus connus de l'histoire.

[20:18]

Il faut donc remettre les mots à leur place en quelque sorte.

[20:22]

L'affaire de 98 concerne Vladimir Pocky le Coup,

[20:25]

mais l'histoire de Tetris ne commence pas

[20:28]

en Californie avant que ces deux événements-là

[20:30]

se rencontrent. Elle commence à Moscou en 84,

[20:34]

et Seb, tu vas nous en parler un peu parce que

[20:36]

quelle histoire fulgurante celle de Tetris!

[20:41]

Oui, c'est assez fou, puis on recule en arrière

[20:43]

en juin, 84 à Moscou. La guerre froide

[20:46]

structure encore le monde en blocs opposés.

[20:50]

Alexis Pajitnov travaille alors au centre informatique

[20:52]

de l'Académie des sciences de l'URSS.

[20:55]

Il ne développe pas un produit commercial.

[20:57]

Sur son temps libre, il programme un jeu inspiré

[21:00]

du puzzle géométrique qu'il aime résoudre.

[21:04]

Selon la chronologie officielle publiée par

[21:06]

The Tetris Company, c'est à ce moment précis

[21:09]

que naît Tetris. L'idée vient d'un jeu

[21:12]

plus ancien, les Pentomynos.

[21:15]

Ça, c'est des formes géométriques composées

[21:17]

de cinq carrés collées les uns aux autres par leurs côtés.

[21:21]

Et le défi consiste à remplir une surface donnée

[21:23]

sans laisser d'espace vide.

[21:25]

Oui, on se rappelle de ça, on en avait quand on était jeunes,

[21:28]

des petits blocs qui glissent avec juste un espace vide.

[21:30]

Mais j'avais oublié que c'était ça.

[21:32]

C'est vrai que c'est une forme de proto-Tetris.

[21:35]

Oui, c'est vraiment de ça que c'est inspiré.

[21:39]

Si vous googlez le Pentomynos, vous allez voir

[21:41]

c'est les mêmes formes, les mêmes types de blocs identiques.

[21:45]

Et là, Pajitnov reprend ce principe,

[21:48]

mais il le simplifie et y ajoute une contrainte déterminante.

[21:51]

Les pièces tombent, l'espace se remplit progressivement

[21:55]

et le joueur doit décider rapidement

[21:57]

où placer chaque forme avant que l'écran ne déborde.

[22:01]

Cette combinaison transforme un simple puzzle

[22:03]

en une mécanique dynamique, simple à comprendre,

[22:07]

exigeante en pratique et presque impossible à lâcher.

[22:09]

C'est tellement addictif. Tetris, moi,

[22:12]

je joue encore, je dirais pas régulièrement,

[22:15]

mais je m'achète toujours une version sur un de mes appareils,

[22:19]

que ce soit mon téléphone ou ma Xbox ou ma Switch.

[22:23]

On dirait que j'ai toujours une version de Tetris.

[22:25]

J'en ai besoin parce que de temps en temps,

[22:27]

j'ai comme une rage exacte et je joue.

[22:31]

C'est vrai que c'est addictif.

[22:33]

En plus, c'est tellement simple

[22:35]

qu'on dirait que ça peut pas passer de mode.

[22:38]

Le game design est tellement parfait

[22:39]

que plus les pièces tombent,

[22:43]

moins il reste de place, moins il reste de headroom

[22:46]

dans l'endroit où tu les empiles.

[22:49]

Il y a une anxiété qui monte aussi

[22:52]

au fur et à mesure que ça augmente.

[22:55]

C'est comme vraiment parfait comme jeu.

[22:57]

Je comprends complètement que ce soit addictif.

[23:00]

Ça prend tellement pas de capacité

[23:04]

d'ordinateur et tout ça.

[23:06]

C'est un jeu qui est encore tellement épuré

[23:08]

qu'il est adaptable sur toutes les plateformes

[23:10]

aussi miniles soit-elle.

[23:12]

À l'époque, c'était sur Atari.

[23:15]

Nous, on l'a connu beaucoup sur l'ère du Game Boy.

[23:19]

Je me lancerai pas trop loin là-dedans.

[23:22]

Mais encore aujourd'hui, sur nos téléphones

[23:23]

ou même sur Nostraïs, ça pourrait marcher

[23:27]

sur une calculatrice.

[23:28]

Oui, tellement c'est basique d'une certaine façon.

[23:31]

L'algorithme n'est pas complexe.

[23:32]

Est-ce qu'il y a un nombre limité de pièces

[23:35]

dans Tetris?

[23:38]

Je sais qu'on connaît généralement

[23:41]

que c'est 12 pièces qu'on voit souvent.

[23:45]

Le petit T, t'en as un qui est plus un X

[23:47]

de différentes formes de L, plus ou moins allongé.

[23:50]

Je demande si c'est des pièces toutes fixes.

[23:54]

Peut-être qu'il y a des geeks de Tetris

[23:55]

qui peuvent nous répondre.

[23:57]

C'est pas généré.

[24:01]

Souvent, t'as toujours la pièce suivante.

[24:03]

C'est toujours les mêmes formats.

[24:07]

Maintenant, c'est tellement de variantes

[24:10]

qui ajoutent du défi.

[24:13]

Juste pour ajouter sur l'excitation,

[24:15]

c'est la musique qui accompagne ça.

[24:17]

C'est aussi un peu stressant en même temps.

[24:20]

Plus t'approches de perdre, plus la musique

[24:23]

devient plus rapide ou agressive.

[24:26]

Ça ajoute encore plus de stress.

[24:28]

Tu avais un thème de musique russe

[24:30]

qui est super rapide.

[24:34]

J'ai acheté une version sur Xbox

[24:37]

qui package toutes les vieilles versions

[24:41]

russes. C'est quand même intéressant

[24:44]

à voir les vieux modèles, mais je dois avouer

[24:46]

que j'aime mieux jouer dans une nouvelle interface.

[24:50]

Très vite, le jeu dépasse l'écran

[24:52]

sur lequel il a été programmé.

[24:53]

Dans un environnement de recherche,

[24:55]

un bon logiciel se copie, se partage,

[24:57]

se teste et se discute.

[24:59]

Tetris circule ainsi d'une institute à l'autre

[25:02]

de machine en machine.

[25:04]

Autour de Paget-Neuve,

[25:06]

certains ne voient pas seulement un passe-temps parmi eux.

[25:09]

Vladimir Pokylko, qui deviendra plus tard son associé

[25:12]

chez Animatech selon les biographies officielles,

[25:15]

le lien est réel et documenté.

[25:18]

C'est précisément cette proximité qui, des années plus tard,

[25:21]

sera simplifiée jusqu'à brouiller les rôles.

[25:24]

Le détail qui rend tout ça explosif,

[25:26]

c'est qu'à la fin des années 80,

[25:28]

Tetris n'est plus seulement un jeu ingénieux.

[25:30]

C'est un produit qui circule entre deux systèmes économiques

[25:33]

qui ne fonctionnent pas de la même façon.

[25:36]

D'un côté, l'URSS, où le logiciel appartient à l'État.

[25:39]

C'est ça qui est important de comprendre.

[25:41]

Et de l'autre, des entreprises occidentales prêtes à acheter,

[25:45]

vendre et revendre des droits parfois mal définis.

[25:48]

Et même de faire de la business,

[25:50]

c'était tendu entre les États-Unis et l'Union soviétique.

[25:53]

Ça devait être tellement particulier les négaux de ça.

[25:57]

Dès que le jeu sort de Moscou,

[25:59]

la question cesse d'être qui l'a inventé pour devenir

[26:02]

qui a le droit de l'exploiter.

[26:05]

Les contrats sont flous, les catégories juridiques imprécises

[26:08]

et plusieurs acteurs croient détenir des droits

[26:11]

qui ne sont pas toujours clairement établis.

[26:13]

Et à partir de là, l'histoire de Tetris ne révèle plus seulement du jeu vidéo.

[26:17]

Elle devient une affaire de négociations internationales,

[26:20]

de licences concurrentes et de batailles juridiques.

[26:24]

Et ce contexte compte.

[26:26]

Il installe un arrière-plan déjà complexe, déjà chargé de tension et d'argent.

[26:30]

Et des années plus tard,

[26:32]

quand un drame réel survient en Californie

[26:34]

et que le nom de Tetris s'y rattache,

[26:36]

cette toile de fond donne l'impression

[26:38]

qu'il y a forcément quelque chose de plus grand derrière l'histoire,

[26:41]

même si rien ne le démontre.

[26:43]

Oui, tout à fait.

[26:45]

Il y a eu quand même un filment de fête là-dessus

[26:48]

qui est fascinant sur cette toile.

[26:49]

On dirait que le titre ne m'en revient pas rapidement.

[26:52]

Je pense que ça s'appelle Tetris tout simplement.

[26:53]

Ça se rapproche des vies.

[26:57]

Ça démontre bien le climat de guerre froide de l'époque.

[27:02]

C'était vraiment bon. C'est pas un documentaire,

[27:04]

c'est une biopic.

[27:05]

Elle est très bien faite pour ceux qui s'intéressent.

[27:09]

Et quand Tetris commence à sortir de l'URSS,

[27:12]

il ne le fait pas avec un contrat clair

[27:14]

et une stratégie marketing définie. Au contraire.

[27:17]

Comme beaucoup de logiciels de l'époque,

[27:19]

il circule d'abord de manière informelle.

[27:22]

Des copies, des disquettes, des démonstrations en privé.

[27:26]

Le jeu voyage plus vite que son statut juridique.

[27:29]

Et là, tout le monde va tenter de tirer la couverte de son bord

[27:33]

parce que tout le monde voit une forme de mine d'or.

[27:36]

L'un des premiers Occidentaux à tenter de structurer

[27:40]

les droits autour de Tetris est Robert Steen,

[27:43]

un entrepreneur britannique et fondateur

[27:45]

d'Andromeda Software.

[27:47]

Il découvre le jeu alors qu'il circule déjà en Hongrie.

[27:51]

Enthousiaste, il contacte Moscou pour obtenir

[27:53]

une licence d'exploitation. Mais dans le système soviétique,

[27:57]

parler aux créateurs ne suffit pas.

[27:59]

Tetris a été développé dans un institut public.

[28:02]

Les droits appartiennent donc à l'État,

[28:05]

l'organisme et aussi le ELORG,

[28:08]

l'organisme chargé de l'exportation

[28:11]

des logiciels soviétiques.

[28:15]

Pajitnov peut expliquer son jeu,

[28:17]

mais il ne peut pas vendre les droits à titre personnel.

[28:20]

Et là, ça va devenir compliqué.

[28:22]

Malgré cela, les licences commencent à circuler en Occident,

[28:26]

notamment vers Spectrum Holobyte aux États-Unis

[28:29]

et Mirrorsoft au Royaume-Uni.

[28:31]

Mirrorsoft, ça a existé longtemps.

[28:35]

Les contrats mentionnent les droits pour les ordinateurs

[28:38]

sans définir précisément ce que cela inclut.

[28:41]

C'étaient encore les balbutiements.

[28:42]

Et à la fin des années 80, le mot ordinateur est encore un peu flou.

[28:46]

Est-ce que c'est un IBM, un Amiga?

[28:49]

Est-ce que c'est une console branchée à la télévision?

[28:51]

Est-ce que c'est une borne d'arcade?

[28:53]

Est-ce que ça compte comme ordinateur?

[28:56]

Cette imprécision contractuelle devient le cœur du conflit

[28:59]

parce que chaque acteur interprète le terme à son avantage.

[29:03]

Et les arcades à l'époque, c'était encore le Golden Age,

[29:07]

contrairement à maintenant.

[29:09]

Pendant que ces interprétations s'entrechoquent,

[29:12]

Tetris cesse d'être simplement un jeu ingénieux.

[29:15]

Il devient un produit convoité

[29:17]

et plusieurs acteurs croient détenir une partie des droits.

[29:21]

Mirosoft, qui est lié à Robert Maxwell,

[29:23]

est-ce que c'est le Robert Maxwell, Seb, le père de Gillan Maxwell?

[29:28]

Oui. Je pense que oui.

[29:29]

Oui, vu que c'est britannique. C'est vrai, on dirait que je n'ai pas cliqué.

[29:32]

Un crossover entre Tetris et Epstein.

[29:35]

Tout est dans tout.

[29:37]

Oui, il ne doit pas y avoir deux Robert Maxwell,

[29:41]

des magnats d'entreprise comme ça.

[29:44]

Bref, Maxwell, lui aussi,

[29:46]

veut sécuriser le maximum de licence de Tetris.

[29:49]

Il y a Atari, aussi Atari Games,

[29:51]

entreprise américaine qui avance sur des versions console

[29:55]

à propos du jeu.

[29:56]

Et à Moscou, chez E-L-O-R-G,

[30:00]

Nikolai Belikov observe des entreprises occidentales

[30:03]

se battre autour d'un jeu soviétique

[30:05]

dont l'État veut encadrer l'exploitation plus clairement.

[30:09]

En 1988, au Consumer Electronic Show

[30:13]

au CES de Las Vegas, ça existait en 1988,

[30:16]

Hank Rogers découvre Tetris

[30:18]

et là, c'est une épiphanie.

[30:21]

Rogers, c'est pas juste un simple observateur.

[30:24]

C'est un entrepreneur qui est bien installé au Japon.

[30:26]

Il est fondateur de Bulletproof Software

[30:28]

et entretient des liens directs avec Nintendo,

[30:31]

notamment via ses activités d'édition sur le marché japonais.

[30:34]

En 1988, Nintendo, c'est quand même big.

[30:37]

Il a déjà publié des jeux sur les plateformes Nintendo

[30:40]

et comprend l'importance stratégique d'un titre fort

[30:43]

pour accompagner une nouvelle machine.

[30:46]

À ce moment-là, Nintendo prépare une console portable

[30:49]

appelée à devenir majeure, la Game Boy.

[30:53]

Rogers comprend immédiatement que Tetris

[30:55]

peut être le jeu qui définit cette console.

[30:57]

Non pas comme produit destiné à un public restreint,

[31:00]

mais comme titre universel capable de toucher

[31:03]

bien au-delà du marché traditionnel des joueurs.

[31:07]

En février 1989, il se rend à Moscou

[31:10]

pour clarifier les droits avec E-Lorg et Belikov.

[31:14]

La question est simple mais décisive

[31:16]

si un contrat parle d'ordinateur.

[31:19]

Est-ce que cela inclut une console portable comme la Game Boy

[31:21]

ou est-ce que c'est un marché distinct?

[31:24]

C'est une guerre un peu de sémantique autour de Tetris.

[31:27]

C'est très intéressant de voir

[31:30]

les balbutiements du copyright de la vidéo de l'époque.

[31:34]

L'accord conclu en 1989 donne à Nintendo

[31:37]

une position déterminante sur les versions

[31:40]

qu'on sent les portables.

[31:42]

Des contestations juridiques suivront, notamment de la part

[31:45]

d'Atari et de Mirrorsoft, mais la décision est prise

[31:48]

et la fenêtre commerciale est ouverte.

[31:51]

La Game Boy sort en Amérique du Nord en 89

[31:54]

avec Tetris inclus dans le coffret.

[31:57]

Le succès est immédiat et selon les chiffres communiqués

[32:00]

par la marque, cette version dépensera

[32:02]

les 35 millions d'exemplaires vendus à l'époque.

[32:06]

C'est fou, c'est avant les années 90.

[32:10]

Quand dans le début des marchés de consoles

[32:12]

au même portatif, c'était tout nouveau,

[32:15]

les chiffres sont vraiment impressionnants.

[32:17]

Je n'ai pas eu cette console, ma première Game Boy.

[32:19]

J'avais sans doute une super Nintendo à cette époque,

[32:24]

mais je t'ai rencontré jeune.

[32:26]

Je n'ai pas eu cette première Game Boy

[32:29]

qui est tellement belle.

[32:30]

J'aurais aimé ça la retrouver maintenant.

[32:33]

Il y a un marché autour de ces premières versions.

[32:39]

Et là, Tetris devient indissociable de la console

[32:42]

et s'installe dans la culture populaire mondiale.

[32:45]

C'était toute une époque, Emile, le jeu Tetris.

[34:08]

Toi, c'était quoi tes jeux préférés rétro à cette époque-là?

[34:12]

Je ne sais pas si c'était mon jeu préféré,

[34:14]

mais un des premiers souvenirs de jeux vidéo que j'ai,

[34:16]

c'est mon père qui avait ramené une Intellivision

[34:19]

à la maison. La console était vieille pour mon âge

[34:22]

parce qu'on n'est pas si vieux.

[34:25]

La Intellivision, il y avait des fils de téléphone

[34:27]

un peu boudinés sur la manette.

[34:29]

Il n'y avait pas de manette sans fil, évidemment.

[34:32]

Le jeu, il a fallu que je le recherche

[34:34]

parce que je ne me rappelle plus si c'était quoi.

[34:36]

C'est Shark Shark. Je ne sais pas si tu connais.

[34:38]

C'est un jeu où tu commences, c'est un petit poisson.

[34:40]

Tu dois manger des plus petits poissons que toi

[34:42]

pour devenir un plus gros poisson.

[34:44]

À partir de ce moment-là, tu peux manger des plus gros poissons.

[34:48]

C'est un peu une métaphore de l'époque

[34:56]

parce que j'aimais jouer à Pegasus et Pitfall, entre autres.

[34:59]

C'est quoi, un Coco 3? C'est qui est-ce qui dit

[35:01]

« Viens chez nous, jouez à ma Coco 3? »

[35:04]

Oui, c'est pas une attrape à pédophile.

[35:07]

En fait, c'est Tendy, c'est Color Computer 3.

[35:10]

C'est Radio Shack à l'époque qui faisait des ordinateurs.

[35:13]

Je suis sûr que les plus geeks d'entre nous se rappellent de ça

[35:17]

parce que ma mère, à l'époque, elle ne voulait pas

[35:18]

m'acheter une console Nintendo, mais un ordinateur, je pouvais.

[35:21]

Et c'était les premiers jeux, même sur cassettes audio,

[35:24]

que les jeux étaient installés, et c'était des petits pixels

[35:28]

et tout ça, donc c'était la belle époque.

[35:31]

Chérie, viens chez nous, on va jouer au Coco 3.

[35:35]

Je reviens à notre histoire, mon cher Emile.

[35:37]

Après la bataille des licences et le succès commercial

[35:40]

de la Game Boy, Tetris ne disparait pas.

[35:43]

Il s'installe. Ce n'est pas un phénomène ponctuel

[35:46]

de 1989, mais plutôt le point de départ

[35:49]

d'une trajectoire durable.

[35:51]

En 1996, un tournant majeur survit.

[35:55]

Les droits détenus par ELORG,

[35:58]

l'entité gouvernementale russe,

[36:01]

arrivent à échéance, et Alexis Pajitnov

[36:04]

récupère enfin les droits commerciaux

[36:06]

sur son propre jeu. Pendant plus d'une décennie,

[36:10]

malgré le succès mondial de Tetris,

[36:12]

il n'avait touché aucun revenu direct,

[36:15]

puisque le jeu appartenait juridiquement

[36:17]

à l'État soviétique.

[36:18]

C'est un des plus gros drames de l'histoire du jeu vidéo.

[36:23]

C'est une arnaque complète.

[36:27]

Toute cette histoire de jeu étatique,

[36:29]

ça n'a pas de sens.

[36:31]

J'ai pas trouvé l'info direct

[36:34]

que combien d'argent fait l'État soviétique

[36:38]

pendant ces années-là.

[36:40]

C'est pas très public de ce que je comprends.

[36:43]

J'ai pas trouvé l'info,

[36:45]

mais évidemment, il pue à plein.

[36:47]

Il doit être débordé d'argent,

[36:50]

mais quand même, je trouve qu'il y a une forme de vote.

[36:55]

Maintenant, il appartient à récupérer

[36:56]

Tetris Company, maintenant, c'est à lui.

[36:59]

C'est ça, vous allez voir, on va reparler.

[37:02]

J'ose croire que...

[37:04]

Je pense que ça va très bien maintenant,

[37:07]

mais il s'est eu ici quand même pendant une dizaine d'années.

[37:10]

C'était des grosses années aussi.

[37:11]

C'était les Nintendo et Atari qui faisaient de l'argent avec son jeu.

[37:14]

C'est ça qui est un peu triste.

[37:17]

Avec Hank Rogers, il fonde alors de Tetris Company

[37:21]

pour centraliser et encadrer l'exploitation de la marque.

[37:24]

L'objectif est clair, mettre fin aux licences dispersées,

[37:27]

uniformiser l'apparence et les règles du jeu,

[37:30]

protéger la propriété intellectuelle,

[37:32]

mais aussi contrôler l'usage du nom Tetris à l'échelle internationale.

[37:36]

À partir de ce moment-là, toute nouvelle version

[37:39]

doit être validée.

[37:40]

La marque est désormais structurée, protégée et gérée de façon cohérente.

[37:45]

Ce point est essentiel.

[37:47]

Après 1996, la situation des droits est stabilisée.

[37:51]

Les grandes batailles contractuelles des années 80 ne sont plus d'actualité.

[37:55]

La croissance, elle, continue.

[37:56]

Et en 2010, Tetris dépasse les 100 millions

[38:00]

de téléchargements mobiles payants.

[38:01]

En 2014, le total franchit les 425 millions.

[38:06]

Et en janvier 2026, la compagnie annonce

[38:09]

plus de 520 millions d'unités vendues,

[38:13]

toutes plateformes confondues et des milliards

[38:15]

de parties jouées chaque année en ligne.

[38:18]

Il ne s'agit pas d'un pic isolé,

[38:20]

mais d'une accumulation sur plus de 40 ans.

[38:23]

Oui, puis au point où ils ne doivent même pas avoir besoin

[38:25]

de faire de la publicité.

[38:27]

Ça doit être encore un des premiers jeux que quelqu'un cherche.

[38:31]

Tu arrives sur ton nouveau téléphone, tu dois chercher Tetris.

[38:33]

Tu arrives sur une console en ligne, peut-être pas sur ta PS5

[38:38]

après avoir joué à un jeu super immersif, mais quand même.

[38:41]

Ils sont encore là, malgré tout.

[38:42]

Il y a des versions consoles qui ont mis plus belle, plus dynamique

[38:46]

avec toutes sortes de versions malgré tout.

[38:49]

À cette échelle, Tetris n'est plus seulement un jeu,

[38:53]

c'est une marque mondiale reconnue sur plusieurs générations.

[38:56]

Et c'est là que ça devient important pour notre histoire.

[38:59]

Quand un drame local est associé à un nom qui a traversé

[39:01]

des décennies et vendu plus d'un demi-milliard d'unités,

[39:06]

la perception change, le nom attire l'attention

[39:09]

et avec elle viennent les hypothèses et les raccourcis.

[39:12]

Avant la rumeur, avant les résumés,

[39:14]

avant les théories, il y avait pourtant un homme,

[39:18]

Vladimir Pokylko.

[39:20]

Oui, il ne faut pas oublier que justement,

[39:22]

lui et sa famille ont été retrouvés morts en 1998.

[39:26]

C'est un peu le centre de cette histoire-là.

[39:28]

Il y a eu des vraies victimes là-dedans.

[39:30]

Et là, je vais vous en parler un petit peu plus

[39:32]

en détail de ce Vladimir. Pokylko n'est pas le créateur de Tetris.

[39:37]

On vous le dit plein de fois.

[39:38]

En 1998, au moment du drame, les journaux le présentent

[39:44]

Une entreprise de logiciels installés dans la région

[39:47]

de San Francisco spécialisée dans les outils de modélisation

[39:50]

et d'animation 3D. L'entreprise développe

[39:53]

des technologies destinées au studio de jeux vidéo,

[39:56]

à l'animation et à certains usages industriels.

[40:00]

On est en pleine effervescence technologique

[40:02]

à la Silicon Valley des années 90.

[40:05]

Donc beaucoup de capital de risque.

[40:08]

Il y a des startups ambitieuses,

[40:09]

des firmes d'investissement qui viennent s'installer,

[40:12]

des promesses de croissance rapide.

[40:14]

C'est un peu la gold rush de la technologie.

[40:18]

Mais le parcours de Pokylko commence bien avant la Californie.

[40:22]

Lui, il est formé en Union Soviétique

[40:24]

et les profils publiés à l'époque indiquent

[40:27]

qu'il obtient un diplôme technique en 1975

[40:29]

puis un diplôme en psychologie en 1982

[40:32]

à l'Université d'État de Moscou.

[40:35]

En 1988, il complète un doctorat en psychologie

[40:38]

à l'Académie des sciences de Russie.

[40:40]

Il s'intéresse aux interactions entre les systèmes informatiques

[40:44]

et les comportements humains.

[40:45]

Un champ encore marginal à cette époque.

[40:48]

Oui, c'est un des pionniers de l'interaction humain-machine

[40:52]

et avoir travaillé là-dessus.

[40:54]

C'est un peu pour ça aussi qu'il s'est collé

[40:56]

aux jeux de Tetris parce que justement,

[40:58]

tout l'aspect addictif, lui, ça l'a accroché immédiatement.

[41:02]

C'est pour ça qu'il a voulu travailler, entre autres,

[41:05]

sur le jeu, pour tous ces aspects-là,

[41:08]

sur l'addiction et toute la jouabilité.

[41:11]

Exact. Lorsque Tetris apparaît en 1984 à Moscou,

[41:15]

le jeu circule rapidement dans les instituts scientifiques.

[41:19]

Pokylko n'en est pas l'auteur,

[41:20]

mais il évolue dans le même milieu que Pagidnov.

[41:23]

Il observe très tôt l'effet du jeu sur les utilisateurs.

[41:26]

La répétition, l'absorption, la difficulté à décrocher,

[41:30]

la courbe d'apprentissage aussi,

[41:32]

la difficulté dans les différents niveaux,

[41:34]

et le lien entre sa formation en psychologie

[41:36]

et cet objet informatique n'est pas accessoire.

[41:40]

C'est en 1988 que Pagidnov et Pokylko

[41:43]

cofondent Animotech à Moscou,

[41:46]

après l'effondrement de l'URSS.

[41:48]

Ils s'installent donc aux États-Unis en 1991 avec leur famille.

[41:51]

Un bureau est ouvert à San Francisco,

[41:54]

tout en conservant des employés en Russie.

[41:57]

L'entreprise tente de se positionner dans le marché émergent des outils 3D,

[42:01]

un secteur prometteur mais instable.

[42:04]

Il commence à avoir des gros films qui utilisent ce type de technologie,

[42:07]

des Jurassic Park et autres.

[42:10]

Pendant ce temps, la trajectoire commerciale de Tetris évolue ailleurs.

[42:15]

En 1996, Pagidnov récupère officiellement

[42:18]

les droits commerciaux sur son jeu

[42:20]

et fonde de Tetris Company avec Hank Rogers

[42:23]

pour centraliser l'exploitation mondiale de la marque.

[42:27]

Ce point est important, et à partir de ce moment-là,

[42:30]

la gestion de Tetris est structurée et distincte

[42:33]

des activités d'Animotech.

[42:35]

Pokylko ne fait pas partie de cette nouvelle entité par contre,

[42:38]

mais il demeure concentré sur sa propre entreprise.

[42:41]

C'est là que c'est important de le comprendre,

[42:43]

c'est qu'il n'est pas dans la nouvelle entreprise de Tetris.

[42:47]

Il est resté avec Animotech.

[42:49]

J'ai fait des vérifications, il n'y a aucun actionnaire.

[42:53]

C'est pas à lui.

[42:56]

C'est là que le contexte devient plus fragile,

[42:58]

parce qu'à la fin des années 90, plusieurs articles décrivent Animotech

[43:03]

comme financièrement instable.

[43:05]

On parle de dettes importantes, de retards de salaire,

[43:08]

de compression et de licenciement en Russie peu avant le drame.

[43:11]

Des investisseurs s'inquiètent de la rentabilité de l'entreprise.

[43:15]

Des proches rapportent que Pokylko craint

[43:17]

de perdre le contrôle de sa compagnie.

[43:20]

Ce contexte n'explique rien à lui seul,

[43:22]

mais il correspond à la lecture officielle du dossier,

[43:25]

c'est-à-dire des pressions financières, des instabilités,

[43:28]

des inquiétudes professionnelles documentées à l'époque.

[43:31]

En 1998, lorsque survient le drame de Palo Alto,

[43:35]

Pokylko n'est pas au centre de la gestion de Tetris, loin de là.

[43:39]

Les droits commerciaux sont déjà structurés depuis 1996

[43:42]

au sein de la Tetris Company.

[43:45]

Lui dirige toujours Animotech, qui est une entreprise distincte,

[43:48]

mais en difficulté.

[43:50]

Donc, il y a toujours un lien réel avec Tetris,

[43:54]

mais il est très indirect rendu à cette époque-là.

[43:57]

Oui, exact. Et là, on va continuer à dégager un peu,

[44:01]

je peux dire, nettoyer les zones d'ombre.

[44:04]

Même lorsqu'un dossier est officiellement classé,

[44:06]

il y a un écart qui peut subsister

[44:08]

entre la conclusion légale administrative

[44:10]

et la perception du public.

[44:12]

Et dans cette affaire, la chronologie est pourtant claire.

[44:15]

Le drame est découvert le 22 septembre 1998 à Palo Alto.

[44:19]

Les analyses suivent. Et le 9 octobre de la même année,

[44:22]

dans le San Francisco Chronicle,

[44:25]

la lieutenant Alana Forest déclare que les enquêteurs

[44:28]

ne disposent d'aucun élément pointant vers un suspect externe,

[44:32]

et l'affaire est traitée comme un meurtre suicide.

[44:33]

Sur le plan policier, le dossier est clos,

[44:36]

mais ce qui circule ensuite repose moins sur la conclusion

[44:40]

que sur certains détails.

[44:42]

Et le premier, celui qui revient constamment,

[44:45]

c'est la note qui a été retrouvée.

[44:47]

Elle est retrouvée dans la résidence,

[44:49]

sur le bureau de Pocilco.

[44:51]

Son contenu n'est pas dévoilé immédiatement.

[44:53]

C'est en janvier 1999 que la presse locale le publie.

[44:56]

On apprend aussi qu'il a été transmis au FBI Crime Lab

[45:00]

pour l'analyse et qu'une traduction a été réalisée

[45:02]

avec l'aide d'un linguiste russe affilié au FBI.

[45:06]

Et le message est bref, on vous revient là-dessus.

[45:14]

La formulation est instable, l'orthographe fautif,

[45:17]

la construction est étrange, mais il faut rappeler

[45:20]

que l'anglais n'était pas la langue maternelle de Pocilco.

[45:22]

Le texte ne constitue ni un récit détaillé,

[45:25]

ni une explication structurée.

[45:27]

Il laisse place à l'interprétation.

[45:29]

Il y a d'autres éléments techniques qui sont également mentionnés

[45:31]

dans les contes rendus de l'époque.

[45:33]

Selon les articles publiés en 1998, il n'y a pas de signes d'infraction

[45:36]

à la résidence, rien évidemment de volé

[45:39]

et pas d'indications claires de lutte.

[45:42]

Et pris tel quel, eh bien, ces éléments appuient

[45:49]

à une cohérence. Certains récits ultérieurs évoquent

[45:51]

aussi l'absence d'empreintes digitales exploitables

[45:54]

sur certains objets, mais aussi la présence d'une empreinte

[45:57]

d'une pompe de main. Sans accès au dossier complet

[46:00]

et aux rapports médicaux légaux détaillés, eh bien,

[46:03]

ces éléments sont difficiles à évaluer avec précision.

[46:05]

Et en pratique, l'absence de traces, mais ça ne constitue pas

[46:09]

en soi une preuve d'une intervention extérieure.

[46:12]

Donc surtout que c'est quand même un drame assez violent,

[46:15]

il y a sans doute des traces de lutte ou des déplacements,

[46:20]

sans vouloir entrer dans des détails scabreux.

[46:24]

Quand ton arme, c'est un marteau et que tu essaies

[46:26]

de tuer quelqu'un, c'est rare que c'est le premier coup.

[46:29]

Je veux dire, je ne l'ai jamais fait.

[46:30]

J'imagine que pour que tu puisses faire ça

[46:35]

d'un coup rapidement,

[46:38]

en tout cas, ça ne doit pas être évident.

[46:39]

J'imagine qu'il pourrait y avoir des luttes et tout ça.

[46:41]

Donc ça pointe un peu vers un individu de confiance

[46:44]

qui a été dans la maison sans éveiller les soupçons

[46:47]

et sans créer une panique.

[46:48]

Oui, oui, absolument. Il n'y a pas eu de bataille ou quoi que ce soit.

[46:51]

Il y a enfin aussi la mention du FBI,

[46:54]

parce que dans les faits rapportés, il y a des questions

[46:56]

d'assistance technique et linguistique, ce qui n'est pas

[46:58]

inhabituel dans un dossier qui implique une famille

[47:01]

d'origine russe, un document rédigé en anglais approximatif.

[47:04]

Mais encore une fois, les gens ont isolé la formule

[47:08]

le FBI était impliqué, puis là, ça prend rapidement

[47:11]

une ampleur un peu différente.

[47:13]

Oui, comme si c'était secret d'états et autres.

[47:14]

Exact, exact. Aucun de ces éléments ne constitue à lui seul

[47:18]

une preuve alternative, mais réuni, il crée une zone

[47:21]

d'incertitude. Et ce sont ces zones grises

[47:24]

qui alimentent le doute. Et parmi les hypothèses qui émergent

[47:27]

presque systématiquement à partir de ces éléments,

[47:30]

il y en a une qui revient avec insistance,

[47:33]

la mafia russe.

[47:35]

Oui, et je vais élaborer un peu là-dessus, Seb.

[47:37]

Ça fait longtemps que je n'avais pas lu l'histoire en lien

[47:39]

avec la mafia russe. Elle nous manquait quelque part.

[47:42]

C'est une théorie qui explique tout. Je dis ça un peu

[47:45]

avec une pointe de sarcasme. Mais quand le nom de Tetris

[47:48]

est associé au drame de Palo Alto, il y a une hypothèse

[47:51]

qui revient rapidement dans les discussions en ligne,

[47:54]

celle d'une possible implication de la mafia russe,

[47:57]

parce qu'encore une fois, on était en période de tension.

[48:00]

Ce réflexe ne sort pas de nulle part.

[48:02]

À la fin des années 90, le crime organisé russe

[48:06]

occupe une place importante dans les médias nord-américains.

[48:09]

En 1998, le directeur du FBI,

[48:12]

Louis Free, témoigne devant le Congrès

[48:15]

au sujet de la montée du crime organisé international

[48:17]

et il mentionne des groupes criminels russes

[48:20]

et est-européens actifs dans plusieurs

[48:23]

grandes villes américaines, dont la région de San Francisco.

[48:26]

Il est alors question de réseaux structurés,

[48:29]

parfois associés aux thieves in law,

[48:34]

qui est un terme désignant des figures

[48:36]

d'autorité au sein du crime organisé russe traditionnel

[48:39]

et d'enquêtes menées en collaboration

[48:41]

avec des agences étrangères.

[48:43]

Le contexte existe, il est bien documenté.

[48:47]

C'est dans ce climat que l'association le devient

[48:50]

rapide entre les deux événements. Un jeu devenu

[48:53]

un succès mondial, une bataille internationale

[48:56]

pour les droits, un entrepreneur d'origine soviétique,

[49:00]

une mort violente, donc le récit

[49:03]

paraît cohérent dans l'imaginaire des gens

[49:05]

dont on fait des liens. Mais dans sa version la plus

[49:07]

répondue, la théorie soutient qu'il ne s'agirait pas

[49:10]

d'un drame familial, mais d'une intervention extérieure.

[49:14]

Des individus seraient entrés, auraient tué la famille

[49:17]

puis maquillé la scène pour qu'elle ressemble à autre chose.

[49:20]

Parce qu'il ne faut pas oublier que Vladimir a été

[49:23]

retrouvé avec un couteau dans la gorge.

[49:26]

C'est quand même un suicide intense.

[49:29]

C'est très rare qu'on voit ça.

[49:34]

Le mobile invoqué serait financier,

[49:37]

c'est-à-dire Tetris représente des sommes importantes

[49:39]

et la Russie post-soviétique des années 90

[49:42]

est marquée par des réseaux criminels

[49:44]

cherchant à infiltrer des secteurs lucratifs.

[49:47]

Donc, est-ce qu'il y aurait même erreur sur la personne?

[49:51]

Certains éléments repris dans la docu-série

[49:53]

des Tetris Murders alimentent cette lecture.

[49:56]

On y évoque notamment l'apparition rapide du FBI

[49:59]

sur les lieux du crime dès le lendemain du drame,

[50:02]

ainsi que l'existence d'un mandat lié à la division fédérale

[50:06]

chargée du crime organisé et du racket

[50:08]

qui, lui, est daté peu après les faits.

[50:11]

Dans le documentaire et dans certains articles,

[50:13]

cet élément est présenté comme un indice

[50:15]

que les autorités fédérales auraient envisagé

[50:18]

une piste liée au crime organisé.

[50:21]

Il faut toutefois nuancer.

[50:23]

La présence ou l'intervention du FBI ne constitue pas en soi

[50:26]

une preuve d'implication mafieuse.

[50:28]

Dans un dossier impliquant un ressortissant d'origine russe,

[50:32]

une entreprise technologique internationale

[50:34]

et des documents en langue étrangère,

[50:36]

une assistance fédérale peut relever d'un soutien technique,

[50:40]

d'une coordination à interagence ou d'un simple protocole.

[50:44]

Mais aucun document public ne démontre que le FBI

[50:46]

ait établi un lien direct entre l'affaire

[50:49]

et un réseau de criminels russes.

[50:52]

Un autre élément mentionné dans la série

[50:54]

concerne l'interprétation symbolique des armes utilisées.

[50:58]

Certains membres de la communauté russe

[51:00]

auraient suggéré que l'usage combiné d'un marteau

[51:02]

et d'un couteau pouvait évoquer le marteau

[51:05]

et la fossée soviétique.

[51:10]

Cette lecture circule dans le documentaire

[51:12]

mais elle demeure très interprétative.

[51:14]

Ça peut laisser croire aussi qu'il y aurait peut-être deux personnes

[51:17]

vu qu'il y a deux armes différentes.

[51:20]

Ça peut laisser croire qu'il y aurait peut-être un groupe

[51:22]

qui serait rentré dans la maison.

[51:25]

Il faut également préciser un point essentiel.

[51:27]

Il n'existe pas une « mafia russe » monolithique.

[51:31]

Les documents officiels de l'époque

[51:33]

parlent d'une pluralité des groupes criminels

[51:35]

mais dans le récit populaire, la nuance disparaît rapidement.

[51:39]

L'expression devient une étiquette simple

[51:41]

qui permet d'identifier un groupe de coupable.

[51:44]

Parce qu'on fait ça ici aussi au Québec, la mafia italienne.

[51:47]

C'est les Italiens. C'est la gang de l'Ouest.

[51:50]

Je sais qu'à l'intérieur, il y a plusieurs factions.

[51:52]

C'est vrai qu'on les met un peu dans le même bateau,

[51:55]

mais plein de groupes ne sont pas tous ensemble.

[51:58]

Il y a plusieurs indépendants aussi.

[52:01]

On les met souvent tous dans le même panier.

[52:04]

Les arguments avancés pour soutenir cette piste

[52:07]

reposent presque toujours sur les mêmes éléments.

[52:09]

La note qui est ambiguë, certains détails techniques évoqués après coup,

[52:14]

le contexte russe, les difficultés financières

[52:16]

d'animatheque, la mention d'une assistance fédérale

[52:19]

et parfois l'idée que Pockelco aurait été liée

[52:22]

à des enjeux financiers plus larges autour de Tetris.

[52:25]

Et prises ensemble, ces éléments peuvent donner une impression de cohérence.

[52:29]

Mais une impression ne constitue pas une démonstration.

[52:32]

Et si l'on pose la question en termes simples,

[52:35]

existent-ils des éléments publics établissant un lien direct

[52:38]

entre Vladimir et un réseau criminel russe?

[52:41]

Des menaces documentées par exemple, des transactions

[52:44]

suspectes, des témoignages,

[52:47]

mais à ce jour, il n'y a aucun élément public cible

[52:49]

qui confirme un lien comme ça.

[52:52]

Il y a un point qui est déterminant pour que la théorie fonctionne pleinement.

[52:55]

Il faudrait que Vladimir soit perçu comme un acteur

[52:58]

stratégique central dans la structure mondiale de Tetris,

[53:01]

mais c'est pas le cas.

[53:04]

C'est pas lui, il faut que t'ailles voir ceux des millions

[53:07]

pour les droits.

[53:09]

C'est Pajitnov, en fait.

[53:13]

Si c'était la mafia russe,

[53:16]

ils se sont potentiellement trompés de personne

[53:18]

parce qu'ils ont peut-être confondu deux Russes,

[53:21]

mais Alexis Pajitnov, même à l'époque, c'était un nom bien connu.

[53:24]

Comme si tu disais, il faut que j'aille tuer

[53:27]

Zuckerberg, mais je suis allé chez Jeff Bezos.

[53:30]

Oui, oui.

[53:32]

Donc la théorie mafieuse, on n'a pas le choix de l'exclure,

[53:35]

selon mon interprétation.

[53:37]

On n'a pas assez de preuves de ce côté-là.

[53:40]

Et le contexte des années 90 inclut bel et bien

[53:43]

des cas documentés de criminalité internationale russe,

[53:46]

mais passer d'un climat général à un dossier précis comme ça,

[53:50]

ça demande des faits concrets.

[53:52]

C'est ici que la question change de nature.

[53:55]

L'enjeu n'est pas seulement de savoir si la mafia est impliquée,

[53:58]

c'est de comprendre comment une hypothèse appuyée sur un contexte

[54:01]

peut progressivement devenir un peu une certitude

[54:04]

aux oreilles de chacun.

[54:06]

Donc c'est ça.

[54:08]

Selon moi, je pense qu'il y avait plus d'intérêt

[54:13]

à, comment dire, il y a plus de mobile qui pousse

[54:15]

vers le family seed.

[54:17]

Oui, oui, absolument. Tu as 100 % raison.

[54:20]

C'est là qu'on va justement un peu débunker tout ça,

[54:22]

puis on va même revenir en arrière sur la scène de crime.

[54:27]

Mais après la diffusion de la docusérie,

[54:29]

les faits ne changent pas. Le dossier d'honneur,

[54:31]

le même que 98, les déclarations publiques faites dans les jours

[54:34]

qui suivent le drame, restent les mêmes.

[54:37]

Et justement, on revient un peu sur l'histoire.

[54:39]

Le 22 septembre 98, vers 15h30, il y a un proche inquiet

[54:43]

qui appelle la police après avoir été incapable de joindre la famille.

[54:46]

C'est le frère, je pense, de Vladimir.

[54:48]

Exact. Et à l'intérieur de la résidence,

[54:51]

les policiers découvrent les corps de Vladimir, son épouse

[54:55]

et de leur fils. Mais c'est dès le 24 septembre

[54:58]

de la même année que la presse

[55:01]

rapporte la version policière.

[55:03]

Les enquêteurs estiment que Pokylko aurait frappé son épouse

[55:06]

et son fils avec un marteau alors qu'il était dans leur lit,

[55:10]

puis les aurait poignardés avec un couteau de chasse.

[55:14]

Et les corps de Helena, sa femme, et de Peter, son fils,

[55:17]

sont retrouvés en vêtement de nuit.

[55:19]

Aucun signe d'effraction n'est signalé,

[55:21]

et Pokylko est retrouvé dans la chambre de son fils

[55:23]

le couteau à la main avec une blessure à la gorge

[55:26]

décrite comme auto-infligée.

[55:29]

Et le porte-parole du service de police parle publiquement

[55:31]

d'un meurtre suicide. Et c'est le 9 octobre 98

[55:35]

qui réaffirme dans les médias

[55:38]

qu'il n'y a aucune preuve qu'il pointe vers un autre suspect.

[55:42]

Donc, il n'y a jamais eu de nouveaux éléments

[55:45]

qui sont apparus. Ces aimants-là,

[55:47]

qui ne sont pas apparents en 2022, sont apparus en 98.

[55:51]

Et donc, le contexte financier est également mentionné à l'époque.

[55:54]

Hank Rogers déclare à la presse

[55:56]

qu'Animatech traverse des difficultés notamment liées

[55:59]

à la situation économique en Russie, où la majorité

[56:02]

des employés travaillent encore, puis il évoque une levée

[56:05]

de fond en cours pour soutenir des projets ambitieux

[56:08]

en animation numérique. Animatech est décrite

[56:11]

comme lourdement endetté et sous pression.

[56:13]

Il y a un autre point fondamental qui concerne les droits de Tetris.

[56:17]

En 96, après l'expiration des accords soviétiques,

[56:20]

et bien, Paget-Neuve récupère les droits,

[56:22]

comme on vous a dit, et fonde de Tetris Company avec

[56:25]

Hank Rogers. Et à partir de ce moment-là,

[56:28]

la marque est centralisée. Et Pockylco

[56:30]

ne contrôle pas des droits mondiaux en 98 de Tetris.

[56:34]

Il ne fait pas partie de la structure décisionnelle de la marque.

[56:37]

Donc, l'idée d'un mobile financier direct lié

[56:40]

à Tetris, c'est un peu une surestimation de son rôle

[56:44]

réel. Et la note qui a été retrouvée sur place,

[56:47]

en fait, les autorités pensent qu'il s'agit

[56:49]

pas d'une note de suicide classique,

[56:52]

étant donné que le texte est ambigu,

[56:54]

qu'il n'y a pas d'identification d'un tiers,

[56:57]

il n'y a pas d'organisation, il n'y a pas de mobile externe.

[57:00]

Oui, il y a même une signature du diable,

[57:03]

donc il y a un petit côté même occulte, on dirait.

[57:05]

Exact, ce n'est pas une preuve non plus

[57:08]

d'une intervention extérieure. Et ils n'ont jamais,

[57:11]

c'est jamais débordé de ça.

[57:13]

C'est à partir de là que les glissements commencent.

[57:16]

Un entrepreneur qui est lié à Tetris devient le co-développeur,

[57:19]

puis à force de reprise devient le créateur.

[57:23]

Or, on le sait, le créateur, c'est pas lui.

[57:25]

Et l'idée d'un meurtre directement lié aux droits du jeu

[57:28]

est appuyée par aucun élément public du dossier de 98.

[57:31]

La piste de la mafia russe reste une hypothèse,

[57:34]

elle s'inscrit dans un contexte réel des années 90,

[57:37]

mais il n'y a aucune preuve directe.

[57:39]

Donc ici, c'est vraiment une transformation progressive du vocabulaire,

[57:43]

une simplification qu'on a répétée,

[57:45]

puis pour comprendre quand cette version s'impose réellement,

[57:48]

il ne suffit pas d'écouter les commentaires,

[57:50]

il faut regarder les traces numériques.

[57:53]

Et là, Emile, j'ai un peu vérifié

[57:58]

les statistiques un peu là-dessus.

[58:00]

Pour mesurer l'évolution, j'ai utilisé Google Trends.

[58:03]

Google Trends, pour ceux qui ne connaissent peut-être pas,

[58:06]

c'est un outil public de Google qui permet d'observer

[58:08]

l'intérêt relatif pour un terme de recherche dans le temps.

[58:11]

Puis on peut reculer jusqu'à 2004.

[58:14]

Et Google Trends, pour juste vous donner un peu sa pondération,

[58:17]

ça ne donne pas un nombre absolu de recherches,

[58:19]

ça donne un indice qui est normalisé de 0 à 100.

[58:22]

Et l'indice 100, ça démontre le pic d'intérêt

[58:26]

pour le terme sur la période sélectionnée.

[58:29]

Et un 0, ça ne signifie pas nécessairement l'absence de recherche,

[58:33]

mais un volume trop faible pour être significatif.

[58:36]

Et l'usage aussi, dans mes recherches,

[58:38]

j'ai utilisé les différentes variantes de mots clés.

[58:41]

J'ai tout utilisé des variantes comme Tetris, Murder, blablabla.

[58:45]

En analysant les données mondiales de 2004 à aujourd'hui,

[58:48]

il y a plusieurs constats qui ressortent.

[58:51]

Les expressions comme Tetris Creator Death ou Tetris Creator Killed

[58:57]

restent généralement faibles sur l'ensemble de la période,

[58:59]

mais avec des pointes brèves mais non soutenues.

[59:02]

Puis elles ne démontrent pas une tendance stable sur plusieurs années.

[59:05]

Par contre, le nom Vladimir Pokylko affiche une montée nette

[59:09]

à partir de décembre 2022.

[59:11]

Et il y a un nouveau sommet qui est atteint en avril 2023

[59:15]

à cause justement du film sur Tetris

[59:18]

qui est sorti sur Apple TV.

[59:20]

- Oui, celui dont on parlait tantôt. - Oui, exact.

[59:22]

C'est à ces deux moments-là, dans ces périodes-là,

[59:25]

en décembre 2022 avec le documentaire de Tetris Murder

[59:28]

et en mars-avril 2023 avec le film Tetris,

[59:32]

que ça a créé une sorte d'augmentation d'intérêt

[59:36]

sur le sujet en tant que tel.

[59:39]

C'est à ce moment-là que la nouvelle a dû faire

[59:41]

un boule de neige un peu,

[59:43]

se répandre dans l'inconscient collectif.

[59:45]

Oui, oui, exact. Il y a plein de médias,

[59:47]

le New York Post et tout ça, qui ont repris.

[59:50]

Est-ce que la mafia russe?

[59:52]

- Ah oui, les mails et autres. - Oui, c'est ça.

[59:55]

Ça nourrit encore plus le mythe.

[59:58]

Donc, les données ne montrent pas la découverte progressive

[01:00:00]

d'un fait caché.

[01:00:01]

Elles montrent juste l'activation d'un public,

[01:00:04]

en fait de l'intérêt du public à des dates spécifiques

[01:00:06]

liées à des productions médiatiques.

[01:00:09]

Autrement dit, ce qui explose, ce n'est pas une preuve nouvelle.

[01:00:13]

C'est une narration qui est remise en circulation.

[01:00:15]

Et les pics d'intérêt ne précèdent pas le documentaire,

[01:00:18]

ils le suivent.

[01:00:19]

C'est là que la phrase simplifiée prend le dessus.

[01:00:21]

Le créateur de Tetris a été assassiné.

[01:00:24]

Et les courbes montrent une amplification

[01:00:26]

qui est liée à une exposition médiatique,

[01:00:28]

pas à une révélation historique.

[01:00:30]

Donc, le récit s'active, se condense,

[01:00:33]

puis se circule sous une forme plus simple

[01:00:34]

que les faits documentaires 98.

[01:00:36]

Et c'est ça qui a amené à toute cette dérive, dérive.

[01:00:41]

Donc, c'est des monkeys, mon cher Emile.

[01:00:44]

Ben oui.

[01:00:46]

Le créateur de Tetris n'est pas mort.

[01:00:48]

Non, exactement.

[01:00:49]

Il reste quand même un peu de mystère

[01:00:52]

autour de la tragédie de Vladimir Pokylko.

[01:00:56]

Je ne veux pas non plus mettre mon chapeau d'aluminium,

[01:01:01]

mais c'est sûr que les circonstances,

[01:01:06]

la découverte des corps est quand même un peu étrange.

[01:01:09]

C'est bizarre, oui.

[01:01:10]

Mais il y avait quand même un mobile

[01:01:12]

qui pourrait justifier son acte à Vladimir

[01:01:15]

d'avoir assassiné toute sa famille.

[01:01:17]

Mais bon, ça reste une histoire vraiment tragique

[01:01:21]

de ce côté-là,

[01:01:22]

même si ça a été associé au créateur de Tetris.

[01:01:25]

Oui, oui, absolument.

[01:01:26]

Parce que moi, je suis convaincu que c'est un meurtre suicide.

[01:01:28]

On dirait que cette théorie-là, j'y adhère.

[01:01:31]

Mais c'est vrai qu'il y a peu de détails.

[01:01:34]

On a peu de détails sur la profondeur de la dette,

[01:01:38]

jusqu'à quel point.

[01:01:39]

Parce que je comprends que tu peux être endetté et tout ça,

[01:01:42]

mais es-tu obligé de tuer ta femme et ton fils?

[01:01:45]

Je ne sais pas ce qui est pensé par la tête.

[01:01:48]

Un ami la veille, j'essaie de fouiller sur le détail,

[01:01:52]

la conversation avec son ami.

[01:01:53]

Il n'y a pas beaucoup de détails qui sortent là-dessus.

[01:01:56]

Donc, je ne peux pas croire qu'il ne devait pas être instable.

[01:02:01]

Psychologiquement, sa famille devait s'en rendre compte.

[01:02:03]

Je ne sais pas, mais je veux dire, qu'est-ce qui te pousse?

[01:02:08]

Ce n'est pas une mort de la façon qu'elle a procédé.

[01:02:13]

C'est tellement violent.

[01:02:15]

Ça n'a pas de sens.

[01:02:17]

C'est à chair. C'est fou.

[01:02:19]

J'ai l'impression que c'est ce manque d'explication.

[01:02:22]

On a de la misère à s'expliquer un geste comme ça.

[01:02:24]

C'est pour ça qu'on a tendance à aller chercher des réponses ailleurs.

[01:02:28]

Ça ne se peut pas qu'un homme ait fait ça tout seul.

[01:02:32]

Ça ne se peut pas qu'il soit envenu jusque-là à tuer sa famille.

[01:02:35]

Il y a sans doute un tiers parti d'impliqués.

[01:02:39]

Oui.

[01:02:41]

C'est sûr que les enquêtes policières, ce n'est pas exactement comme aujourd'hui.

[01:02:45]

Mais malgré qu'ils ont relevé des empreintes, des choses comme ça,

[01:02:50]

je ne sais pas jusqu'à quel point...

[01:02:52]

Des fois, quand il y a des documentaires comme ça qui arrivent 20 ans plus tard,

[01:02:55]

des fois, ils ré-ouvrent les enquêtes.

[01:02:57]

Mais dans ce cas-là, ça n'a pas déclenché.

[01:02:59]

Je pense que c'est vraiment un dossier clos.

[01:03:01]

Probablement.

[01:03:02]

Mais à voir.

[01:03:03]

Oui.

[01:03:04]

Merci, Seb, pour tous ces détails.

[01:03:07]

Merci, cher Distordu, d'avoir été à l'écoute, comme à l'habitude.

[01:03:11]

On veut aussi remercier André Beaupré, notre cher monteur,

[01:03:15]

notre équipe de recherche aussi.

[01:03:17]

Je vous inclue un peu là-dedans aussi, Seb.

[01:03:20]

Vous savez où nous trouver, les Distordus.

[01:03:22]

On est partout sur les réseaux sociaux, sur TikTok, YouTube aussi.

[01:03:26]

N'oubliez pas de vous abonner sur Spotify, Apple Podcasts,

[01:03:29]

peu importe où est-ce que vous écoutez votre podcast.

[01:03:31]

Et surtout sur Patreon.

[01:03:33]

Sachez que tout sort en avance sur Patreon.

[01:03:35]

On a une tonne de bonus, si vous arrivez maintenant,

[01:03:37]

parmi nos chers membres Patreon.

[01:03:39]

Vous allez voir, la voûte est bien garnie.

[01:03:44]

Exactement.

[01:03:44]

D'ailleurs, un after-show, Seb, pour nos abonnés.

[01:03:46]

Oui, monsieur.

[01:03:47]

Tu nous parlais d'anomalies numériques lors de la guerre froide.

[01:03:51]

Oui.

[01:03:51]

Ça risque d'être très intéressant.

[01:03:53]

On va suivre ça dans quelques minutes.

[01:03:55]

Dans quelques minutes, on enregistre ça.

[01:03:58]

Et bien, pas le choix.

[01:03:59]

Il faut donner des shout-out à nos chers membres Patreon.

[01:04:02]

Je te laisse commencer, Seb.

[01:04:54]

Merci à vous.

[01:04:56]

Merci.

[01:04:58]

Et pour terminer, je vous remercie de vous avoir suivi.

[01:04:59]

Et pour terminer, Seb, aurais-tu un mot de la fin pour nous ce soir?

[01:05:02]

Si vous possédez une copie du jeu Tetris originale, protégez-la bien.

[01:05:07]

Des agents secrets sont peut-être à vos trousses.

[01:05:10]

Faites attention.

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